‹ Mémoires et souvenirs de Augustin-Pyramus de CandolleChapitre 28 sur 152 · S 4. HERBORISATION À FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

S 4. HERBORISATION À FONTAINEBLEAU

Pendant l'été de 1798 je fis ma première herborisation à Fontainebleau. Elle à eu trop d'influence sur mon sort pour ne pas la mentionner spécialement. Brongniart *, que je connaissais un peu depuis mon premier voyage à Paris, me proposa cette partie, et Je l’acceptai avec joie. Ses compagnons étaient Cuvier, Duméril, devenus dans la suite mes amis; Dejean, alors jeune entomologiste, aujourd’hui habile naturaliste et pair de France; Bonnard, au- Jourd’hui ingénieur des mines; Cressac, dès lors membre de la Chambre des députés, et quelques autres moins connus. Brongniart était le chef de la bande. Chaque matin nous partions de Fontainebleau sous ses ordres ; nous parcourions la forêt méthodiquement, guidés par les cartes des chasses et obéissant aux coups de sifflet de notre directeur suprême. Nous attaquions à la fois toutes les branches de l'histoire naturelle. Duméril et Dejean couraient les insectes; Bonnard et moi, les plantes; Cressac, les oiseaux ; Brongniart recueillait des minéraux, etc., etc. Pendant huit Jours nous explorâmes gaiement et utilement cette belle forêt : j'appris à y connaître plusieurs plantes, et, ce qui valait beaucoup mieux, plusieurs hommes rares. J'étais parti pour cette course petit étudiant, ignoré et isolé; j'en revins ayant entendu des hommes distingués raisonner sur leurs études, et j'avais gagné quelque chose de leur amitié. Je les avais vus observer la nature et j'avais ainsi appris d’eux

‘ Alexandre Brongniart, le célèbre minéralogiste, père du botaniste actuel. (Alph. de C.)

pratiquement Part difficile de l’observation. Rien n'avait été perdu pour mot, mi l’herborisation, n1 la conversation, et c'est encore aujourd'hui à cette course que je suis tenté de rapporter ma vie scientifique. Aussi ai-je toujours conservé un attachement particulier pour cette antique forêt de Fontainebleau, et jamais je ne la traverse sans éprouver une véritable émotion de souvenir et de reconnaissance.

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