‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'état (volume 2)Chapitre 2 sur 33 · VJ NOTICE · texte numérisé non relu

VJ NOTICE

pour le roi jusqu'à la raort ! » Louis XVI étonné s'arrête, remercie de la tête et du geste, pui& demande le nom du jeune homme ; — c'était Lavallette.

Bientôt la journée du i o août mit à l'épreuve ce courage si impatient de se montrer : Lavallette eut le commandement d'un poste aux Tuileries ; il le défendit long-temps contre la fureur des insurgés, qui semblaient se multiplier sous le feu du château. Mais il fallut céder ; on apprit que Louis XYI s'était rendu dans le sein de l'assemblée ; ce fut le signal du massacre. Lavallette» couvert de sang et de poussière, entraîné par quelques amis, échappa par miracle à une mort qui eut été glorieuse ; mais sa destinée ne devait pas s'arrêter là.

Cinq ans plus tard, le 19 fructidor, un jeune qfiicier en brillant uniforme, portant au bras l'écharpe aux trois couleurs , se jetait précipitamment dans un cabriolet , auprès de la porte du Petit-Luxembourg ; un de ses camarades d'enfance passant par là le reconnut ; après les félicitations d'usage :

« Que deviens-tu ? lui dit son ami.

SUB LE GOMTiC LAVALLETTE. vij

'—Je retourne en Italie au plus vite.

— ^ Qui te presse si fort ?

— Barras y qui menace de me faire fusiller dans vingt-quatre heures.

-^—Sauve-toi donc, car il est en veine.

— Qui le sait mieux que moi? J'ai voulu m'opposer aux sottises cruelles de cette nuit , ils me chassent ce matin ; mais j'ai bonne conscience^ et Bonaparte me protège.... Adieu, je pars; s'il plait au ciel, nous nous reverrons ! »

Lavallette s'éloigna rapidement; le soir il avait quitté Paris.

Laissons-le brûler le pavé sur la route dltalie,. et remontant de quelques années; suivons le chemin qu'il a fait depuis le 10 août jusqu'au 18 fructidor, de volontaire royaliste devenu capitaine dans l'armée républicaine.

Il est hors de doute que la révolution de 89 était désirée par l'immense majorité des Français. Néanmoins , les violences qui signalèrent ses débuts avaient révolté toutes les âmes honnêtes; ni les pillards des magasins Réveillon, ni les assassins de Foulon et Berthier, ni les hurleurs du âo juin, ne représentaient les vœux et les

Viij «OYfQE

senlimeos 4e Ja France ; et le parti de Louis XYI sembla d'abord se growr de tous les patriotes qa*'màigWMnt de « caupid)les excès.

Dans cette dispositioa des espiite^ la gueriie étrange» éclata, précédée d'insolentes menaces ; ce fut une puissante diY49rsion aux embarras qu'éprouvait aJors le parti républicain^ maître de l'Assemblée législative ; il s'en sakit avee babUe{é; et tandis quç Témigration des nobles eu* levait au roi dan« l'intérieur tous ms appuip oalureisy tou^ ceux qu'une pitié généreuse et désintéressée avait d'abord ralliés peut sa d^ fenae , épuraient maintenant aux frontières , triomphaient à Valmy, à Jemraapes , en Savoie , avec Kellermann , Chartres et Montesquion , et n'entendaient plus , dans ce bruit des camps et dans cette ivresse de la victoire , les cris de dé» rresse de la royauté.

C'est ainsi que letrpoe s'écroula, feute d'appui.

Lavallette wivit, sous les drapeaux de la république , la foule de ceux qui , comme lui , sans fortune , sans nom 9 sans avenir , ne vou^ lurent exploiter ni l'émigration , ni la terreur ; c'est du sein des armées , neutres entre des

ertcès opposés^ que devaient sortir plus tard toutes ces fortunes nouvelles, toutes ces renoms mées si pures et si chères à la France , pfflrfUi lescludles allait briller Lavallettô (i).

Son pére^ honnête marchand de Pàri^^ lui avait &it donner au cdllége d'Harcourt une édu<cation distinguée , mais qui put sembler un manient trop au«^de6sus de sa position sociale : aussi, lorsqu'il fidlut songer à l'établir^ on ne trouva rien de mieux que de le vouer à l'état ecclésiastique ; car il n'avait point de goût pour utt commerce de détail, et un tel 0iénte< ne poui^it chômer dans une garnisoil. Il prit là aoutane , obtint une charge de sous'-bibliothé» caire h Sainte^Geneviève, et s'ensevelit dans les livres.

Gepei<dâDt la révolùtiop s'anbonçait par des sjrmptèmes qui ne purent échapper à LavaU lette; son ambition s'émut à la pensée des événemens qui se préparaient^

Un jour, il remofitaît la rue Mazàrine, don-

(t) Lavallette naquit à Paris en 176g, la tnème annc^ quel'erojpereur Napoléon , aoa protecteur et son ami.

%lj MOTIOB

traiter le sabre à là. main « et répondre à dto* sopbiismes par des yictoire!^.

La constitution de l'an III outrit cette seconde période toute militaire; la France passa du régÎQoe de la teneur à eeliii de la giclire ; à ce moment parut Bonaparte.

A Voir ce héros de vingt-six an)s, avec squi visage pàlé et triste , son altitude flère et cairote, son l'égard d'aigle , sa parole brève, ce geste rapide qui commandait l'obéissance, cette gravité de jeune hdmme qui imposait le respect auM vieiix généraux de la république; à voir aucîsi. cette armée pauvre et dévouée qui allait combattre sous ses ordres , ces jeunes lieutenans enthousiastes qui se pressaient à sa suite^ cette terre d'Italie qui s'offrait comme une première et riche proie ^ on poUvait prédii*e qu& le premier acte de ce drame militaire , qui CQmmi9nc0 à Montenotte et finit à Waterloo^ serait le plus poétique et le plus brillant.

La vallette, accueilli d'abord ^ tnais froidement, dans l'état-major dii général en dbef , dut conquérir à la pointe de l'épée Testiroc de Bona- {narte. Sur le champ de bataille d'Aréole, il reçut

SUR LE COMTE EAVALLETTE. xiij

du général le titre d'aiderde-camp et le grade de capitaine. Blèsàé dans la périlleuse mission du Tyrol, ï\ fut complimenté par Bonaparte , qui hii dif, en présence de l'armée: «Lavallette, vous vous éte§ conduit ei\ brave; quand j'écrirai l'histoire de cette campagne , je ne tous oUf blierai pas ». Il a tenu parole, m-- Gependaul le jeune officier plaisait à soi) général par d^autres o6tés que la valeur personnelle ; il avait iin^ iDSl!ruction solide , l'esprit observateur , ^na sa* gacité merveilleuse , de la mesure, lin ton excelt lent. Bonaparte aimait les ^onne^ manièt^es ; il distingua Lavalletle.

Quelques mois après, il le choisit pour une mi^Qn délicate. Le général de Tarroée d'Italie, retraneàé dans sa gloire, suivait pourtant avec atixiété le mouvement et le^ combats des partis qui s^agitaient alors en France; daQ3 oa conflit de tant de passions i^us prises, ildémelaîtdifiBH eilement la vàrité. U envoya donc à. Paris son aidenle-eamp LavaUette, afin de connaître par ses rapports Fétat des affaires. Un chlffirq in^ venté par Bourrienne devait servir à leur correspondance.

Xiv NOTICE

Lavallette, jeune, obscur, ainsi lancé au milieu des hasards, des intrigues et des séductions de la politique, montra pourtant une prudence et une fermeté remarquables. Il vit toutes les sociétés de cette époque , et ne prit d'engagetnent dans aucune. Au Luxembourg , chez Carikot, dans les salons de madame de Staël, aux cercles d'Augereau , partout sa finesse découvrit le fond des partis sous l'enveloppe grossière ou polie qui les couvrait. Il vit le Directoire dans toute la gloire ridicule de sa représentation , et conserva toujours présent le souvenir de ces comédies jouées par des proscripteurs , chez qui le grotesque le disputait au terrible.

a Pai vu, écrivait-il à un ami (i ) en 1829, j'ai vu les cinq rois vêtus du manteau de François I**, avec son chapeau, ses pantalons et ses dentelles; la figure de LaRéveillère, établie comme un bouchon sur deux épingles, avec les gras et noirs cheveux de Clodion ; M. de Talleyrand, en pantalon de soie lie de vin, assis sur un pliant, aux pieds du directeur Barras , dans la cour du

(i) L*auteur de cette notice.

SUR LE COMTE LAVALLETTR. ^ Xv

Petit-Luxembourg 9 présentant gravement à ses souverains un ambassadeur du grand*duc de Toscane y tandis que les Français mangeaient le dîner de son maître , depuis la soppe jusqu'au fromage ; à droite, cinquante musiciens et chanteurs de l'Opéra, Laine > Lays, Regnault, et les actrices , aujourd'hui tous morts de vieillesse , beuglant une cantate patriotique sur la musique de Mébul ; en face, sur une autre estrade ^ deux cents femmes, belles de jeunesse, de fraîcheur et de nudité , décolletées , dépouillées , s'extasiant sur la majesté de la pentarchie et sur le bonheur de la république ; elles portaient aussi des pantalons de soie couleur de chair^ et avaient des bagues aux orteils. C'est un spectacle qu'on ne reverra plus. Quinze jours après cette belle fête, des milliers de familles proscrites dans leurs chefs, quarante-huit départemens veufs de leurs représentans, et quarante journalistes obligés d'aller boire les eaux de l'Elbe , de Synamary et de l'Ohio ! Il est curieux de rechercher ce qu'étaient, à cette époque, la république et la liberté. »

Lavallette n'avait aucun pouvoir pour s'op-

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