Tome 11. i
la politesse seule empêche de donner un autre nom. La vicomtesse deFossais^ grande^ forte et brune foncée , avait de gros yeux noirs qu'elle croyait beaux, une bouche immense, de belles dents, de vives couleurs , des bras énormes^ un pied à Favenant , une voix de tonnerre , et des habitudes qui tenaient singulièrement de notre sexe; à ces avantages physiques, que nul ne lui contestait, elle joignait une fougue de tête qu'elle prenait pour de la vivacité de cœur ; elle affichait des prétentions à l'esprit et répétait sans cesse qu'elle n'avait pas le sena commun ; et sur ce dernier point elle disait vrai.
A l'entendre, elle faisait de l'amitié un culte ; mais en général , elle ne prenait ses amis que parmi les hommes^ et parmi ceux-ci , elle choisissait, non les plus beaux, mais ceux dont l'extérieur pouvait faire supposer qu'ils étaient susceptibles d'un sentiment solide. La vicomtesse deFossais n'aimait pas les femmes, elle avait tou«» jours cent horreurs à nous en raconter; les plus jeunes^ les plus jolies surtout^ à l'en croire, étaient des monstres dont il fallait se garder ; les vieilles lui inspiraient moins d'aversion. Ellle recevait la cour et la ville , l'épée et la robe , le clergé et la bourgeoisie ; il y avait même des heures où cette
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personne universelle admettait dans son intimité déjeunes et irais ouvriers , et jusques à son valet de chambre. Certes, personne plus qu'elle n'était feitpour opérer la réunion des trois ordres si cette réunion eût pu avoir lieu ; au demeurant y elle poussait à l'excës la manie de la noblesse 9 et Texagération du royalisme.
Elle comptait au rang de ces femmes qui , par leur fblle conduite^ faisaient tant de tort au roi et à la reine ; elle compromettait ces illustres personnages par les propos les plus dangereux , leur attribuant des intentions qu'ils n'eurent jamais^ et leur supposait <les projets de ven-* geance^ tandis que Louis XYI n'aurait voulu que tout concilier et tout pardonner. La vicomtesse de Fossais y ainsi que ses folles compagnes ^ s'était donné la charge de prêtresse de la Discorde. EUle insultait de ses regards^ de ses gestes y de ses paroles , ceux qu'il n'aurait pas fallu aigrir; elle les menaçait^ les pourchassait^ leur sup« posait les vues les plus criminelles y de manière à les exaspérer et à les pousser à des extrémités auxquelles ils ne se seraient point portés^ si on avait tenu à leur égard une conduite plus mesurée, plus prudente.
Depuis quelque temps , elle avait pris à tâche
de me poursuivre de ses dédains et de sessarcas-^ mes, etcela, d'abord, parce que je lui avais montré trop de respect dans une circonstance où elle m'aurait pardonné facilement de lui en avoir manqué; et, en second lieu, à cause de ma liaison avec plusieurs membres de l'assemblée nationale , dont les opinions n'étaient pas les siennes. Elle me tourmentait, soit dans les sociétés qui nous étaient encore communes , soit dans les jardins de Versailles , ou dans les appar» tements du château, d'où elle ne bougeait plus; elle était presque toujours accompagnée d'une marquise de Boulain... , qui ne valait pas mieux qu'elle, et dont je tracerai plus tard le portrait ; d'une vicomtesse de Fausse-Landry, qui prenait l'extravagance pour le sentiment, et de ma» dame de Montiez... , chanoinesse dans la force du terme.
Ce groupe errait ordinairement dans le parc , provoquant au royalisme de manière à en dégoûter ceux qui étaient le mieux disposé en faveur de cette opinion, toujours vêtues de blanc, chargées de fleurs de lis artificielles, criant à tue-tête ce qu'elles eussent mieux fa^it de taire ou de dire tout bas , devenant rouges comme des coqs si elles passaient auprès de Mathieu de Montmo-
rency, de Clermont-Tonnerre , de La&yette , ne les regardant que de travers, ne leur parlant point y mais tenant à leurs oreilles les propos les plus offensants. EUles me faisaient peur , je ne crains pas de Tavouer, et jejes fuyais conmie on fuit la peste ^ malheureusement on ne peut éviter sa destinée : je les rencontrai un jour face à face sur l'escalier de marbre du château de Versailles, c'était le i^r octobre, je venais d'accompagner mon oncle chez Monsieur, qui l'avait mandé près de lui.
Madame de Fossais , me saisissant par le bras : « D'où venez-vous, traître, me dit-elle, homme » sans honneur , et qui abandonnez ainsi le » service de Dieu , du roi et des dames? »
L'apostrophe était directe, prononcée avec aigreur et à haute voix; j'aurais dû m'en fâcher, répondre avec amertume; je n'en fis rien, et j'eus tort. « Madame, lui répondis-je, quant au » premier grief, à moins que mon confesseur ne » m'ait trahi , je ne sais pas sur quoi vous pou- )i vez le fonder ; je vais à la messe comme vous M le dimanche , la différence qu'il y a entre nous » deux, c'est que je n'admets pas dans mon inti» » mité les superbes grands-vifcaires de nosseiij gneurs les évêques. En ce qui concerne le
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» second grief, je vous certiBe que je ne laisserai » jamais le monarque pour aller cabaler loin de » lui; et , pour ce qui regarde le troisième , ma » discrétion me commande de me renfermer » dans un silence complet , que ces dames , vos » amies , sauront apprécier,
— » Vous voyez bien mauvaise compagnie , » me dit alors madame de Fausse-Landry. — M Je ne le crois pa^, répliquai-jc. -— Cela esl » pourtant , et pour vous réhabiliter dans l'opâ- » nion de la bonne société, vous ne nous quit» )) terez pas d'aujourd'hui. »
Si j'avais été plus méchant , j'aurais pu leur &ire observer que ce qu'elle^ m'offraient n'était pas le moyen de parvenir à ce but ; car la lé-^ gëreté de leur vie privée prêtait à de singuliers propos; mais j'étais jeune, je craignais une esclandre, et je me résignai à mon sort. Madame de Fossais,.qui peut^tre n'avait pas renoncé à ses projets sur moi , s'empara de mon bras avant que j'eusse pu l'oflfrir à l'une d'elles, et nous nous mUnes à marcher presque au hasard, recrutant çà et là des hommes de bonne ou de mauvaise volonté , qui devenaient, auprès de ces dames, mes compagnons d'infidrtune. La vicomtesse de Fossais , s'éloignant un peu du groupe , me dit ;
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« Elh bien! nous allons donc en finir. avec ces M misérables démocrates ( ce nom était dans sa R nouveauté); ce jour leur sera funeste, et n avant la fin de la semaine , on aura pendu » la moitié de l'assemblée nationale. »
Gedébut piqua ma curiosité, et je la priai de s'ex« pliquer; elle y consentit sans peine, et poursuivit en ces termes : «Les gardes-du-corps donnent » aujourd'hui un repas aux officiers du régiment M de Flandre; les vins ne seront pas épargnés, et » quand force bouchons auront sauté, les têtes » partiront également ; alors on proposera de » marcher contre l'assemblée rebelle, pour la dis- M soudre, et on la dispersera ; cela Esût , on pous* » sera jusqu'à Paris , et malheur à tout membre I) de la commune , à tout officier de la garde » nationale , ce sera de la justice bottée , ils en I) seront passibles ; et Dieu sait si le grand pré« » vôt Içur fera grâce. Cela fait , on expédiera » des courriers dans chaque ville , chaque bourg, » chaque village, avec l'ordre de pendre à l'heure » même tous les meneurs , et à la suite dç cet » ordre vigoureux , nous rentrerons dans le » calme. »
Ceci ne me parut qu'une de ces aHreuses extravagances, qu'un de ces rêves horribles que
ces femmes furiboodes essayaient de faire passer pour des réalités. Cependant , je ne tardai pas à m'apercevoircpi^il se tramait quelque chose; mais ce n*est pas tout de vouloir frapper un grand coup y il faut avoir la main assez forte pour assurer son effet ; et à Versailles, si les éléments d'une conspiration désespérée ne manquaient pas, on ne rencontrait point de caractère supérieur et propre à en diriger les mouvements ; on agissait, on se remuait , mais nul n'était là pour commander avec succès.
Unetable immense avait été placéesur le théâtre de la salle de comédie du château ; les militaires de la maison du roi et du régiment de Flandre l'occupaient seuls; une multitude de femmes, mises avec élégance , remplissaient les loges , les galeries ; une (bule de gentilshommes étaient assis dans le pan;erre; l'illumination rappelait celle des plus belles fêtes. Le délire était à son comble : on n'entendait que des cris de vive le roi ! vive la reine ! vivent les princes ! On répétait en chœur , et avec un enthousiasme furieux, l'air célèbre : 0 Richard y 6 mon roi! Tout à coup, et pour ajouter à l'ivresse, voilà que le roi entre dans la salle , suivi de la reine , qui portait monseigneur le dauphin ; tous deux
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le présentent aux yeux de rassemblée , et sem« blent vouloir confier à ceux qui y sont réunis la garde de leurs personnes sacrées^ et le soin de leur vengeance.
Il faut avoir été témoin de l'agitation frénétique que l'arrivée de la famille royale inspira en ce moment , pour s'en faire une idée ; c'était un véritable fanatisme^ il se manifesta par des cris^ des transports, des actes de folie sans pareils; on escalada les diverses parties du théâtre , les loges , les galeries , on foula aux pieds la cocarde nationale , et l'on reprit celle qui jusque là avait été le signe de ralliement des Français. Les dames , pour en fournir à tous ceux qui leur en demandaient , n'hésitërent pas à couper les rubans qui ornaient leurs robes et leur chevelure; elles les distribuaient en faisant jurer à tous de combattre et de mourir pour la cause royale. Les buveurs promirent tout ; et certes , plus d'une fois, en ce moment^ des ageats secrets essaye^ rent de les entraîner dans une démarche bien dangereuse.
Madame de Fossais disait sans cesse : « Quand w donuera-t-on le signal ? à quelle heure mar» >» cberont-ils vers l'assemblée?.... » Ils n'en firent pourtant rien, car, je le répète, il n'y avait
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là personne pour commander ; les bras ne man» quaient points mais on avait beau chercher, on ne trouvait point de tête.
« Les imbécilles ! disaient autour de moi plu- » sieurs dames , ils achèveront de s'enivrer , et » ils ne frapperont jamais le grand coup. » En effet y il fut en cette circonstance débité beaucoup de paroles y on étala les plus beaux sentiments du monde^ et en résultat on ne fit rien. Je m'étais séparé des dames qui m'accompagnaient : au milieu de la confusion^ et pour mieux observer cette bacchanale sentimentale^ je montai à la dernière galerie; là je rencontrai, a demi cachés derrière une colonne^ deux personnages^ l'un de ma connaisaance intime^ c'était Robespierre, et l'autre que je voyais pour la premièrci fois.
Ce dernier était petit ^ mal fait^ et d'une laideur repoussante; ses vêtements sales et négligés ne relevaient point sa piètre physionomie ; il y avait néanmoins de la chaleur dans ses yeux y de l'expression sur son visage, et de la vivacité dans ses mouvements ; sa parole était dure , tremblante, saccadée; les phrases qu'il employait n'é» talent pas sans énergie; il contemplait avec une sorte de rage sardonique le délire des convives, et des convulfiioas involontaires faisaient crisper
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ses mains ; on ne pouvait en le regardant , se défendre d^une sorte de dégoût et d'effroi : ce pouvait être un personnage extraordinaire , mai^
certes ce n'était pas un homme de bien c'é-
tait Marat !
Rc^espierre me reconnut : u Que faites-vqus Il ici , me dit-il ? vous venez de prêter un sei*- » ment de mort , vous portez à votre chapeau » la marque du carnage; savez*vous qu'un tel » acte est séditieux. ••?»
Ce propos si peu en harmonie avec ce que je venais d'entendre me frappa d'autant plus vivement : H Je suis venu ici par hasard ^ ré- » pondis -je; et alors ^ ajouta Marat en se M mêlant à notre conversation , Monsieur , en » se voyant dans cette forêt , s'est mis à hurler » avec les loups. »
Tels furent les premiers mots que j'entendis sortir de sa vilaine bouche. Puis il poursuivit : a Mais patience , rira bien qui rira le dernier. » Je voudrais qu'on pût me dire combien^ dans » deux ans d'ici , il restera de ces têtes extra va» » gantes sur ces épaules qui semblent lasses de » les porter. »
H y eut quelque chose de si atroce dans l'inflexion de sa voix^ de si épouvantable dans le jeu
in MEMOIRES
de ses traits, que je frémis involontairement en l'entendant parler ainsi , et, quoique je ne le connusse pas, je ne pus m'empêcher de lui répondre : « Songez à ce que vous dites , mon- » sieur^ et en quel lieu vous le dites. »
Je ne sais s'il eut peur, mais il me répondit presque effrayé: «Vous avez raison^ la place )i n'est pas tenable ; bon soir, messieurs. » Et il sortit. /
« Voilà, dis-je à Robespierre, un compère à » bonnes pensées , on ne prétendra pas qu'il w voit l'avenir couleur de rose.
— M II le- voit couleur de* sang, comme il doit w être y répondit Robespierre. — Quoi ! vous » aussi ? — Ne voyez-vous pas que la Cour agit » sans aucune bonne foi ? elle nous trompe , elle » nous joue. — Le roi , pourtant! — En bien ! >) le roi peut avoir des intentions excellentes , » à quoi serviront - elles , si sa faiblesse met » obstacle à leur exécution ? Il faudra en finir w avec tous ces gens-là , et si vous voulez m'en
*) croire »
Il n'acheva pas, car ayant jeté autour de lui un regard scrutateur , il aperçut plusieurs gardes-du-corps qui venaient nous inviter à partager leur enthousiasme. Robespierre n'a =
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vait pas de cocarde blanche y force fut à lui d'en accepter une^ et même avec des démonstra» tions de contentement ; car ceux qui la lui ofiBradent étaient échauffés à un tel point qu'un refus lui aurait attiré une a%ire désagréable ; ils étaient gens à le précipiter dans, le parterre pour peu que son royalisme eût paru douteux. « Allons nous-eo ^ ne tarda-t-il pas à me dire^ » il fait ici trës chaud ^ j'ai besoin de respirer » en plein air. »
Je partis , et en sortant, je lui demandai le Dom de son compagnon , il me le fit connaître. .?ious descendîmes sur la place d'armes ^ là il arracha sa cocarde blanche avec un mouvement de dépit , et ne put s'empêcher de s'écrier : ils me le paieront cher! En effet, on sait de quelle manière il a puni ceux qui à ce moment n'a» vaient pas l'intention de l'offenser person» nellement ^ il me quitta pour se rendre à l'assemblée, et moi je rentrai chez mon oncle.
Il n'y était pas, mais je trouvai un individu de bonne mine qui l'attendait ^ l'inconnu se nomma, c'était le marquis de Favras , homme de qualité , qui avait épousé la fille légitime du prince d'Anhalt-Schanenbourg , et dont la tête ardente ne cessait d'enfanter des projets qui lui devinrent
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bien funestes. Il était revenu depuis peu dès
pays étranfjers, et comme il avait servi dans les gardes de Monsieur , il voulait se rapprocher de la personne de ce prince. Mon oncle pouvait Taider dans ce dessein , il était venu le trouver pour lui en parler. Je lui appris ce qui s'était passé presque à l'instant même , dans la salle de l'Opéra; il me demanda si Monsieur accompagnait son frère , ma réponse négative parut lui faire de la peine.
Mon oncle rentra , avec Tair fort inquiet , et alla au marquis de Favras avant de me parler. « Jemesuis occupé de vous, lui dit-il, on >) ne demande pas mieux que de vous voir et » de vous employer , on voudrait seulement » à l'avance connaître vos plans, afin de pou« » voir préjuger leur réussite.
— » Et si je les communique par intermé» » diaire, répondit M. de Favras, qui réfutera les » objections qu'on ne manquera, pas de faire ?
— < » Vous avez raison ; cependant on ne veut » vous admettre qu'après avoir lu votre mé- » moire, c'est la condition sine quâ non. Je » vous promets qu'il ne sortira de mes mains » que pour entrer dans celles de la personne » en question , et que j'insisterai auprès d'elle
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n afin qu'elle vous tienne la parole qœ je suis » chargé de vous donner en son nom. »
M. de Favras promit de porter le lendemain matin son mémoire y et puis il prit congé de nous. Des que nous fûmes seuls , mon oncle me fiiisant signe de passer avec lui dans sa chanw bre^ me demanda si j'avais été à la fiâte^ et sur ma réponse affirmative y il ajouta : a Mon tt INeu l je crains que cela ne tourne mal y » qu'on n'en Ëisse un crime à la famille royale* » J'ai remarqué à l'assemblée ^ parmi les me» » neurs , une joie qui m'a épouvanté ; savez- » vous quelque chose y vous qui voyez les Il mécontents ? »
Jelui racontai ce que j'avais entendu. Je lui tus néanmoins ]e propos de Robespierre , mais non ceux de Marat • « Celui-ci , me dit-il, est un fou, n quoique savant homme ; cependant, en sa qua« » lité de médecin des gardes-du-corps de M. le M comte d'Artois , il devrait être plus cîrcon- M spect. Mais, qui a maintenant de la retenue? f) toutes les digues sont firanchies , c'est a qui D bravera les convenances le plus ouvertement. n Croyes-moi , tirez-vous de cette société , elle N vous sera plus nuisible qu'utile. On va prendre » enfin des mesures Dieu veuille qu'elles
» réussissent mieux que les autres ! Nous mar» » chons à un bouleversement général. »
Le lendemain , M. de Favras revint ; il remit un rouleau de papiers assez mince et une lettre sous enveloppe, à l'adresse de Monsieur. Il insista pour qu'en retour de sa confiance, une audience lui fut accordée promptement. Mon oncle lui en renouvela la promesse , et tout aussitôt prit mon bras pour s'acheminer vers le châCeau y emportant avec lui le mémoire qu'on venait de lui confier. Nous fumes, droit à l'appartement du comte de Provence ;, car on appelait encore ainsi quelquefois l'aîné des frères de Louis XVI. Mon oncle était connu de toute la maison , il parvint facilement jusques à M. de la Châtre^, à qui il fit demander de le faire annoncer : peu aprës, on vint lui dire qu'il pouvait entrer. Je demeurai dans le salon voisin avec le premier gentilhomme,queje connaissais peu ; il employa le temps que nous passâmes e.n^emble, à me faire l'éloge de mon parent , et cela avec d'autant plus de chaleur qu'il ne l'aimait point , etqu'il redoutait son influence auprès du prince.
Au bout de vingt minutes , on sonna de l'intérieur , le comte de la Châtre rentra , il ne tarda pas à ressortir pour me dire : « S. A. R.
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» VOUS denidûde 9 monsieur. » Je n'étais pas préparé à Thonneurde^paTaîtape devant le prince, et j'avoue que je lufireatirèn^nient troublé) néanmoins je .m'enrpressai dk>béif, MoNSflsuR était assis dans; un larges feuteùU de v-élotÀrsroujg^e y il avait auprès' de- lui Mn bureau d'ébëne et â'é« caille , incrusté d'ornements fen ôr et en argent. Ce bureau était couvert de papiers f je crwBfé^ connaître dans le nombre le mémoire du marqiiisi deFavras. .' * »■
MoNsiEtrK avait alors trente-quatre âtis y - ^>frU gure très animée et embiellie par de vives coulieufls^ était charmante; il av^îtde grands year blëi;^ remplis d'expression et de mâlice^-uil4»oâfrire très fin , très agréable ,:qtii cependant en rexankinfairl avecsoia; aniionçaît 'peu. lie franchise. Ce prince n'était {ias>âU88i heureusement partagé'^ dans le restedesa ^rsonne; des hanches énormes ]eréà^ daient presque difforme, il marchait avec p^eirtéfet toujonrs'èp se dandinant comme tous les priiicëâ de sa fartiille ; il- pairlait avec pureté et élé»i gance*; il avait de l'espvit , cherchait souvent la pointe et la rencontrait queiqueibis ; il^uppléait au savoir parla mémoire*^ aiHiait lescalembourgsj les bons mots, même ceuk qui pouvaient scari^ dalîsiër les oreilles pudiques^ les siennes Tétaient'