LES SATRAPES
Conte fait en 1811, au lever du soleil, en voyageant entre Brioude et Saint - Flour *.
On lit dans maint savant auteur Qu'un certain roi de Perse ayant quitté le trône Sans disposer de sa couronne Et sans laisser de successeur, Tous les satrapes d'importance
Qui par leur rang, leurs exploits, leur naissance, À ce grade suprême avaient de justes droits,
Ne sachant pas comment fixer leur choix, Convinrent entre eux tous d’une méthode unique, Assez fausse, il est vrai, mais qui prit grand faveur
Chez un peuple plus qu'hérétique,
Et du soleil fervent adorateur.
Il fut conclu qu’en certaine journée Celui d'eux qui pourrait montrer à l'assemblée
Du soleil le premier rayon, Sur ses rivaux obtiendrait la couronne, Tout comme si de sa personne Le dieu lui-même eût fait l’élection.
Au jour nommé le peuple des satrapes, (Car il est du peuple partout :
Il en est chez les grands, chez les rois, chez les papes, Chez les savants et chez les gens de goût), Le peuple des satrapes, dis-je, Au lieu du rendez-vous avant l’aube rendu,
Tourné vers l’orient, œil fixe, cou tendu,
Au risque d'y prendre un vertige, Et non sans quelque émotion, Contemplait sans broncher la place fortunée Où le soleil, par son premier rayon, Devait fixer sa destinée.
Cette pièce de vers, une des meilleures que mon père ait faites, pour le fond et pour la forme, a déjà été imprimée à la suite de son éloge par M. de Martius (Munich, 1841), et par Dunal (Montpellier, 1842). (Alph. de C.)