‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 47 sur 48 · CHAPITRE LXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXV

Prétention des uhrà. — L'unifonne sans tache de M. Gensoul. -— L'habit de général de division du marquis d' A... — Caricature. •— Moment de crise. — Ministres du roi. — Portrait du comte de Blacas. — Anecdote de la croix de la Légjon-d'honneur de M. de C... — M. Benoit. — Son mot à M. de L... — lie général Dupont. ^- Le baron de Vitrolles. •— Les émigrés. — Les glaces de l'hôtel d'Hayré. -^ Louis XVIU,

Or sait ce qui se passa de solennel à la séance de la promulgation de la Charte , et comment par cet acte important Louis XYIII se plaça au rang des législateurs les plus célèbres. Avec quelle acclamation cette constitution si sage , si libérale fut reçue de la presque unanimité des Français! Elle ne trouva pas grâce cependant auprès de ces familles plongées dans la nuit des

préjugés; elles ne concevaient pas que, par -le

pacte fondamental , on eût évité de proclamer la

division des trois ordi^es ^ elles demandaient les

droits féodaux, qu'on ne songeait pas à leur

rendre , la réintégration des biens vendus par la

république, Fabolition complète de toutes les

formes nouvelles, la renaissauce des provinces,

celle des parlements, des intendances^ des cor^

porations de Fancien système municipal, la

réintégration de la noblesse dans la plénitude

de ses anciens privilèges, notamment dans celui

de donner seule des officiers à l'armée ; et à ces

conditions , on consentait à admettre parmi les

anoblis les maréchanx de France, les lieute«

nants-généraux, les ducs, les comtes et les ba»

rons de l'empire. Le clergé surtout, le clergé,

des le premier moment de la restauration , se

rua sur la cour, en criant à tue-tète : « Ma ri«

» ^hesse, mes hormeurs , mon crédit y la dîme y

M hs registres de VEtat cii^U, mon influence

» passée ; je veux tout , je ne puis me contenter

n â moins ; il me hxxt de plus rultramonta»

n nisme, Iqs Jésuites , et anathëme à qui me dira

Au château, les nouveaux courtisant se nour* rissaientdeces maximes^ et travaillaient chaque

d'un pair de FRANCE. ^3t

jour à écarter ceux qui ne pensaient pas comme

eux. On s'étudiait à nous rendre ce séjour

mer. ^ J

j désagréable. On eût dit que nous étions tous ^ \^des coupables auxquels les revenants voulaient I bien accorder leur grâce , sans les souffirir ^1 auprès d'eux. On prodiguait les marques de ,Jq^ désapprobation aux soutiens réels de la mo* ^ ^ narchie. On affectait de se présenter devant j le roi avec des costumes ignorés de la gêné* ration présente. Il me semble voir encore M» de Gensoul^ noble à peine en 1791 > venir en babit de l'ancien régiment de Champagne^ qu'il avait porté peut-être quarante-^huit heures , et se glorifier d'avoir su conserver ce vêtement sans tache , comme s'il y en avait sur celui de nos vétérans de la gloire.

Un vieux serviteur du roi , homme d'ailleurs raisonnable et ci-devant émigré, ancien lieute» nant-général, se fit broder un haUt comme celui des généraux modernes; il causa presque une sédition aux Tuileries, lorsqu'il y vint ainsi vêtu : plusieurs de ses amis feignirent de ne pas le reconnaître ^ tant on le trouva ridi» culement costumé : à cette époque se ranima le génie de la caricature: une des plus malignes^ feisait allusion aux regrets que l'on supposait à

iitu: icet

ni:

\r(tt

l'empereur d'Autriche , ellelui causa un vif cha* grin. On avait dessiné une voiture dan? laquelle il était assis ; l'empereur de Russie était sur le siège ; le duc de Wellington conduisait en co» cher ; le roi de Prusse^ placé sur le derrière, ser» vait de domestique , tandis que Napoléon à pied s'accrochait à la portière, en disant : « Beau- » père, ils m'ont mis dehors. — Et moi de- » dans » , répondait François avec sa piteuse mine et avec vérité. Toutes ces choses qui se devinaient plus encore qu'on ne les avouait, donnaient à penser aux esprits; les bons y voyaient de funestes présages , les mauvais en tiraient l'espérance d'un prochain bouleversement.

Après tant de commotions , c*était beaucoup sans doute que d'avoir assis sur des bases solides le nouvel édifice constitutionnel, que d'avoir offert aux diverses opinions une Charte dont les articles , dictés par la raison, devaient plaire aux esprits bien faits, quelle que fut d'ailleurs leur manière de voir particulière; il fallait encore, et c'était là le point capital, rencontrer des rainis» très qui entrassent dans les vues du roi , qui eussent ses principes de clémence , d'équité na» turelle et dont les mesures , à la fdis sévères et

véservées^ tempécàsitnt labbûtèdè Loiiis.XVII!4- Ce monai^e se trompa } son choix tamba siir des hommes dont les intentions pouvaient é)â?e bonnes, mais qui nelurent pas àk'hafutqurdesl circonstancesi . , - ' -1

Le premier qui se pnéseiite à moi^ parce qu'il nous vint investi de la confiance entière deno^re 1*01 , est le comte de iBiadas^ ^^S^j Superficiel ^ ayant la maladresse de voulioir trancher du grande seigneur de raiicièn régime ^Jil. s'imagina produire pdrmi nous beaucoup d'effet Uvec; lés manières d'un courtisan de rOEilf-d,e««Bo&uf dé Vertoilles. Ce fut. une^fausse spéculation; une preuve de. non sens. De petitefi^grâeeî/i^peâts» airs composés ^ une Supériorité d^^eiUpruÉit ^tiy ne reposait ^ur aucun atii}écédent't<énérabèe^ ice^ gestes.moelleux^ cettie voix mielleuse, cettesMiste d'im'pertineuce fondée sur la faveur du' juâitnre ou sur la hauteur du rang , tout nous parut étri*^ que, mesquin et de mauvais ^oùt. Toèt-cela s'éclipsa devant les réputatk>ns giganft6si]fi;c^S'de la république et de l'empire, devant leè héros du sabre et ces hommes à hautes > conceptions dtr càlnnet: politique. Que pouvait être le sémillant ou le compassé M. de Blacas, en présence- do Mas^na , par exemple, du prince de la Mo$«^ Tome m. a8

434 MÉMOllUift

kéWd , du maréchal due àe Daimatie ? Av«c eai^ parierait**il guerre? opposerait-il ses actions sûUtairôs a .oel|e8 qui «Yaimit épouyanté : tonte I^SIutopâ? Autait-il lutté de science d'État avec les Gambacérës^ les Talleyrand^ les GarnoSv les Dàrp ? Ourpe serait-il: pérj)pis.de ^éfwmeir jlaléyifitacioh étéhLte par le; dac de Parme y les> comtes Tteilhardiett PcMtalia* Merlin « e(c. B Set s^raitM-il flatté-derchangerrordhre .établi dans lestBoianoes par les ftamèl y le xlwr. dei Gaëte , fes : confies MoUien^ Fabte !de j'Audc^! Regnault dejSaÎBlH 2éaâT?d'Angel^^v ëfÉc^ ? Ihkii fallait battre eii re« tf!ait€t il'àsj^eot 4e ces aùpécioritâs sans ndhibre^ et Todeur^des essences flont . il se < parflimaîf ne cadraittUtiiiikineàt anieô cdleide lawpipe de ces vieilles: ^mcii^iaobes^ quîr> n^'estsimaient mi pev«* soQcnage^ique pa^ sa pviopiieiaraleur^ €trqcii)«fs savaien t ftlus raapeeter . ce f^ii oré tail} ni tleig^ày ni lètalent^ ni le coup^^d'œil de l'aiglei ri -uvc \n> M* de Blacas fi'avait d^tno rien de^c<]iii l'àuf* ràit iiubs.À Ja place, où* il t^cèait de s'éxbaiisaér* Son ; ahfipleur était, nn^ solitude v.vàine^n^ se leva!^iLsur la poirité, desjpiedb , force ini à Ini de redescendre à soq ni^ea4i'péel^)«tî-iLidei** nieura perdp idans la foule. ]\!l^s<;)Be;pouimni: :Sè

i^ignor à ë^n néai^t^ Iceceprefr la tête reinjdié

D^Uf^ PAIK DE FRANCE. 4^5

d'écume , il conseilla mal le roi , lui fit faire des fautes^ et' en fit lai-mème» Inoccupé quand il n'était point permis de l'être, inspiré, comme je l'ai dit, par des habitudes qui ne nous allaient pas, il se laissa environner d'une foule de fci» piHis , de spéculateurs , d'agents d'affaires , d'à» gioteurs qtti , abusant de sa £a»blesse> mirent à l'encan les croix de 39int«^Louis, de la Légion^ d'Honneur; les places, les p^nsioajs, tout sf^ vendait à cette époque au ministère dç la maison du roi avec une impudence révoltante. On rém compensait des services qui n'avaient pas été rendus , de prétendues vieilles fidélités qv^i^^ne faisaient que de naître ; on était digne des grâces royales , des que Ton avait de l'argent pour les payer. Cétait enfin le règne de la vénalité , comme au temps des maîtresses du duc deSaint-^ Florentip ou du prince de Montbarrey. Cette sévérité de l'empire n'existait plus ; c'était un pillage, une confusion, une dilapidation incroyables dés honneurs du royaume et de la cassette de la royauté.

Lé ministre chef ne s'opposait pas à ces dés* oi'drés, parce qu'il était myope en affaires, parce que , fevori du roi , il fallait se conserver dans la feveur acquise à une époque où l'on ne

435 MÉMOIHE»

deiiiandait qae du dénouement sans capacité y sans profondeur^ sans lumières administratives^ quand enfin il suffisait d'être agréable^ spirituel^ et amusant; mais, en i8f4> lorsque toute la force d'Hercule aurait à peine suffi poul* tenir le gouvernail, que l'on juge conibien devaient être impuissantes, pdut diriger le vaisseau de FËtat, les mains petites et potelées de M. de Blacas , qui aurait craint de briser ses bagues antiques richement montées , lès étincelles qu'il savait faire jouer avec tant d'art ! Il était sorti de sa patrie à un âge où la réflexion n'est jpas ordinaire ; il y rentra rempli des idées du courtisan et de l'étranger ; il nous connaissait hial, et par conséquent ce fut du mal qu'il nous fît. En i8i4^ il s'occupait sérieusement à discuter la liste de ceux qui monteraient dans les carrosses du roi , à ramasser les débris de la vieille étiquette, à garnir son cabinet de porcelaines craquellées, de magots de la Chine, de laques du Japon , de camées grecs ou romains. Lorsque Napoléon débarqua, à pçine le colosse eut-il mis lé pied sur le territoire , M. de Blacas disparut dans la tempête , sans que nul parmi nous demandât où il était passé , car il

d'un pair PE FRANCE. 4^7

n'avait &it de bruit que par les alentours peu honorables qu'il s'était choisis.

Je me suis étendu sur ce personnage plus qu'il ne le mérite comme homme d'État. Je l'ai fait, par ce qu'il a recommencé aux Tuileries la série du favoritisme, parce qu'il a été la tête deCazes^ de Villële^ et parce qu'il a ramené à lui seul plus de malheurs que les deux autres ensemble. Ce n'est pas qu'il eût de mauvaises intentions :. il croyait bien faire. C'est son impéritie qu'il iauf; accuser. Il était au demeurant trës*ai« mable; il représentait bien; il possédait des qualités d'intérieur fort précieuses. Il aimait les arts auxquels il ne se connaissait pas ^ la bonne compagnie où il était à sa place ^ et les diamants dont il se parait avec beaucoup de goût. Sa sévère économie(car il était venu pauvre en France) lui procura, en moins d'un an, une fortune énorme. Il s'enrichit : ce fut là le seul trait de son habileté.

On appela à la charge émtnente de chan«^ celier de Çrance M. d'Ambray , ex-avocat-géndrai de la cour des aides de Paris. Celui-ci, homme d'honneur et d'une probité de vieille magistrature , était animé des meilleures intentions ; mais il fallait ^lus dans des circonstances exn

traordinaires } sous la simarre des d'Âguesseau et des Lhôpital y il disparut tout d'abord et de«i meqra comme perdu au milieu de cette foule de jurisconsultes du premier (»rdre , formés parla révolution , et au détriment desquels ou l'avait choisi* On avait voulu quelqu^un de. l'ancien réig^me ; on vit aloirs ce qu'il restait de celui-ci. Napoléon l'avait écrémé, et Ton ne pouvait rien tirer de ce qu'il avait laissé an rebut* .

L'abbé de Montesquiou fot mis au départe*»

ment de l'intérieur^ Prêtre philosophe ^ grand seigneur d'autrefois et quelque peu. saturé des idées nouvelles^ il n'était complètement. d^au« cane époque. Ses antécédents 4 l'assemblée Constituante, leiaisaient mal voir de ceux de sa robe et des gens à préjugés | et son retour^ aux principes qu'il avait combattus ne lui conciliait pas les ennemis de l'ancien régime. Paresseux comme Figaro^ musard avec délices, il craignait toujours de se laisser entraîner au torrent, et malgré ses longues jambes, il était tout es»

soufflé, sitôt qu'on le faisait aller trop vite. La chose dont il s'occupait le moins , était celle qui aurait dû le toucher le plus. Personne n'ignorait plus que lui ce qui se passait dans ses .bureaux ; le trait suivant peut en fournir la

d'un PAIA DB fhance, 4^9

pmttire^ M. de G , es-soiis^réfet* (k...«. 9d

présenta un jour à lui pour lai rappeler la de^ mande iju'il avaitiaitedela croix de la L^ion-i* d'Hopoeur due a ses travaux , et cf^rtainemeiit ai son mérite*. L'abbé dé Moutesquiou ne se reai*' soavenaat'pas de ce dont on Feétretîent > ext^ que le soliiciteur lui détaille de : nouveau ses aei^îcesf ceci&it^le ministre ne trouvant pâft leâ droits suffisaQts^>iie:preinetiplusTteïi et gosm

gédie M. de C toilt aceablé y qui au Sdrtir de

cette audience désagréable^ va cheroher dans les bureaux les pièces à Tappui de sa requête ; on les lui rend avec le brevet de chevalier de là Légion -d'Honneui*^ o})t«nu de la veille sur la recommandation expresse de Pabbé de Mon^ted^ quioû.

Celui-ci" avait vu passer toute la révolution sans s'en apercevoir : il ftiisàit du sommeil quand il iallait travailler ; il laissait; les commis gouverner la machine. Tout était bien à s^s yeux pourvu que rien ne marchât Le mouvement lui donnait une épouvante dont il ne sortait qu^îu l'arrêtant tout court. € était M. de Ôorbiire en grande mais en trës-grand , en immensité même ,. si je compare ces deux personnages. Il aimait le vieux dans sa vieillesse^ et, dans sa jeunesse il

44o MEJHOilLES

avait aidé à tout bouleverser pour avoir du neufl: Oq le vit, dès sou entrée au ministère, prendre un protestant pour secrétaires-général. Le choix était bon,. .et, néanmoins, il ne cadrait guère avec son caractère sacerdotal. Il prit, dans la chambre des Députés, la défense des prêtres mariés , ce fut • une maladresse.. Il devait se re^ gorder et se taire. On eût dit qull voulait imiter Oru le prince de TaUeyrand ou le duc d'Otranta, M^i$, ou ses talents avaient disparu, ou il ne les, employa pas. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il fit un mal' infini à l'autorité royale; d'abord par lui, puis par M. Benoit, investi d'une portion dp sa .confiance, et sur lequel j'aurais trop à dire. Je .me rappeUa le gros temps de la révolution, et je crois que , malgré ses efforts , il ne peut non plus l'j^YQir publié. M. Benoit tint un singulier pr,Qpo^> ep j8i4> à un. de mes amis, plein de yiç eif^core , €^t quje je.nomnierais en cas de bjesoin. Ç^t ami sollicitait une place qu'il méritait; à tou^ ^rds; in^fis, ppur réussir, il ne se prév^Iaiç quçde ses droits; M> Benoît, las de l'entendre, Ijoi dit :'« On fait ici con^me à la porte des t^éâ»n, treç, où celui, qui achète une contre^ma^que » çMtre le premier. ».

, l<e général, jpoppnt, militaire de petite rç^

d'un pair de FRANCE. 44^

Bommée, avant cootune après la peu brillantu eapitulation de Baylen y fut tiré de la prison do l'Abbaye pûur être mis en possession da minisx tère de la guerre. La défaveur de Napoléon lui tint lieu de mérke. On ignorait que Terapereur ne. repoussait pas les gens t^upérieurs^ et que tomber dans sa disgrâce, était ordinairement un signe d'incapacité. Le général Dupont se montra enragé contre le gouvernement qui venait d'expirer. Aigri par le souvenir de sa juste humiliation, il ne porta au ministère que de la mauvaise humeur et point de talent. Il crut, que sa colère suppléerait à tout; elle ne tint la place de rien ; elle ne servit qu'à produire une confusion inexprimable: on donna des brevets, on fit des promotions par centaines, par milliers; le fardeau fut enfin si lourd à porter , que chacun i^'a perçut de Tinsufiisance du ministre^ qui , par suite de sa négligence, fut accusé de concussion devant la chsimbre des Députés. Il n'eut pas de peine à repousser cette accusation. Mais il ne put se laver d^ même de cette paresse , de cette incurie qui le rendait inhabile à surveiller ses subordonnés.

Le baron de VitroUes, diplomate improvisé,

sorti d'une diligence dont il était, je crois, le

44^ MÉXOIUCS

condttcteuip ou Fiiispecteur , s'empava peutnll» e plutôt qu'on ne la lui donna ,cde' la charge de secrétaiT&rd'Ëtat. Porté aux. mesure^ ytolentes j croyant que frapper c'est raisonner j mais ne frappant que le fjaible; et denieurajat Bouiniset souple en présence du fort , le baron de VitroUas était ui^ Provençal daps toute la force du terme; Il avait p^ssé sa vie à com^doter obecuri^pient^ à rappeler la royauté dans ses cbAtoaiix en' Es#< pagne^ et à combattre pour elle dans le sileiice du cabinet. C'était une 4(3 <?es fidélités: comprii* mées qui débordent quan^ le danger est. passé. Présomptueux à Texcès, virulent en paroles;, e^çtrsivagant dans s§^ projets^ incapable de rér* flexion, c'est iin véritable brùlpt , mais uq brûlot éventé. Jamais bonime uct $ eptendit mqips à gouveriier sa barque, et .à conduire $€A intrigues. C'est au point que l'on a pu oroÎFe que plutôt de tirer Tépt^ pour comj;)9Ur'Q Je^ epnemis de son prince , il ^ proféré 1^ daigner au poignard d'un assassin. On l'accusa à tocti sans doute, d'avoir excité quelques misérables à attenier aux jours de Nappléon. Quoi qu'il ^eq soit^ le baron de Yitrolles n'en est psis moins un ultra plein de furibondage, un pe^^oniiage à coups d'£)tat^ ou plutôt 4 coups de té^te; m^is p«

d'xTN PAia DE FRANCE, 44^

sachant ni entreprendre ni diriger, il échoue à l'exécution. S'il saisit une arme, ce ne sera que pour sel^lesser. Tout en démonstrations exté^* rieures^ en gestes^.en mouvements de bras^ pléiâ d'un feu sans calorique véritable, emporté, vé« hément, et d'une étourderie singulière^ c'est peut-être le héros le plus éminent de son parti; aussi nous est^il permis d'avoir une bien piètre idée de ceux qui marchent à sa suite.

Les émigrés rentrés avec le roi n'apportèrent en France qne leur amour et leur dévoôment à la feimille royale, Aucun ne cous revint avec deai talems mûris par l'expérience, avec un génie développé par le malheur. Tous nous parurent des filacas. Dieu sait ce qu'ils étaient alors^ et comme le maître était conseillé. Tous avaient besoin de refaire leur fortuqe,^ Il leur (allait de l'argent atout pri^, et en criant centre la révolution ils héritaient de ses dé^* pouilles sans s'embarrasser d'où elles prove^» naient. Voici, par exemple, un fait assez cu«^ rieux qu'on ne démentira pas, puisque la preuve légale existe. L'hôtel du ministèi^ de la guerre appartenait au duc d'Havre. Du temps du gouvernement impérial, on l'avait orné avec les glaces de l'hôtel du comité d'Hargicourt, situé sur

444 MÉMOIAES

le quai Malaquais, au coin de la rue des Saints-t Pères, Les glaces valant quarante mille francs ^ niaient point été payées à leur propriétaire^ c'était une prise nationale si. jamais il en fut. Le roi revient; il rend à M. le duc d'Havre son hôtel et lui £ait cadeau du mobilier sans savoir de quoi il se compose. M. d'Hargicourt , instruit des principes excellents du duc va le trouver et réclame ses glaces. Il les réclama en vain; elles sont encore le principal ornement de l'hôtel d'Havre, et M. d'Hargicourta été condamné à les perdre, le tout par respect pour la donation royale qu'on n'osait pas infirmer. C'est ainsfque la restitution était entendue.

Le roi se trouvait seul au milieu de cette foule, seul vraiment, car nul de ses alentours ne pensait comme lui. Il avait rapporté d'Angleterre, des idées très saines touchant le gouvernement constitutionnel. Il avait vu les immenses avantages que la royauté en retire, et s'était promis de se les approprier , malgré les intrigues et les doléances de politiques à courtes vues qui prétendaient faire de l'administration avec du sentiment. Il voyait bien les choses. Il voulait tenir le milieu entre le passé et le présent. MaU lieureusement il cherchait l'équilibre dans uu

d'cN pair D£ FRANCE. 44^

systëme de bascule et de déception dom il attendait, je ne sais trop pourquoi^ les meilleurs ré^ sultats. Il avait compris de bonne heure lé dan» ger au dernier jour d'une révolution, de trop écouter les prétentions turbulentes d'une por^^ tion de la noblesse et dii clergé. Il aimait moins les prêtres qu'il ne lés craignait , et dans sa piété pirésente , il y avait quelque reste de son phi« losbphisme d'autrefois.. Il savait combien ces hommes \ si respectables quand ils se renferment dans les fonctions de leur ministère, sont dan-P gereux à la paix de l'Etat et redoutables au monarque lorsque celui-ci ne les comprime point. Sa pensée aurait été. dé les conserver dans la position soumise et laudative où l'empereur les avait fixés ; mais sou désir s'effaçait devant la force des choses. Le roi très chrétien ne pou» vait.pas dire au clergé : taisez-vous, ni séparer sa cause de celle de l'Eglise. Si bien que par des considét^ations de convenances , il se laissa dé^ Border en partie, quoique ce fut de mauvaise grâce et contre son opinion.

Louis XVIII possédait une instruction très remarquable. Il savait quelque chose, ét^ en conséquence , il paraissait savoir beaucoup; Son esprit était fin, délicat; il aimait la ]itté>

44^ MÉHtOlRES

racure, mais comme on l'aimait sous Tancien régime, en lisant les livres et en traitant avec mesquinerie les gens de lettres. Un bon mot lui plaisait parce qu'il était capable de Tappré^b oier, et qu'il en disait' souvent. II faisait des l![ers. agréables^ des articles tle journaux très {tiquants. Horace/ qui était en entier dans sa mémoire, restait pour lui toujours nouveau. Il ]e citait avec prétMitiofa ,. c»r il citait volontiers et fortheureosement. Sa obtiversation était spt«^ rituelle et gracieuse. Ilfeltaitsebiéti tenir devaût loi et parler surtout eorrectement sa languie ^ dar on trouvait eé ce prince un yrai puriste, tin QxeeUenti grammairien *

: : Peut*^îie^ parmi ses qualités ^ la francbise ne^' tenait-^Ue pas la prerôiëre pliice. Cela: pi*ovenait^ saas jdoute^' de sa vie passée tout entière 'ai^0o des ootartisans.'Oa ne comptait pas beaucoup ëur ses .propies^s , «t quand il parlait , on cb<»rchait déiis:ses yeux , dans les'mouvemetits (ite sa bôuch^; tsne sincérité qui n'était^que^ans ses, pàroleiâ. Il savait être sévère ; il était elfact étpdli^il plà^it trop souvent^' la main surdon cd^cir. Ce geste népété^ avait il ni par- dtré \xm hs/bitudè^ ^ët l'on pquvait fiider le momedt précis dans toptès le^ circonstancesioàteroi le Fierait; Il né codiitianda

jamais les armées^ et pomtam son intrépidité était grande. I) conservait^ dans un corps malade l'aifecieD coorsage de sa maison. Si^on orga*^ nisation pbysiqœ lui eut permis* de| monter à ohjsval^ il n'aùraiÊpaaiFeÉiis àdfaotres lesbin de défendre sa couronne.. Enfin y. lés dé&nta' de Loais XYIII sont morts avec lui; ses gi*andes qualités lui survivent, et la Charte! la Charte! son immortel ouvrage, lui donne la première place parmi nos rois. Jamais nous n'aurons assez de reconnaissance pour cette immense con-* cession, réclamée impérieusement, sans doute, par le progrès des lumières , mais qu'il était libre de ne pas nous donner. Il l'a feit, tenons-^ lui'^en compte , et environnons sa mémoire de notre respect et de notre amour.

Après le roi venait son auguste famille. Ici , le sentiment des convenances ne me permet de rien louer ou de rien blâmer. Je dois garder ce silence que le devoir me commande. On a mauvaise grâce à prodiguer en face un enéens alors sans odeur, ou à se plaindre de ceux qui n'ont pas vu couronner par le succès leur désir de bien faire. Je me tairai donc, soit pour montrer mon indépendance, sôit par délicatesse, sans renoncer pourtant à rappojter, dans la suite de mes

44B UÉMOIRES

Mémoires^ lea faits personnels qui servent à peindre les caractëres. Mais au moment dpnt je m'oQCupe/ tout devait être bien; il convenait d^ tout appi^ouver^ de tout excuBçr ; on ue pou^^ vait rien exiger; il Mlait toutaMendi^e du. temps et des bonnes intentions^.

FIN DtJ TROISIEME VOLUME.

bES MATIÈRES DU TOME TROISIÈME.

JPages.

CeAPh L. Bonaparte à Paris. — Partisans du directoire. — Partisans de Bonaparte. — ^ Ma conversation avec Barras. — Avec Bonaparte. — Le général Lefèvre. — Quelques hommes de l'époque. — Propos de table. — Je retourne vers Barras* — Ma rencontre avec le directeur Moulin. — Destrem. — Opinions des conseils.

— Diner à Saint - Sulpice. — Dialogue avec Chénier. — Embarras des directeurs. — Mot populaire. — Le, 18 brumaire. — Les généraux abandonnent le directoire. — Mot méprisant de Moulin à Moreau. — Espérances de Sieyes. — Bonaparte me charge de lui annoncer sa dis- ^ grâce. — La caisse du directoire. — Avarice de Sieyes. — Mot de Carnot à ce sujet t

Cbap. li. Les ttois consuls. — Gambacérës. — Motifs de la haine que Montgaillard lui portait.

— Lebrun ^ troisième consul. — - Napoléon aimait à s'entourer des gens de mérite. — Le Sénat conservateur. — Le Tribunat. — Le Corps législatif. — Le premier consul m'envoieen mission. — Instructions qu'il me donner

— Ma tournée. — Le Concordat. -- Conseil

Page 1