‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 69 sur 89 · A LA CONCIERGERIE S · texte numérisé non relu

A LA CONCIERGERIE S

tion triomphe, soit par les fautes des républicains, soit par rignorance de la masse des électeurs, au lieu de poignées de main et d'accolades fraternelles, elle emprisonne, transporte et exile tous ceux qu'elle considère comme dangereux parce qu'ils sont hostiles à ses projets de restauration monarchique.

La nourriture des prisonniers se composait d'une ration de pain, d'une soupe maigre le matin et de légumes secs le soir ; deux fois par semaine, le jeudi ot le dimanche, la soupe maigre était remplacée par une soupe grasse et une portion de viande.

Mes amis s'étaient arrangés pour prendre leurs repas en commun ; je n'eus qu'a profiter des dispositions qu'ils avaient prises. Le matin, nous mangions la soupe de la prison et le soir on nous apportait à nos frais le dîner du restaurant.

Les journées s'écoulaient vite; de 11 heures à 4 heures, ceux qui recevaient des visites se rendaient dans un parloir commun; après la fermeture du parloir on lisait les lettres et lesjournaux qu'on avait pu se procurer par un moyen ou par un autre. LUieure du dîner arrivait, ensuite on discutait sur la politique ou sur d'autres sujets.

Nous nous divisions par petits groupes et, en nous promenant dans la cour, nous nous communiquions réciproquement les nouvelles que nous avions apprises .

La division par petits groupes était nécessaire pour pouvoir causer sans que le gavdvew d\^T^è de uous

surveiller entendit ce que nous disions; pendant qu* écoutait ce qui se disait dans un groupe, il n*enten dait pas ce qui se disait dans les autres.

Lorsque l'heure de rentrer dans nos cellules arrivait, — c*était au coucher du soleil, — l'un de nous entonnait un chant patriotique et, tous en chœur, nous répétions le refrain, puis nous remontions dans nos cellules où nous étions enfermés jus([u'au lendemain a 8 heures.

Sous le régne de Louis -Philippe, les répuhlieains qui se trouvaient alors dans la phase militante étaient en général des hommes dévoués, cliez lesquels le sentiment jouaient un grand rôle. Ils avaient la foi, ils croyaient leur cause tellement juste et bonne, tellement conforme au droit <ît à la raison, qu'ils ne craignaient pas d'exposer leur vie ou leur liberté pour en préparer le succès.

Voici un liy mne empreint de mysticisme qui reflète assez bien les idées de ce temps-là et qui a été chanté par tous les républicains, et principalement par les les détenus politiques, pendaiit les dernières années du règne de Louis-Philippe :

LA PRIKRE

Refè'ain.

toi, qif iuipIoi*c ici noire prière, Toi dont raspect fuit |)âlii* les tyrans, Des opprimés déité tutéluire.

Du haut des oieax, o LiliertLS deaco\\v\^\ DosccadSf Liberté, deseondal

A LA CONGIERGERIB m

1er COUPLET.

Un monstiHî impur, que tout Fi'ançais abhort*e, Couvre nos pleurs du bruit de son canon, Meui*trit nos fronts sous un joug tricolore Et nous décime en invoquant ton nom.

toi, qu'implore ici notre pi'ièi*e, etc.

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