‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 45 sur 54 · i6 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

i6 MÉMOIRES

Un jour nous entrions ensemble chez le comte Daru. Le suisse nous dit qu'il n'y était pas , et demanda nos noms. « Mon nom , s'écria Parse- » val , est-ce que vous croyez que cela se trouve » de suite ? » Riant comme un fou, je le dis pour lui ; il se tourne alors de mon côté , et avec un sang-froid admirable : « Je vous remercie , me » dit-il, il n'y a que vous pour savoir à point ces » choses-là. » Nous arrivons chez Gailhava; la jolie et spirituelle Âdële , fille de celui-rci, s'aperçoit qu'il a un bas de laine et un bas de soie ; elle le lui fait remarquer. « Vous aurez oublié )) votre bas habillé chez vous, ajoute-t-elle. » — Non , il doit être sous l'autre ; » et il* . avait raison.

Parseval , à part ses distractions multipliées , est un véritable littérateur ; il fait des vers i mer= veille, et a doté la France d'un poëme épique intitulé Philippe Auguste; et les Amours épiques j autre production desa verve,lui assurent un rang distingué sur le Parnasse français. Aimé de ceux qui l'entourent , il porte dans le monde une bienveillance extrême pour les auteurs ses confrères , il a de l'émulation, et pas de jalousie ; les succès d'autrui ne lui font pas de peine , et la chute d'un auteur ne lui cause aucun plaisir.

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Parseval , pendant la traversée , était sur le même vaisseau que KJéber ^ ce héros à la taille homérique, et dont la valeur calme et impé-»» tueuse tout à la fois , rappelait celle du divin Diomède; Kléber, avait été créé grand capitaine par la nature^ qui ne lui refusa aucune beauté physique ni aucune vertu militaire; né tacticien, administrateur, homme d'état, s'il donnait quelques heures à ses passions , il savait les regagner par son activité et la rapidité de son regard d'aigle. Ce fut la fortune de Bonaparte qui l'as» sassina en Egypte; car s^il fut revenu en France, peut-être cette fortune n'aurait-elle pu soutenir le choc de la sienne ; il fsdlait que l'une des deux étoiles rivales s'éclipsât, pour que l'autre pût jeter une aussi vive lumière.

Kléber^ aux plus brillantes qualités , à la réu» nion de tout ce qui assure à un homme la supériorité sur ses contemporains, joignait des habitudes communes, des goûtrfVulgaires, et par (les propos aussi communs que grossiers , désenchantait ceux qui, en l'approchtnt, auraient voulu qu'il pût ne pas descendre de la hauteur à laquelle il était monté; par un contraste choquant, les mots les plus sales , les contes les plus ord uriers étaient presque toujours dans sa bouche ^

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