‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 20 sur 48 · ToME in · texte numérisé non relu

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mais il Paimait en convive délicat ; il découpait à merveille V et possédait surtout le talent de laisser tomber daiis un coin du plat , comme invcdontaitement , le meilleur morceau de Isk pièce qu il s'était chargé de dépecer. On sait qu'un jour , Farcbi-chancelier lui demanda la qneue d'unfe carpe , parce que M. d'Aigrefeuille avait l'habitude d'y cacher la langue , qui est le morceau le plus délicat.

. Mais si Comus était la divinité fevorite de M. d'Aigrefeuille, son culte pour ce dieu ne l'absorbait pas tout entier ; il était rempli d'obligeance , et ne refusait ses services à personne; il avait de l'esprit^ l'usage du monde ^ une politesse exquise., des reparties heureuses et de l'instructioa ; il était petit , gros et rotnd ; sa figure passablement enluminée , brillait d'un coloris bachique ; il portait une petite épée , et se dandinait en marchant, comme son illustre ami dont il était le fidële Achate. Tout Paris eût été surpris si Gambacérës fut sorti un soir sans d'Aigr.efeuiUer

3oM second affidé était le vieux marquis de VilleyieiUe ; long y aec, maigre, pâle , il âtait l'antipode du précédent, et la représentation vi» vante de l'ancien régime auquel il appartenait

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par sa naissance^ ses maniëTes et sesopinioDs. Ancienneraent lié avec Voltaire^ il avait soin* de Délaisser igaôrer à qui que ce fat , que ce grand homme était mort dans ses bras. Son honheor était extrême lorsqu'on lui demandait s'il avait eu des rapports, avec le patriarche de Ferney : « Si j'ai connu Voltaire! s'écriait -il d'un tOn » pénétré; isi je l'ai connu ! Il est mort la y n ajoutait-il en montrant sa poitrine* » Le marquis de Villevieille représentait par sto piètre extérieur le gastronome sans argent ; il n'avait qu'à se montrer auprès dt d'Aigrefeuille pour former avec lui une caricature parfeite. Il avait l'esprit de société y cet esprit super** ficiel y si cooumun parmi les hommes de la bonne compagnie ^ dont il avait conservé les. politesses/

On comptait aussi parmi les affidés de l'ar« chirchancelier ^ MM. Pain et Chazet ^ qui lui faisaient une cour assidue ^, ainsi qu'à, tous les noiembres delà famille impériale. Le dernier de ces deux personnages ne laissait jamais passer la plus légère occasion, sans donner la preuve de son d^Yoùment : impromptu ^ cbatisfons^ boilié» dies, vaudevilles , rien ne coûtait à sa verve lousiqgpvise. Ëathousiaste de Napoléon , conti«

nuellement à genoux devant ce grand homme ^ il croyait ne pouvoir jamais assez l'encenser, lui , sa famille ^ et tout ce qui l'approchait. On formerait plus d'un volume de tout ce que cet vattachementsi respectable inspirait à M. Chazet; j'ai conservé' bon nombre de ses pièces , et si la mémoire de M. Chazet lui était infidèle , je pourrais lui confier mon recueil; Combien de fpisrai-je entendu gourmander ceux qui louaient faiblement empereur et Cambacérès ! Quelle vivacité il mettait à prodiguer à ces derniers de justes éloges! Certes il lui valurent d'assez bon» nés récompenses y et j'apprécie trop la noblesse de ses sentiments pour croire que depuis il ait tenu un autre langage; j'ai rencontré à la res^ tauration un chevalier Âlissan de Chazet , son parent sans doute, grand chansonnier desTuileries , venant y réciter tous les ans des compliments sentimentaux et royalistes, farcis d'in«* jures contre les splendeurs d'autrefois. Il m'a paru singulier que dans la même famille il se soit 'trouvé deux rimeurs d'opinions si opposées.

M. Joseph Pain était extrêmement jaloux de la faveur dont jouissait M. Chazet auprès de l'archi-chancelier. Combien aussi se démenait—

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il pour »e rendre le prince favorable et le convaincre qu'il l'adorait! Jamais il ne laissait passer la Saint-Jean sans composer quelque drôlerie , plate a la vérité y mais qui partait da cœur. M. Pain ayait^ lui aussi, des rimes toutes prêtes pour chanter les victoires de Napoléon \ il était ^ comme M. Chazet^ vaudevilliste à la suite de la police impériale, qui leur commandait des pièces de circonstance comme l'on commande des petits pâtés. Il avait un enthovNsiasme toujours prêt \ il faisait de l'amour et du patriotisme à tant le couplet ; on doit croire que ce travail ne demeurait pas sans récompense.

Je n'ai pas connu, je suis forcé de le dire, homme plus ennuyeux que M. Pain; on souffrait de le voir se gonfler sans cesse, se croire obligé, parce qu'il faisait des pointes , de montrer qu'il avait de l'esprit , bien qu'il n'en possédât pas une étincelle \ plagiaire maladroit , il gâtait les meilleures choses par la manière dont il les exprimait; et pour noqs faire bâiller , il lui suf- 6sait d'ouvrir la bouche ; enfin, pour rapporter uu calembourg de l'époque : le pain sec nous était de pénible digestion.

Le libraire Léoppld Colin, bête et fat parexceh lence, paraissait à la suite de Cambacéres avec

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Bonnet le réfjicide et Fesquet de Montpellier, beau -père de ce dernier. On y voyait encore Monvel, fils de Facteur de ce nom; Lavolée, le secrétaire du prince* le marquis Davîdal deMontferrier, le notaire Noël, et quelques autres pour lesquels le public malin ne montrait pas une vénération bien profonde. On se moquait d'eux, je ne sais pourquoi; c'était en général, hors lés chansonniers peut-être, des gens d'esprit; ils avaient des manières po* lies, et tout leur tort consistait à se traîner servilement à la suite de celui qui naguère était leur égal.

Cambacérès disgracié après les événements de k8i4 j perdit tous ses flatteurs ; mais il conserva des amis parmi ceux qui' avaient gardé visà-vis de lui, pendant sa fortune, une certaine dignité. Ses cercles se rétrécirent , mais ils furent mieux composés. Je rencontrais alors chez lui plusieurs de mes collègues et une demi-douaaine de gens de qualité, qui se rappelant d'avoir été obligés par lui aux jours de aa faveur, ne s'étaient pas figuré^ comme MM. Chazet et Pain par exemple , qu'il ne fallait pins ^e montrer dans son hôtel, du moment où il ne pouvait pins être utile.

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L'année i8o8 fut féconde en grands événe»

ments ; je plaoer^i en première ligne Id catastrophe de l'Espagne qui commeni^ la série des malheurs de Napoléon. Je ne raconterai pas ce que je sais sur cette affaire honteuse pour le grand hontme que j'aurais youIu voir toujours supérieur à lui-mênae ; assez d'autres ont pris ce soin* Je. ne dirai rien d'un royaume escamoté contre la bonne foi ^ d'une trahison tellement odieuse qu'elle révolte ; et j'avoue ne pas comprendre que des hommes osent la justifier. Ce fut cette an^née que je rencontrai bhez une dé me$ parentes ^ le marquis, alors comte de Baus-> set ^ préfet du palais impérial. J'ai vu peu de gentilshommes plus convaincus de l'émilience de leurs fonctions. Comme son droit au château était de porter la serviette^ il s'en était fe^it faire u ne richement brodée, garnie d'une deùtelle magnifique, et qu'il aj^^elsiîthi seruietteif honneur. Elle était , m'a-t-on dit, enfermée dans une cassette de bois d'acajou , doublée en velours rouge.

M. de Bausset a épousé une femme aussi belle qu'aimable , une irlandaise qui mérite l'amour que lui porte son époux , et dont les vertus font le charmé et l'ornement de sa famille.

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J'ai connu Fonde de M. (IcBausset^ l'ancien évéque d'Âlais ^ qui devint depuis duc et cardi« nal. Ses vertus et ses écrits lui donnent des titres à notre estime; il se. fit une réputation brillante par la publication de la vie de Fénejon, ouvrage digne du succès dont il a joui ^ et qu'il fit suivre de la y'm de Bossuet^ autre production d'un mérite supérieur , qui n'eut d'autre défaut que de venir en second lieu. L'évéque d'Alais écrivait avec goût et profondeur ; il s'est rendu maître de ces deux sujets qui^ traités l'un après l'autre , n'étaient pas faciles ; ses jugements sont sains ^ il les porte avec connaissance de cause > et tour à tour il élève le héros dont il s'occupe , sans jamais rabaisser son rivaK I^ vie deFénelon plut davantage ; celle de Bossuet dut lui coûter plus de travail : toutes deux resteront au . nombre des modèles du genre ; il fut depuis moins heureux, lorsqu'il fit succéder la politique à la littérature, * Je le voyais sc^us l'empire, chez l'abbé Gros de Desplas, ancien aumônier de Monsieur (Louis XVIII), et frère d'un autre abbé^ célèbre par son éloquence. Ce vieillard respectable , logé au Marais , rue Beautreillis , recevait excellente compagnie; il avait beaucoup d'esprit^ un ca«

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ractère trës noble et très ferme ^ toutes les habitudes, les préjugés de Fancien régime, et la réunion des vertus qui constituent l'homme de bien. Il avait parfois de la gaîté , et toujours de la bienveillance; ses formes étaient douces, polies, remplies dWha*nité; il se faisait chérir de tous ceux qui avaient le bonkeur de le connaître.

Il avait au nombre de ses convives un simple abbé, un véritable bourgeois, rempli de vivacité, d'esprit, de raison et de mesure ; profond penseur, orateur éloquent, qui joignait à la clarté du style une force de pensée, qui promettait beaucoup : c'était l'abbé Frayssinous. Ses conférences à Saint-Suipice lui avaient déjà procuré une véritable célébrité, augmentée par Tespèce de persécution dont il était la victime. Les philosophes de l'empire n'étaient rien moins que tolérants^ilsse montrèrent jaloux du succësdu prêtre catholique , et un rapport de police , motivé sur des craintes absurbes , amena l'empereur à lui interdire la parole. Mais Napoléon était trop accoutumé à tout voir par lui-ipême pour qu'il fut possible de le tromper long»"temps ; il ne tarda pas à reconnaître lemérite de l'abbé Frayssinous; il le nomma auditeur au Conseil-d'Etat, et pro-

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