A PROPOS DE LA FUITE DU ROI
A propos de la fuite du Roi, Drouet, le fils du maître de poste de Sainte-Ménehould, m'a assuré depuis qu'il n'avait jamais vu le Roi, mais qu'il le reconnut à sa ressemblance
470 NOTliS SL'R LA RLVOLL'TIOX
avec l'effigie des pièces de monnaie quil avail dans sa bourse. N'ayant point de forces à sa disposition, il monla à cheval et, par des chemins de traverse, accompagné d'un ancien camarade, qui avait été dragon comme lui, ils arrivèrent à Varennes avant la voiture du Roi (i). Leur premier soin fut de donner avis de leur découverte au procureur de la commune nommé Sausse, qui rassembla à l'instant même le plus possible de gardes-nationales, barricada le pont avec des voitures pour empêcher Louis X\'[ d'aller plus loin.
Lorsque le Roi arriva dans la ville, le procureur de la commune tarda, sous différents prétextes, à viser les passeports pour donner le temps aux gardes-nalionauxde se rassembler et lorsqu'il crut avoir des forces suffisantes, il déclara au Roi, qui insistait pour qu'on le laissât continuer sa route, qu'il le reconnaissait et qu'il ne passerait pas outre. Louis XVI, étonne de ne pas trouver les détachements que Bouille avait promis d'échelonner sur la route, descendit de la voilure avec sa famille, espérant ainsi qu'en gagnant du temps il serait délivré par les troupes ({u"il attendait.
Il parait que les mesures avaient été mal prises par Bouille ou que ses ordres avaient été mal exécutés. Les différents chefs de corps auxquels il avait confié cette mission délicate se sont accusés réciproquemmcnt de son inexécution sans qu'on ail pu savoir positivement quelles en ont été les véritables causes ; j'ai seulement entendu dire à Drouel (2)
(i) On rapprochera ce passade de ce que dit Miclielet toujours pathétique : >< Un ancien drairon, Drouel. fils du nnailre de poste, parfit en effet, surveillé, suivi de près, par un cavalier quicomprit son intention, qui l'eût tué peut-être. ■ '.V. de FEd.^.
(2) M. Emery dit dans sa biographie à l'article Drouet : « Enfermé dans Maubeuge lorsque celle place fut cernée par le prince de Saxe-Cobourç, Drouet cherciia a s'ccliapper j)endant la nuit Il fut pris par les .Vulrichiens qui furent accuses de l'avoir mis dans une ca^e de fer à Bruxelles. Ce qui prouve la fausseté de celte accusation, c'est qu'à la faveur d'une secrète inlelliçence avec un meunier nommé Gérard, Drouet sauta par une fenêtre de sa prison, l'ne fracture au pied le fit arrèlerde nouveau. »
II n'y a pas un mot de vrai dans ce récit. Voici les faits tels que je les tiens de Drouel lui-même, à sa rentrée en France:
Lors du blocus de .Maubençe, Drouel, qui avail été dragon et qui montait bien à cheval, se dévoua pour instruire lui-même la
SUR LASSi:.VIBLliii CONSTITUANTE 471
que l'arrivée des troupes avait clé retardée par les obstacles <iuc leur avaient opposés sur la route les g-ardes-nationales de plusieurs municip;)lités, qui avaient considéré comme suspects ces rassemblements de troupes dont l'arrivée ne leur était pas annoncée ; une de ces municipalités refusa même formellement, paraît-il, de laisser passer la troupe, et le commandant ayant ordonné de forcer le passage, les soldats refusèrent d'obéir.