‹ Mémoires et souvenirs de Augustin-Pyramus de CandolleChapitre 13 sur 152 · PRÉFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'AUTEUR

vains et les libraires se sont faite du goût du public pour ce genre décrits dans lequel un homme se montre à nu tel qu'il croit avoir été, ou habillé tel qu'il désire qu’on le voie. Sans doute, les mémoires ont beaucoup plus d'intérêt lorsque l’auteur y dit la vérité franche, mais les efforts qu'il fait pour la déguiser sont aussi fort curieux et presque toujours inutiles : Le naturel perce dans mille petits riens, souvent dans ceux qu’on à mis exprès pour donner le change.

J’ai donc toujours pris beaucoup d'intérêt à la lecture des mémoires autographes, et d'autant plus que leur auteur était dans une position plus voisine de la mienne. Ce n'est pas seulement à cause du charme du style que les Confessions de Rousseau ont eu tant de succès, c’est qu'il n’était ni roi, ni prince, et que la plupart des lecteurs pouvaient trouver certaines analogies entre sa position et la leur à telle ou telle époque : les mémoires de Marmontel, de Morellet, d'Arnaud, ceux de Gibbon surtout, font comprendre comment la médiocrité de la situation ajoute de l'intérêt, et compense, si Jose le dire, la médiocrité des événements et même de la narration.

Ces considérations ont un peu contribué à me faire écrire mes propres mémoires : arrivé à un àge où l’on commence à se plaire dans le retour sur soi-même, j'ai dans mes moments de loisir trouvé quelque charme à me retracer ma propre vie. Ce n’est pas que j'aie l’idée de me livrer au public, mais j'imagine que ma famille, mes amis, pourront après moi trouver quelque intérêt à me lire; que peut-être quelques fragments de mon manuscrit pourront servir à l’histoire des sciences; qu'ils pourront du moins montrer à bien des Jeunes gens ce que peut la persévérance de la volonté.

PRÉFACE DE L'AUTEUR. a)

Je raconte avec un certain soin la marche de mes études et de mes travaux botaniques, parce qu’il ne serait pas impossible qu’elle pût servir à guider quelque jeune naturaliste. Mais je ne me borne pas à cette classe d'objets, la seule pour laquelle j'aie le droit de réclamer l'attention du public : je cherche à me décrire sinon tout entier, au moins en buste, comme on l’a dit d’une femme célèbre. Je conte aussi mes sottises : si J'en ai omis, c’est par le même sentiment qui m'a fait omettre aussi quelques bonnes choses, c’est qu'elles ne me paraissaient avoir aucun intérêt pour personne, pas même aujourd'hui pour moi. Malgré ces omissions qui, Jose le dire, se compensent en bien et en mal, J'ai la conviction de m'être décrit tel que je me vois. Peutêtre me vois-je avec complaisance ? C’est une maladie trop ordinaire aux hommes pour qu’on puisse en faire un grand crime à personne. Je dois dire cependant que j'ai cru me tenir en garde contre cette impression et je puis dire avec mon ami Montaigne, ceci est un livre de bonne foi, si tant est que ce soit un livre. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de m’excuser si le Je tient beaucoup de place dans ces pages. Elles en sont à vrai dire composées, et ceux que ce je n’intéresse pas peuvent se dispenser de les lire.

J'ai commencé à écrire ces mémoires en 1821 et les ai continués dès lors à de longs intervalles. J’ai souvent interverti l’ordre des dates en écrivant et je le rétablissais ensuite par la transposition des feuillets. Cette circonstance expliquera comment il se trouve des portions entièrement omises ou réduites au titre, et pourquoi dans bien des cas les allisions que je fais au moment où j'écris ne se suivent pas toujours dans un ordre chronologique. Si la mort ou

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