‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'état (volume 2)Chapitre 11 sur 33 · MEMOIRES £T SOUVENIRS · texte numérisé non relu

MEMOIRES £T SOUVENIRS

La situation de la famille royale m'était insupportable , et le succès des patriotes leur avait donné une présomptueuse exaltation qui me les fit prendre en haine. Je m'éloignai de ceux que je connaissais. A cette époque une heureuse circonstance me rendit à ma vie studieuse. Les couvens furent supprimés , et un ami de mon père me fit admettre au nombre de quelques personnes choisies, pour faire le catalogue de la bibliothèque des moines. Peu de temps après, M. d'Ormesson de Noiseau , président au parlement de Paris, et qui venait d'être nommé bibliothécaire du roi, désira s'attacher un jeune homme instruit et laborieux; je lui fus présenté. Il m'accueillit avec une bonté qui m'enchanta. On lui avait dit que je savais un peu de grec; il était savant dans cette langue , et pour éprouver mon savoir, il ouvrit devant moi un Xénophon à deux colonnes latine et grecque; je rougis de confusion à l'aspect du redoutable livre; jamais le héros de la retraite des dix mille ne se trouva plus embarrassé. Je repris courage cependant en regardant le président, dont la douce physio^ûomie inspirait la confiance; je lui avouai que j'avais fait de faibles études dans un collège sans renommée, que je n'avais point participé aux»

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trMmiphes4el'i>iiiversité> et que je a^vais es> pliqué que des fragmens de Démosthèiie , assesc mal pour n'avoir pu être diatingué dans le cours de mes études. Il sourit de. ma franchise » et se mit à lire couramment le français sur le grec, en me priant de le suivre sur la version latine. Il poussa la bonne foi jusqu'à placer sa main entre les deux colonnes , pour me prouver qu'il ne se servait pas de la traduction.. J'avais peine à, le suivre; je n'en avais jamais lant vu, et je me récriai d'admiration. Il fut content de moi , peutêtre un peu parce qu'il l'était de lui-même , et il: voulut bien se charger d,e ma fortune. J'étais heureux, je m'enterrais une partie de la journée dans mes poudreux bouquins , mais presque tous les matins je passais quelques heures avec M. d'Ormesspn. Cette fortune , dont il voulq^t prendre soin, ne s'élevait pas plus haut qu'à. 1a plape d'emplpyé à la bibliothèque royale; mais c'était pour moi .le comble du bonheur, et souvent depuis, dans la' position la plus heureuse, il m'estt arrivé de soupirer au souvenir de cette douce obscurité qui m'avait été promise. ]!ïous étions alors bien loin, de penser L'un. et Tauti^e que lie même écha£aud nous était destiné; et je le dis en conscience ^ tous les deux pour avoii*

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