VOYAOE DE MAZAS A BELLE-ISLE-EN-MER
Quel que soit le caractère des hommes qui vivent dans une chambre commune en prison, quelles que soient leurs qualités et quel que soit leur désir d*étre bienveillants les uns pour les autres, ils se gênent par un contact continuel. Ce frottement de tous les instants devient bientôt insupportable Ix des hommes chez lesquels une longue détention a plus ou moins
développé la susceptibilité.
Dans le jour, notre logement était agréable en ce sens que nous pouvions voir la campagne. De temps on temps, on voyait passer a une certaine distance quelques insulaires qui allaient oii les appelaient leurs affaires ou leurs plaisirs.
Cette situation ne tarda pas à s'aggraver ; le 5, on nous défendit de regarder à travers les barreaux des fenêtres ; on nous défendit même de nous en approcher, sous peine de recevoir un coup de fusil. Au bas de chaque fenêtre, il y avait une sentinelle dont la consigne était de faire feu sur celui d'entre nous qui s'approcherait des barreaux. Le 6, à 8 heures du soir, un factionnaire, crovant voir un détenu près de la fenêtre, fit feu sans avertissement préalable. La balle frappa un barreau et alla se loger dans le plafond a un mètre cinquante centimètres dans l'intérieur de l'appartement. Personne ne fut atteint ; néanmoins, nous rédigeâmes un procès-verbal que nous signâmes tous et que nous envoyâmes à M. Baroche, ministre de la justice. Dans cette pièce, nous racontions simplement le fait et nous demandions h être réunis à nos amis, puisqu*il ne nous était pas permis de resçiver ^vi^.^ 'Yuw^ fetAlre.
ses MEMOIRES ET SOUVENIRS
M. Barbes arriva à Belle-Isle le 9 novembre; il fut placé avec nous au Château- Fouquet. Il avait demandé h venir h Helle-Isle, voulant partager le sort^ quel qu*il fut, des autres condamnés politiques.
I/ordre de nous réunir aux autres détenus arriva le 15. Le ministre donnait satisfaction au vœu que nous avions exprimé dans le procès -verbal rédigé k la suito du coup de fusil.