‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 16 sur 89 · SEJOUR A BESANÇON · texte numérisé non relu

SEJOUR A BESANÇON

a treize ans connue moi. Lorsque nous arrivâmes près il'une écluse, j'eus envie de me ji^ler au milieu do cette eau a laquelle le barrage donnait une rapidité qu'elle n'avait pas ailleurs. Je me déshabillai et nf élançai au milieu du courant. Le temps était l)eau, il y avait quelques promeneurs, j(* devins pour C(*s dés(i»uvrés un sujet de distraction. Ils s'arrêtèrent et me regardèrent faire toutes sortes d'évolutions dans l'eau. Je ploîigeais, je nageais sous l'eau et j'allais sortir a quelques mètres \)\\\s loin, je faisais la planche, je tirais ma c(mpe, etc. Mon camarade, Louis ou Lili, ainsi qu'on l'appelait, fut jahmx de mon succès; il voulut aussi se j(»ter <lans le courant. Il nageait a peine, ce n'était qu'au \)vix de grands efforts qu'il se soutenait sur l'eau; ses mouvements étaient brusques <»t courts, il se pressait trop (»t se fatiguait sans avancer.

Entraîné [)t\v \o courant, il s'effraya, ses forces s'épuisèrent avant qu'il eut pu gagner un remous et le bord. Il lutta tant qu'il put, puis il se troubla et cria au secours. Lés gens qui nous regardaient me dirent : To)i camarcuU^ S(* noie. Je gagnai la riv(î rapidement, mon c(i»ur battait avec force, j'étais très ému. Je courus sur les galets et dès que je fus en face de mon ami, je me jetai à l'eau. Il avait perdu connaissance, il s'airitait encore convulsivement, mais sa tète était sous l'eau. J'arrivai derrière lui et je le saisis par ses grands cheveux noirs; je soulevai sa tète, mais ce fut inutile, tout mouvement avait cessé. Pour lui tenir la tète hors de l'eau, j'étais obligé de nager presque debout; je n'avaneais pas, j'étais fiUigué et

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ne voulant pas lâcher mon camarade, je criai en pieu- . rant : « Personne ne viendra donc m'aider! » Personne ne vint. Ceux que j'avais amuses par mes évolutions et mes tours d'apfilitê un instant auparavant me rejçardaiiMit, mais ne» laisaient riiMi pour m'aider. Vn pôcheur qui passait par là s'était arrête et me regardait lulter pourgajrner la rive. Ce pécheur avait une perche ou canne d'une seule pièce de cinq h six , mètres de longueur. Loi*squeje ne fus plus qu'à quelques mètres du hord, je m'adressai à cet homme :

— Monsieur le pécheur, lui dis -je, tendez-moi votre canne, je n'en puis plus.

— Oui, tu me la casserais!

Telle fut sa réponse. Après hien des efforts, je parvins à prendre pied, je traînai mon pauvre Lia hors de l'eau, les dames excitèrent les hommes à soigner mon ami, ils le portèrent sur Therbe, puis ils le couchèrent et le frictionnèrent. Je m'assis sur la terre tout essoufflé, mais je regardais l'homme à la ligne d'un air farouche; si j'avais été assez fort, je cîM)is que je l'aurais battu, (^e vieil égoïste aurait laissé périr mon camara<le et moi, par crainte de casser la canne de sa ligne. Au moment où cette * scène se passait, l'éclusier était absent; aussitôt qu'il rentra, sa femme lui raconta tout. Il apporta une bouteille d'eau-de-vie de marc et m'en fit boire un peu; cela me ranima. Mon camarade était revenu promplement à la vie; le brave éclusier lui donna de son eau-de-vie : cela le remit complètement.

Nous nous habillâmes et nous revînmes à la ville. Lili m'avoua en route qu'il avait été jalouy. de^ y^^-

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ges que Ton faisait h cause de ia manière dont je nageais. Il avait voulu faire voir qu'il savait nager aussi. Cet accès de vanité avait failli couler la vie au pauvre garçon.

Dans l'espace d'un an, il m'est arrivé quatre accidents qui auraient pu être mortels ou avoir des conséquences graves.

Après les vendanges de 183i, j'avais été grapiller, dans les vignes de Trois-Cliatels, c'est-à-dire cueillir les petites grappes que les vendangeurs ont dédaignées ou n'ont pas vues : c'est quelque chose d'équivalent au glanage après la moisson. Les propriétaires toléraient ce grapillage, c'était la vendange (les pauvres qui n'avaient pas de vignes. En me baissant brusquement pour cueillir un petit raisin, je m'enfonçai un échalas dans le cou; je me fis une cruelle blessure. Il m'en est resté une trace légère de cicatrice, pendant plusieurs années ; à l'époque des vendanges, cette cicatrice s'enflammait, sans jamais s'ouvrir pourtant.

Une autre fois, je fis une chute épouvantable dans les rochers, prés d'une grotte appelée la caverne de Jacques-Charles, a Saint-Léonard.

En jouant avec des enfants de mon âge, je fut pris entre des pièces de bois de sapin ; si l'on n'était pas venu a mon secours promptement, j'étais écrasé.

Enfin, un jour je cueillais des fleurs dans les rochers de la citadelle, au pied du mur, du coté du faubourg Rivotte; la pierre sur laquelle j'avais

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mis le pied se détacha, je tombai d*une hauteur considérable. Mon corps frappa sur les parties saillantes des rochers, imis s'enfonça heureusement dans un énorme buisson de ronces et d*églantiers qui amortit ma chute. J'étais évanoui lorsqu'un brave tanneur vint m'arracher du milieu de ces épines. J'avais deux trous a une jambe, une partie de la peau de ma poitrine était roulée ainsi qu'un copeau sur mon ventre.

On m*emporta chez ma mère, on bassina mes blessures, puis on me coucha. Un médecin vint, me palpa les membres et déclara que je n'avais rien de cassé. Au bcmt de quelques semaines, j'étais radicalement guéri. La nature a tant d'énergie et tant de ressort quand on ^st jeune !

J'avais douze ans et huit mois lorsque je fis cetto terrible chute. L'amour en fut cause. Dès ma plus tendre enfance, je recherchais de préférence la conipagnie des petites filles de mon âge ; elles exerçaient sur moi une sorte d'attraction. J'étais tout fier lorsqu'une grande demoiselle m'appelait en plaisantant son petit mari. J'aurais aimé embrasser quelqu'un. D'un naturel aimant et caressant, je n'ai pas été caressé dans mon enfance. Mon père ne nous embras sait qu'une fois chaque année à l'occasion du jour de Tan. Ma mère, il est vrai, nous embrassait un peu plus, mais en cachette, pour ne pas exciter la jalousie de mes frères et sœurs aînés.

A Besançon, il y avait une fille de mon âge dont la demeure était séparée de la notre par trois ou quatre maisons seulement. Elle n'était pas jolie, mais

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