I-O MEMOIRES
fesseur de théologie ; il lui confia même des fonctions plus importantes , 4ors du concile na» tional.
Cet ecclésiastique, que nous avons vu s'éiever sous le gouvernement royal, aux plus hautes dignités , les remplit toutes avec un rare talent. On avait espéré qu'il serait le défenseur des libertés de l'église gallicane, et l'on vit avec regret qu'il préférait à ce titre celui de protecteur çlù jésuitisme. Du reste i\ a toujours ftiit preuve de douceur et de tolérance; on lui doit en grande partie la conservation du fameux collège de Souze, dont les Jésuites voulaient s'emparer, et dans cette circonstance, son équité naturelle luttsL contre ses affections, ©n l'a beaucoup ca» lomnié dans ces derniers temps, parce qu'il se trouvait dans une position difficile ; mais on n'a jamais attaqué sa vie privée; elle a toujours été ppre et exempte de ces fauteé, qu'on lai ajustement reprochées dans sa vie publique.
Ce fut lui qui, en 1808, nous donna la première nouvelle dèl'eicommùnication lancée par le pape contre l'empereur Napoléon; mais comme il ne l'avait pas en^on pouvoir, nous doutâmes de cet acte qui rappelait trop le treizième siècle, et nous espérâmes, pour l'honneur dcila religion >
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que Pie Vil n'en serait pas venu à cette fâcheuse extrémité. Il y avait.de la folie à user d'une pa» reillearme^et pourtant elle était bien dangereuse; OQ ne saurait croire quelle force elle donna , soit dans l'étranger ^ soit dans plusieurs de nos provinces, aux ennemis de l'empereur; j'en parlais un jour avec Canova y que je reûcontpai chez David le peintre ; il me conta que le peuple Italien y dans la classe ignçrante , ne doutait pas qu'à la suite de cette excommunication , l'em» pereur ne dût « chaque nuit dii samedi au di«> mauche^ courir en costume de loup*garou, la forêt de Fontainebleau , et qu'on tenait pour certain qu'il avait déjà dévoré un grand nombre de petits enfants. >
Canova , le prince des sculpteurs modernes y et qui voulut introduire la cfaarlatanerie dans l'art qui la souffre le moins, possédait sous une simplicité apparente, une ame vigoureuse , un génie impétueux et une imagination créatrice. Il y avait de l'esprit et de la pensée dans i^s yeux, dans ses sourcils et dans la forme de sa bouche; il aimait la plaisanterie, le badinage; je l'ai vu un jour turlupiner David pendant une heure, parce que celui-ci avait pris pour un tableau original, une très bonne copie d'après
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Pietro di Gortoae; mais quand il parlait de son art^ quand le feu de la composition l'animait^ ce n'était plus le même personnage ; il se gran» dissait, et s'identifiait avec ces héros antiques qu'enfantait son ciseau.
Il y avait en lui la force réunie à la grâce ; il sculptait les femmes à ravir; nul n'a mieux que lui représenté Vénus, la mère des Grâces ; Hébé, la déesse de la jeunesse; l'ame enflammée par Tamour, sous les traits charmants de Psyché et de son bel époux; la danse sous ceux de Therpsi» core; et la douleur résignée dans ce chef-d'œuvre de la Madeleine, qui ne possède plus aucune beauté physique, mais qui est belle encore d'ex» pl'ession et de sentiment. Canova avait ua ca^ ractëre noble et magnifique; il voulait laisser après lui des ouvrages immortels et des monuments qui attestassent son goût et sa libéralité; il économisait sur des jouissances futiles pour élever dans son village natal une église qui^ décorée du fruit de ses travaux, deviendra une des merveilles de Tltalie. Il concevait avec rapidité, il exécutaitlentement. *c On se reproche souvent, disait>^il , un coup de ciseau donné trop vite;'le maillet doit être lent à frapper. >>
« Comment avez-vous inventé des figures et
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» (les formes aussi divines , lui demaDdais*-je un » jour. — Je n'invente jamais^ me répondit-il, » je copie la nature; seulement je lui aide^quand )) elle n*est pas en rapport avec mon idée; je » Depuis sculpter un ongle, si je n'en ai pas un » modèle devant moi. — Je fais de mème^ reprit n David^ présent à notre conversation, je n'ose» » rais peindre un manche à balai, sans avoir em- » prunté celui de ma cuisinière; le siÛ>lime est » le vrai; il y a , même dans la nature la plus » vulgaire , des beautés que nous ne compren- » drions pas, si nous n'avions soin de nous » inspirer par ellç. »I1 fallait entendre leurs plaisanteries, sur ces artistes, qui ne prenaient conseil que de leur souvenir, etles histoires plaisantes que David racontait de ses anciens professeurs, tout en vénérant leur mémoire.
Ce dernier aimait ses élèves à l'égal de ses enfants ; il jouissait de leurs succès comme des siens; il les protégeait, les encourageait, les aidait mèo^e à fournir leur carrière. Cet habile ar^ tiste possédait l'instruction nécessaire à ses travaux; il avait médité profondément sur les mœurs des peuples antfques, et dessiné avec une attention scrupuleusie leurs meubles , leurs armes , et tout ce qui tenait à leur vie privée. Il rappelait
daos ses tableaux ^ les usages de Rome et de la Grëce : rien a'était donné au hasard ou à la fan» taisie , et les moindres détails étaient a l'abri de la critique.
David a peu travaillé^ si l'on compare le nombre, de ses travaux à ceux des maîtres de l'ancienne école. On ne connaît de lui qu^une douzaine environ de pièces capitales : la mort de Socrate y Bélisaire ^ Hélène et Paris ^ le serment des Horaces^ Bnitus. après la mort de ses fils, l'enlèvement desSabines^ le couronnement de Napoléon 9 la distribution des aiglesau Champd&*Mars , Léonidas au passage des Thermopyles, Ëucharis et Télémaque^ Vénus et Mars, etc.
Il faut joindre à cette liste une foule de por» traits admirables, telsquecelai deMarat. Jamais on ne poussa plus loin la perfection du talent; le monstre, représenté dans sa baignoire^ est mort^ et pourtant il fait peur encore, ^1 y ^ quelque chose de si effrayant dans cette nature dégradée, que l'œil a de la peine à s'y attacher^ Celui de Pelleticr-Saint-Farçeau n'est pas moins sublime. On sait qu'après* a voir orne la salle de l'Assem-blée Nationale , ces deux portraits furent rendus à l'artiste, après la mort duquel, madame de Morfontaine, fille de PelletietwSaintr-Fargeau ,
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achetale portrait de •son përe cent mille francsy en prenant par acte public avec les héritiers David, rengagement de ne pas détruire cechef-d'oèuvre.
Deux portraits de Napoléon sont encore célèbres : l'un représente le premier consul fran*» chissant à cheval le mont Saint-Bernard; la main de la Gloire éci4t sur la roche , à côté des noms d'Annibal et de Charlemagne, celui de Bonaplaite. L'autre offre l'empereur dans son cabinet aux Tuileries: des bougies expirantes annoncent qu'il a passé la nuit à travailler, et seç ^peux fisiti* gués saluent l'aurore naissante f il est encore enseveli dans ces médit|ttions profondes qui déx^ cidaient du sort des empires.
Il est à regretter que David n'ait point achevé son esquisse du serment du Jeu de Paume, où tout est sublime, la pensée, la composition, le dessin et l'expression. Les amateurs se sou»
viendront long- temps d'avoir vii à la vente qu'on fit chez lui après sa mort, la grande t©ilc préparée pour ce chef-d'œuvre, et sur laquelle la main de David avait dessiné le nu complet de toutes les figures, qu'il ha«biliait ensuite. Déjà plusieurs tètes étaient peintes; la vigueui^du coloris et des airs qu'il leur a donnés, font déplorer qu'il n'ait paes osé
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continuer à tracer sur la toile cette sublime page de notre histoire.
Osé est le mot ^ car il y a eu deux hommes dans David , et deux hommes singulièrement dissen^blables : le républicain et le courtisan de ^empire. Il n'en fut pas de plus souplef, de plus docile^ de plus enthousiasmé de Napoléon. Il ne parlait, du passée qu'a vec chagrin^ et je l'ai entendu s'exprimer avec vénération sur le compte de Louis XYI. « Ce bon roi^ disait-il » un jour devant moi^ cet excellent prince... » Â ce début je ne pus m'empêcher de lui dire : « Et vous l'avez condamné. — Je le croyais cou- » pable ^ mais je suis bien revenu de mon er- » reur. n
Quand David fut nommé premier peintre du trône impérial , le «ministre de l'intérieur lui commanda six grands tableaux qui devaient décorer une salle du Louvre^ deux étaient terminés en i8i4 •' celui du Couronnement^ dont une copie, faite sous les yeux de l'auteur , et retouchée par lui, est passée en Angleterre^ puis en Amérique. Des spéculateurs l'avaient payée cent nïille francs, leur projet était de la montrer dans toutes les grandes villes du nionde. De pa» reils travaux ne plaisaient pas à David ^ ses idées
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se refroidissaient à la vue des bottes et des habits d'uniforme qu'il fallait copier; son ci^ayon savant demandait le nu que lui refusaient les costumes modernes. Combien de fois je l'ai vu indigné des obstacles que Tbabit de cour opposait i son gé* nie ! On le savait aux Tuilel'ies > et le monarque lai en conservait une petite rancune.
David se trouvant un matin au lever de l'empereur , celui-ci lui demanda quel ou«* vrage occupait àes pinceaux; l'artiste répondit qu'il allait reprendre son tableau de Léo« nidas. c< Beau sujet ! s'écria Napoléon ; à quoi » bon se passionner pçur des vaincus ? Gvoyez^ » moi , David , la gloire ^ la grandeur , la «justice, ne sont que du côté de la victoire. » Les Spartiates étaient des fous , de prétendre » lutter au nombre de trois cents contre les trois » millions d'bommes du roi de Perse; je dirai M plus, c'étaient des rebelles; la résistance inu» » tile est un crime; le monde ne se compose que » de forts et de iaibles ; les premiers sont des- » tinés à conmfiander, les autres à obéir ; tout » peuple qui ne peut se défendre devant un A conquérant, et lutte contre lui, mérite d'être » écrasé. »
Cette sortie véhémente étonna David; il en