PREMIERS MOIS PASSÉS A LA PRI DE BELLE-ISLE-EN-MER
Lci prison de Belle Isle se composait de cinq ou six bâtiments parallèles de cent mètres de long, séparés par des rues de dix mètres de largeur; chacun d*eux était divisé en deux parties dans toute sa longueur par un mur, et de chaque côté de ce mur des chambres avaient été faites au nombre de dix dans une rue et au nombre de cinq dans les autres. Chaque petite chambre devait servir de logement à huit détenus et chaque grande chambre a seize. La moitié du bâtiment le plus rapproché de la mer était isolée des autres par des murs, et au lieu d'y faire des chambres on l'avait divisée en trente cellules destinées aux condamnés de^ \\^\Afô& Osvv\^ ^^
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Bourges et de Versailles. Les cellules que Tadministration nous faisait préparer n'étant pas encore terminées, on nous plaça provisoirement dans deux des petites chambres. Nous étions douze au Château- Fouquet, nous nous divisâmes en deux groupes de six. Une des chambres fut habitée par MM. Blanqui, Laiiglois, Pilhes, Napoléon Lebon, Klébef et Chipron; l'autre, par MM. Barbés, Deville, Vauthier, Daniel Lamazière, Gambon et moi.
11 y avait un vaste préau dans lequel on avait de Tair, du soleil, et de l'espace pour se mouvoir.
Le terrain était légèrement incliné ; de la partie la plus élevée, on voyait la mer par-dessus les murs; on voyait aussi quelques navires qui faisaient le cabotage, ou qui venaient chercher dans la rade de Palais un abri contre les vents de la grande mer ou vents d'ouest.
Lorsque la mer était calme on voyait un grand nombre de bateaux pêcheurs : les uns sortaient du port de Palais, les autres venaient des îles d*Houat et de Hoédic. La principale pèche dans ces parages est celle de la sardine. Tout cela était vu de loin, c'est vrai, néanmoins ce fut une énorme distraction, surtout pendant les premiers mois.
On se lasse de tout. Dans la suite, j'ai connu des détenus blasés de la vue de la mer qui ne <laignaient même plus la regarder. C'est toujours la même chose, disaient-ils, de l'eau, toujours de Teau.
J'étais loin de partager cette manière se voir; il s'est écoulé très peu de jours pendant toute la durée de ma détention à Belle Isle, sans que j'aille la
regarder. La mer change souvent d'aspect, elle est loin d*être toujours calme; les grands vents sont fréquents sur les côtes de Bretagne ; les tempêtes mêmes n'y sont pas rares ; les marées influent constamment sur sa surface et celle-ci en général reflète tous les tons du ciel.
C'était donc une distraction permanente et une ressource dans les accès de misanthropie. Quand on a passé plusieurs années sous les verrous, il y a des moments où tout devient insupportable, l'ennui vous enveloppe <le toutes parts, on ne sait quel effort faire pour se dégager de ses étreintes ; on a l'esprit chagrin, on s'isole ; au lieu de voir ses amis et de leur dire : « Je m'ennuie, causons ensemble, cela changera le cours de mes idées », on les évite, on a honte en quelque sorte de ne pas savoir résister aux conséquences de la captivité.
A Belle-Isle la mer était d'un grand secours, sa vue faisait penser a la PVance dont elle baigne les rivages; la France faisait penser à là famille, aux amis, a tout ce que l'on avait aimé et qu'on aimait encore. Les idées se modifiaient insensiblement, les nerfs se détendaient, et l'on rentrait dans sa cellule apaisé et disposé k reprendre des études qu'on avait abandonnées quelques instants auparavant.
Les premiers jours que je passai à Belle-Isle furent consacrés à faire connaissance avec les nouveaux compagnons que le gouvernement m*avait douiv4§..
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En général les hommes aiment à parler de ce qui les touche de plus près : le soldat parle de son régiment, de ses campagnes; l'ouvrier parle de son métier; le commerçant de ses affaires; l'agent de change parle de la Bourse, etc.; les prisonniers ne font pas exception à la règle; ils parlent volontiers de la prison, des souffrances qu'ils ont endurées; ils veulent presque tous avoit été plus malheureux les uns que les autres, comme s'il était possihle d'apprécier exactement ce que les autres peuvent souffrir.
11 y avait des détenus appartenant à un grand nomhre de départements, mais c'étaient surtout les grandes villes qui en avaient le plus fournis. Paris, Lyon, Marseille, Rouen, Limoges, étaient représentés par les trois quarts des prisonniers.
Tous les détenus de Belle-Isle voulaient la République, mais tous ne la voulaient pas de la même manière. Les uns désiraient l'application immédiate de certaines théories sociales; les autres, esprits plus pratiques, reléguaient ces théories dans le domaine des chimères, ou n'en voyaient l'application possible que dans un avenir lointain ; ils désiraient la Repu* blique avec la plus grande somme de réformes compatibles avec l'éducation du peuple et introduites graduellement à mesure que la majorité du pays entrerait dans les voies républicaines.
Il y avait souvent des discussions dans le préau eiitre deux citoyens sur telle ou telle question ; on les entourait et chacun des orateurs avait ses partisans et ses adversaires. C'est ainsi que le temps s'écoulait sans (ju'on pût le mettre à profit, ài cause de la vie
commune qui était imposée à tous par la disposition des logements.'
La catégorie lyonnaise (juin 1849) avait un de ses membres dangereusement malade : c'était M. Damiron, ancien président de la Société des voraces; il me fit appeler dès qu'il sut mon arrivée. J'allai le le voir à Tinfirmerie et je le trouvai dans un état déplorable. Le lendemain matin, je parlai de lui au docteur chargé de visiter les malades.
— Voire compatriote est perdu, me dit-il, je no crois pas qu'il ait encore un mois à vivre.
J'invitai tous les Lyonnais à se réunir dans une chambre; je leur fis part de ce que le médecin m'avait dit, puis je proposai d'organiser auprès du malade un service de veilleurs; deux d'entre nous feraient le service de jour et deux le feraient la nuit. Ma proposition ' fut acceptée à l'unanimité. On fit la demande au directeur qui l'accorda. Le pauvre Damiron, qui s'éteignait loin de sa famille, eut au moins la consolation de se voir entouré des soins de ses compatriotes et d'amis dévoués jusqu'à ses derniers moments.
Ce fut le premier détenu politique qui mourut â Belle-Isle.
A l'heure fixée pour son enterrement, tous les détenus marchèrent silencieux et recueillis derrière le cercueil porté par quatre amis du défunt. On fit le tour du préau, on l'accompagna jusqu'à la porte, où ses amîs lui dirent un dernier adieu.
Les cellules que Von préparait pour les condam* nés des hautes Cours furent achevées dans le courant de janvier 1851. Ces cellules excitaient la jalousie d'un certain nombre de détenus. Ils provoquèrent des réunions et traitèrent de privilégiés ceux qui devaient habiter ce quartier séparé.
Il faut, disaient-ils, que tout le monde en ait, ou que personne n'en accepte ; il faut tout d*abord s'engager par écrit à ne point en accepter, jusqu'à ce que l'administration en ait fait faire pour tous.
L'engagement fut pris; on nomma une commission chargée de faire un devis approximatif des dépenses qu'entraînerait l'établissement de nouvelles cellules, de faire, en outre, un exposé de la situation et, enfin, d'envoyer le tout au ministre compétent.
Le directeur savait par ses espions tout ce qui se passait; néanmoins, pour la forme, il fit appeler dans son cabinet, l'un après l'autre, les condamnés des hautes Cours et leur offrit de passer dans le quartier des cellules. Quelques-uns qui n'avaient pas pris d'engagement acceptèrent. Ceux qui avaient donné leur signature refusèrent ; j'étais de ce nombre.
Voici ce que le directeur me dit :
— Vous avez tort de ne pas accepter, Monsieur Commissaire.
— C'est possible. Monsieur le directeur, je ne veux pas être dans une situation privilégiée. Quand il y aura des cellules pour tous ceux qui en désirent, j'en accepterai une avec plaisir.
— Je suis au courant de ce qui s'est passé,
— Je ne sais à quoi vous voulez faire allusion.
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— Les promoteurs des réunions pour le refus des cellules m*ont écrit pour ra*en demander. Ces messieurs craignaient de ne pas en avoir, c'est pour cela qu*ils vous ont engagé à les refuser.
— Je n'ai pas à apprécier ici les motifs qui les ont poussés à faire cette démarche près de vous, mais ce que je sais, c'est que je ne puis accepter.
— C'est bien, j'en laisserai un certain nombre vides pendantquelques jours encore ; si vous vous ravisez, vous n'aurez qu'à m'écrire.
— C'est inutile, Monsieur le directeur, je vous remercie ; vous pouvez en disposer dès aujourd'hui.
M. Deville, qui n'avait pas pris d'engagement, passa en cellule. Nous ne restions plus que cinq dans la chambre ; nous décidâmes de faire un certain nombre d'améliorations propres à rendre la vie en commun moins désagréable. Nous fîmes acheter par le gardien commissionnaire du calicot et de l'indienne pour entourer nos lits, afin de pouvoir .nous coucher et nous lever sans nous gêner les uns les autres. Nous nous procurâmes aussi des petites tables, de manière que chacun de nous en avait une au pied de sa couchette pour écrire ou pour lire sans être dérangé ; la table de la maison nous servait seulement pour prendre nos repas.
Ces rideaux si simples furent considérés comme un luxe inouï, presque insensé, par quelques-uns de nos codétenus.
Un matin, un citoyen qui habitait une autre rue se trompa de chambre, il entra dans la nôtre, croyant entrer dans celle de nos voisins. 'Kos ^^\iN^^^Tv\fô5i»:^
lui causèrent une extrême surprise. Des rideatcx^ s'écria-t-il, excusez, des rideaux! Tas d'aristocrates! A partir de ce jour, nous passâmes aux yeux d'un certain nombre pour des aristocrates ou au moins pour des bourgeois.
Ce même homme avait la manie de parler du peuple comme s'il n'en eut pas fait partie ; c'était un cordon* nier du département de l'Isère. Il disait à chaque instant : « Le peuple fera ceci, le peuple fera cela », etc., ou bien : « .le dirai au peuple », etc. Un jour, lassé do l'entendre parler de cette façon, je lui demandai ce qu'il était lui, puisqu'il se mettait toujours en dehors du peuple, et ce qu'il entendait par le peuple.
— Le peuple, dit-il, c'est la foule ignorante qui se laisse mener. Quant a moi, je ne suis pas mené, j'ai conscience de mes droits, je suis un ami du peuple.
— Alors, selon votre définition, le peuple se composerait seulement de tous ceux qui sont menés, et vous, vous êtes dans les meneurs ; permettez- moi de vous dire que vous êtes un aristocrate .
— Moi, un aristocrate !
Il s'éloigna furieux, tandis que je riais de voir sa colère. J'avais pris ma revanche de ce qu'il m'avait appelé aristocrate, à cause de quelques mètres d'étoffe à cinquante centimes qui entouraient ma couchette.
La grande majorité des détenus de lielle-Isle était composée d'hommes de cœur, dévoués a la cause républicaine; mais, à côté de ces hommes honorables, il y avait malheureusement dans les catégories de Rouen et de Marseille plusieurs repris de justice qui n'avaient pas d'opimous ^o\\\!\^\x^^* Va. ^oUoe
avait trouvé une occasion favorable, lors des troubles qui avaient eu lieu dans ces villes, de se débarrasser de ces individus, elle en avait profité. A Belle-Isle, au lieu de faire oublier leur conduite antérieure par une attitude convenable et un peu effacée, ils étaient les premiers à se mettre en évidence et à causer du désordre (Jans la prison.
Pendant les premiers jours quej*étais a Belle-Isle, je remarquai que les détenus appartenant à la catégorie de Paris, juin 1848, avaient presque tous à la bjutonnière une petite chaîne en fer à laquelle était suspendue une balle de plomb. Je demandai ce que signifiait cet emblème. Ou me répondit que le gouvernement du général Cavaignac, ayant eu la cruauté d'envoyer au bagne des condamnés pour faits insnrrectionnels, ceux qui avaient été plus heureux, qui n'avaient été condamnés qu'à la détention ou à la prison, avaient pris la résolution de porter à la boutonnière un petit boulet, pour protester contre la situation faite à leurs camarades vl en même temps pour leur donner une preuve de sympathie. Voilà poui^iuoi les condamiïés politiques de juin i848 avaient institué Y Ordre du Boulet.
Parmi les deiix cent cinquante détenus politiques, réunis alors à Belle-Isle, il y en avait beaucoup qui étaient partisans des doctrines communistes. Les plus dévoués formèrent le projet de tenter un essai de
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communauté dans la prison même. Plusieurs réunions préparatoires eurent lieu, des statuts furent rédigés et adoptés par les adhérents.
Les sociétaires s'engageaient à verser au compte du trésorier de la communauté tout Targent qu'ils avaient en dépôt au greffe de la prison, ainsi que les sommes qu'ils recevraient, dans la suite, de leurs familles. Ils s'engageaient en outre a confectionner des objets en paille, des chaussons ou tout autre travail utile. Tous les objets fabriqués devaient être vendus au profit de la caisse commune, les sociétaires ne devant avoir aucun pécule individuel. Eu échange de leurs versements en argent et de leur travail, les membres de la communauté devaient recevoir chaque jour, aux frais de la caisse sociale, un demi-litre de vin ou un quart de litre, selon Timportance du fonds commun ; les fumeurs et les priseurs recevaient du tabac pour leur consommation ; du papier et des timbres -poste étaient mis h la disposition des sociétaires qui voulaient correspondre avec leurs familles.
Les adhérents s'étaient groupés par chambrées autant que cela avait été possible. Le travail et les repas avaient lieu en commun. Au début, les sociétaires étaient tous contents ; la caisse était bien garnie, quelques citoyens avaientfait des versements relativement considérables. Le deuxième mois, les ressources baissaient, il fallut diminuer les rations de vin et de tiibac; le troisième mois, la société périclitait, puis elle se disloqua et s'effondra complètement. Un certain nombre d'individus ne s'étaient mis dans la société que dans
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respèrance d^avolr du vin et du tabac ; aussitôt que les distributions cessèrent» ils se retirèrent.
La cause principale de Tinsuccès de cet essai de communauté est celle-ci : Beaucoup de sociétaires recevaient chaque mois de leurs familles une somme de dix, quinzô ou vingt francs et même davantage pour subvenir à leurs besoins. Aussitôt qu'ils furent organisés en société, ils écrivirent a leurs parents de réduire de moitié ou de supprimer les envois mensuels, parce qu'ils n'avaient plus besoin d'argent, la caisse sociale devant leur fournir du vin, du tabac, etc. D'un autre côté, le travail ne se faisait ni aussi bien, ni aussi vite que du temps où chaque sociélairo travaillait pour son propre compte.
J'avais refusé de faire partie de cette association communiste, parce qu'a force de réfléchir, j'avais compris que les hommes n'ont pas les qualités néces saires pour vivre dans un semblable état social; de plus, je pensai qu'il valait mieux employer mon temps à travailler h mon instruction que de faire des ouvrages en paille ou de fabriquer des chaussons.
Cet essai de communauté, suivi bientôt d'un insuccès, contribua à décourager quelques citoyens, et lit perdreaux idées communistes un terrain qu'elles ne regagnèrent jamais dans la prison.
Sauf quelques exceptions, les prisonniers de Belle- Isle vivaient à côté les uns des autres sans que la bonne harmonie fût troublée; Y accov^V^^mxVwX:^^
les neuf dixièmes au moins, lorsque survint un incident regrettable qui porta un coup terrible à Tunion qui n'aurait jamais du cesser d'exister entre des citoyens qui ne désiraient qu'une chose : le triomphe delà République.
Deux hommes, MM. lîarbès et Blanqui, furent cause de la division profonde qui suivit l'incident auquel je fais allusion et que je vais raconter sommairement.
lilanqui et Barbés, après avoir été liés d'amitié et avoir fait partie l'un et l'autre du comité directeur de la Société des saisons qui fit la journée du 12 mai 1839, devinrent a la suite de cette insurrection deux ennemis irréconciliables. Barbés m'a raconté plusieurs fois l'origine de sa brouille avec Blanqui, et les motifs qui l'avaient rendue vivace.
Barbés reprochait à Blanqui d'avoir poussé h la prise d'armes, malgré l'opposition de ses collègues du comité, et d'avoir abandonné ses amis le jour du combat; aussitôt que la fusillade s'était engagée. Barbes était resté bravement ii la tète des combattants, il avait été blessé grièvement, puis ramassé sans connaissance et transporté en prison.
Après le révolution de février 1818, M. Taschereau publia dans la Revue rêlrospeclive une pièce attribuée à Blanqui. Cette pièce contenait des révélations sur l'affaire du 12 mai 1839.
Barbés, sans affirmer que la pièce fût écrite par Blanqui lui-même, prétendait qu'elle avait été écrite sous la dictée de son adversaire, parce qu'elle contenail des choses qui n'èlaieuV cowwxxe^ o^^ vW^ mem-
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bres du comilé directeur de la Société des saisons^ et il ajoutait : « Blanqui est sans courage, il a fait ces révélations pour sauver sa tête. » Voilà ce que Barbes disait de Blanqui. Lorsque M. Taschereau publia la pièce attribuée à Blanqui, beaucoup de républicains s*en émurent; les uns crièrent à la calomnie, d'autres y virent une manœuvre de la réaction et d'autres dirent : « Il faut voir si le fait est faux ou vrai avant de se prononcer. »
La question fut agitée dans les clubs de Paris, une proposition d'enquête fut faite et adoptée. Chaque club de- Paris nomma deux délégués pour former la commission. Cette dernière tint un grand nombre de séances, elle entendit toutes les personnes qu'elle supposait en situation d'apporter quelques éclaircis • sements dans cette affaire. Elle invita Blanqui a venir donner des explications, il s'y refusa formellement.
Au procès de Bourges, Barbes l'interpella et le somma de s'expliquer; Blanqui refusa, déclarant que ce n'était pas le lieu où il pouvait se disculper.
Voila où en était la querelle de Barbes et de Blanqui, lorsque la concentration des condamnés politiques à Belle-Isle les amena tous les deux au Châloau-Fouquet, puis dans la grande prison.
Tous les détenus, sauf de rares exceptions, auraient voulu qu'un rapprochement se fit entre ces deux hommes qui avaient donné tant de gages, tant do preuves de dévouement li la cause républicaine, et qui avaient déjh tant souffert pour elle.
A côté de ceux qui désiraient la tin de la querelle, — plus des neuf dixièmes èlalewV ^\^ ç,^\. wn\%> — "^ ^
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avait quelqties hommes qui se plaisaient à creuser plus profondément encore l'abîme qui existait entre les deux adversaires. Ils ne se bornaient pas à raconter les faits purement et simplement, ils y ajoutaient des commentaires de leur cru qui aggravaient et envenimaient le débat.
Blanqui et Barbes, en dehors de la sympathie générale qui leur était acquise a cause de leur passé» avaient tous les deux des amis dévoués jusqu'au fanatisme.
Blanqui, petit et chétif, à l'aspect maladif, exerçait une grande influence sur ceux qui l'entouraient; sa parole facile, qu'il savait rendre caressante quand il voulait attirer a lui une nouvelle recrue, avait un charme qui fascinait les ouvriers ; maïs l'arme qu'il maniait avec habileté et souvent avec succès, c'était la flatterie. Il s'adressait à la vanité de celui qui l'écoutait et, très souvent, il parvenait à le subjuguer.
Barbés attirait à lui par sa bonté, par son dévouement incomparable et par son caractère chevaleresque. Quand on avait parlé avec lui quelques instants, on se sentait meilleur; on aurait dit qu'il vous communiquait une partie de son grand cœur. 11 était plein d'indulgence pour tous et sévère pour lui seulement. Plus on le connaissait, plus on l'aimait. Sa fréquentation faisait découvrir en lui des qualités que sa modestie empêchait de soupçonner au premier abord. La modestie est une qualité assez rare parmi les hommes politiques; beaucoup n'y croient pas. Barbes avait V\\aV\\.>]^OLÇi v\^ y^Av^v V^V^ ^^>\ \^\»j.«
même, mais il exaltait souvent les qualités de ses amis ; c*est ce qui fait qu'il passait pour avoir Une intelligence ordinaire auprès des gens qui l'ont connu superficiellement.
Un jour, deux détenus ont une discussion 1res vive dans le préau à propos do Bai^bès et de Blanqui. 11 faut en finir avec ces accusations, dit celui qui défendait Blanqui. Je veux bien, répliqua l'autre; réunissons tous les prisonniers, nous sommerons Blanqui et Barbés de s'expliquer ; après les avoir entendus, les détenus jugeront. On f(»ra un procès verbal de la séance. 11 faut que l'un soit reconnu pour un calomniateur ou que l'autre soit convaincu d'avoir fait des révélations.
I^\ séance fut fixée aune huitaine de jours, afin de donner le temps a l'un de préparer sa défense, et a Tautre de fournir les preuves deTaccusalion qu'il voulait soutenir.
llonune j'habitais la même» chambre que Barbes, j'ai su qu'il s'était fait envoyer les procès-verbaux de la commission d enquête nommée par les clubs en 1818, pour l'aflaire Blanqui-Taschereau.
A l'heure fixée pour la réunion, presque tous les détenus se rendirent dans la salle où elle devait avoir lieu; chacun était désireux d'assister a ce débat contradictoire. On (»spérait généralejnent que tout reposait sur un malentendu et que tout s'arrangerait après des explications loyales données de part et d'autre. Quanta moi, j'allai à la réunion sans idée précourue ; je désirais m'éclairer et entendre les deux adversaires avant de ibrmukv \\u '^w^'^wwiwV.
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Barbes fut exact au rendez -vous, maïs Blanqui jugea à propos de ne pas s'y rendre.
Après une assez longue attente, M. Duchesne, l'ancien gérant du journal de Proudhon, vint lire une déclaration signée do lui et de cinq ou six autres détenus. Ces messieurs déclaraient ne pas se reconnaître le droit déjuger un de leurs codétenus. La lecture de celte pièce mit fin à la réunion, la plupart se retirèrent désappointés de la tournure qu'avait prise l'affaire.
A partir d(* ce moment, il se forma une division profonde parmi les détenus ; il y eut deux camps. Tous ceux qui souleiiaient Blanqui furent appelés blanquisles, et ceux qui se rangeaient du côté de Barbes furent appelés barbisles. Il n'y avait pas de milieu ; l)on gré, malgré, l'on était classé dans Tune ou dans l'autre catégorie. Il fallait cesser de parler à lîarbés ou Ion était l)arbiste, ou cesser de parler a Blanqui ou l'on était Idanquistc.
Celte division était déploralde, elle a fait un ninl incroyalde aux condamnés politiques de Belle-Isle. Que d'amitiés ont été ))risées par suite d<? cette classification en deux cami)S rivaux! Que de Imines en sont sorties ! hain(»s qui ont survécu même à la prison chez quelques-uns.
Après notre condamnation à Versailles, les représentants de la Montagne décidèrent d'envoyer û la prison de Doullens une somme mensuelle de deux cents francs, de^sliww. 'a ^vvVivviwvv ww^W^àv^uv^ de ceux
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(le leurs anciens collègues qui étaient sans fortune. Cet acte de solidarité était le complément de ce que la Montagne avait fait depuis le 13 juin en faveur des représentants réfugiés en Suisse et en Angleterre.
Mes amis et moi, nous pouvions disposer de cet argent pour nos besoins personnels, en faire une réserve pour l'avenir ou le distribuer aux personnes qui nous paraissaient en avoir beoin. Lorsque nous fûmes à la prison de Belle -Isle, nous vîmes un grand nombre de nos codétenus dans un dénument absolu ; leur situation nous émut et nous songeâmes à l'argent que nous avaient envoyé nos anciens collègues de la Montagne. Nous nous réunîmes et nous examinâmes ce que nous pourrions faire pour soulager ceux de nos codétenus qui étaient privés de tout. Nous aurions pu distril)uer immédiatement cet argent et avoir le bénéfice de Tacte généreux que nous aurions fait, mais à Tunanimité nous préférâmes laisser le bénéfice de l'action aux représentants de la Montagne.
Dans le[iarti démocratique on a malheureusement riiabitude d'attaquer les représentants républicains. Si Ton écrit dans un journal, ou si Ton parle dans une réunion, on frappe incessamment sur les membres de la gauche et on laisse parfaitement tranquilles les membres de la droite. Certains écrivains ou orateurs trouvent que les députés ne font rien, sans examiner s'il leur est possible de faire davantage : ils les accusent de mollesse, de négligence, de trahison même, etc. Le plus souvent ces attaques sont injustes et partent d'un sentiment bas et égoule; la plupart du temps ceux qui s'ew vevwVewV. q,<5\n:^^^^^ '^^^^
des ambitieux qui cherchent à dénigrer les représentants républicains, afin d'empêcher leur réélection, espérant qu'ils pourront remplacer ceux qu'ils n*ont cessé d'attaquer dans leurs écrits ou dans leurs discours.
En 1848 et 1849, quelques ambitieux appartenant h notre parti, aidés des ennemis de la République, avaient réussi, par leurs attaques incessantes, à déconsidérer la Montagne parmi les ouvriers; puis, le le 13 juin 1849, au Conservatoire, ces mêmes hommes criaient : Les représentants du peuple en acant! Ceux-ci ont marché en avant, mais ils n'ont pas été suivis parce qu'on leur avait fait perdre Tinfluence légitime qu'ils auraient dû avoir, par la critique exagérée et par la calomnie dont ils avaient été l'objet.
Dans l'espoir de rendre la Montagne populaire parmi les détenus de Belle-Isjle, nous renvoyâmes à nos anciens collègues l'argent qu'ils nous avaient donné en leur faisant comprendre qu'ils pourraient en faire un emploi utile en le faisant distribuer à ceux de nos codétenus qui enduraient toutes sortes de privations.
Par suite de cette résolution, nous écrivîmes à M. Schœlcher, président de la Montagne, la lettre suivante :
« Dcllo-Islc, le IC septembre 1850.
« Citoyen,
« La réunion de la Montagne [a bien voulu nous envoyer, à DouUens^ diverses sommes destinées,
3â) MEMOIRES Et SOUVENIRS
dans sa pensée, à pourvoir à nos besoins, et qui s*élèvent à mille huit cents francs.
a Jusqu'ici aucun de nous ne s*est trouvé dans la nécessité d'y recourir. Nous avons pensé toutefois que nous pouvions, sans aller contre les intentions de nos amis, secourir avec une partie de cet argent,dans des circonstances exceptionnelles, les familles de quelques-uns de nos codétenus; quatre cents francs ont été consacrés par nous k cet objet.
« Dans la position nouvelle où nous nous trouvons, nous aurions chaque jour l'occasion de faire de ce qui reste un emploi analogue, mais il nous parait préférable de mettre la Montagne à même d'en disposer comme elle l'entendra. Nous vous adressons donc, Citoyen, la somme de mille quatre cents francs avec les reçus justificatifs de ce que nous avons distribué.
« Veuillez donner communication de celte lettre aux deux fractions de la Montagne \ en agréant et faisant agréer à tous nos amis, nos remerciements et l'expression de nos sentiments fraternels.
« V. PiLHBS, I)aniel Lamaziëre, Ferd, Gambon, J. Maigne, Vauthier, Ch. Bocii, Deville, s. Commissaiue, Fargin- Fayolle. »
La Montagne, par Tintermédiaire de son président, insista pour que nous gardions cet argent. Quel-
A La réunion de la Montag^iie s^était divisée en deux g^roupes: gauche et extrême gauche*
ques mois s^écoulèrent ainsi. MM. Deville, Boch, Vauthier et Fargin-FayoUe étaient dans le quartier lies cellules; il n'était plus possible de nous concerter pour agir collectivement.
Mes amis Daniel Lamazière et Maigne, ainsi que moi, nous résolûmes d'écrire une nouvelle lettre à la Montagne, afin de presser la solution de cette affaire, C'est k la suite de cette démarche que M. Schœlcher nous écrivit la lettre intercalée dans le procès -verbal que nous rédigeâmes à la suite de la première réunion qui eut lieu pour la répartition de la somme que nos anciens collègues nous avaient adressée.
Nos amis de la Montagne nous firent parvenir la somme de niille quatre cents francs que nous leur avions renvoyée augmentée d'une somme de mille francs. Dès que nous lûmes on possession de cet argent, Daniel Lamazière, Maigne et moi nous décidâmes de convoquer tous les détenus en assemblée générale, afin d'arrêter le mode île répartition le plus convenable et de nommer une commission entre les mains de laquelle nous remettrions le dépôt qui nous avait été confié.
La réunion eut lieu le 18 avril; voici une copie du procès-verbal rédigé a la suite de la première séance :
« Le 18 avril 1851, les citoyens détenus à Belle-Isle s*étant réunis en assemblée générale, sur la convocation des citoyens Daniel lamazière, Comtniï^saire et Maigne, ce dernier leur a fait la communication suivante :
Après que les condamnés de Versailles eurent été transférés a DouUens, ccuîil cVeulvci ^xx'^ ^\ ^\^^\îA. 41» reçré-
sentants, c*èst-à-dire les citoyens Pilhes, Daniel Lamazière» Maigne, Deville, Gambon, Commissaire, Vauthier, Boch et Fargin-Fayolle, reçurent de la part de leurs anciens collègues de la Montagne ro.Tre d*une somme de deux cents francs par mois, destinée à subvenir aux l)esoins qu*ils pourraient avoir. Ils crurent devoir accepter cette offre pour ménager à ceux d*entre eux, ainsi qu*à ceux de leurs codétenus qui n*auraieut pas de fortune, une ressource pour le cas où la déportation dont ils étaient menacés les frapperait et pour le cas possible d*une évasion, sous la réserve de rendre cet argent à la Montagne si aucune de ces deux éventualités ne se réalisait.
Au mois d'octobre 1850, les sommes envoyées à Doullens par la Montagne s*éIovatcnt à dix-buit cents francs. 11 en fut distrait quatre cents francs qui contribueront à procui^er à quelques familles les moyens de se rendre à Belle-Isle.
Au mois de décembre les ebances d*évasion et de déportation étant indéfiniment éloignées et plusieur.s de leurs camarades se trouvant dans une position pou ais6e, les citoyens ci-dessus nom nés crurent ne pas devoir tenir plus longtemps en réserve le montant des souscriptions de leurs anciens collègues. En conséquence ils adressèrent ce qui leur en restait au citoyen Scbœlcber avec une lettre où étaient expliquées les raisons qui les avaient portés à prendre cette détermination.
Le citoyen Scbœlcber insista, au nom de la Montagne, auprès des représentants détenus à Belle- Isle pour qu*ils revinssent sur leur détermination, leur disant que s'ils n*en voulaient pas pour eux-mêmes, ils i)Ourraient distribuer à ceux de leurs camarades qui en auraient* besoin Targent que la Montagne contiimait à tenir à leur disposition.
Enfin la résolution prise au mois de décembre ayant été maintenue par ses autcui^s, le citoyen Seliœlcbcr a adressé aux citoyens Maigne, Daniel Lamazière et Gonunissaire, la lettre suivante :
<f Paris, le 11 avril 1851.
« Chbrs Concitoyens,
« La Montagne a parfaitement accepté les observations que vous m*avez cbargé de lui trans.nettrc av\a\xyil ^5l^\sl^!^y^wKvçs^^
et sans en avoir la moindre surprise, elle y a trouvé des 8en« ments d*une délicatesse excessive qui Tont touchée.
a Libres ou sous les verrous, les républicains sont toujours les hommes les plus dignes du monde. Il reste donc entendu que tous les représentants détenus à Belle-Isle peuvent suffire à leurs besoins et ne veulent rien de la somme de deux cents francs nieusuelle que la Montagne envoyait pour eux.
« La Montagne a décidé qu'elle continuerait à envoyer les deux cents francs mensuels pour qu'ils soient appliqués à aider tous ceux des détenus de Belle-lsle qui sont sans ressources ainsi que leurs familles. La Montagne sait que plusieui*s d'entre eux sont dans le besoin et leur offi*e fraternellement ce dont cite peut disposer.
« Vous pouvez, chers Concitoyens, lii'c la présente lettre en assemblée générale et rassemblée nommera la commission de distribution pour les détenus à Tintérieur et les familles à l'extérieur.
(( Depuis que vous nous avez renvoyé les quatorze cents francs cinq mois se sont écoulés, c'est donc a deux mille quatre cent francs que se monte aujourd'hui la subvention. Notre ami Bruckner, caissier de la Montagne, vous envoie aujourd'hui cette somme.
« Recevez, etc.
<t SCHŒLCHBR. »
Apres avoir entendu la lecture de cette lettre, rassemblée écartant une proposition faite par le citoyen Russière tendant à ce que l'argent soit distribué également entre tout le monde sans exception, sauf à ceux qui n'auraient pas besoin de leur part à la donner à ceux qu'ils sauront dans une situation moins favorable, adopte une autre proposition du citoyen Langlois (Amédée) appuyée par le citoyen Andi^é Pasquct et décide :
1^ Qu'il sera nommé une commission de distribution qui dressera, le plus promptement possible un tableau au moyen duquel on puisse constater, par la signature de chacun, le nombre des détenus acceptant ou refusant, tant pour eux que pour leurs familles et le nombre de personnes composant les fiimilles; que la commisalou Nvcivdva Ycv\dv<i co«v\jtc de son Ira-*
381 Mi«:MOIRES ET SOUVENIRS!
vail, dont ckacuQ ])Ourra prendre connaissance ; qu*à Taide de ces renseignements recueillis, rassemblée statuera et sur la Honime à distribuer aux familles et sur la sonune à attribuer aux citoyens comptant iK)ur eux seuls, et qu*ensuite chacune de CCS deux sommes sera divisée, par portions égales. Tune entre les personnes composant les familles, Tauti^e entre les détenus acceptant pour eux;
2'' L*ass('mblée décide que la connnission sei^a composée de cinq membi*es nonunés, séance tenante^ au scrutin secret et à majorité relative ;
3*^ Knfin, que cette commission sera renouvelée tous les mois et que ses membres poui*i*ont être réélus.
En conséquence, un scrutin est ouvei*t à 2 h. 25.
A 3 h. 12, le citoyen Maigne, président, assisté des citoyens Daniel Lama/iei*e et Connnissaire, scrutateurs, et de plusieurs citoyens désignés par rassemblée pour contrôler l'opération, pi*oe6de au dépouillement du scrutin qui donne le résultat suivant :
Nombi^e des votants. . • • • 155
Ont obtenu :
Les citoyens Connnissaire. .. • • • 94 suffrages.
GandK)n. .••*.• 84 —
Daniel I*amazièi*e, • • 77 —
Destéract 73 —
Villegoureix, . . . • 69 —
Rongée .65 —
Blanqui. ...... 57 —
Poyre 49 —
Merle (Zacharie). . . • 46 —
Chipmi 21) —
André Pasquet. . • . 24 —
Fontaine .15 —
En. conséquence, les citoyens Commissaire, Qambon, Daniel Lamaziere, Destéract et Villegoureix sont proclamés membres de la Commission,
En foi de quoi nous avons dressé ic présent procès-verbal. Belle-Isle, le 18 avril 1851.
Daniel Lamaziëre, Maigne, Commissairb.
Lorsque celte réunion eut lieu, la division des détenus en deux camps existait déjà. La nomination de la commission fournit un moyen aux deux fractions de se compter, elles en profilèrent : ce fut un tort. Il aurait été plus habile de nommer des hommes moins connus que ceux qu'on avait nommés : ils n'auraient porté ombrage à personne.
Trois réunions successives eurent lieu dans lesquelles on revenait constamment sur ce qui avait été fait sans indiquer clairement ce qu'on voulait. Le directeur, que ses espions tenaient au courant de tout ce qui se faisait dans la prison^ apprit que nous étions détenteurs, Maigne, Daniel Lamazière et moi, d'une somme de deux mille quatre cents francs, contrairement au règlement qui interdit aux détenus d'avoir de l'argent en leur possession. 11 nous donna l'ordre de verser celte somme au greffe et, en attendant, il nous punit en nous privant de correspondances et de commissions.
En présence du mauvais vouloir d'une partie des détenus et de Tintervenlion de l'administration, nous résolûmes de procéder nous-mêmes à la répartition en nous faisant donner des reçus par tous ceux qui en profiteraient afin de mettre notre 'responsabilité à l'abri dans le cas peu probable où l'on voudrait plus tard attaquer la régularité de l'opération.
Les lettres et les reçus Curent déçosés entre les
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mains deruD de nous, Daniel Lamazière, puis, comme garantie, nous fîmes une déclaration dont chacun de nous a gardé un exemplaire.
Cette déclaration est ainsi conçue ;
Le 18 avril 1851, les citoyens Daniel Lamazière» Maigne et Conunissau*e revurent du citoyen Schœlcker, un des pi*ésidents de la Montagne, une somme de deux mille quatre cents francs destinée à cire répartie :
i^ A ceux des détenus de Relle-Isle qui étaient hors d*état de suflii*e à leurs besoins:
2^ Aux familles de ces detentis pareillement sans ressources suffisantes.
Agrès trois assemblées convoquées pour aviser h cette répar* lition, et convaincus que Tentente nécessaire à cette opération devenait impossible, les dépositaires susnommés durent pi*oc4der eux-mêmes à la distribution ainsi qu*il suit :
lo A cent ti*eize détenus, sur leurs reçus directs, onze cent quarante-neuf francs vingt centimes, ci 1149,30
2o A cent quinze auti^es détenus, sur les reçus de leurs fondés de pouvoir, onze cent soixante-neuf francs cinquante-cinq centimes, ci , • 1169,55
3« A Madame X, sur son reçu et d*aprcs Toinlre même de la Montagne, quati*e-vingt-un francs vingtcinq centimes, représentant les parts de buit citoyens qui n*avaient {las voulu recevoir, ci 81,25
Total égal à Tenvoi, deux mille quatre cents francs, ci 2400 »
Les citoyens Daniel Lamazière, Maigne et Commissaire sont donc libérés, tant à Tégard de la Montagne CjU^à Tégard des destinataires de la somme ci-dessus ; mais comme les lettres et les reçus qui garantissent ces citoyens doivent rester entre les niaios du citoyen Daniel Lamazière, et que les autres dépositaires pourraient se trouver appelés, loin de leur ami, à justifier de leursactesau sujet du dépôt qui leur avavl^V.^ ^^\!£ii^^^^^V^.V^ coDvcDu cnivQ eux qu'ils se donnera\ciul \a ^Tfe&^vA.^ \îiâtf«^>»