‹ Mémoires et souvenirs de Augustin-Pyramus de CandolleChapitre 79 sur 152 · VISITE D'ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

VISITE D'ÉTRANGERS

La ville de Montpellier, du temps qu’elle était le point de réunion des états du Languedoc et que son école de médecine avait une haute réputation, recevait un grand nombre d'étrangers, malgré sa position peu centrale ; mais cet abord avait disparu, par l'effet des événements, et, lorsque j'y étais, par suite de la guerre. Aussi, pendant tout mon séjour, je n’y ai vu arriver qu'un bien petit nombre de personnes marquantes.

Quelques botanistes vinrent m'y faire visite, tels sont M. Requien, d'Avignon, homme actif, qui a contribué à faire connaître les plantes du midi de la France, et avec lequel je suis resté en relation d'amitié ; M. de Suffren, ancien militaire, neveu du fameux amiral, qui se trouvait de loin allié à ma famille, et qui travaillait à une description des figues cultivées, mais que la mort a surpris avant d’avoir achevé, et surtout M. Hooker, botaniste anglais, qui vint passer trois jours avec moi, que je menai herboriser dans ce pays tout neuf pour lui, et avec lequel j'ai toujours conservé des rapports d'amitié; tel est même le chimiste Tennant, qui passa quelques jours à Montpellier, occupé à observer les productions avec une sorte d’originalité, et qui fut tué par accident très-peu de temps après nous avoir quittés.

Mais la visite la plus remarquable fut celle du fameux sir Humphry Davy et de sa femme. Il avait obtenu de l’empereur la permission de venir en France, à cette époque où aucun Anglais n’y était admis. J’eus un grand plaisir à le voir. Il était alors au point le plus brillant de sa carrière. Comme il ne connaissait personne à Montpellier, il s’attacha à moi comme à une sorte de collègue, et pendant son séjour nous l’avons vu très-fréquemment. Ce séjour fut prolongé, parce qu'à la fin de 1813 et au commencement de 1814 les routes d’ftalie étaient interceptées par les armées. Je reçus Davy comme je devais recevoir un homme d’une si haute et si Juste réputation, mais Je ne puis dire que j'éprouvasse de la sympathie pour lui. Il me parut capricieux, hautain, bizarre dans ses assertions et plein de lui-même. Il aimait les paradoxes sur tous les sujets, et les soutenait avec vivacité, mais avec bizarrerie. A sa réputation de savant il voulait joindre celle de seigneur et d'homme du monde, affectant des goûts de chasse, de pêche, de gastronomie, etc., qui contrastaient avec son origine

Maintenant sir William-J. Hooker. (Alph. de C.)

et son état. Lady Davy, au contraire, était une personne spirituelle, animée, qui causait bien et paraissait bonne et obligeante. Elle était veuve de lord Aprees quand elle épousa Davy par entrainement de sa réputation; elle lux avait apporté une belle fortune, et fut loin de trouver l’attachement et à peine les égards qu’elle avait droit d'attendre. Je goûtai fort lesprit de lady Davy (qui n’était ni jeune ni jolie), et je formai avec elle une liaison d'amitié qui a été des lors cimentée par des circonstances dont j'aurai plus tard à rendre compte.

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