‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 15 sur 89 · SÉJOUR A BESANÇON · texte numérisé non relu

SÉJOUR A BESANÇON

grande limpidité; à trois ou quatre mètres de profondeur on distingue les petits poissons et la couleur des graviers Ml arrivait de temps en temps que des promeneurs s'amusaient à nous jeter des sous. Nous plongions, et l'un de nous remontait le sou à la main. Nous étions rarement obligés do plonger deux fois pour le même; cela arrivait seulement lorsque nous nous poussions au fond de l'eau pour le prendre; Teau se troublait, nous no distinguions plus rien, puis le besoin de respirer nous contraignait a rc • monter a la surface.

Pendant notre sc^jour à lîesançon, j'eus le bonheur de sauver la vie a un enfant de cinq a six ans, ainsi qu'à un dénies camaradesqui était de mon âge. Voici dans quelles circonstances : La bonne d'une famille bourgeoise avait été sur un radeau laver du linge pour sa maîtresse. Un rudiment de passerelle fait avec des plateaux donnait accès à ce radeau, la bonne tournait le dos au bord, elle était agenouillée et agitait dans l'eau la pièce qu'elle voulait laver. L'enfant de ses maîtres vint la trouver ; il avait passé sur la i)asserelle et voulut faire comme elle; il se baissa pour toucher l'eau, mais il perdit l'équilibre et tomba dans la rivière. La bonne jioussa de grands cris et m'appela. J'étais dansune barque amarrée au radeau, je m'amusais a la faire balancer en me penchant a droite et à gauche. Courir sur le radeau et sauter a l'eau tout habillé fut l'affaire de quelques secondes.

Depuis des usines ont élô établies eu amont de Besançon, et aujourd'hui les eaux du D^ubs sont loin d*avoir la Umpiditcqu^elles avaient a!ors.

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Heureusement renfaiil était tombé presque au bout du radeau, en aval, sans cola il aurait pu passer dessous et son sauvetage aurait élc plus difficile. Le courant ôlait peu rapide, je Talteignis bien vite. Le petit gar(,H)n avait autour du cou un grand col que Teau soulevait : je saisis ce col, mais il se déchira; néanmoins ce mouvement l'avait rapproché de moi, je pus le prendre par sa robe, puis par un bras. Je le soulevai de façon à ce que sa tête fiit hors de l'eau et je gagnai la rive on nageant d'un bras et des pieds.

Les cris de la servante avaient attiré la mère de l'enfant ot quelques personnes qui se trouvaient près des chantiers de bois. Quand je touchai le fond, je pris l'enfant dans .mes bVas, je sortis de l'eau et le remis à sa mère. Celle-ci s'aperçut que le col était déchiré : Oh ! Vimhècile^ dit-elle, il lui a déchiré S071 coL Voilà les seuls remercienuuits ou félicitations que j'aie reçus de cette dame.

J'allai chez ma mère ; elle savait déjà que j'avais sauvé le petit Henri, elle m'embrassa.

— La mère de ce petit doit être bien contente, dit ma mère; sans toi, il se serait noyé.

— Je ne sais, maman, mais voila ce quelle a dit. (Je répétai les paroles de la dame.)

— Est-ce possible, s'écria ma mère, cette fennne n'aime donc pas son enfant?

Ma mère me donna une chemise sèche et mon pantalon des dimanches i)Our me changer.

Quelques semaines après ce petit événement, je me promenais en remontant le Doubs en dehors de la ville; j'étais avec un de mes camarades âgé de douze

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