‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 46 sur 48 · Tome m · texte numérisé non relu

Tome m

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La conversation oontlnua sur ce ton quelques miaotes encore; enfin elle tourna sur des objets plus sérieux. Le premier point des deux que nous traitâmes était d'une teUe' importance^ il était fait pour amener de si étranges résultats ^ que je reculai devant la mission dont Joséphine voulait me dkarget ; je suppliai l'impératrice de renoncer à ce qu'elle prétendrait entrepren* dre à cet ^;afd; je tâchai dq lui Êiircconcei» voir le péril qui résulterait pour elle d'une révéktiiMi pour le moins imprudente y et dont les suites devenaient incalculables; je ne lui cachai pas que ma perte était assurée dans le cas ou je la seconderais. La véhémence avec laquelle je lui parlai , lui arracha un sourire mélancolique y maia ne la détermina pas à suivre mon conseil ;. elle se contenta de me répondre :

« Je sens en effet que j'ai eu tort de cher^ » cher à vous placer dans une position aussi » pénible; votre dévouem«it| pour moi ne peut » aBer jusqu'à me^ seconder dans une aBaire » qui au fait n'e^t pas la mienne , et dont je » pourrais ne pas me mêler , sans pour cela M feire tort à aucun de ma maison. »

Lorsqu'elle m'eut parlé ainsi, je redoublai la vivacité de mes instances^ me flattant de

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l'amener à brûler les documents qu'elle me montra , et qui contenaient des «secrets capables de bouleverser l'Eorope y si jamais ils étaient mis au jour ; ce ftit en vain.

« Ma résolntion est prise^ me dit-«lle , j'en n parlerai à l'empereur Alexandre ; il est juste y » et sans doute ^ puisqu'il ^vait que chaque » chose soit mise en son rang^ il 'prendra' les » intérêts d'un malheureux jeun^ hommes »

Je ne fis plus d'objection; Joséphine agit comme eUe m^ l'avait annoncé ^ elle révéla . ce qu'elle aurait du taire , car peut-être enfin ellemême était trompée dans- ce qu'on lui.avait feit croire aveuglément; sa mort^ presque subite ^ quiarriva peu de temps après ^ ensevelit à jamais dans de profondes ténèbres la connaissasice d'un cas fort singulier et délivra d'up témoin

redoutable; . « / .

Cette première partie de notre conversation épuisée , Joséphine passa à la seconde ; il Vagisp sait d'obtenir du gouvernement et du comte d'Artois certaines sommes qui lui étaieoft dues , et dont elle avait un besoin urg^it pour appaiser des créanciers devenus hardis depuis la chute de Napoléon . Cela rentrait dans mes attrihu-

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tions. Ce fet avec une satisfaction réelle que je me chai|;eai d'une n^;ociation dans laquelle j'eus le plaisir de réussir comme elle le souhaitait. L'impératrice me parla ensuite d'une foule de personnages sur l'attachement desquels .elle avait beaucoup compté. Je sonilraîs de hu dire que tous^ s'étaient tournés vers le soleil levant.

« Quoi ! me disait*-elle , le comte de P. • . a » suivi le torrent? — 11 porte la plus énorme » cocarde blanche que l'on ait promenée dans M Paris. — L^ chevalier R. . . ? — Celui-là , A madame , sollicite avec chaleur une place dans » là maison du roi. U fonde , dit-il , ses droits » sur ce que ^ depuis quinze ans^ il conspirait » incognito contre l'empereur y et vous savez » avec quel zèle il l'a servi. — Mais au moins » le baron R. • . — U est trop diplomate pour » conserver de la fidélité au malheur. — Ma- » dame de C . • . — Attend avec impatience le n retour de la duchesse d'Ângouléme , pour lui w vendre ses services comme elle les vendit à • . . » — Vous me désespérez ; je présume que nous » aurons du moins conservé les gens de lettres.

u — Dieu le veuille I en attendant , M. de » Jouy improvise un opéra pour le retour du

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n roi. — Quant à Chazet^ je sub assurée de » son dévouement ^ il a tant fek pour m'y feire N croire. » Pour toute réponse à ce dernier propos ^ je tirai de ina poche une chanson de lui y où respirait un si pur royaUsme et luie haine si marquée de la dynastie tombée y qne Joséphine confondue ne put retenir «n rnoo* vement d'impatience. « Ainsi tous nous abaii« » donnent 9 dit^ile, en soupirant. -—Tous:

M non 9 madame; il y a des littérateurs qui » s'honoreront en ne profenant point l'autel » sur lequel ils ont sacrifié ; MM. Tisspt y n Etienne y Dupaty et quelques autres, gard^» » ront cette noble mesure qui rdève si bien le n caractère de l'homme dé lettres; mais la À foule, mais le troupeau servile parmi le»

» quel il y a de très habiles éci^iTaîas, ne »f &ites aucun fond sur eux, ils sont trop >t portés d'amour pour le trésor , pour . Te^ » noncer à louanger ceux qui en tîèitdr9nt la » clef. »

L'impératrice , vivement p^née de ce que je lui apprenais, me congédia. Je voulais venir la revoir , je n'eus pas le temps de jouir de ce bonheur. Cette princessse qui a tant fait de bien ne sortira jamais de ma mémoire. La pror

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*i4tettt!;e l'a vftft destinée au rang qu'elle occtipa^ m lti^'Â(mnum une âme élevée et généreuse, 'fille iroavaît A obliger , le ^laisor que d^autre^ tbouvimi^à) attire; jamais son cœur ne demeura formé aux plaintes de Fîtifoitutte. Sa tiharité 'ét|àt xiiépiiteablè. La plus grande partie de ses liMies >oe provenait que de la multiplicité de ses immtieaosfVirres^ Elle joignait plusieurs iaiblesses ûe son ^sexe ^à ^uasi brillantes qualités ; elle >Ai|lia$l le? ^oiliQllérage d'ittitérieur > ' les causeiriés ïtiis'plu^ fàttieâ* La parui^ était encore un ppim âiâpoAanlbpota* Jette ) quî^tt^itâit l'article #iine 'mode récetite ât^ la: i^êmeattentiori tpe met«> 'tbit aohiépoubt à dr,es8er «m traité politique^ Elle, tétait (d'aîUeuiH. coinpèétnment 'éréde^ et par cdnséqnsjpt drédnle à l'excèë ; k*ieti «e lui palpaissait absurâe de tout te qui pouvait la rappro» (phdr dss'chôse^/suraaturellel. £Ue ne rèihisait ^pos sa (Cifoy aucé aux contes les moîtis probables ; tiUn.pafelaitsouveiitKl^Kne pi^ii^ion qui , lors»« qu'elle était à la Martinique , lui avait annoncé desgrandéurs'aiaLqûeUes à œ^te ^époque léen ne f Jenibtâit ^ l^ppelër $ elle devait parvenir à' un '¥fettg supérieur à celui d'une reine de France, et, lorsque la fortune 'sô fut divertie à réaliser cette ^^ole-vmne y Joséphine resta infetuée plus que

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jamaisde toutes les rêveries de l'astrcde^ jadii^i claire. Chaque jour eUeooosultitît quelfjuenoiiYel <»cac}e : loademaisdlle Lenormaiid > par ;6zeni«p |4e ) dont l'adresse apécub ^ bien sur $a 'ma^ oie y était admise au château presque tcMiifecs les semaines , >ou bien elle rdcevaît un message secret de llmpératrice qu'elle promenait d'il» Insions eh îittusioBs. La veille eoeore du jour où k .divorce fut annoncé à Jo^phiue pour la prer mâère fois^ la prophétesse^ m'a-t-^Ue dit ^ lui promettait nn foo&heur constant^ qui ne finirait ^^lœc sa vie. PeoseTs-^fvoos que ce. mensonge ,■ si promptement découvert , eut jg;uéri José* phine ? Il n'en fut rien ; elle continua toujours à payer à haut prix les cartes mystérieuses «t le café magique de mademoiselle lisnormaiid.

La multitude se pressait autour du comte d'Artois. Paris et le cfaàteau .éts^ieiit envahis par une foule de scdlîciteurs afibukés de bi^as ^ de grades 9 de phôes^ de titres, da croix. et surtout de pensions. Pour se débarrasser des plus imbéciles^ on imagina la décoratiiH} du Lis^ Ghachm la prenant pour<un ordre, se jeta sur elle avec avidité; bientôt toutes les boutonnières furent ornées d'un ruban blanc et d'une croix de fantaisie au milieu de laquelle rayon»

nait l'emblème des Bourbons. Ce nouvel ordre de chevalerie déplut d'abord à ceux ^ fiers à cette époque , de porter l'étoile de la Légfion-d'Hon-

neur. Un de ceux-ci^ vieux soldat de mauvaise humeur y rencontrant sur les boulevarts on jeune mousquetaire^ s'approcha de loi , et ^ prenant le lis avec la main , lui demanda : « Est-ce . » là mon enfent l'ordre du baptême? — Non ^ n répliqua l'^fensé j mais celui de la confirma* N tion M ; et il joignit à cette vive riposte un geste de mort. Â la suite de cette attaque et de la réplique la plus chaude^ les épées sortirent du fourreau , et l'agresseur paya de sa vie une insolente incartade.

Des scènes pareilles se renouvelaient souvent; elles jetaient dans les esprits des ferments de division et de haine ; elles préludaient mal à la rentrée du roi. Ce prince quitta l'Angleterre, avec le vif désir de réunir tous les partis y et de nous donner des institutions qiii devinssent stables par leur sagesse. C^était un grand pro» blême; il eut le bonheur de le résoudre. Dès son arrivée à Saint-Ouen , je me hâtai d'aller porter à ses pieds le tribut de mon amour et de mon respect, a Vous voilà y me dit-il y désér« » teur sensé de Coblentz, qui avez préféré

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» souffirir en France que de jouir des béatitudes » de l'émigration. Vous devez savoir beaucoup ; » et je me flatte que vous m'apprendrez quelque » chose de ce qui se passe autour de nous. »

Je l'assurai de mon dévouement ; je crus devoir lui parler avec une entière franchise, a Je » sais bien ^ me répliqua-t-il > que le terrain sur » lequel je marche est brûlant ; je vois que je » vais être entouré de gens qui vou^ont que » tout revienne comme tout était au moment » où je suis parti; la chose est impossible ^ je » le comprends. La lutte entre eux et moi » sera pénible. Ils seront d'autant plus exigeants » qu'ils auront beaucoup souffert ; quoi qu'ils » fiassent ^ je n'oublierai jamais que je suis le roi » de toute la France , et non pas de quelques » Français. »

Ces paroles admirables me frappèrent ; je remerciai Sa Majesté de son digne projet. « Les » émigrés ^ la noblesse y lui dis-je y seront mé« » contents si vous ne les comblez pas. — Et les r. chers abbés y me répliqua-t-il , vous figurez* » vous qu'ils demeurent en repos ? — On peut » le croire d'après leur sage retenue , tant que » Napoléon a gouverné. — Oh bienl dans ce >i cas y vous ne les connaissez guère , si vous

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»> vous ima^nee cfu'ils se tiennent tranquilles ; » ce sont les {Hremi^ii qui ont crié à mes oreilles; M et » •comme ils se sentait fortement appuyés » autour de moi^ ils seront les derniers que >i j'entendrai > et ceux qui me préparent la plus ») rude besogne. Au reste» rassures^ ceux que >i vous verrez > je ne me laisserai déborder par ») personne. »

Âpr^ ces mots prononcés d'une voix ferme , il changea de propos» Il me montra la Qiarte CoiMtirutionnelle qu'il voulait nous donner y la Charte , 'Son immortel ouvrage , qui fera bénir son nom par nos deruers neveux , et que nos en&nts réclameraient sans cesse si on la leur enlevait;- il eut la bonté ^e me dire : k Vous ») voyez que je suis presque d'accord en tout » avec votre projet de constitution. Cependant » que le sénat ne se fâche point si y tenant ma M couronne des droits de ma naissance ^ je ne » la reçois pas de lui , comme il me 1'^ ofiferte. » — Sire y lui répondis-je y nous avons agi dans n le sénat., comme la prudence l'exigeait à cette N heure 5 mais il n'y a pas 'Un de nous qui se » soit cru ifondé à vous dicter des lois^ ou même »» de simples conditions. »

Cette réplique parut lui convenir. Il me dc*=

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maiûla tout à ooup moi» c^inion sut Fouché ; je le hn peignis td qu'il me paraissait ^ x^omme un homme tout à k ibis mile et dangereux dont il ne fallait se servir qu^avee défiance ^ qui abhorrait d'être mis à i'éeart^ ne négligeant rien poor se .rendre aécessaire et leooiptomet^ tant méne^ danis ce bat y la tranquillité de l'État. Sa Majesté continuant ses questions^ efaerdia à oonnaltre ce que Je pensais au sujet 'du prince dambacérès^ ie irépondis qu'autant 'Fotidié me paraissait dangereux > autant l'archichanceKer serait^ selon moi ^ trn personnage dont inhabileté pouvait rendre dHmporcantB services. Je le mimtrÀi occupé à plaire à tout le monde , sachant conbilier les devoirs de sa place et les égards dûs ani particuliers^ n'ayant surtout jamaie' abusé du pouvoir immense qui- était demeuré dans ses mains pendant quatorae années ; sortant de ses dignités sans compter un ennemi véritable , ce que je regardais comme un phéno» mène y et n'ayant enfin que des méchants , des ingrats ou des imbéciles pour détracteurs ^ je le peignis sous l'aspect le plus favorable^ et tel que je le voyais véritablement; le roi m'écouta sans m'interrompre , ne. cessant d'attacher sur moi ses grands et beaux yeux bleus ^ et lorsque

j'eus fini : — « Chacun , dit-il , me parle de lui » dans les mêmes termes ; il est filcbeux qu'il » ait pris sa part d'un grand crime y il ne me M sera jamais permis de l'employer. — Site, » repartis^je , son vote n'a été que conditionnel. » — Je ne cherche pas, me dit le roi, à aggraver » sa position , je veux même, pour récompenser » l'excellence de sa conduite postérieure, me >) prêter à toutes les explications qu'il me don- » nera , les admettre pour valables ; mais le » Moniteur existe : il a jugé la £sitale question » dans la journée du crime ; et jamais je n'ap- » pellerai aux fonctions publiques ceux qui ont » de quelque manière que ce soit, appelé la » mort sur la tête sacrée de mon frère. » Nous étions alors en mai i8i4 , et en juillet

i8i5 , la marche des événements nous

conduira jusque-là.

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