‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'état (volume 2)Chapitre 5 sur 33 · XXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE

Sa position élevée le rendit maître des secrets de famille ; la politiqae n'osa lui faire une loi de les violer: a avec lui, l'épanchement et la fran- « chise ne furent jamais un danger (i) i>.

Écartons le souvenir, étranger à cette notice^ de tant d'événemens mémorables qui remplissent la durée de l'Empire; laissons s'écouler ce beau rêve d'un grand homme trop enivré de sa haute fortune; laissons M. Lavallette, pendant douze ans, gouverner les postes d'une main discrète et ferme, porter aux discussions du conseil-d'état les lumières d'un esprit juste et les inspirations d'une conscience droite , briller aux cercles d'une cour élégante et polie; et, au déclin de tant de grandeurs, lorsque le sol commence k trembler autour du trône, donner à l'Empereur de libres conseils d'amitié que rejette cette ame fière! le monde sait le reste.

Les évéuemens de i8i4 rendirent le comte Lavallette à la vie privée ; il n'en sortit qu'au 20 mars de Tannée suivante, après le retour de

(1) Paroles du général Sébastiaai sur la tombe de M, Larallette.

SUR LE CaMTB LA.VALLETTE. X\V

Napoléon dans la capitale. On a voulu flétrir les motifs qui le rallièrent au trône impérial, lorsque l'armée entière avait reconnu l'Empereur, et au milieu de circonstances si enivrantes; ces motifs, il les avait puisés dans sa conscience; a on l'a accusé d'être parjure; lui, croyait avoir été Adèle (i).»

Sa rentrée aux affaires fut signalée par un acte de modération dont il donna vainement l'exemple à ses ennemis. Un employé supérieur de son administration vint officieusement lui présenter une liste de suspects; M. Lavallette le laissa parler; quand le dénonciateur eut fini: tt Monsieur, lui dit-il, avez-vous quelquefois regardé en &ce la figure d'un honnête homme?» — L'employé, interdit, balbutia quelques paroles embarrassées. — «Eh bien! monsieur^Tapprenez à me connaître! » — Il prit la liste, et la jeta au feu.

M. Lavallette fut appelé souvent auprès de l'Empereur pendant les cent jours; il le vit au conseil et dans son intimité; l'Empereur était

(i) Paroles du comte Montlosier.

féiola à ne plus fiûre la gnerro que pour défendre le territoire. L'esprit de liberté s'était fidt jour jusqu'à loi; sa table retentissait de protêt» tatioDs libérales qui l'embarrassaient ; il dit une fois à M. La^allette, dans le secret et l'amertume d'un entretien Confidentiel : « Mais que Yeulen^ils? la liberté de la presse ? J'en donnend plus qu'ib n'en voudront peut^tre; qu'ils me laissent seulement sauver la France ! v La France fut envahie de nouveau. La fortune de l'Empereur acheva d'expirer dans les champs de Waterloo.

C'est alors que commença pour le contte Lavallette une série de malheurs inouis. Dans la sécurité que lui inspirait son innocence , il était resté à Paris. Il fut arrêté le i8 juillet, tandis qu'il était à table avec ses amis. On le mit au secret; la procédure commença; elle fut longue : elle était menaçante; le destin de Labédoyère, celui du maréchal Ne j semblaient lui présager un sort funeste. Enfin, le 19 novembre, il parut devant les assises, comme accusé de complicité dans l'attentat du ao mars précédent. Il se dé»

SUR LE GOMTC LAVALLETTE. XUVÎj

fendil avec iioe grande naUease (i) ; maîa aprèa dkux jours de débats, aeoablé sous le poids des passions implacables qui entrainiâeat la réac*^ tion et osaient demander d^s vengeances à la justice, U fut condamné à fiddrt. Il entendit son arrêt avec calme ^ et dit d'uAe voix forte à ses smîs éploréa : « Mes amis , c'est un coup de ca«nonl y Puis y se tournant du> côté des nombreux employés de la poste qui avident témoigné contre lai: «Messieurs de la poste, ledr dit- il en les saluant de la main, je vous fais mes adieux !»

Cette voix douce et ferme qui retentit àt l'audience , au milieu de la consternation générale , put donner à croire qu'il était résigné; mais rentré dans son cachot solitaire, ce vieux soldat sentit son cœur dtfaillir à la pensée du genre de mort qu'on lui préparait; il écrivit à un ancien compagnon d'armes, alors en crédit à la cour, pour obtenir d'être lusillé; un refus cruel fîit l'unique réponse de son ami. Dès lors, le

(i) Le célèbre Tripier l'aida de ses coDBeik et lui témoigna le plus aoble dévouement.

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sentmient de cette injustice exalta son courage; il voulut accoutumer son ame à Tidée de cette mort qui l'épouvantait; il se fit nitonter par ses geôliers les apprêts humilians du supplice , les affreux détails de l'exécution; il y revînt à plusieurs fois, il s'obstina à tout savoir. Enfin, après avoir lutté quelque temps contre l'horreur de ces pensées sinistres qui remplissaient ses longues journées et agitaient son sommeil derêves effrayans (i), il se sentit capable d'attendre

(i) Un songe surtout laissa dans l'esprit de M. LaTallette des impressions profondes, que l'âge même n'ayait pas effacées. Voici comment il le racontait :

« Une nuit que j*étais endormi, la cloche du Palais, qui sonna minuit, me réveilla; j'entendis ouvrir la grille pour relever la sentinelle , mais je me rendormis à l'instant. Dans mon sommeil, j'eus un rêve : — je me trouvais rue Saiot-Honoré , près de la rue de l'Échelle ; une obscurité lugubre s'étendait partout , tout était désert , et cependant une rumeur vague et sourde s'éleva bientôt.... tout à coup parut, dans le fond de la rue, et venant sur moi, une troupe à cheval, mais d'hommes et de chevaux écorchés« Les cavaliers portaient des flambeaux, dont la flamme rooge éclairait des visages mis à nn, que traversaient des muscles sanglans; leurs yeux enfoncés roulaient dans de larges orbites ; leurs bouches s'ouvraient jusqu'aux oreilles,

la mort de sang«froid, et ne songea plus qu'à consoler sa fisimille et ses amis. « Pourquoi pleurer^ leur disait-il? un honnête homme peut mourir assassiné; mais sa conscience le suit sur Téchafaud. »

Cependant les jours s^écoulaient, la Cour de cassation avait rejeté le pourvoi du condamné; un recours en grâce ^ présenté par madame Lavallette et vainement appuyé par le zèle courageux du duc de Raguse, venait d'être aussi repoussé; le jour de l'exécution était proche ; tout l'annonçait au malheureux; les geoHers euxmêmes ne l'approchaient plus qu'en tremblant

>€t- des casques de chair pendante surmonraient leurs têtes* ' hideuses* Les cheranx traioaieot leurs peaux dans le ruisseau, qui débordait de sang jusqu'aux maisons. Des femmes pâles, écheyelées, se montraient silencieuses aux fenêtres, et disparaissaient; des gémissemens sourds, inarticulés, remplissaient Pair, et j*étais seul dans la .rue, seul, immobile de, terreur, et sans force pour chercher mon sahit dans la fuite. Cette effroyable caTalerie passait ainsi au grand galop, passait toujours, en lançant sur moi des regards épouvantables. Elle défila pendant plus de cinq heures; enfin la file se termina, et fut suivie par une immeoso quantité de voitures d'artillerie, chargées

XXX SiOTICB

d'émotion et de pitiés. La veille de ce jour suprême, la comtesse LaTallette pénétra dans la prison ; elle s'était couverte d'une robe de mé* rinos richement doublée de firarrures, qu'elle avait coutume de porter au sortir du bal; elle avait dans son sac une jupe de taffetas noir. Arrivée auprès de son mari y d'une voix ferme elle lui annonce que tout est perdu, qu'il n'a plus de salut que dans la fuite; elle lut montre ces habillemens de femme, lui propose un dél^uisement; toutes les précautions étaient prises pour assurer l'évasion ; la chaise à porteurs \t recevrait au sortir de la prison; un cabriolet

^e cadftvred déchirés, ttiftis encore pàlpitens; uilé 6(Ieur^

infecte de sang et de bitume m'éteafliit — quaéd tout

à coup la grille «e ferma avec violenôe, et je mè réveillai. Je fis sonuer ma montre, il n'était encore qtie ttiinuit. Ainsi , cette affreuse fantasmagorie n'avait duré que deux ou trois minutes, le temps de relever la sentinelle et de refermer ta grille. Le fifpid était vif, la consigne < trèscourte; et le geôlier confirma le lendemain mon calcul. Cependant je ne me rappelle pas un seul évènemeot de ma vie dont |'aiê pu apprécier la durée avec plus de certitude, dont lés détails soient mieux gravés dans ma mé* •noire, et dont j'aie la conscience mieux affermie. »

SUR LE COMTE liAVALLETTE. XXK^

l'attendait sur le quai des Orfèvres; un ami dé*- ▼oué) une retraite sure^ lui répondaient dut resté, — -- M. Lavallette Técoutait sans paraiti^ approuver un si hadardeui projet; il était résigm^ à mdiiHr^ il refusait de se sauver: « Passe encoi^ pour k tragédie y mais je ne veux pas figurer dans une pièce burlesque ; on m'arrêtera sous oe travestissement ridicule f on me livrera aux tir sées^le la populace!.;.. Et s^ je leur échappe^ il faudra donc vous abandonner ici à l'insolenoe des valets de prison, aux persécutions de mes ennemis...?

— Si vous mourez 9 je meurs ; sauvez votre vie pouc sauver la mienne ! »

Le prisonnier céda à tant d'ids tances.

«Maintenant) il faut Vous bahilier, ajouta<>t« elle, il &ut partir; point d'adieux ^ point de larmes! vos heures sont comptées! d

Et y la toilette achevée :

«Adieu, dit^elle ; n'oubliez pas de baisser la tête en passatkt àcras les guiéhetà, pour ne point accrocher les plumes du chapeau. »

Puis çlle tira le cp^on de sonçette^ s'élança derrière un ptttaTent; 1^ pgrte s^ouvrit , le pri-

Xîtxij NOTICE

sonnier passa suivi d'une gouvernante de sa femme, et soutenu par sa fiUe. Arrivé auprès de la chaise, les porteurs n'j étaient pas; les soldats du poste s'étaient rassemblés pour voir madame Lavallette, et regardaient immobiles!..... Ce fut un affreux moment.... Enfin, les domestiques arrivèrent; la chaise partit; quelques minutes après, un cabriolet , entraîné de toute la vitesse d'un cheval , faisait retentir le pavé du

pont Saint-Michel (i).

C'était le a3 décembre; M. I^vallette resta caché à Paris jusqu'au lo janvier. Une singulière faveur de la fortune lui donna pour asile le toit même sous lequel vivait un de ses ennemis politiques (a), puissant par son nom, sa position et sa fortune. De la mansarde qu'il habitait, il entendit crier dans les rues les ordonnances de haute police qui prescrivaient des

(i) Tous ces détails «t les suirans ne sont qu'un abrégé très-succinct du récit que M. Lanallette faisait quelquefois à ses amis, et qui paraîtra complet dans le second yoiume de ses Mémoires»

(2) C'est un secret qu'il a gardé jusqu'à sa mort, mais que ses Mémoires vont expliquer au public.

SDR LE COifTJB LAVALLETTE. XXJLUf

recherches contre sa personne; les barrières étaient fermées ; la délÎTrance des passéfiort» suspendue; des estafettes, parteors de son à^ gnaienientf couraient sur toutes les routes. Ans chambres, aux cercles des courtisans, ce fut un désespoir parmi ceux qui croyaient tout perdu si l'on ne remettait la main sur M. Latallette. Pari& se réjouissait cependant, tandis que la po«* lice i fiiussement accusée de comiiTefice , brà^ lait dé confondre kjoiepiiblique^ et de réponidre par tiu exploit digne de son zète aux ddléânisefr des salons dorés et aux reproches retentissafns de la tribune*

Parmi tous ces dangers y lie comte Lairâllette vivait protégé par de9 . înconvnis d4mt Famitilé courageuse l'aidait à supporter les aiigoisse» i^ sa reitriaite. Ses joluruées s'écoubieiit entré d'ai*^ ttiàbles entrelieiri et des lectures variées; uti ^atfiilet d6ubie^ caché sons son chevet, comme un taUscnan de salut, assarast quelque rép09 à ses nusts. Cette vie dura^ quinze )ours. Enfin, le 9 janvier 1816, à huit heures du soir, il se rendit à pied, avec un ami, chez le capitaine Hutchinson ; et 4e lendemain , à l'heure oi* un

XXXiv NOTICE

poteau fut dressé à la Grève pour son exécution en effigie, il partit, revêtu d'un uniforme anglais, avec le général Wilson, franchit les barrières dans un cabriolet découvert, et traversa la France jusqu'à Mons. Pendant ce voyage , M. Lavallette, qui ne savait pas un mot d'anglais, était obligé de tenir un mouchoir sur sa joue, comme s'il eût souffert d'une fluxion, pour n'avoir pas à répondre aux nombreux officiers anglais qui reconnaissaient son guide et l'arrêtaient sur la route. Une fois, à Compiègne, étant entré dans la salle commune, un commis-voyageur lui raconta toute l'histoire de son évasion, avec des circonstances ridicules, en répétant à chaque mot : «vous pouvez m'en croire, j'étais à Paris à cette époque.)» Une autre fois, tout près de la frontière , un capitaine de gendarmerie demanda les passeports et les emporta ; celui de M. Lavallette était sous le nom du colonel Losack ( x); le <:apitaine revint long-temps après , disant qu'il n'y avait point de colonel de ce nom

(i) M. Lavallette ne prît le nom de Cossàr qu'arrivé en Bavière.

dans l'armée anglaise. Wilson lui répondit <c qu'il se moquait y qu'ils avaient été trop bons d'attendre,» et faisant signe aux postillons, ils partirent au galop. Enfin y arrivé à Mons, son généreux guide devait le quitter ; M. Lavallette , plein d'une émotion profonde, pressant les mains du général , lui exprimait toute sa reconnaissance ; mais lui y. gardant sa gravité, souriait seulement sans mot dire. Après une demi-heure de silence, il se tourna vers M. Lavallette et lui dit d'un grand sérieux : ^c Ah çà ! mqn cher ami , expliquez-moi pourquoi, vous ne vouliez pas être guillotiné?» M. Lavallette le regardait surpris, sans lui répondre. « Oui, ajouta-t-il, on m'a dit que vous aviez demandé comme une faveur d'être fusillé.

-— Mais c'est que le condamné est conduit dans une charrette,. les mains liées derrière te dos; puifii, on l'attache sur une planche que l'on glisse sous le couteau...

— Ah ! je comprends ; vous ne vouliez pas être égorgé comme un veau (i). »

(i) Cette dernière anecdote est reproduite textuellement dans les Mémoires,-

fil. LavalielCe traversa l'Alleouigoe^eC bientôt., apnès itiQucha le sol hospitalier de la Bavière; le roi Taceueillit avec un grand zèle, et le protégé icoqtre lie ministère français qui exigeait soi) extradition; la duchesse de SainirLeu lui offri4; sa maison; le prince Eugène lui prodigua toub^ les oonsolations de l'aminé.

Ëa i8a3, des lettres de gcaoe aecordées p»* le f oi iiOuis XVIII lui rouvrinent les portes de la!France.

M, Lavallette semblait pouvoir compter alors .sjir quelques jours heureux ; mais quand il arriva à Pcfris, au milieu des félicitations qui accueillirent son retour, une voix resta muette ; c'était celle de sa femme ! Depuis cette heure décisive où, avec une énergie si entraînante , die commanda sa fuite et re^ta eomme en ôftige à sa place, elle ne l'avait point i^vu; elle le vit reparaître sans émotion et sans larmes; le reconnut-elle seulement? L'infortunée! eHe avait dépensé toute sa raison pour k sauver !

Cette dernière épreuve surpassait toutes les autres; M. Lavallette en fut accablé; « V. M. « m'a rendu des biens que j'estimais plus que la

SUR LK COMTE LAVALLETTE. XXXVij

i< irie, écrivit-il au roi; mais la puissance royale relfe-métne ne saurait égaler mon infortune ic par ses bienfaits. » Son malheur lai traçait son devoir; il renonça au monde où il avait laisaé de si briUans souvenirs et de si fidèles amitiés; et, si l'on excepte le voyage qu'il fit à Londres en 18^6, pour appuyer l'élection de Wilson, il se voua à une solitude complète; su vie ne fut plus qu'un long dévouement. Le dirai *je? Il rendit à sa femme, en soins de chaque jour, en pieuses et délicates attentions, presque autant qu'il en avait reçu, et quand la mort est venue le frapper, il a pu mourir tranquille; il avait payé sa dette.

I/étude fut la seule consolation de sa retraite ; pendant toute sa vie il avait cultivé les lettres avec la passion d'un sage et la conscience d'un savant; au bivouac devant Mayence, à la table du général Bonaparte , dans les salons des Tuileries , il passa toujours pour un homme d'un esprit remarquable, pour le plus agréable des conteurs. Ses malheurs avaient multiplié pour lui les occasions (^'études silencieuses et réfléchies; aussi, quand il revint d'exil, n^eut-il

xxxviij iroTiGE

qu'à se mettre à la suite du mouvemeut et des progrès de la nouvelle France ^ éloigné de sa patrie 9 il avait marché comme elle; il avait ses mœurs, sa patience forte , son espoir confiant dans l'avenir (i), son ardeur pour toutes les réformes utiles, son détachement de toutes les sottes illusions; une inconcevable jeunesse d'esprit le passionnait pour nos efforts de gloire et de liberté; aussi tous les âges l'estimaient , mais il plaisait surtout aux jeunes gens; les jeunes gens aimaient à l'entendre; tout le passé vivait dans ses souvenirs , avec sa vraie physionomie* que n'altéraient ni l'enthousiasmé ni le regret d'une si haute fortune. Une foule de mots heureux, d'anecdotes piquantes et imprévues, jaillissaient sans effort d'une mémoire riche et facile; son imagination donnait la couleur aux objets , mais la fiction répugnait à son esprit juste et positif; sa vive causerie, comme un livre amusant, retenait ses amis à ses côtés bien avant dans la nuit, et trompait le vol léger des heures.

(i) Il a inaDqué à M» Layallette de vi? re quelques mois

SUR LE COMTE LA.VALLETTE. XXXix

La mort est venue interrompre ces doux loisirs; elle a surpris, au milieu de ses livres, de ses travaux commencés, cet homihe si bon, si modeste; la veille encore il rêvait d'études et d'amitié; sous les glaces de l'âge, son esprit avait conservé toute sa force; son cœur était jeune par l'ardeur de ses vertus.

Mais une pensée nous console.

Quelque imprévu qu'ait été le coup sous lequel il a succombé, le comte Lavallette est mort plein de jours ^ à la soixante^et-unième année de son âge^ entouré de sa famille^ au niilieu des larmes de ses amis.

S'il eût péri en ï8i5, sous le glaive politique qui moissonna tant d'autres victimes, c'étaient quinze années de son existence tranchées d'un seul coup, non les plus heureuses sans doute! mais quelle mort l'attendait, et quelles funérailles ! Un écfaafaud en place publique, une charrette de mort transportant un corps mutilé, et, après les clameurs de la Grève, la solitude de Clamart

de plus; la réToiutîon de juillet a donné gain de cause à ses espérances ; elle eût comblé tous ses Toéux.

XI NOtlCl SUR hVL COMTE LAYALLBTTE.

Maïs la victime échappe; Texil la défend contre la mort; insensiblement les passions se calment, la fureur des reseentimens s'apadse; alors ^ au premier souffle, tout cet échaÊiiidage de sanglante procédure s'écroule; la justice du souverain déchire und page funeste ; rbomme de bien reprend sa place et son rang sous le même ciel qui brille pour se» accusateur» ei ses }uges; et quand sa dernière heure est Vedue, son ame qnittè la terre entre lés caresses et ks bénédictioi^sdesesenfans; la religion racctieille; la patrie lui rend des honneurs $ ses compagnons de tous les temps , ses amis de toutes les opi*nions,, s'em|i>ressent autour de sa dépouille ; le salut des braves retentit sur st>n cercueil , et la renommée répète à la France lés adieux de l'a^ initié.

Mânes de» condamnés politiques dé tous les partis, frappés de la foudre ab fort de fa tempéie^ que le destin de Lavallette vous console ! you^ êtes ton» réhabilités dan» sa personne !

Cuvïllier-Fleurt.

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