‹ Mémoires et notes de--,représentant du peuble à l'Assemblée législative, à la Convention et aux arméesChapitre 80 sur 87 · AFFAIRE UE NANCY · texte numérisé non relu

AFFAIRE UE NANCY

peut-être encore esclave. Quel mal pouvaient produire des réunions paisibles et sans armes? Ou'a-t-on i5ay;-né à leur destruction (i)? Des abus de tous 2:enres se sont succédé avec une eUroiiterie sans exemple depuis le 9 tliormidor. Elles avaient, dit-on, trop d'intluence sur l'opiniorj publique, mais si c'était l'iulluence de la raison ou tout au moins l'esprit de libre discussion, pourquoi ne pas les combattre avec les mêmes armes ? Est-ce par la violeiice que doit se former l'opinion ? N'est-ce pas au contraire par la liberté V Les gouvernements despotiques ne connaissent que la force; mais on peut être momentanément le plus fort et n'avoir pas toujours raison. Avec les sociétés populaires cl la liberté de la presse, il est impossible, dit-on, de i?ouverner. Et (|uels sont ceux qui voudraient faire prévaloir ce sophisme "? — Ceux-là seuls qui se partat^-ent les fonds secrets. Aussi bien pourraient-ils affirmer que la meilleure des jurisprudences est celle des cours martiales.

.\FFAU\E DE NANCY

On a dit que les sociétés populaires avaient désori*-auisé les armées en apprenant auxsoldats à désobéir à leurs chefs.

Il se peut ([ue ces sociétés leur aient fait coaaaître leurs droits et leur aient appris qu'en devenant soldats ils n'avaient pas cessé d'être citoyens ; mais l'insurrection de la garnison

(i) On uc veut voir ([Lie rexa:i;viration des clubs et des assemblées révolutionnaires, on passe sous silence les menées contre-révolutionnaires de la Cour, de réini:^ralion et des puissances étrangères. Si la Cour eût été victorieuse au 10 Août ou délivrée au mois de septembre par les baioimelles étranijèrcs, croiton ([u'elie eût clé plus démealc que la Convention nationale.' Elle auraU exerce des venireances ([u'oneùl appelées des exemples nécessaires et d'utiles sévérités. Les partis ([ui triomphent ne deviennent sanijuinaires (jue pour conserver le champ de bataille. Si la Cour eiit exterminé la (Convention, la Convention ne pouvait exister sans détruire la royauté, c'est un fait que p^.-rsonue ne peut conlesler.Oii a beaucoup parle de la terreur et de la loi des suspects et p;;rsonne n'a dit que toutes les mesares acerbes avaient cto provoquées par l'insolent manifeste d2 lj;-j:is-.v!j!: elles mc.iaj.s elian j.j.vi. [l'i y/à'/o dj .'".lu..-/- )

de Nancy tient à d'autres causes ; elle a eu sa source dans la cupidité des chefs de corps et dans le brig-andage qu'exer- «;aient sur la modique paye du soldat les officiers subalternes. Ce brigandage était tellement connu que l'Assemblée constituante décréta, le 6 août 1790, que les soldais qui auraient des réclamations à faire contre l'administration de leurs officiers depuis six ans étaient autorisés à les faire valoir devant un inspecteur qui serait nommé à cet effet. Mais déjà il était trop lard. Soit que le ministère ne fût pas disposé à désigner ces inspecteurs, soit que ces inspecteujs eux-mêmes fussent peu disposés à accueillir ces plaintes, quelques régiments se déterminèrent use faire justice euxmêmes; ce fut sans doute un tort de leur part, mais celui qui souffre depuis longtemps n'a pas la patience d'attendre toujours ; de ce nombre furent quatre bataillons du régiment du Roi, deux bataillons du régiment suisse de Châteauvieux et le régiment de Mestre-de-Camp-Cavalier, qui composaient la garnison de Nancy.

La fédération des gardes-nationales du département devait avoir lieu à Nancy avec une grande solennité. Les officiers de ces régiments, pour empêcher leurs soldats de fraterniniser avec les citoyens, refusèrent de les y conduire avec curs drapeaux. Les soldats, mécontents de cette déterminalion, les y contraignirent. Après ce premier pas, un second acte d'insubordination se manifesta dans le régiment du Roi : un grenadier ayant été envoyé en prison par le gouverneur pour faute de discipline, les grenadiers refusèrent de l'y conduire, et ne voulurent plus depuis ce njomeni prendre les ordres des officiers, qui furent tous consignés dans leurs appartements et sommés de comparaître devant un comité que formèrent les soldats, pour y rendre compte des sommes dont ils avaient disposé depuis vingt ans. Les soldats exigeaient provisoirement cent cinquante mille francs acompte sur quinze cent mille francs (lu'ils prétendaient leur avoir été volés sur leur déconq)le de riiabillement et de J'èquipemcnt. Ils s'emparèrent à main armée de la caisse et la partagèrent entre eux.

Les soldats de Cliàtcauvicux exiirèicnt aussi de leurs of-

AFFAIRE D1-: NANCY 4(i7

Hciers qu'ils retenaient prisonniers la reddition de leurs coniples : ils demandaient 27.000 francs à compte sur les 227.000 qu'ils prétendaient leur être dus. Ceux de Mestredo-Camp, qui retenaient aussi leurs officiers prisonniers, demandèreat éyalemeut une somme considérable qu'il fallut payer comptant. Ces réclamations étaient sans doute exag'érees mais le décret dont je viens de parler ri'autorisoil-il pas (à la date de la rébellion) la réclamation de ces militaires. Il n'y avait que la forme qui était blâmable. La prudence exijjeait peut-être qu'on ne parlât pas par avance de ce décret, et (ju'il ne fût rendu public (|u'au moment de l'arri vée d'un inspecteur. On eût évité par là de grands malheurs.

Les officiers dressèrenl procès-verbal de ce qui venait de se passer et l'envoyèrent au ministre de la guerre, M. de la Tour-du-Pin.

Les soldats de leur côté envoyèrent des députés à Paris, que le ministre de la guerre fit conduire à la Force aussitôt après leur arrivée. C'était le moyen de causer une plus grande fermentation parmi la garnison de Nancy, qui mettait déjà en délibération l'arrestation des officiers, lorsqu'arrivèrent deux de ces soldats que le ministre de la guerre, mieux avisé, avait fait mettre en liberté et qu'il renvoyait à Nancy avec mission d'inviter la garnison, de la part de l'Assemblée nationale, à rentrer dans le devoir, en lui annonçant qu'un inspecteur-général allait se rendre dans cette ville pour faire droit à leur demande, s'il y avait lieu. Effectivement, M. le lieutenant-général Maiscigne, chargé de cette mission, arriva bientôt à Nancy. Cet officier, qui était d'une sévérité infle.xible,ne convenait point à une pareille mission. Il commença par le régiment de Chàteauvieux, dont il repoussa toutes les plaintes sans en excepter une seule; de violents murmures et même des menaces accueillirent sa décision ; suivi de près par les Suisses, au sortir de leur caserne, jusqu'à l'hôtel du gouverneur, il eut l'imprudence de tirer son épée et de blesser un de ces militaires. Aussitôt les Suisses crièrent aux armes et environnèrent l'hôtel du gouverneur pour en arracher le général Malseigne. Heureusement, les autres régiments déclarèrent qu'ils ne

souffriraient pas qu'on allentàt à la personne du général et (ju'ils le prenaient sous leur sauveofarde Cependant la municipalité de Nancy, crai£;-nanl pour les jours de cet ofKcier, l'invita à quitter la ville. C'était un mauvais conseil, car tout pouvait encore s'arranger, si cet officier eût mis plus de modération et plus de confiance dans sa conduite. En fuyant il excita le ressentiment des deux régiments qui l'avaient pris sous leur sauvegarde et qui s'offensèrent du peu de confiance qu'il leur témoignait; ils accusèrent le général La Noue d'avoir favorisé sa fuite et le mirent lui-même en arrestation. Quelques cavaliers de Mestre-de-Camp se lancèrent à la poursuite du général Malseigne et ne s'arrêtèrent qu'aux portes de Lunéville.

Le général Malseigne commit une autre faute en airivant à Lunéville : il fît monter à cheval les carabiniers dont il avait été quelque temps auparavant major et, se mettant à leur tète, il leur ordonna de sabrer les cavaliers de Mestit^de-(>anq) dont plusieurs furent blessés; mais le plus grand nombre des carabiniers, révoltés de cet ordre violent, refusèrent d'obéir, arrêtèrent le général lui-même, et le conduisirent prisonnier à Nancy.

Le général Bouille, qui commandait les trois évèchés, avait reçu du ministre de la guerre l'ordre de réunir à Metz une force suffisante pour faire rentrer dans l'ordre les trois régiments révoltés. 11 marcha sur Nancy, à la tête de 8.000 hommes. Arrivé aux portes de la ville, il reçut une députation envoyée par le déparlement et la municipalité pour l'inviter à dillérer l'atlatiue, mais il ne voulut rien accorder avant que les deux généraux arrêtés fussent mis en liberté, promettant cependant qu'en cas de prompte soumission il adoucirait la sévérité des ordres dont il était porteur. Les deux généraux furent ramenés aux avaut-po&les avec une escorte de Mestre-de-Camp. Tout aurait été terminé par ce premier acte de soumission, si Bouille n'en eût pas exigé un second : il ordonna au régiment du Roi de se rendre sur-le champ à Verdun; le même ordre fut donné pour une autre destination au régiment de -Mestre-deCanip. Le régiment de Chàleauvieux refusa formellement d'obéir.

Page 1