‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 46 sur 54 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Fautes du directoire. — Insurrection du midi. — > Docaments inédits.

— L'institut philantropbique. — Ses statuts. — Ses agents. — Ineptie des commissaires royaux. — La Poorquerie Dubonrg. — L abbé Roque de Montgaillard. — Sa famille. — U Tient intriguer à Toulouse. — M. de Vaure. ^ Le général baron Bougé.

— Le comte Jules de Paulo. — Comité royaliste de Toalonse. •— Le baron de Villeneuye Beauville. — L'avocat Jamme.— Nonveau comité., — Portrait de ses membres. — Étendue de ses rdations.— Louis XYin fixe le jour du soulèyement. — État de k France.— Portrait de quelques che& royalistes. — Qninqniry d'CMÎTe. — - Roquemaurcl. — Assemblée générale. — On arrête les points de TatUique. — Le général Rougé cbargé de s^emparer de Tonlonse.

L'absence de Napoléon parut fatale à la fortune de la France; nous perdîmes dans la campagne suivante les conquêtes que nous devions en grande partie à l'épée de ce héros. Les Russes^ sous la conduite de Suwarow, nous enlevèrent l'Italie y et le 4 J^^^ '799 ^ prince Charles gagna la bataiUe de Zurich; cdlede Noivi^ livrée le 1 5 du même mois^ nous fut également

DUN PAIll DE FRANCE. * 4^1)

funeste; mais déjà avant ces refers ceux qui les avaient précédés étaient venus relever singuliè» rement les espérances des royalistes 5 ils se^^hit» tërent d'atteindre bientôt au moment où* ils pourraient renverser le directoire, qui leur étek»>i> insupportable, et dont le joug pesait d'une Wft* .'•J nière si avilissante sur notre belle patrie ; et*de rétablir à sa place, sur sa base antique, le trône de la monarchie légitime. Les mesures atroces |)rises à la même époque^ par un gouvernement timide et par conséquent cruel , exaspérèrent les esprits; cette loi des otages, qu'il lança et qui parut encore plus odieuse que celle des sus* pects, due à Merlin, de Douay, enflamma d'in« dignation tous les cœurs, priûci|>âlemènt dan^ le midi de la France , où éclata au mois d'août de la même année , une insurrection dont les résultats auraient pu être immenses.

On connaît peu cette partie de notre histoire moderne ; la Vendée attira toujours à* elle toute Taitentioa, soit par la durée dé sa résistance, soit par la grandeur de ses héros , soit par l'imp* portauce des combats qui s'y livrèrent ; la chose a été poussée au point que l'on a ignoré générale* ment', et que beaucoup de gens ignorent encore, que dans les départements de la Haute-Garonne,

43o MÉMOlRÈiS

du Gers et de FArriège, des Français fidëles an roîj essayèrent de renverser la république , dans un temps où la réussite n'était pas impossible ; on ne trouve jusques à présent, dans aucun ouvrage^ le récit de ce qui se passa à cette époque; le seul abbé de Montgaillard en a dit en passant un mot dans sa volumineuse histoire de la révolu^ tion ; mais la nature du rôle qu'il a joué dans cet événement, l'a empêché de le traiter comme il aurait pu le faire , s'il eût consulté ses souvenirs, et s'il eut écouté sa conscience et ses re» mords. Je tâcherai de remplir cette lacune en me servant tantôt d'un mémoire, que je dois à l'amitié d'un jeune littérateur de ce pays^ qui le tenait lui-même, d'un officier-général , l'un des principaux che£s de l'insurrection royaliste^ tan-« tôt du souvenir des récits que m'ont faits nombre d'insurgés, tous gens pleins d'honneur etde pro«i bité. Je présume que l'on me saura gré de jeter quelque lumière sur cet incident qui ^ quoiipe de peu de durée, ne prouva pas moins que la résistance de la Vendée, le désir d'une partie des Français de rentrer dès cette époque sous le sceptre paternel de la maison de Bourbon.

Tant que Louis XVIII ne fiit que régent, au nom de son neveu , il ne songea . point à

établir des relations directes entre lui et les provinces situées an-delà de la Loire ^ mais des que la couronne lui fut échue en partage , aldfs il porta Toeil du maître sur les provinces méridionales , non moins que dans lés autres parties de la France ; il organisa Un vaste plan , et il espéra réunir dans les mêmes nœuds lès contrées qui s'étendent depuis l'Océan jusques aux pieds des Alpes. L'Institut philantropique fut la conception qu'il imagina y on devait sous ce nom indifférent en apparence , et qui semblait n'annoncer qu'un établissement de charité y cacher les%omplots de plusieurs esprits ardents^ et réunir tous ceux qui y iaute de chefi, ne pou^ vaient qu'exhaler leur dévouemeht en de vaines plaintes.

Le roi commença par choisir des sujets fidèles , il leur donna le titre de ses commissaires, et les envoya parcourir les contréçs du midi* Leurs instructions portaient ordre de tout ofar server^ de retenir l'impatience des forts, de stimuler le royalisme des faibles^ et surtout de rallier à un centre commun les opinions singulièrement divergentes. Les messagers, véritables Missi dominici^ tels qu'on les trouve dans nos époques du moyen âge, apportèrent les

.\3l MÉMOIRES

éléments d'une association que Ton organisa .Le midi de la France fut divisé en arrondissements composés de cinq^ six et jusques à sept provinces , ou fractions de provinces , suivant leur étendue topographique et l'importance des localités. La capitale de toute l'insurrection projetée, fut Lyon, soit en récompense de la première tentative de cette ville , soit parce que , plus rapprochée de la frontière, elle avait plus de facilité pour correspondre avec l'agence générale du roi , pour les départements de la rive gauche de la Loire, régence établie dans la Saxe. Je trouve à ce sujet des détails précieul^^ et passés presque inaperçus dans un ouvrage récent, dans lequel l'auteur étale cette manie malheureuse et personnelle à presque tous les royalistes , qui les pousse à se donner chacun en particulier, comme ayant contribué plus que tout autre au rétablissement de la monarchie, tandis qu'en résultat ils u'ont rien fait. Voici ce qu'il dit, et sur ce point il est croyable.

(( L'objet apparent de cette immense asso- » ciation était de soutenir et de défendre la » constitution existante alors, ainsi que le gou- » vernement qui nous l'avait imposée j mais son » but véritable, son but essentiel, était au

D^UH PAIE DE niANCB. 4^3

» contraire de renverser cette constitation , ainsi N que le gouvernement usurpateur , pour rdie- » ver Fautel et le trône légitime.

») La masse des associés ignorait et devait » ignorer le but dans lequel nous marchions, )i il n'y avait d^nitiés dans le secret , qu'un trës » petit nombre d'adeptes; le langage de la » clémence et de l'oubli, l'obéissance aux lois » et aux autorités constituées , étaient bien re« »> commandés, et tous les chefs avaient l'ordre » secret de conserver avec soiii , même au mo« » ment de l'insurrection projetée, les couleurs I) et les formes républicaines ; c'était , en un » mot , un petit gouvernement OJ^nisé dans » un grand, mais qui, par son excellente orga» » nisation civile et militaire , par l'union , la » confiance, la subordination, l'énei^e et le » courage qui y régnaient, devait amener tôt » ou tard le grand et précieux résultat que se » proposait le chef suprême de cette institutipir. » Les opérations de l'institut avaient deux » objets principaux, l'un civil et l'autre mili« » taire.

» Les agents civils devaient s'attacher à for- » mer et à diriger l'opinion publique, à sur^ » veiller les révolutionnaires, à recueillir les Tome ii. a8

» renseignements utiles ou nécessaires , à ma1«

» tiplier le plus promptement possible les asso-

» ciésy à. activer les insouciants, à éclairer, à

» ramener les hommes trompés ou égarés^ à

» neutraliser ceux qu'il était impossible decon-k

» vertir, à protéger les ministres de la religion,

%) les émigrés rentrés , les nobles qui n'avaient

» pas émigré , et généralement tous lies individus

» persécutés à cause de leurs opinions politiques

» ou religieuses , à donner des secours de toute

» espèce aux prisonniers, à faciliter leur évasion,

» à leur donner des défenseurs lorsqu'ils étaient

» traduits devant les tribunaux, à influencer

» autant que possible les assemblées primaires

» et électorales , et enfin à surveiller avec soin

» les manœuvres et les intrigues des ennemis » de la maison de Bourbon.

» L'armée de l'institut était composée de » deux corps de troupes très distincts, l'un ap- » pelé irnupes d'élite, composé de déserteurs, •) de conscrits réfractaires , de fugiti£»,depr09- )) crits et de tous les hommes de bonne volonté, » pris dans toiïtes les classes de la société et » surtout parmi les artisans et les ouvriers; c'é" }) tait Tarmée active ou agissante , destinée à se » porter partot^t où besoin serait.

d'XJN pair DB FRANCE. 4^5

» L'autre^ appelé troupes auxiliaires y et corn-

» posé des hommes âgés^ des përes de famille^

» des chefs de maison y était destiné à la garde

» des villes , à l'exécution des ordres de la po-

» lice royale, au maintien de l'ordre^ de la sûreté

» publique y etc. On avait établi dans chaque

» arrondissement une hiérarchie d'employés :

» un visiteur en était le chef, il correspondait

» avec V administraieur de chaque province,

») celui-ci commandait à Vaffidé de chaque divi-

» sion, qui transmettait à son tour les ordres à

» l'aide ou adjoint de chaque commune, tous ne

» correspondant qu'avec leur supérieur direct,

» ignoraient le nom de celui qui était au-dessus.

» Les visiteurs seuls, dans l'intérieur, étaient

)» nommés et brevetés par le roi , qu'ils repré-

» sentaient dans l'arrondissement confié à leur

)) direction. Ils étaient tout à la fois chefs civils

» et militaires; les administrateurs et tous au-

» très employés sans distinction, devaient leur

» être subordonnés, tant dans le civil que dans

» le militaire. La chaîne de ces associations

» secrètes embrassait tout le territoire méri-

» dional, entre les deux mers; elle s'étendait

» depuis le Yar jusqu'au Jura, comprenait les

» départements de la Dordogne et des deux

» Charentes , et. réunissait les provinces de » Fouest à celle de la Guienne, et à tout le » midi , des Pyrénées aux Cévënes. »

On voit par là avec quelle habileté était conçu ce plan ^ que Sa Majesté Louis XVm avait entièrement fourni et écrit^ dit-on^ de sa main^ mais^ pour en tirer un bon parti y il aurait &llu en confier l'exécution à des esprits supérieurs, et malheureusement , comme je l'ai déjà dit^ et par une fatalité singulière , tous les royalistes mis à la tèle des affaires, ne se distinguaient que par leur ignorance et leur nullité. On ne trouva en eux que des gens faibles, sans moyens, luttant d'audace en parole et de poltronerie dans l'exécution, parlant dudanger en Spartiates, et le fuyant en Napolitains ; à peine dans le nombre trouvait-on quelques hommes fermes et véntablement braves, les autres (je parle des chefe ), se montrèrent des lâches lorsqu'ils ne furent pas des traîtres , on n'en a eu que trop la preuve.

Le roi se trouvait encore à Vérone, lorsqu'il envoya dans la France méridionale des cornmissaires chargés de ses pouvoirs, avec autori« sation de les déléguer lorsqu'ils le jugeraient avantageux à ses intérêts. Le premier de ces commissaires qui se présenta dans le départe-

d'un pair de FRANCE. 437

ment de la Haute-Garonne , fut M. de la Pourquerie Dubourg, ancien militaire et peu propre à la haute mission qui lui était confiée; il ne possédait rien de ces formes douces et insinuantes qui sont si nécessaires à ceux qui se trouvent dans sa position , il se montrait dur , bouffi , arrogant, entier, impérieux , et convaincu que lo salut de la monarchie dépendait entiërement de lui. Dissipateur et besoigneux, il mangea en toute hâte les fonds qu'il tenait du roi^ et il lui fallut bientôt venir à des emprunts qui le déconsidérërent promptement. La mauvaise direction de ses démarches , sa faiblesse , son hésitation , le firent soupçonner par plusieurs personnes^ d'être un traître, de jouer un double jeu, et d'être à la fois l'agent du roi et du directoire. C'est à tort que l'on éleva ces soupçons sur son compte, il n'y avait en lui rien de perfide, il était seulement incapable , et c'était bien assez pour tout perdre.

L'agent qui véritablement mangeait à deux râteliers, était l'abbé Roque de Montgaillard , qu'il est temps enfin de faire arriver sur la scëâe. C'était un petit bossu, rempli de fiel et de malice, un composé du singe au physique, et du chat au moral ; il y avait en lui un besoin

constant de tout souiller de la bile qui l'étoufr fait. Loin d'être descendu d'une race illustre^ et d'appartenir aux anciens seigneurs de la terre de Montgaillard 9 dans le Lauraguais; il était issu^ lui et les siens y du sieur Roque y simple homme d'afïaires de ce lieu : la chose est patente et connue dans le Languedoc^ et hors l'abbé et son frère, personne n'en doute.

Lorsque le directoire , qui soupçonnait un complot à Toulouse ^ voulut y envoyer un ageat à lui^ Roque Montgaillard lui recommanda l'abbé y et celui-ci partit muni des iiistructioBS secrëtes de Barras, tandis que, d'une autre part, il en recevait de Louis XYIII. C'était uo» émissaire d'autant plus dangereux , que comme il était de Toulouse même, il connaissait personneU lement ceux à qui il s'adresserait y et pouvait par là les entraîner dans lepi^e avec plus de&dlité.

Le visiteur de Bordeaux^ M. Dupont Cod« stant , prétend avoir de son côté transmis les pleins-pouvoirs dont il était muni à M. de Yaure Clairfons. Certes il ne pouvait plus mal choisir , non que ce personnage fut un perfide; mais quoique d'une ancienne famille^ il ne posn sédait ni la fortune , ni la considération nécessaires à devenir le chef d'un parti qui comptait

d'un PAlH DE FRANCE. 4^

parmi ses membres les premières maisons du pays. M« de Yaure manquait d'aiUeurs des con-. naissances indispensables à ce poste émiuent ; il n'avait aucune instruction ni en administration ni en diplomatie , et fort bon peut-être pour un coup de main , comme militaire , il n'aurait pas su diriger un grand mouvement, tracer un plan de campagne et le suivre dans tout son développement.

Il y aurait eu un meilleur choix à Bure ^ c'eût été de prendre pour chef principal de l'entreprise le général baron Rougé. Celui-ci aVait ^m de prfes l'ennemi et savait comment s'y prendre pour le battre; intrépide jusqu'à la témérité^ prompt a prendre un parti , habile à Texéc^iter^ rien ne l'arrêtait dans sa course , et il empor» tait de front les obstacles qu'il ne pouvait pas tourner. Le danger plaisait au général Rougé , comme à ua autre le repos; il n'avait pas émigré , il avait servi la république y et a|Mrës avoir travaillé pour la gloire , il voulut s'oc» cuper de procurera sa patrie le bonheur etûa tranquillité en la replaçantsous le^uvernemeat royal. H était en retraite ou en congé à Toulouse à cette époque ; on l'employa d'abord en sous ordre ;. mais dès qu il eut mis le pied

44o MÉMOIRES

à rétrier, il prit le premier rôle, parce que dam les temps difficiles on ne classe pas les hommes, ce sont eux-mêmes qui se mettent à leur place. A côté du générai Rougé parut un jeune gentilhomme à la taille gigantesque , à la figure agréable, beau, fier, hardi, impétueux, galant auprès des dames , poli avec les hommes , mais de cette politesse cérémonieuse qui vise à la supériorité. Il avait ce courage qui fait regarder la mort avec indifférence, il savait l'afifronter avec une témérité sans égale; c^était un véritable héros de roman. Il est à regretter que la nature, en accordant £(u comte Jules de Paulo des dons aussi brillants, lui eut refusé les qualités nécessaires pour en faire un bon usage. Léger, superficiel, sans capacité , sans prévoyance , il avait la bravoure du soldat et^ non le génie du grand capitaine ; bon pour un coup de main , pour charger en enfant perdu , il était hors d'étac de prendre ces mesures habiles , ces dispositions savantes qui forcent la victoire ; il croyait que 'toute la science de la guerre consiste à aller toujours en avant, de ne reculer jamais , et que l'on est à couvert de toute responsabilité morale , lorsque Ton a croisé le sabre avec l'ennemi, et versé comme loi

WV3 FAim H VBA5CS. 44^

son sang pour la cause qo*<Mi difciid. Airec m vertus, avec œs désaTaniages^IecoiiifiedeRralo était aimé , et la foule aTentniense préfifarait se perdre avec loi, que de triiMiiplier sons la direction d'officiers non moins IxaTes mais pins instruits.

M. de la Pourqnerie Dubonig, arrivant à Toulouse, et déji signalé au directoire par Fdibé Montgaillard , prit des précaotioiis minutieoset pour ne pas se laisser déjnsfcer par ks autorités constituées ; il craignait de compromettre IJnh» portance de sa mission. Grâce à sa pmdeooe^ il put enfin se mettre en rapport avec plnsienn Toulousains, dévoués à lafemiUe royale^ et qui ne demandèrent pas mieux que de le seconder* Il eut des conférences multipliées avec M. de Vaure, le baron de Villeneuve Beaitville , honnête gentilhomme , assez spirituel , et pourtant d'une nullité désespérante; c'était le chef des politiques du Jardin Royal : h la tète^îb ses vieux amis, ijpiiariomphait chs^ne jour dans leurs promenades belliqueuses ^fdes armées de la république, qu'ils battaient régulièrement par de savantes manœuvres tracées sur le sable avec le bout de leurs cannes^ le chevalier d'Aul^ frery, maltais aimable^ le comte, de. Paraaok^

44^ MBxMOlRËS

aDcien lieutenant--colonel de la garde coiistitu« tionaelle de Louis XYI , et peut-être de tous le seul propre à cette besogne ; les avocats Jamme et ^Giz y le premier, gascon y étiocelaht d'esprit et de malice y vif y habile en intrigue y sachant se servir de ses amis pour son avancement^ les seiTant à son tour avec un dévoaement extrême , et mettant de la probité là où en général on ne place que de l'égoisme. M, Jamme était jurisconsulte profond, beau parleur^ aimable académicien ; il s'était montré avec beanooop de zële et de fermeté en 1788 y à l'époque des querelles de la cour et des parlements ^ défenseur des libertés publiques y il passa plus tard^ lors de la révolution , dans les rangs de ceux qui défendaient les droits du trône ; royaliste non moins chaud qu'il était ardent anoû y il inspira ces qualités à ses enfants, dont un trouva la mort dans l'insurrection qui se préparait* Lb général Rougé et le comte de Paulo furent admis par M. de la Pourquerie Duboiirg à ces conciliabules, où l'on cherchait les moyens et les voies les plus propres à favoriser le succës de l'entreprise.

Un grand nombre de plans furent proposés; la jalousie de chacun des membres du. comité

d'un pair DS FRilNCE. 44^

les porta à refuser celui du général Roagé , qui peut-être aurait obtenu un bon résultat» On parla beaucoup , comme c'est Fusage dans toute réu^* nion, et l'on ne décida rien, ceqdb 6st encore fort commun en pareil cas ; il ËiUut follement reculer le moment de se montrer* Le commissaire royal fut rappelé tout à coup par Louis XVlli , sans qu'on sût le motif de ce rappel , qui ne devint pas pourtant une disgrâce; car laprincC:^ à cis qu'on croit y l'employa depuis ailleurs.

De nouvelles instructions arrivèrent de Blao«i kembourg , où le ro se trouvait alors ; iâlfs revêtirent M. de Y^ùre du titre de conmiissaire principal de Sa Majesté. IL dut en marne teoipt^^ et conformément a la volonté royale, »'ad>i> joindre un conseil secret, qui dirigerait aveo lui l'impulsion à doQner à l'itisurrection» Là parurent MM. de Villeneuve Beauville , d'AuS» frery, Martin Lacroix: et de Montoussin y çfii deux derniers parfaits royalistes , très hcnhij nêtes , très dignes de l'estime de leurs conci» toyens , saris être pour cela capables de les conduire à la victoire.. Ces délégués , dès qu'iU se furent constitués , étendirent leurs rebdoQH dans treize départements : c'étaient ceux de la Gironde, de Lot-et-Garonne, du Lot, d^

FAveyron , da Tarn , de l'Hérault , du Grard^ de TAude , du Gers, des Hautes , des Basses-Pyrénées, des Pyrénées - Orientales , derÀrriëgeet de la Haute-Garonne , où se trouvait le cheflieu des opérations. On forma dans chaque département des affiliations secrëtes, cachées sous le titre de sociétés philanthropiques, comme je l'ai dit plus haut, et on ne les composa que d'hommes propres a prendre une part active à ce qui serait tenté. On n'y était admis que sur les preuves d'un dévouement absolu, et après avoir prêté un serment de fidélité au roi* Cette société, quoique divisée en de nombreuses ramifications, conserva toujours son secret, et s'organisa en compagnies particulières , en atp> tendant la formation générale des corps.

Les choses ainsi préparées , on en fit donner avis au roi , afin de savoir ce qu'il fallait faire et en quel temps il serait convenable d'agir. En réponse à cette demande, et vers le milieu du mois de juillet 1799 > de nouveaux otdres de Louis XVIII furent apportés de Blackembourg et transmis à M. de Yaure ; ils portaient en substance :

10 Que tout fut disposé de maniëi'e à pouvoir opérer dans le département de la Haute-

d'un pair de FRANCE. 44^

Garonne un soulèvement général dans le mois (l'août ;

20 Que le comte de Caraman ( Riquet de son nom et aujourd'hui duc ) ^ ou le marquis de Bouille commanderaient en chef l'insurrection royale dans les treize départements ;

3o Que les généraux Rougé et de Guintran étaient nommés pour commander, le premier dans la Haute-Garonne , le second dans le Tarn et à Montauban,

Ces ordres une fois reçus, on s'empressa de les transmettre dans tous les che£s-lieux ; partout des mesures furent prises pour en assurer le succès , et tout , du moins en apparence , semblait promettre un heureux résultat. La circonstance,

d'ailleurs,étaitéminemment£avorab]e; la Vendée se réveillait vers l'Ouest et menaçait de nouveau la république; tandis que l'armée austro-russe, déjà presque sur le Var, inspirait de plus prèssautes craintes au Directoire , l'intérieur de la France était travaillé par un malaise universel, par un besoin extrême d'échapper aux fureurs de la démocratie; partout on désirait n'avoir qu'un seul maître , bien préférable à une multitude de tyrans ; on ne voulait plus que du gouvernement d'un seul; certes c'était l'instant le plus

propicd pour le roi ^ mais la suite des choses devint telle , que ce fut Bonaparte qui en profita. Cependant tout marchait dans le midr en exécution de la volonté du monarque. Le a août, M. deVaure reçut par un courrier extraordinaire, secrètement dépêché par Sa Majesté ^ l'ordre de iaire éclater l'insurrection dans la nuit du 8 au 9 du même mois ; c'était le moment fixé pour ébranler les treize départements ensemble. M. de Yaure , fidèle à son mandat , réunitchex M. de Villeneuve Beauville les principaux che& de l'entreprise , auxquels il joignit dans cette circonstance MM, de Villeneuve Crousillac, de Guintran y lieutenant -général des avant la révolution, de Quinquiry d'Olive , le plusfou^ le plus brusque , le plus intrépide et le plus fidèle des royalistes ; homme sans tête et tout de cœur, qui aimait la royauté à cinquante ans comnie on aime sa maîtresse à dix-huit; M. de Roquemaurel , issu d'une des plus anciennes et des plus nobles familles du midi ; de Saint- Grermain Lavalade , franc et dévoué; de Papos^ non moins porté à servir la cause du trône ; de Boussac Dufaur d'Encuns, issu de la maison du célèbre Pibrac , chancelier de la reine de Navarre et du roi de Pologne Henri I££ ; de Quilla de Saint*

D^inf PÂim HE FKÂircB. 44?

Las Garennes, d'Esqoînd j et enfin mi noaveaa vena qo'oo présenta soos le nom de M. Delannay , se disant aossi commissaire dn roi.

L'assemMée formée, M. de Yanre prit h pa»

rôle 'y il annonça qne l'heure d'agir était venne,

que Sa Majesté l'avait fixée irrévocablement ,

que l'on ne pouvait plus reculer, puisqu'un sou»

levement universel devait éclater la tnème nuit,

dans treize départements contre une cruelle et

méprisable tyrannie ; qne tout feisait espérer

un succès complet , et qu'il n'y avait plus qu'à

prendre les derniers arrangements, afin que tout

fut préparé , et que les efforts de cbactin en par»

ticulier concourussent à^l'ezéK^ution générale de

rentrcprise. Tous les membres du conseil s'en»

gagèrent à seconder de leur mieux les com»

missaires dn roi. Il fut convenu que MM. dé

Vaure^ Delaunay et plusieurs autres che£i s'em»

pareraient, à la tète des compagnies royales,

dans la ville de Toulouse , des places du Salin,

d'Azessat, Roaix et du pont, entre onze heures et

minuit , tandis qu'à la même heure , le général

baron Rougé occuperait les dehors de la ville,

principalement dans la partie des proinenades

publiques dites du Boulingrin , de la grande

allée et du Jardin Royal ^ afin de pouvoir com* muniquer avec les insurgés qui, dans l'intérienr auraient pris possession des portes Saint-Michel, Montolieu, Montgaillard et Saint-Etienne ^ qui correspondaient avec ce point d'attaque.

Le baron Rougé devait avoir sous son com« mandement les troupes organisées dans les campagnes environnantes, au midi et à l'est de Toulouse. On comptait sur sa bravoure y son activité et ses talents militaires , et tandis qu'à la tête des siens il s'avancerait vers la ville , il devait être averti que le mouvement s'était opéré dans l'intérieur par trois fusées que l'on ferait partir; aussitôt, prenant le commandement supérieur et l'initiative de l'attaque, il devait marcher droit à l'arsenal , en même temps qu'il ordonnerait l'aiTestation des membres de l'administration du département et de la commune. Ceci arrêté, de nouveaux serments lièrent les conjurés ; ils se promirent par une parole sacrée et réciproque , de se trouver à leur poste et d'y mourir s'il le fallait ^ pour le service du roi. Mais malheureusement l'abbé de Montgaillard était dans la confidence , et tout fut perdu , comme je le raconterai dans le chapitre suivant.

d'un pair de FRANCE. 449

ssBasmÊBBmÊsoÊatiesa^m

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