RETOUR A LYON. * JE TRAVAILLE SUR LE MÉTIER
Dès son retour à Lyon, mon père avait repris le métier de mon frère Jean-Pierre. Il s'était mis à travailler avec ardeur en attendant de pouvoir nous
ti MEMOIRES ET SOUVENIRS
[aire revenir près de lui. Six mois s*ècoulèrent ainsi. Puis il loua un appartement au Mont-Sauvage et lous écrivit de revenir.
Cette fois, ce fut ma mère qui vendit nos meubles, nos chaudières, une bassine en fer et quelques liyoulets qui composaient ce que mon père appelait la machine infernale.
Les teinturiers autrefois passaient tous pour être plus ou moins sorciers, parce qu*ils gardaient soigneusement les recettes pour faire telle ou telle couleur et les tenaient secrètes.
Mon pèro n'avait garde de ne pas imiter ses confrères. Aussi, pour frapper l'imagination des paysans, quand il s en trouvait un certain nombre a la maison, il me disait : « P>aslien, va faire marcher la machine infernale. » .le montais au premier étage *, je mettais les cinq boulets dans la bassine, deux du calibre de huit et trois du calibre de quatre ; je saisissais la bassine par les anses et je lui imprimais un mouvement de rotation de manière à faire tourner ces boulets qui faisaient un bruit épouvantable en courant sur les parois de la bassine et en se heurtant les uns les autres. Ce bruit sonore, ronflant et saccadé troublait les paysans ; ils s'en allaient tout rêveurs. Ils ne se doutaient pas que cette machine infernale était tout simplement un moyen primitif qu'employaient alors les teinturiers pour broyer l'indigo et le rendre
^ Le plancher était fait de planches jointes et non bouvetèes, de sorte qtfoti entendait du rez-de-chaussée très distinctement lebruit qui se f.iisaitau premier étag^e.