RETOUR A LYON
à rétat plus OU moins liquide pour teindre eu bleu.
De retour a Lyon, a la fin de juillet 1835, nous nous réinstallâmes peu à peu. Mes parents achetèrent un second métier, mon frère Jean-Pierre vint travailler a la maison on qualité d'ouvrier. Ma mère reprit son iietit commerce de fruits. Ma sœur Annette allait a Técole, moi je faisais les cannettes; en outre, je soignais mon frère Ilippolyte et ma petite sœur Marguerite pendant que ma mère était retenue loin do la maison par son travail.
Au commencement de Tannée 183G, mes parents achetèrent un troisième métier pour moi. Aimant les exercices violents, mes forces s'étaient développées, de sorte que j'étais assez fort pour mon âge, mais j'étais petit. 11 fallut construire un banc ou sorte de plancher sur lequel je me plaçais pour travailler afin que je pusse voir la soie derrière la poignée du battant, .rétais courageux, je travaillais avec ardeur, aussi mon père était content de moi. Je faisais en moyenne deux aunes* de peluche par jour payée deux francs cinquante centimes l'aune. Pour me prouver sa satisfaction, mon père me donna deux sous chaque dimanche pour faire le garçon. Ces deux sous me permirent d'aller aux IJrotteaux sans être obligé de faire le tour parle pont delà Guillotière-. Pour passer sur les autres ponts, il fallait payer deux liards par personne, soit deux centimes et demi.
• l/aiine avait cent vingt cenlimèlres.
^ Mes parents habitaient le Mont- Sauvage, près de la tour Pitrat.
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Ja fréquentais plusieurs jeunes garçons qui travaillaient chez leurs parents ; tous avaient leur tache comme des apprentis ; c'était un moyen de les encourager a travailler le plus possible. Tout co que Tap prenti fait en plus de la quantité d'étoffes dont se compose la tache lui est payé comme ii un ouvrier. Cette quantité varie avec le prix des façons. Ma sœur aînée et mon frère Jean-Pierre avaient été traités sur ce pied par mes parents ; je ne croj'ais pas qu'il y eut une raison pour empêcher qu'on agît de même avec moi. Il me semblait que mon père aurait dû m'offrir les mêmes avantages qu'il avait accordés h mes aînés ; je n'osai pas lui en parler. Cependant, après avoir hésité plusieurs mois, je jums mon courage a deux mains et je priai mon père de vouloir bien me donner ma tâche. Au lieu de me rudover, ainsi que je m'y attendais, il ne Ht pas de difficultés pour me raccoi*(hn\
J'étais dans le ravissement, je calculais d'avance ce que j'allais gagner, l'argent que je mettrais <le côté. Je me voyais déjà couvert de beaux habits, etc., etc. Pendant quinze jours, j'eus du bonheur.
A la fin de ma coupe, il devait me revenir dixsept francs. Mon père ne me disait rien, j'étais bien ennuyé. Enfin, lassé d'attendre, je le priai de compter pour savoir condûen il me revenait.
— Compte toi-même, me dit-il; tu sais calculer?
— Je fis mon compte ; il me revenait dix-sept francs et quelques sous.
— C'est bien, dit-il, je te dois dix-sept francs ; mais toi, combien, me dois-tu ?
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— Moi, lui dis-je? *
— Oui, toi; tu as treize ans, compte ce que j*ai dépensé pour toi depuis ta naissance en fixant le prix a cinquante centimes par jour seulement. Quand tu m'auras remboursé, je te paierai l'excédent de ta tâche.
Cette déclaration inattendue fut pour moi un coup de foudre. Tous mes rêves, tous les châteaux que ma jeune imagination avait bâtis, tout disparaissait. Je dus me résigner a recevoir mes deux sous chaque dimanche.
Quelque temps aprèscette conversation, je me trouvai seul avec mon père; j'en profitai pour lui demander pourquoi il n'avait pas voulu m'accorder la même faveur qu'a mes aines. Voici la réponse qu'il me fit : « J'ai donné la tâclie k ton frère et â ta sunir parce que je ne veux pas qu'ils puissent dire un jour qu'ils ont travaillé pour élev(?r les enfants de ma ^ seconde femme. »
Celte réponse me plut, je continuai h travailler sans jamais en reparler.
Si mon père avait voulu ou pu renoncer â courir de nouvelles aventures, il était eu situation de vivre tranquillement entouré de ses enfants. Mais le besoin de changement vînt le tourmenter encore. Ce fut à Paris qu'il résolut d'aller. 11 prit tout ce qu'il y avait d'argent a la maison et se rendit dans la capitale, espérant que la fortune lui sourirait plus qu'ailleurs. Cinq ou six mois plus tard, il revint sans un sou^
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désillusionne sur les avantages qu'offre Paris aux ouvriers dola province, mais pas encore guéri de son amour du changement. Il se remit à l'ouvrage, et, cette fois, sarjs éprouver les ennuis qu'il avait eus a chaque changement antérieur.
En son absence, nous avions conservé le petit atelier, il n y avait qu'a en tirer parti. Vers la fin de Tannée, mon frère Jean-liaptisle-IIippolyte obtint un congé illimilé. Il revint avec les galons de sergent. On lui donna mon métier et moi j'allai travailler dehors en qualité d'ouvrier tisseur.