‹ Mémoires et souvenirs de Augustin-Pyramus de CandolleChapitre 143 sur 152 · DT · texte numérisé non relu

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Un seul d’entr'eux regardait le couchant Tournant le dos à l’aube matinale.

Il est fou, disait-on, quelle erreur sans égale ! Se flatte-t-il apparemment Que pour lui le soleil se lève à l'occident ? Cependant du sein d’Amphitrite Le soleil sort avec lenteur ; Soudain sa première lueur Sur les monts opposés se projette au plus vite. Alors le satrape fûüté Qui seul tournait le dos à l’assemblée, Le voit, le montre à la tourbe étonnée !

On rend justice à sa sagacité, Du vrai génie ordinaire apanage ; Aussitôt on lui rend hommage, Et de la Perse il est proclamé roi.

Que ce récit soit pure fantaisie, Ou qu’il mérite entière foi, C'est ce dont peu je me soucie.

L'histoire de l'antiquité N'est peut-être après tout que fable convenue : En a-t-elle moins mérité D'être par tous pays connue ?

Que je rencontre un sens ou moral ou piquant

Je le reçois pour véritable; Le reste m'est indifférent.

Pourvu qu'elle soit agréable Je ne crains point la fiction :

Je n'imite Jamais gens de ma connaissance Qui coupent sans remords une narration,

Pour adresser au conteur en souffrance L'impertinente question,

C'est-il bien vrai, Monsieur, en conscience ? Je réserve ma défiance Pour les romans trop langoureux,

Pour les auteurs pétris de suffisance, Ou pour les parleurs ennuyeux.

Dans un récit d’ailleurs tant soit peu vraisemblable,

L'histoire du satrape est à mes yeux fort sage, Car j y vois la fidèle image Du sort parmi nous apprêté Aux amants de la vérité. | Vérité ! pour te voir, il faut plus qu'on ne pense Craindre les préjugés que l'on suce en naissant, Se défier de l'apparence Et retourner le dos au vulgaire ignorant.

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