LE JUGEMENT DE BACUMAXN
Le premier qui fut traduit devant le tribunal fut Bachmann. Sa principale défense porta sur les ordres qu'il avait reçus du Roi et sur les devoirs (|u*il avait à remplir comme militaire. Appelé par lui, comme témoin, je rendis un compte fidèle de la conduite qu'il avait tenue vis-à-vis de moi au bas de l'escalier: je déclarai qu'il s'était arrêté à ma première réquisition en baissant la pointe de son épée et en protestant de son respect pour le Corps législatif; mais la vérité exigeait que j'ajoutasse à cela qu'il ne s'était retiré que sur l'ordre qu'il en reçut du Roi. La première partie de ma déposition atténuait bien un peu le délit qu'on lui reprochait d'avoir violé l'enceinte du Corps législatif; restait l'accusation principale qui portait sur le sang versé au Carrousel et sur l'attaque préméditée contre l'Assemblée nationale. Merlin de Tliionville, Chabot et Bazire, assignés comme moi à décharge par Bachmann, refusèrent de comparaître parce qu'ils n'avaient rien à dire de favorable à sa cause. Ils m'accusèrent même d'avoir cherché à le sauver. Certes, ce n'('*lait nullement mon
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intention et je suis encore d'avis aujourd'hui que la sentence qui l'a condamné à mort est un acte de justice nationale; mais assigné par un homme qui allait être jugé sur une accusation capitale, je ne crus pas devoir lui refuser le témoignage qu'il réclamait de moi, et dont une partie pouvait être à sa décharge.
Il n'est jamais entré dans mes principes de voir un ennemi dans un homme désarmé qui comparaît devant un tribunal chargé de le juger. Celui qui en pareil cas ne dirait pas la vérité tout entière ne serait à mes yeux qu'un homme méprisable.