‹ Mémoires et notes de--,représentant du peuble à l'Assemblée législative, à la Convention et aux arméesChapitre 43 sur 87 · LES MISSIONS RÉVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

LES MISSIONS RÉVOLUTIONNAIRES

Pour favoriser le recrutement, la Convention décida qu'elle enverrait dans les départements des commissaires pris dans son sein.

M. Dulaure prétend que l'envoi des commissaires envoyés par la Convention dans les départements l'ut une intrit>:ue de la minorité qui fit nommer ses partisans pour se rendre maîtresse de l'opinion. 11 ignore, ou feint d'ignorer, que ce fut au contraire une manœuvre très adroite du parti girondin qui se dt'barrassa ainsi de })lus de quatrevingts montaynards, ceux-ci ayant accepté avec dévouement ces missions difficiles sans s'apercevoir du piège (pi'on leur tendait. Les girondins espéraient ainsi ne plus trouver d'opposition dans l'Assemblée ou du moins n'avoir plus à combattre que f|uelques montagnards restés à leur poste.

Le recrutement de .3oo.ooo mille hommes servit de j»rétexte à ces missions, qui ne pouvaient être que désagréables pour ceux qui les acceptaient, puisqu'il s'agissa't d'enlever à leurs familles

Soo.ooojeunes hommes, et qui même ne furent pas sans dang^er dans quelques départements, notamment dans ceux de la Vendée et dans les départements voisins. Mais le parti de la Gironde ne sollicitait point les missions dangereuses, car jamais on ne vit un seul de ses membres prendre part à la lutte g^lorieuse de nos armées.

Et M. Dulaure appelle cela une manœuvre de la Montaç;"ne! Il faut avoir besoin de calomnier pour qualifier ainsi le dévouement d'un grand nombre de montagnards qui surent exciter une noble émulation parmi nos jeunes citoyens, et les diriger vers la frontière pour combattre l'ennemi commun.

L'enthousiasme fut tel à cette époque qu'on vit jusqu'à des femmes abandonner le toit paternel pour se joindre à nos jeunes guerriers, endosser l'habit militaire, servir avec distinction dans nos armées et y obtenir des grades.

Déjà deux jeunes demoiselles qui avaient reçu une éducation soignée, les demoiselles Ferny, faisaient partie de l'état-major de Dumouriez et s'y faisaient remarquer jiar leur courage. La plus Agée des deux avait seize ans; la seconde n'en avait que i3; toutes les deux ont suivi la fortune de Dumouriez. Elles combattirent à Valmv et à

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Jenimapes. Elles av^aient deux autres sœurs encore enfants. La plus jeune des quatre est en ce moment l'épouse du g-énéral Guilleminot.

Après le 9 thermidor, au contraire, il fallait voir avec (}uel empressement tous les hommes du juste milieu d'alors sollicitaient des missions dans les départements pour y comprimer, disaient-ils, le système de terreur qu'ils venaient d'abattre. Ils n'avaient pas témoigné la même ardeur lorscju'il s'ayissait de marcher à la tète des armées républicaines pour repousser l'étrang-er, car aucun d'eux, je le répète, n'a sollicité cette périlleuse mission. Il y avait beaucoup moins de danger pour eux à faire évacuer les prisons cpii, pour la plu{)art, ne contenaient que des ennemis de la Révolution, et à y renq)lacer ceux-ci par les hommes qui l'avaient soutenue de leur dévouement.

Pour moi, je n'ai jamais pris part aux proscriptions, absent de Paris au 3i mai comme au (j thermidor, charg-é pendant ce temps de missions aux armées, je ne saurais être rendu responsable des divisions néfastes qui ont creusé le tombeau de la républi(pie.

On a raconté que le 9 thermidor fit cesser Je rég-inie de la Terreur; il eût été plus vrai de dire que ce jour-là commença une autre espèce de terreur. On a troj» vite oublié ([ue la Convention fut juge et partie dans ce g-rand procès; que d'un trait de plume elle mil hors la loi environ cent personnes qui composaient le conseil de la Commune ; que Robespierre le jeune et Lebas furent arrêtés pour avoir demandé à partager le sort d'un frère et d'un ami, sans cju'on leur ait reproché d'autre crime «pie celui-là.

Il est dit dans le ra{)port fait par Courtois à hi Convention sur les événements du 9 thermidor (page 212) (pie lorsque Léonard Bourdon entra dans la salle de la Commune accompagné d'un employé du comité de Salut [)ublic nommé Dulac, ils ne trouvèrent dans la salle des délibérations (pie 3G munic'paux en écharpe, qui conspiraient contre la Convention et qui, par consé(pient, furent

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mis liors la lui. Comment se fait-il doiu- (jue, dans l'après-midi, 22 individns, dont (jualiv d(''pul«'s mis liors la loi, fnient condnits à récliat'and?

Comment se fait-il que le lendemain il y en eut 72, parmi lesquels Boulanger et Sijas (i)? Tout d'abord on exécuta donc environ (juatre-vinyts membres de la Commune, sans compter ceux (pii, découverts par la suite, sul)irent le même sort. Aucun d'eux n'échappa à cette mise hors la loi, pas même ceux qui auraient pu prouver un alibi. Absent comme présent, coupable ou non de conspiration, il suffisait d'avoir été membre de la Commune pour être compris dans cette terrible proscription.

Et l'on voudrait nous faire croire (pie cette journée a été g^lorieuse et que les Tallien, les Barras, les Leg-endre,les André Dumont, les Bourdon de l'Oise et les Fréron, auxquels on en attribue le triste honneur, ont mis fin à l'anarchie !

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