DE HERNIE INGUINALE ÉTRANGLÉE
opération; guérison.
Obs. I. — Le 9 juin 18S4 , à 1 1 heures du soir, je fus appelé pour donner des soins à Buels , qui habitait la commune d’Hundelgem.
Celte dame, âgée de 68 ans , d’une constitution nerveuse, me raconta, que depuis cinq à six ans elle s’était aperçue d’une entérocèle du côté droit , qui jusqu’alors , avait toujours rentré avec beaucoup de facilité; que, pour la maintenir réduite, elle avait d’abord fait usage d’un bandage en toile , et plus tard d’un brayer à ressort métallique ; que ce dernier, beaucoup trop grand pour elle, ne maintenait à la vérité sa hernie qu’imparfaitemeut , mais que cependant, elle n’en avait jamais éprouvé d’autre inconvénient que la gêne de repousser la tumeur chaque fois que les intestins s’échappaient de dessous la pelote. Ce jour là cependant , vers les quatre heures du soir, et sans causes appréciables, les intestins s’échappèrent tout à coup, et malgré tous les efforts de la malade , elle ne pût parvenir à les faire rentrer.
Ayant obtenu ces renseignements, je fis placer la patiente dans une position convenable pour pratiquer le taxis , je reconnus que la hernie était inguinale, et qu’elle formait dans l’aine droite, une tumeur de la grosseur d’un œuf d’oie , extrêmement dure, et douloureuse seulement lorsqu’on exerçait des efforts pour la réduire.
Après avoir pendant plus de deux heures fait des tentatives infructueuses, et employé en vain tous les moyens indiqués pour réduire les intestins herniés, je fis arranger le lit de manière à ce qu’il présentât un plan incliné, afin que la malade une fois couchée, eût le bassin plus élevé que les épaules; pour que le poids des intestins pût favoriser la rentrée delà partie herniée.
La malade n’éprouvait aucune douleur, le ventre n’était point ballonné ; elle avait la langue humide, le pouls normal. Comme cette
dame était extrêmement nerveuse et assez délicale, je me bornai à prescrire, outre la position que j^ai indiquée plus haut , la diète , du petit lait pour boisson ; l’application de douze sangsues sur la tumeur; à leur chute un bain , puis cataplasme émollient et un lavement avec huile de ricin Hij.
Le 10 dans la matinée, même situation et prescription; le soir, nulle amélioration, la malade n’a point eu de selles, même régime ; lavement avec une infusion de séné. Eau laxative de Vienne à prendre en deux fois, à quatre heures de distance.
Le 11 , la potion purgative a occasionné des vomissements : point de selles, même état de la tumeur, toujours même impossibilité de la réduire. On continue les cataplasmes et les bains, des frictions sont faites sur la tumeur et à son pourtour avec l’extrait de belladone, les lavements sont rendus excitants par le séné , la rhubarbe, le tabac; on introduit dans le rectum des suppositoires de même nature.
Ce traitement fut continué jusqu’au 1*1. A celte époque la malade n’avait pas encore eu de garde-robe, le ventre était légèrement tendu; la tumeur avait toujours le même volume et la même dureté, aucun changement de couleur à la peau qui la recouvre, seulement elle était un peu plus douloureuse. La moindre ingestion de boissons produit des vomissements; la langue est fraîche, le pouls donne 60 à 70 pulsations par minute.
La malade voyant l’insuccès des moyens employés , ne pouvant plus longtemps supporter le malaise qu’elle éprouvait et qui augmentait à chaque instant par les vomissemenis qui devenaient de plus en plus fréquents , fatiguée de la position gênante dans laquelle elle était couchée depuis si longtemps, et se confiant entièrement dans les secours de l’art, réclama avec instance l’opération.
Vaincu parles obsessions de la malade, après une consultation avec un collègue qui fut entièrement de mon avis, et dans la crainte que d’un moment à l’autre l’inflammation de la hernie ne vînt à se développer, je me décidai à recourir immédiatement à l’opération.
Eu conséquence, le IS à trois heures de l’après-midi , je pratiquai l’opération, dont il est inutile de donner la description; je ferai seulement remarquer qu’après l’ouverture du sac, le débrideraenl de l’anneau et la destruction des adhérences qui étaient nombreuses et paraissaient déjà anciennes, et après m’être assuré que l’anse intes tinale était saine, j’essayai de la repousser, mais ne pouvant encore parvenir à la réduire, j’introduisis mon doigt indicateur gauche dans de canal inguinal, afin de m’assurer de la nature de l’obstacle. Ar*
rivé à l’oriftce supérieur ou interne , je reconnus que cette partie fjrmait un second étranglement; je glissai aussitôt le bistouri boutonné le long de mon doigt , et je débridai cette partie avec la plus grande précaution. J’attirai ensuite au dehors les intestins jusque derrière la partie qui avait été com[)rimée , afin de m’assurer qu’ils n’avaient éprouvé aucune altération; puis je les réduisis avec la plus grande facilité. Après le pansement la malade fut mise au lit , diète, boissons rafraîchissantes.
Le 1-4 , l’opérée se trouve bien, nulle douleur, pouls et langue à l’élat normal , constipation, môme régime; ol. ricin ^ij.
Le 18, la malade a eu deux selles, évacuation d’une grande quantité de vents. On lève l’appareil. Commencement de suppuration. Depuis le 18 juin jusqu’au 10 juillet, époque où la cicatrisation fut omplèle, aucun accident ne survint, et la malade qui depuis quelques jours se levait, fut entièrement guérie et put vaquer à ses occupations.
Obs. il — Simon Boulanger , domestique de ferme chez le bourgmestre de la commune d’Oomberge , d’une constitution pléthorique, âgé de trente cinq aus, avait une hernie inguinale droite, ancienne et vt»lumineus0 , et ne portait point de bandage. Il revenait d’avoir été chercher de la chaux, lorsque arrivé à une lieue de chez lui, au moment où il s’élancait pour sauter sur le dos d’un des chevaux, il ressentit dans sa hernie unedouleur vive, et s’aperçut en même temps que son volume était plus que doublé. Il essaya mais vainement de la repousser. En arrivant à la ferme, et malgré des douleurs inouies, il va sans se plaindre, se coucher sur un tas de paille sous un hangar , où on le trouve quelques heures après, et d’où on le transporte dans son lit. On vint aussitôt me chercher, j’arrivai près du malade vers les six heures du soir, environ cinq heures après l’accident ; je reconnus une hernie inguinale droite qui descendait jusque dans les bourses; elle formait une tumeur allongée, de la grosseur de la tête d’un enfant nouveau-né. Tous les symptômes de l’étranglement existaient au plus haut degré; douleurs vives dans la tumeur et dans l’abdomen qui était fortement tendu, vomissements, anxiété, hoquets, pouls petit , fréquent et serré, soif intense , etc.
Après une forte saignée générale, après avoir mis le malade au bain, et avoir tenté pendant plus d’une heure de réduire la hernie sans y être parvenu, j’ordonnai une application de quaranle sangsues, et l’usage de fomentations émollienles, un second bain et des lavements souvent rèpélés. Je fis coucher le malade sur un plan incliné
de - manière à ce que le bassin fut plus élevé que les épaules.
Le lendemain les accidents ne sont nullement amendés, la figure du malade exprime les plus grandes soulTrances, je fais de nouvelles tentatives de réduction , mais sans succès. Considérant la force et le tempérament du sujet, la véhémence des symptômes, je fus d’avis que le moindre retard apporté à l’opération , permettrait à la gangrène de se manifester. Je crus donc devoir procéder immédiatement à l’opération; comme j’avais prévu cette nécessité , j’avais invité un de mes collègues à m’accompagner. L’opération ne présenta rien de remarquable. Après avoir ouvert le sac, on vit les intestins, qui étaient sortis en grande quantité, d’une couleur rosée mais sans altérations ; l’anneau ayant été débridé , je fis rentrer successivement la partie du canal intestinal herniée. La plaie fut réunie par quelques bandelettes agglutinatives, elle fut recouverte de charpie , de compresses, et le tout fut maintenu par le spica. Prescription, diète , boisson rafraîchissante. Le lendemain le malade se trouve bien, je prescris, ol. ricin ^ij , qui procurent une selle liée.
Le deuxieme jour de l’opération , la plaie présente un aspect favorable à une prompte cicatrisation, une garde-robe, bouillon do veau.
Dès le sixième jour on s’aperçoit que le scrotum augmente de volume, et que celte augmentation dépend d’une accumulation de sérosité dans le sac herniaire qui n’a pu être réduit à cause d’adhérences anciennes.
Le douzième jour la plaie étant cicatrisée, je passe au moyen d’une aiguille courbe, un fil double, à travers la tumeur du scrotum, faisant sortir les deux bouts de fil à un pouce et demi de distance et je le noue fortement. La sérosité s’écoule lentement , des compresses imbibées de vin tiède furent appliquées. Dix jours de ce traitement et de repos procurent une guérison radicale et de la hernie et do l’hydropisie consécutive du sac herniaire.
La hernie est sans doute une affection qui n’est rien moins que rare, puisqu’on la rencontre journellement. Des praticiens du plus grand mérite s’en sont occupés et je suis loin d’avoir la prétention do vouloir ajouter quelque chose à la description que Scarpa , Cloquet et autres nous ont donnée de celte maladie, de ses complications et des moyens auxquels il faut recourir pour y remédier. Ce n’est pas dans ce but que je livre les observations précédentes. Après avoir étudié avec attention tout ce qui a été dit sur ce sujet , on reste convaincu qu’il y a un point important de la thérapeutique de ceiteaffec-
lion qui n’a pas été éclairci; ce point, c’est l’indication précise du moment où le chirurgien doit recourir au dèbridement de l’anneau. Cette lacune est cause de la divergence d’opinions qui existe chez les praticiens , et des critiques souvent si mal fondées de presque toutes les opérations de herniotomie. En effet, vient-on à opérer une hernie avec succès , on vous reproche de vous être trop hâté, peutêtre, dit-on, si vous aviez temporisé seriez-vous parvenu à la réduire sans avoir dù recourir à ce moyen extrême, peut-être l’anse intestinale étranglée se serait-elle réduite spontanément comme on en a une foule d’exemples. Est-on obligé dans un autre cas de pratiquer cette opération , en ouvrant le sac herniaire , trouve-t-on les intestins envahis par une inflammation intense prête à passer ou déjà passée à l’état de gangrène ; les reproches seront plus vifs encore, on vous fera un crime de votre temporisation, heureux encore si on ne vous accuse pas d’impéritie. Dans cette alternative quelle est la conduite que le praticien doit tenir? Il me paraît qu’il devra se guider d’après la gravité des symptômes, et d’après sa conviction intime. Si la nature des symptômes le permet , employer tous les moyens indiqués pour parvenir à la réduction de la hernie sans opération , mais si la violence des symptômes est portée à un haut degré, recourir au plutôt au dèbridement de l’anneau ; car on ne contestera pas, que si opérer trop tôt est une faute , opérer trop lard en est une bien plus grande.
La herniotomie n’est point une opération essentiellement mortelle; je suis convaincu, au contraire , que, pratiquée avant que l’inflammation de l’intestin et du sac ne soit portée à un haut point d’intensité, elle réussira dans presque tous les cas ; mais aussi que , pratiquée lorsque l’inflammation a eu le temps de faire des progrès ou lorsque déjà elle est passée à l’état de gangrène, les succès seront de rares exceptions, et si les malades, dans ces cas conservent quelquefois la vie, ce n’est souvcnlqu’au prix d’une incommodité qui la leur rend à cliarge. C’est à l’appui de cette conviction que je donne les observations précédentes. Je pourrais citer d’autres cas pour lesquels j’ai été appelé après qu’on avait pendant plusieurs jours employé vainement tous les moyens indiqués pour obtenir la réduction ; je trouvai les intestins gangrénés, et l’opération ne put sauver ces malheureux.
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