UN TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE
A la séance du 17 août, un membre de la municipalité provisoire de Paris fut admis à la barre et prononça le discours suivant :
« Comme citoyen, comme magistrat dupeuple, je viens vous annoncer que ce soir, à minuit, le tocsin sonnera, la générale battra. Le peuple est las de n'être point vengé. Craignez qu'il ne fasse justice lui-même, .le demandeque, sans désemparer, vous décrétioz qu'il sera nommé un citoyen par chaque
section pour former un tribunal criminel. Je demande que Louis XVI et Marie-Antoinette, si avides du sang- du peuple, soient rassasies en voyant couler celui de leurs infâmes satellites... » Je ne donne pas le temps à ce pétitionnaire de continuer. Je m'élance à la tribune et je dis :
(( L'Assemblée ne peut écouter plus long-temps un lang-ag-e aussi inconvenant, surtout dans la bouche d'un homme qui se présente devant vous comme mag-istrat du peuple. Ce ne sont pas des amis du peuple qui viennent vous faire de semblables propositions et vous demander un tribunal inquisitorial. Je crois aussi avoir le droit de parler au nom du peuple dont je me suis montré plus d'une fois l'ami, en défendant ses libertés. Mais je veux qu'on l'éclairé et non qu'on le flatte. Vous aviez fait une proclamation, elle doit être suffisante; et si l'on ne veut pas obéir à vos décrets, il n'est pas nécessaire que vous en fassiez. Ce n'est pas user du droit de pétition, c'est en abuser que de s'arroger le droit de vous dicter des lois? Je m'opposerai constamment à la formation d'un tribunal qui disposerait arbitrairement de la vie des citoyens; et j'espère que l'Assemblée partag-era mon sentiment à cet égard. »
Malgré mes efforts, un tribunal extraordinaire
fut créé ce jour-là pour juger les « conspirateurs (lu 10 août ».