‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 54 sur 89 · MES RAPPORTS AVKC LES DEMOCRATES · texte numérisé non relu

MES RAPPORTS AVKC LES DEMOCRATES

fois il ouvrit la séance eu disant avec le même ton solennel : Citoyens^ la séance est levée. Pour lever la séance, il disait simplement : Citoyens^ la séance est finie.

Pour faciliter la propagation de ses écrits, Cabet cherchait a avoir un correspondant dans chaque ville, chez lequel il établissait un dépôt de ses livres, de ses l)rocluiros et de son journal le Populaire. Ce correspondant groupait autour de lui les parti sans de la doctrine icarienne; il tenait M. Cabet au courant des progrès du comnuiiiisme dans la localité qu'il habitait; de plus, quand il y avait quelque adhésion publique ii donner, quelque adresse a envoyer au Père, c'était lui qui en prenait l'initiative; il se chargeait de convoquer les adeptes et leur faisait la proposition qu'il jugeait opportune.

Strasbourg avait son correspondant, mais depuis peu; c'était un brave Alsacien qui avait habité Paris pendant de longues années et qui était revenu dans son pays natal par dévouement à la cause icarienne.

A'ers la fin du règne de Louis -Philippe, les communistes icariens, désespérant de voir réaliser en Franc(»rétablissem(Mit de l'organisation sociale qu'ils désiraient, décidèrent d'aller en Amérique, dans la grande République des Ktats-l'nis, fonder une société nouvelle.

On fit appel aux adhérents, mais il y avait une

condition qui arrêta l'élan d'un grand nombre, c'est

qu'il fnllnit un cevit\\\\ apport eu avgowV ^owv î^vce

face aux frais de voyage et à ceux de premier éta • Dlisscment. M. Cabet avait obtenu une concession de terres au Texas, pays chaud. Le lieu où devait se faire cet essai de colonisation était mal choisi pour des gens habiluôs a vivre dans un climat tempéré et pour la plupart étrangers aux travaux agricoles. Aussi, après quelques mois de luttes contre la maladie, cette tentative se changea en véritable désastre. Parmi les survivants de l'expédition, il y eut de nombreuses récriminations; on accusa même le chef des émigranls icariens d'être un traître payé pour faire échouer l'entreprise. C'était absurde, mais il y a des gens qui croient tout.

Cet insuccès ne découragea pas les communistes ; on rejeta la faute de l'insuccès sur le climat et sur le directeur de l'expédition. On chercha un autre endroit plus au nord pour commencer une nouvelle installation. Ceux qui restaient du premier départ allèrent se fixer a Nauvoo, ville bâtie par les mormons, puis abandonnée par eux pour aller fonder une nouvelle cité près du Grand Lac salé, dans l'Utah, au delà des prairies et loin des autres villes, h laquelle ils donnèrent le nom de cité du Grand -Lac - Salé (Great-Salt-Lake-City).

Les icariens trouvèrent ii Nauvoo des maisons qui avait déjà été habitées et dos terres qui avaient été cultivées ; la situation était tout autre qu'au Texas. Les débuis furent heureux, des départs successifs de France donnèrent de la vie a la communauté naissante; puis, vint la révolution du2\ îè\x\w o^\ ^ concevoir aux sociaVistesi des espèrauce^ s\\\nV^\îvwv'

MKS RAPPORTS AVEC LES DftMOCRATES 187

t(\t (le déceptions, mais cela suffit néanmoins pour ralentir les départs pour Ylcarie (c'était le nom qu*on donnait en France à la petite colonie).

Après la manifestation, dite des bonnets à poils, du 17 mars 1848, oii les gardes nationaux des quartiers lûches crièrent : Mort à Cahet\ mort aiiœ communistes j ceux-ci comprirent que l'application de leurs théories n'avait aucune chance dans notre pays, et alors ils portèrent de nouveau les regards du côté de rAmérique,

Une scission se produisit bientôt dans la petite colonie, chaque courrier apportait deslettres remplies de plaintes. La minorité accusait la majorité et réci proquement. M. Cabet résolut d aller en Amérique, espérant par sa présence et par ses conseils faire cesser une division qui pouvait être funeste à rétablissement de Nauvoo.

Avant de partir, il voulut consulter ses. adeptes. De toutes les villes où il avait des correspondants, il reçut des adresses signées par un grand nombre de citoyens qui l'engageaient vivement a partir. Quelques-unes contenaient ces mots : Partez^ cher père^ pour la terre promise, allez fonder la nouvelle Jérusalem^ etc. M. Cabet quitta la France qu'il ne devait plus revoir, emportant avec lui les sympatiiies et les souhaits de bon voyage de milliers d'individus, hommes et femmes, et, disons-le aussi, les espérances d'avenir de tous ces braves gens, mais par-dessus tout la fortune du communisme icarien.

Arrivé h Nnuroo, M. Cabet éprouva toutes sortes ^/p déboires; son influence ne sutRl\^îvs \)0\\t y^XîMCyc

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lacoûconle parmi ses adeptes, sou autorité fut méconnue por la majorité, la scission devint tellement profonde quUl abandonna Nauvoo et se rendit a Saint- Louis, accompagné de ses fidèles disciples, pour y fonder un nouvel établissement.

Quelques années plus tard, il succomba h la suite d'une maladie aggravée par le chagrin de voir son œuvre compromise. Il mourut victime de son dévouement *, martyr de la cause des déshérités qu'il avait servie longtemps avec autant d'abnégation que de désintéressement.

Après lui la secte icarienne, dont il avait été le fondateur et le directeur, disparut peu à peu.

Les communistes de Strasbourg, à l'exemple de ceux des autres villes, avaiiMit aussi envové unt adresse a M. Gabet ; j'avaisété prié par eux de la rédiger. Cette pièce n'avait aucune valeur; néanmoins elle plut telle que je l'avais faite, elle contribua a mon insu a me donner une petite popularité parmi les ouvriers démocrates de la ville. A partir de ce moment je fus invité à toutes les réunions des républicains.

* M, Cabet <*sl moit en 1>5G.

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