‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 2 sur 48 · Tome m. i · texte numérisé non relu

Tome m. i

monde appelait de ses vœux ; c'est toujours pour un parti un grand avantage que savoir profiter des idées du moment, et se manifestera ces époques où les masses sont tourmentées d'un malaise indéfinissable et d'un vague désir d'améliorations. Mais combien plus encore la position estbelle lorsqueFopinion publique s'est déjà prononcée en faveur des novateurs! Lorsque, lasse des fautes passées, elle se jette dans leurs bras , croyant embrasser l'espérance d'un meilleur avenir! Ainsi était la France à la fin de Ï799. Fatiguée du directoire, elle était prête à approuver tout ce que Bonaparte tenterait. Ce héros , quoi que ses détracteurs aient pu dire , n'était connu à son retour d'Egypte que sous les auspices les plus favorables. Sa conduite en Italie lui avait acquis l'estime de toute l'Europe ; il ne déclara jamais guerre. à mort aux émigrés, et on ne l'avait vu nulle part les égorger de sa main comme l'avait fait un général célèbre* Il s'était moiitré respectueux envers le sou- ¥€iiain pontife; cette conduite pleine de con«* venanot àl'égarddu chef d'une religion à laquelle la 'plus^lgrande partie de la France était restée fidèle, coi]|tri»tenft d'une manière bien frappante avec» Iq perfidie que le directoire avait déployée

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envers ce vieillard malheureux. On savait que les mœurs de Bonaparte étaient pures ^ ses principes sévères y sa haine pour les fripons non équivoque ; il avait à peine vingt-neuf ans , et sa réputation militaire surpassait déjà celle des plus grands capitaines. La fortune semblait se plaire à le combler deses&veurs^ et loin d'en être accablé il paraissait supérieur encore à sa fortune. Tel était l'homme qui se présentait aux Français dans des circonstances si favorables. Ses adversaires au contraire se montraient avides de pouvoir, sans que rien leur méritât la confiance de la nation ; chargés de toutes les iniquités de la révolution ^ sans aucune supériorité^ soit dans la carrière des armes ^ soit dans la carrière administrative : ils n'avaient gouverné que par la fourberie , la déception , de petites et basses intrigues ; ils succombaient sous le faix d'un sceptre trop lourd pour leurs mains inhabiles ; l'Europe en armes les environnait de toutes parts , et moins occupés de la repousser que du soin de prolonger leur frêle existence , ils étaient assez téméraires pour rêver la perte du grand homme à qui la confiance publi(j[ue attribuait le pouvoir de réparer tout le mal que

nous avaient fait dix ans de révolution.

On voyait autour du directoire se rallier tous les hommes de sang^ tous les complices des fureurs républicaines, la masse entière des four» nisseurs^ des sangsues publiques, les banqueroutiers frauduleux ^ les délateurs y tous ceux enfin qui avaient besoin pour exister, de trouble et de confusion \ les persécuteurs du clergé et de la noblesse, les spoliateurs de la richesse territoriale. Tous ces êtres impurs qu'enfante les révolutions, se montraient les soutiens de ce gouvernement si digne d'eux.

De l'autre côté la France contemplait , groupée autour du vainqueur de l'Italie , l'élite de ses citoyens les plus érudits^ les plus habiles, les plus sages^ les plus braves ^ là auprès d'une foule de généraux chargés de lauriers, accouraient des hommes d'état y des savants recommandables , des artistes célèbres^ l'espoir d'une ère de réconciliation se montrait derrière eux; on ne pouvait douter à les voir seulement, que le règne de leur chef ne dut être celui de la concorde intérieure , de la paix et de la puissance au dehors ; sa vie passée était le gage de son avenir; il n'était l'instrument d'aucun parti , puisqu'il allait commencer le sien ; il n'en pouvait adopteraucun pour le fairerégner sur lesautres ,

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mais il devait les réunir tous dans le même fais» ceau et donner à la patrie des jours de calme après les ag^itations des plus violentes tempêtes.

Une lutte établie sur un pareil terrain et en ire de pareils adversaires ne pouvait être de longue durée ; aussi , des que les antagonistes furent en présence, ils songèrent à la terminer, et pour arriver à ce but tout moyen sembla bon aux uns , toute résistance parut légitime aux autres. Les premiers, assura->t-on, tentèrent, soitpar le poison, soît par un assassinat, de se d^ire du général Bonaparte; j'aime à croire ce feit controuvé, je n'en suis point certain, je ne k donne que comme un ouï-dire.

Quelques bommes plus adroits que les autres ne négligèrent cependant pas les voies de con» eiliation. Le directeur Barras , avec qui je n'étais pourtant que médiocrement lié , s'adressa à moi dans cette conjoncture pour négocier avec le héros de l'Italie. Un billet de la part du directeur me pria de passer au Luxembourg ; il avait , gisait-il , à me parler d'affaires importantes; je m'y rendis de bonne héurc^ et je trouvai l'un des cinq rois de la France sô promenant avec vivacité dans son cabinet qui était , autant que ma mémoire me le rappelle ,.

la chambre à coucher de Marie de Médîcis ; il vint à rnoi^ et après les premiers compliments : « Voilà y me dit-il , votre ami de retour ; que » nous apporte-t-il ? la paix ou la guerre? — » Vous Favez vu , citoyen directeur , lui répon- >i dis-je, et certainement il a dû vous en dire plus » qu'à moi sur ces grands intérêts. — Je n'en >i crois rien , il joue au fin avec nous^ tandis qu'à » votre égard il est sincëre. Que veut-il , enfin? » — Je l'ignore , il me semble que les besoins » de son armée et la position de la république » sont des motifs assez puissants pour nécessiter )) son retour. — Il ne vient point pour cela , je » sais ce que je dis ; mais on peut s'entendre » avec lui.... il me sera facile de lui faire obte» )> nir le commandement en chef^ soit de l'armée » d'Italie ^ soit de l'armée d'Allemagne ; il peut » choisir. — Je le lui dirai. <— Ce n'est pas )) tout ; s'il a d'autres idées y qu'il s'en explique » franchement avec moi \ nous pourrions y avec » de la sincérité ^ nous entendre sur beaucoup » de choses ^ et je lui veux tant de bien ^ que » je suis prêt à lui complaire en tout. — H me » sera trës agréable y citoyen directeur , de lui H donner une telle assurance dont il sentira tout ») le prix ; je lui en parlerai à notre première

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M eotrevue. — Le plus tôt sera le mieux<; n dans ces sortes d'affaires^ od ne peut apporter » trop de célérité; voyez-le aujoisrd'kui , doDP )» ne£*moi une prompte réponse. » (

Cétait me mettre au pied du mur ; je crus qu'il ne serait pas convenable de me refuser à seconder son désir ^ et j'assurai Barras que je nracquittèrais de sa commission avant une heure. Le hasard fit que ce. jour même j'énais invité a déjeuner chez le général Bonaparte ; je me r^Kiis donc chez celui^^ci que je}tronvafi dans son salon , avec les g;énéraiix Beiinadotte ^ alors en non activité j Màcdonald et Ummunu Un signe lui fit comprendre' que j^âvaîs qpel^ue chose à lui dire ; dès que sa femme^uf; leoirée ^ il sortit^ g&g^a âon entresol y et peu après- je fus le joindre. )

« Quesavez-vous de nouveau , me demanda-^ » t-il ? •.— Estf*oe du nouveau , lui dis^je , que M d'apprendre la frayeur que vous faites à^os^ M ineptes dictateurs autant que ^leD ennemis de^ » la France? » Apres ce début , j'entrai en mà»^< tière^ je lui rac(Hfitai les propositions île Bari'as ^ et comment ce dernier m'avait paru prêt à entrer en arrangement avec^lui.

« -^ Me con$eillei4ez-vous de danser entre

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