‹ Mémoires et observations cliniques de médecine et de chirurgieChapitre 22 sur 22 · RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS

A l’occasion du rapport qui précède.

Le rapport qui précède a donné lieu , dans le sein de l’Académie royale de médecine, à une discussion scientifique qui a occupé plusieurs séances et qui a paru consacrer la spécificité de certaines ophtiialmics et l'utilité de les localiser d’après les tissus qu’elles affectent plus particulièrement. Désormais il y aura moins de vague dans leur qualification. C’est un progrès dont la science est redevable aux oculistes modernes. L’ordre que j’ai suivi dans mon mémoire prouvera que j’ai compris que dans l’état actuel, c’était là la meilleure méthode ; c’est celle que M. A. Bérard a développée dans un lumineux discours. Ce savant académicien , loin de nier la spécificité des ophthalmies , a su y rattacher le point le plus important de la nouvelle doctrine, leur localisation d’après les tissus affectés. Pour moi, si, d’abord, je suis entré dans des considérations sur l’ophthalmie scrofuleuse , j'ai eu soin , à son instar, dans les observations que j’ai décrites, de la désigner d’après les tissus qui en sontle siège. Cette qualification, par ordre et par espèce, a réuni la pluralité des suffrages à l'Académie. Cette célèbre compagnie a conservé l’ophthalmie scrofuleuse, en faveur de laquelle ont parlé MM. les professeurs Roux et

tierdy, Muitiu Solon Castel, Houchoui , « te. ; elle ue l’a point rayée du cadre nosologique. (juaut à l'illustre rappor leur de iuod mémoire , il a déclaré qu’il ne l'admettait pas ; «lès lot a se trouvent expliquées, par cet aveu, les réflexions critiques dont elle a été l'objet «le sa part. Au reale, quelle qu«; soit la dénomination qu'on lui dorme , l'on ne pourra s'empêcher de reconnaître que la résistance qu'elle oppose A l'action curative des remèdes a quelque chose de spécial, et qu'U faut eu chercher la cause ailleurs que dans son siège et «laiii t»es symptômes. Aussi M Velpeau a-t-il senti la uéccMité «le dire, «lans sa nouvelle doctrine , que chez les sujiii d'un tempérament lymphatique, où les ophthalmie.» ont une durée plus longue , une marche plus lente , des récidives beaucoup plus héqueules, on ue peut trouver la cause de cet étal insolite que dans la constitution même «le» individus. Je soi» loin «le vouloir réfuter celte doctrine: elle repose, d'ailleurs, sur des raisonnements trop profonds et trop judicieux pour que je ue partage pas, sur beaucoup de points , les opinions de l'auteur; Mais il m'importe d'expliquer pourquoi nous différons en ce qui concerne l'engorgement catarrhal de la pituitaire. M. Velpeau ne reconnaît pas d'ophlhalinie scrofuleuse; conséquent avec ses principes, il n'a donc pu restreindre scs recherches à celle-ci ; il a dû les étendre à toutes les ophthahnies sans distinction, et, par cela même, il n’a pu trouver l'engorgement en question que rarement; tandis que si, comme moi, il n'eût porté

son examen que sur l’ophthahnie qu'on est convenu d’appeler scrofuleuse, sans aucun doute, il l’eût rencontré dans le plus grand nombre des cas. D’après ces explications , il est facile de trouver la cause de la différence du résultat de nos investigations.

Depuis que la plupart des journaux ont rendu compte de mon travail, vingt et un sujets atteints d'ophtlialmie scrofuleuse se sont présentés à mon observation.

A l’exception de deux , où la phlegmasie nasale était peu appréciable, tous les autres la présentaient d’une manière plus ou moins apparente. Un fait remarquable, et qui mérite d’étre noté, c’est que chez quelques-uns, lorsqu’il y avait recrudescence d’irritation aux fosses nasales, cette recrudescence se manifestait simultanément aux yeux et à la lèvre supérieure qui se tuméfiait alors visiblement. Ce fait est d’autant plus important qu’il vient appuyer ce que j’ai avancé (page 16 de cet ouvrage), sur l’irritation de la pituitaire , comme cause de la phlegmasie oculaire et du gonflement de la lèvre supérieure.

Il est difficile de ne pas admettre que ce soit dans les cavités nasales que réside le foyer de propagation du mal à ces deux parties. M. le professeur Velpeau semble lui-même en donner la preuve, lorsqu’il dit (1) que ce gonflement vient de l’irritation de la muqueuse de ces cavités. Au reste , la durée , la persistance de cette irritation , qui est

(l) Voyez Janselme. — Manuel des maladies des yeux, page 595.

en quelque Aorte permanente cbet la plupart des sujets scrofuleux , n’ripliquent-ellcs pat assez. la facilité qu'elle a de se propager aux yeux et à la lèvre aupérieure. Le gonflement de celte dernière, qui «'annonce pat foin sous forme eczémateuse. subit pourtant aussi l'influence de la cautérisation nasale, par ce moyen , il diminue ou cesse parfois entièrement.

Pour constater l'irritation de la pituitaire, il n'est pas indispensable que la rougeur des narines et le gonflement de la lèvre existent ; car en l'absence de ces signes , on la reconnaîtra à l'écoulement presque continuel d'un mucus clair et visqueux , par la narine correspondante à l'œil malade , écoulement anormal qui , ici , a la même signification pathologique que le mucus puriforme dans la bron cliite. On pourra encore s’en assurer par l'usage d’un spéculum naxi , ou en introduisant dan % les fosses nasales un stylet explorateur, au moyen duquel il sera facile de sentir quelle est la plus étroite et quelle est celle où il y a de l'engorgement. L'est lorsqu'on en cautérise les parois avec le crayon de nitrate d'argent qu'il est surtout aisé d'apprécier cette disposition.

Bn procédant de la sorte , j'ai constaté dernièrement l'existence de la pblegmasie de la membrane de Scbnéidrr, arrivée à un degré plus ou moins prononcé, sur les vingt et un sujets que je viens d'indiquer et dont les noms suivent , ce sont :

1» A Tours , David . Jean, âgé de 7 ans . rue de la Luiller, n° 7; Legré, Emile , âgé dé 3 ans, rue des Haies , nn 3;

Guillaume , Désirée , âgée de 14 ans, au bout du Faubourg

Saint-Symphorien ; Br , Antonine, âgée de 13 ans, en

récidive, pension du Sacré-Cœur; Gandon, Joséphine, âgée de 10 ans, rue de la Paix, n° 11 ; Pasquier, Alexandre, âgé de 9 ans , rue de la Paix , n° 28; Bongard, Laure, âgée de 6 ans, rue Paul- Louis Courrier , n° 9; Moreau, Louis, âgée de 7 ans, rue de la Moquerie, n° 2; Richard, Marie , âgée de 3 ans, rue de la Hallebarde , n° 7 ; Rabicr, Marie , âgée de 4 ans, rue des llécollets , n° 33 ; Bcsnard, Clémentine , en récidive, âgée de 4 ans, rue du Faubourg-La Riche, n° 25; Rolland, Marie, âgée de 4 ans, rue de la Paix, n° 15; Labulière, âgée de 10 ans , rue du Renard , n° 18; Delmas , Jean , âgé de 6 ans , Faubourg Saint-Pierre-des-Corps , n° 82; Deshaies, Arsène, âgée de 9 ans , place Saint-Clément , n° 20; Vilain , Marie , âgée de 4 ans , rue du Godet , n° 1er ; Poitevin, Simon, âgé de 10 ans, rue du Petit-Faucheux.

2° Au bourg de Saint-Cyr-sur-Loire , près Tours, Deshaies, Ursule , âgée de 9 ans ;

3° Dans les Varennes La Riche, près Tours, Hérault, Silvine , âgée de 10 ans , en récidive ;

4° Au bourg de Joué, près Tours, Gibert, Julie, âgée de 12 ans ;

5° Au bourg de Metlray, près Tours , Pineau , Aurélie , âgée de 9 ans.

Sur ces vingt et un sujets, quatre présentaient des blépharites ulcéreuses ;

(Juatre , des conjonctivites cl «In» kératites simples ;

Cinq, (le* kératite* ulcéreuse* ;

Huit, île* kératites ulcéreuses, compliquées de bléplia rites arec ulcérations plus ou moins légères.

Parmi ces derniers sujets, Clémentine Bernard, en récidive, n'a sulii aucun traitement. L'année précédente , le* parents avaient consenti, non sans difficulté , à la laisser cautériser. L'ne guérison d'environ trois mois s'en était suivie; mais la rougeole venant à s'emparer de l'enfant, rappela l'oplitlialmie. Depuis , malgré lues instariccsauprès d'eux, le traitement caustique a été refusé D'autles médications mise* en usage u'ont pu détruire rédaction, qui dure encore.

Marie Barbier, après avoir eu un mieux très prononcé , dûau traitement can&tique, a éprouvé plusieurs rechutes. — Un eczéma de l'oreille m’a paru en être la cause.

C'est sur elle et sur Clémentine Besnard que j'ai particulièrement remarqué que, chaque fois que les narines et les yeux s'irritaient, la lèvre supérieure se tuméfiait en même temps, t ne quatrième, Marie Vilain, a été obligée de quitter Tours au milieu de mon traitement. Cette circonstance a été d'autant plus fâcheuse, que cette interruption l'a exposée à perdre le bénéfice du mieux qu’elle commençait à ressentir. Enfin , plusieurs des autres sujets précités n'ont pas été soumis au traitement caustique ; je n’en parle que parce qu'ils offraient l’engorgement catarrhal de la pituitaire. Tous ceux qui ont

étc cautérisés avec exactitude ont obtenu une amélioration notable ou la guérison , qui a été lente ou rapide, suivant

les parties^ malades. En effet, c’est en raison des tissus

affectés que la cautérisation agit plus ou moins promptement. Ainsi, les conjonctivites et les kératites simples sont celles qui guérissent le plus vite.

Les conjonctivites et les kératites ulcéreuses peuvent encore parfois se cicatriser par la seule cautérisation nasale. Ce fait a été mis dans toute son évidence sur les yeux d’Alexandre Pasquier eide Joséphine Gandon. J’ai fait voir ces enfants à plusieurs de mes confrères, j’ai même présenté Alexandre Pasquier à la Société médicale d’Indre-et- Loire. Chez ces deux enfants, le traitement caustique a fait tous les frais de la guérison. Pourtant, je pose en fait, qu’en y joignant les pommades, les collyres et les remèdes internes usités dans cette ophthalmie , on trouvera en eux, comme je l’ai dit, pages If* et 18 de mon mémoire, de puissants auxiliaires pour obtenir une cure radicale.

Quant à la blépharite ulcéreuse , c'est , de toutes , la plus tenace. Il estnécessaire de traiter localement les ulcérations. La cautérisation nasale fait bien passer en partie l’inflammation de la muqueuse voisine des paupières, diminue le gonflement de celles-ci ; mais les ulcérations de leurs bords résisteraient souvent et pourraient raviver l’inflammation , si l’on n’avait recours à des topiques et notamment à la cautérisation des ulcères du bord des paupières , avec le

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crayon de nitrate d'argent, suivant la méthode du professeur Velpeau J'en ai retiré «le grands avantages. J'ai même étendu une solution concentrée de ce sel sur toute la peau des paupières , et la résolution de l'engorgement de celles-ci s'e»t effectuée soit en totalité, soit partiellement.

In résultat «pie je ne saurais trop signaler, «'est la moindre fréquence des récidives, lorsqu'on a eu recours aux cautérisations nasales; elles ont donc l'avantage, en guérissant le principal foyer du mal , de rendre la cicatrisation des ulcères de la cornée et du bord des paupières plus facile et plus durable,

Kn vérité , l'innocuité du nitrate d'argent sur les muqueuses est quelque chose de bien précieux. Le seul reproche qu'on puisse adi essor à ce caustique, comme à tous les autres , du reste , c'est d'occasionner une douleur et une cuisson , qui seront toujours une difficulté pour son emploi dans les cas ordinaires , chez les enfants surtout. Quoique les souffrances qu'il occasionne soient passagères, il arrivera qu'elles éloigneront même de grandes personnes de se laisser cautériser. Aussi , loin de pré tendre donner une grande extension à cette médication , je crois devoir dire «pie ce n’est guère que dans I ophthalmie scrofuleuse et dans quehpics ophthalmies rebelles que l’on pourra y avoir recours. Au reste , dans des cas de ce genre, l’on obtiendra souvent des succès, qui contribueront h démontrer de plus en plus 1 utilité <ie celle médication. Par exemple, dans certaine forme d’ophtbal-

mie catarrhale, passée à l’état chronique (conjonctivite chronique), le nitrate d’argent porté dans les fosses nasales, en même temps que j’usais de collyres ou de pommades , m’a également réussi ; tandis que ces remèdes employés seuls avaient échoué. Ici , sans agir directement sur le mal, comme dans l’engorgement de la pituitaire, i) détermine sur le point touché une puissante dérivation , qui se traduit par de nombreux éternuements et une sécrétion abondante de mucosités, d’où résultent l’affaiblissement et le déplacement de la phlegmasie oculaire.

Enfin, le traitement des diverses variétés d’ophthalmies scrofuleuses , dont je viens de parler, m’a mis de nouveau à même d’apprécier la nécessité d’attaquer ces affections par la cautérisation de la pituitaire ; car souvent, après avoir résisté pendant longtemps à plusieurs médications , elles cèdent plus ou moins vite , à l’action de la cautérisation nasale , seule , ou combinée avec des topiques oculaires et le traitement interne.

Ce n’est donc pas sans fondement que M. Velpeau a déclaré , dans le rapport qui précède , que ce genre de cautérisation méritait d'être conservé.

Mais, pour en faire usage, il faut, je crois, observer certaines règles.

Ainsi , comme pour la cautérisation pharyngienne dans la diphthérite , le nombre , le degré de force des cautérisations doit varier, en raison de la sensibilité des parties, de l'intensité et de la ténacité du mal , etc. Pour moi , je

préfère la crayon de mirait* d'arpent à *a solution. Je l in troduis , après l'avoir humecté d'eau , aussi avant que pos sible dans le canal formé par le plancher des fosses na sales et le cornet inférieur. Lorsque je l'ai laissé quelques secondes, je le retire C’est alors, en effet, que la souffrance arrache des cris aux enfants; mais elle est de peu de durée Au bout d'un quart d'heure , elle est ordinairement passée. Il peut arriver quelquefois . bien rarement, que l'action du caustique aille jusqu'à produire sur la conjonctive une inflammation nouvelle, d'une autre nature , qui cède, du reste, d'elle même au bout de quelques jours, si on cesse les cautérisations et si l’on applique sur l’œil des émollients Kilo est sans danger; et, quand elle a disparu , l'oplithalmie en ressent tout le bienfait , c’est-àdire qu’elle se termine plus promptement.

Knfin , sans vouloir dire que celle affection ne résistera pas quelquefois à la médication que j'ai proposée, je crois devoir répéter que celle médication unie aux autres moyens que l’on emploie en pareille circonstance , en triomphera le plus souvent. Puisse la thérapeutique si difllcile et incertaine de cette affection tirer quelque profit de tout ce qui précède !

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