‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'état (volume 2)Chapitre 12 sur 33 · KÉMOltoS BT SOUV&NIHS · texte numérisé non relu

KÉMOltoS BT SOUV&NIHS

rempK ims ileToîrs. J'ai eopserré de cet llomonfe respectable tm soavenir de recoHnaisMice et de douleur qni ne s'effacera jamais. Le nom' ife d'Oraiesson m'a toujours fait tressaiHir , et lorsque le hasard «ne plaçait devant nn% personne de sa femille, j'éteris toujours tenté ée l'aborder , de lui parler de son infortuné parent, et de sôUidter son amitié. I^a généreuse hoa^ de M. d'Ormesson âe se bornait pas à voulofr s^occuper de mon arenir, il me donnait âfet" eellens conseils sur ma conduite dans ce moiidé; il me signalait tous les éctieih avec uilé sollicitude paternelle. Il me parlait du roi en sujet dont la fidélité était portée jusqu'à l'esaltatiOil; mai» il gémissait sur cette fatale faiblesse qui te poussait dans lie précipice, à travers dés flots de sang. La pensée d'en Verser une seule goutte le fait iieculer 9 me dfsait-il , et ses plus fidèles amis périront tous sans pouvoir le sauver. On a êà le lui dire , mais on- ne peut lui ouvrir tes jéuJi ; il fatit donc se résigner et mourir. Nos enlrefi^is n'avaient point d'autre sujet, evil me communiqua toute la chaleur de ses sentimens.

Malgré mon horreur pour les scènes de -désordre qui se renouvelaient chaque jour, j'avais cependant bien compris que to révoluti^i

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étêU wm lutta outra les piiTilégîés et k nation , ^m^ mlle-ci deràit relirer du succès f des «vaHtggiss amqitôls elle aifait droit, qu'caifin^ u'iétaul .pas pé dans la os^te privilégiée ^ je pouvais ras» i^eater éttfang^ à ses intérêts et à «es déhats; «Môs M« d'Onopkesson fina toutes mes p^naéeasiilr le déploca]>le sort du roâ et de sa famille. Moti ûnagination s'aHuma; je ne vis plus qu'un priofe vertufius dana les fers, une épouse auguste dt des en£ui8 outragés avec barbarie; je me jurai dès lors de me jeter daos toutes les tentatives qui auraient pour but de les délivrer.

Je dois avouer aussi que le dégoût pour le bavardage de la révolution avait aussi beaucoup contribué à me rendre royaliste. J[e suis loin de ne pas reodrQ justice entière aux talena si ^i»- .Bena de rAs$emblée constituante; je. neveux parler ici que des assemblées de ina ^qti<ini||ii se tenaient presque tous l^s jo^rs> etamcqucAtes je me trouvais souvent obl^é d'assister cofmi?^ garde national. liss bourgeois de Paris sont d«s ^ns fort eslimaUes sans doute , et maipiteiMtat surtout qu'ils sont citoy^f ; ipaia il était impossible de ne pas être dégoâkté de hur wtravag^t et niaîs bavardage^ pow peu quoi» eût de. bon sei^ et d'instruction. Cette manie d'a,ssembié?s

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politiques et de longs discours était abmentée par cette multitude de gens dii barreau qui abusaient jusqu'au ridicule de leur facilité à s'ex<^ primor. Il y avait alors dans mon voisinage un avocat de quelque réputation nomtnéB*^*, dont la faconde était vraiment merveilleuse. Les délibérations ne pouvaient jamais avoir pour objet que des intérêts très- bornés; mais quand cet bomme ouvrait la bouche , nous étions sûrs d'être inondés d'un déluge de citations et de sentences , souvent à propos de lanterne» ou de l'échoppe d'une marchande d'herbes. Sa voix de Stentor ébranlait les voûtes, et quand il avait parlé pendant deux heures, et que le jeu de ses poumons était épuisé, c'étaient dés cris ,unè ad^ âiiration, une ivresse qui allaient jusqu'à la fch reur. L'orateur alors se croyait Mirabeau, et les spectateurs , toute l'Assemblée constituante décidant du sort de la France. Ces gens-là ont fait école; ceux qui les écoutaient ont voulu pérorer à leur tour , et trois ans plus tard , ils ont fait égorger une partie de leurs professeurs, et- tous ceux que ceux-ci leur avaient désignés comme dangereux ou enhemis.

* C'était en 1790. Je montais souvent la garde au château. Je cherchais sur la physionomie -du

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roi des traces^ de douleur et de fierté. Je n'y trouvais^jéFàTOuey qûederinsouciance;son énorme mabonpoint, ses yeux sans expression , sa démarche dépourvue de toute dignité, déconcertaient ui| peu mon enthousiasme ; mais il se ranimait à la vue de la reine et de ses enfans. EUe^était femme, elle était mère ; étrangère, elle avait été confiée à la loyauté française ; que de titres pour inspirer un profond dévouement ! Les torts même dont on avait cherché k la noircir, en les supposant véritables, devaient être excusés par une nation si légère alors qu'elle tirait vanité, même de sa corruption. Ce fut donc pour cette reine infortunée et pour ses enfiins que mon cœur se sentit profondément ému de la plus tendre et de la plus respectueuse admiration. Madame Royale avait alors enviroti treize ans«: la dignité de son maintien , la mélach colie répandue, sur sa physionomie dans un âge qui touche encore à Fenfence, la piété profonde qui paraissait la fortifier dans son infortune, me touchaient jusqu'aux larmes. Je suivais ces princesses à la messe; je remontais rapidement dans la salle des Gardes pour les revoir encore j j'aurais donné ma vie pour elles. Tant de grandeur dans \m tel abaissement, tant

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d'imioceiice^t àt beauté moneée» d'us atewr si erael, anrirâiit du leur doiiaer tou» les Fr^Kr ^cis pour défenseurs. J'en parfaris partooit ai«€ «ne chaleur que je ne peuTsia pas cependant fiftire partager à beaucMnip de jeunes gens de non âge.

Il me paraissait *înqK»sible qatA n'y ent paa dans FAssemblée constituante un parti actif poiv sauTcr la Êimille royale. Je savais^eM. de Qmmovt-^Tonnerre était très*attaché à la retae; je loi écrivis plusieurs lettres pour lui peindre ma douleur, et pour le supplier d'employer mou jeune courage, il est probable qu'il ne vit en mon qu'une tête estaltéequi pouvait le compromettre, îl ne me répoudit pas et je crois qu'il fit bien.

Depuis quelques temps, M. d'Ormesaon se li^ ▼rait moins dans nos entretiens; il avait voulu dire de moi un déienseur du roi ; il fut, je crois, bientôt effrayé de mes progrès , car je ne loi encbais pas mes sentimens; et toute l'ardeur de mon anie, qu'il ne pouvait plus modérer, lui fit craindre que je ne le perdisse avec moL Quand je loi demandais si l'on ne prenait pas enfin des mesures pour metti*e k famille royale en sûreté, il invoquait te bénéfice du temps, ou se jetait dans des généralités} que je ne comprenais pas.

Vm jmir, je ^omîs de lé quittev, lorsque j'appvb mfte tant Paria TavrestatioD àa nMirquîs de Fa* wmâyîk était k peine dix beure», on n^ saivait pw «nrare de détails sar le crime dont om llaeoii'' aail, et. déjà pourtant on Usait le discours qwe Monsmir^ frère du roi, avait pirononoé à FHètelde- Ville.: €e prince avait dafnandé pendant ki amt que le conaeilngénéral s'assemblât à bnit iMcnres dm matlin : là il y renî» M. de Pavras ^ son ancien^ secvitenr (i), eelui qu'il avadt mis en oeuvre y celui qni n'avait agi que par ses ordres, celui ttveclequel enfin il avait combiné la ftiile do roi ^ celle de sa famille et la sienne; il y fit de» protestations d'attachement au nouvel 4>rdre de chos^, à la constitution , et se déclara premier dtoyen du royaone. Il livra ainsi so|i confident à toute la sévérité des lois et .au sup* plico infâme du gibet : l'indication des roya- Ksies égala leur consternation; les plus sensés dWtre eux sentirent que tout était perdu pour la cause royale, et qu^il n'y avait plusde moyens de salut pour le roL Cette véritable trahison, qui pent seule avoir été conseillée par la plus

(i) Il avait été attaché à Monsieur en qualité de capitattre des € en t-d disse 'sou gardes de la porte.

honteuse lâcheté , jeta le découragement dans tous les cœur^ des amis du roi. Que £aire?di* saient-ils, pour un prince qui soufFre qu'on liTre aux bourreaux ses défenseurs; qui, loin de tenter de les protéger, trouve contre eux des délateurs dans sa propre famille ? De toutes les fautes de la cour, celle-ci est la plus impardonnable. On passe condamnation sur l'inexpérience , l'irrésolu tion, l'absence de toute fermeté; mais Mvret ses amis par peur, les abandonner sans daigner faire, un signe pour les arracher au supplice, quelle indignité ! M. de Favras fut condamné à mort. J'étais de service sur le quai Pelletier, lorsque cet infortuné le traversa sur une charette, la corde au cou et les mains liées sur la poitrine ; le confesseur paraissait abattu comme si c'était lui qu'on conduisait à la mort. Favras, au contraire, par sa noble attitude, par son regard fier et animé, me rappela Samblançay, sur la mort duquel Marot a fait ces deux beaux vers : « Quand Samblançay , etc. » Il monta à l'Hôtel^le-Ville , il y dicta quelques nobles paroles, ne daigna pas compromettre celui qui l'avait si déplorableroent renié, et marcha avec courage à la mort. Des misérables eurent la lâcheté d'applaudir au moment de son sup-

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fiHce. Quelques jours auparavant , il avait de«mandé que M. Talon , avocat-général , vint le voir. Il lui confia tous les détails de sa tentatative et les ordres qu'il avait reçus du comte de Provence. — Avez-vous ces ordres par écrit? lui demanda le magistrat. — Non. — En ce cas, il ne vous reste plus qu'à recommander aux bontés du roi votre femme et vos enfans; il n'y a plus de ' ressources. Tai appris à Dresde, il y a vingt ans^ que la famille de cet infortuné vivait en Bohême dans l'indigence. Je ne pus contenir mon indignation sur l'étrange et odieuse conduite que l'on avait tenue dans cette affaire, et je ne la cachai pas , surtout à M. d'Ormesson. — rVous êtes trop jeune et placé trop loin de la cour pour bien juger ses motifs, me dit-il. En supposant que M. de Favras eut reçu des ordres, la Êimille. royale pouvait-elle en convenir? la mort de cet homme est un très-grand malheur, mais enfin il a dû être sacrifié à la sûreté du roi ; le devoir d'un sujet est de mourir pour son maître; il meurt victime de sa fidélité par un supplice iaÊime, mais Dieu le recevra dans sa grâce, et le jugement des hommes sera rectifié par la postérité. — Je respectais trop M. d'Ormesson pour lui répondre; mais il s'a-

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perçut bîeii quïl ae m'avait pas ooniiaiBcijiu Il y a mainteDafit vtngt4ittit am ^im M. ck^ Favras est mort; j'ai relutooft ks «iétaiU de soir procès plus de vingt fois ; Tàge, ia connaâsaanoe des bomines, l'expérieiice et tousies^i^éiieneos dont î'ai été tétnoitt, rien n'a pu af£siblir ni mo* iiifier .ma première impression; je sens enc»iie CMapiètement convaincu qu'il y a darne la eon«dutte de ceux <jui Tont sacrifié oubli total de probité, de saine politique^et, il £5iut.le«'épéter, une abominable lâobeté. Par cette conduite, le roi fut dès-lors perdu sans retour^ une partie 4e sa £amiile fut enveloppée dans une haine et un mépris dont on n'est pas revenu. Ce sentiment ne pénétra pas s€«lemeiit ies personnes atta» ehées à la royauté par leur naissance et leor rang dans la société; mais il fut partagé par tous les citoyens 'honnêtes. Long^temps^encove après, j'ai trouvé tbns toutes fos classes >la même énergie d'indignation ; et quand Lomis KVIH esi; rentré dans la capitale, tous ceux qui nV>nt pas été atteints par l'ent^usissme de la noaiveauté , et ils étaient nombrenx, «vaienC au fond du cœtir et sur les lèvres le souvenir et le nom de t'infortmié Rrvras.

* Cette entreprise, échouée ^ terminée si mal-

faeiÉfeiiMmenlyiagmeata.k8inéfia(Bceséap6uplet el servit menreiUetisenietit ie parti de b rérolu* taon ; ceux qui crcr^aient encore ique le itri^fOVK lait en consacrer stncèrement tous les a^aMages^ fiireot détrompés; ses ennemis en profitèrent pocir envenimer ieurs accusations. Les Hbeties se mnltiptièrent arec fine profusion et une ra> piâité qui détruisirent tous les moyens que la cour pouvait employer pour se défendre. La maladie de l'émigration comrmença vers eefte époque; il était plus facile de se placer à Go^ bfeniz pomr menacer, que de rester à Paris pour fecourîr le roi, ou de se réunir dans les pro^ vinces poor y commencer la guerre civile, dont les diances, aia reste y auraient peut-être été dou-' teases à cette époque , surtout avec des gens qm ne pouvaient rejeter toutes les molles habitudes du luxe , et qui, sans s'en douter, portaient dans letir sein «ne pntie des germes de la révolutioti, je ▼eux dire l'indiscipline ^ rinsobordination , le mécontentement et le gcét des innovations. La fomitte royale resta donc entourée de quelques eentailies de gentilshommeay que leur service ou le sentiment du plus noble et du plus courageux dévouement retenaient encore; «liais ce dévoue** ment était acoompagwé de tsMit de haine contre

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les patriotes , et d'une présomption si folle, qu'il iîit plus nuisible.qu'utileii leur maître* La garde nationale , qui faisait le service au château, leur portait ombrage; leurs moqueries, leurs sarcasmes habituels, décourageaient les honnêtes citoyens dévoués au roi : ils n'étaient pas sans doute à l'abri du ridicule, comme militaires; mais fallait-il les irriter, quand ils. donnaient des preuves désintéressées de fidélité, et qu'on en pouvait tirer un si grand parti ? Le général en chef de cette garde était surtout l'objet de leurs sanglantes satires; cela nous donnait de l'humeur, et je voyais en gémissant que beaucoup de braves gens, qui se seraient fait tuer pour le roi, prenaient le déplorable parti de l'abandonner. Je dois dire cependant que la famille royale était loin d'approuver ses prétendus amis : le roi etla reine étaient constamment polis avec la garde nationale ; mais Içur exemple ne fut point suivi, et leurs représentations même ne furent point écoutées. En voici une preuve dont les suites ont été fatales* M. le duc d'Orléans sentait depuis long-temps tout ce que sa position avait de faux et de peu digne de son nom et de son caractèi*e; il désira se rapprocher du roi et de la reine; une négociation sagement conduite eut un succès

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complet. Il fut convenu que le premier prince du sang viendrait faire publiquement sa cour le jour de Pâques Je crois. II y avait foule dans les appartemens; il parut au moment où Ton servait le dîner de la famille royale. A peine le vit-on, que des étourdis, qui se croyaient fort utiles, se mirent à crier hautement : Prenez garde aux plats ! voici le duc d'Orléans ! Un de ces messieurs crut faire un grand exploit en le touchant brutalement à son passage, et en ajoutant insolemment : C'est un coup de pied. Le prince, furieux de se voir insulté cbez le roi, sortit brusquement , ne doutant pas que la reine ne l'eût attiré dans un piège odieux» Dès ce moment il se jeta dans la faction la plus exagérée ; on en connaît les suites honteuses et déplorables.

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