‹ Mémoires et souvenirs de Augustin-Pyramus de CandolleChapitre 2 sur 152 · VI PRÉFACE DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

sans me dissimuler certaines imperfections du manuscrit, dont je parlerai dans un instant, je lui trouvais assez d'intérêt pour qu'il füt imprimé tôt ou tard.

Après la mort de mon père, il a paru sur lui un grand nombre d’éloges et d'articles biographiques‘. Ceux de MM. de Martius et Flourens ont été traduits dans plusieurs langues, et le travail plus considérable de notre ami, M. Auguste de la Rive, a exigé deux éditions pour satisfaire à l’avidité des lecteurs. J'aurais cru abuser de la bienveillance du public si je l’avais occupé immédiatement du même homme et des mêmes faits. Aujourd’hui le temps a fait oublier les détails, et les circonstances ont changé, surtout à Genève. Elles ont pris de l’analogie avec celles qui existaient lorsque mon pére débutait dans sa carrière. Une génération nouvelle s’élève, peu instruite des temps qui ont précédé, peu contente, et cependant peu décidée. Il lui sera, je pense, agréable de voir comment se comporta 1l y a soixante ans, au milieu de faits encore plus graves que ceux du moment actuel, un homme qui a réussi, et je me hâte d'ajouter qui a réussi par sa propre énersie, sans charlatanisme, bassesse ou intrigue. Sous d’autres rapports, les tendances de l’époque sont devenues très-différentes, mais à cause de cela précisément on mettra, peut-être, plus d'intérêt au récit d’une vie dont le mobile était la science, où le plaisir, sans être dédaigné, passait après l’étude, et où la recherche du bien-être matériel jouait un rôle très-secondaire. J’ajouterai que le temps écoulé à eu pour moi quelques avantages. Il m'a permis de faire moins de retranchements et d'ajouter certains documents, par exemple quelques lettres dont la publication n'aurait pas été convenable il y a vingt ans.

J'ai eu souvent de l'inquiétude sur la manière dont je pourrais exécuter mon travail d’éditeur. Je voyais dans le manuscrit beaucoup d'articles relatifs à des personnes, articles bienveillants, il est vrai, en général, mais quelquefois critiques, et de temps en temps trop familiers ou de peu d'intérêt. Retrancher ce qui pouvait blesser inutilement des personnes honorables était de mon devoir strict; cependant, certains

* Voir leur énumération, page 588.

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