‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'état (volume 2)Chapitre 4 sur 33 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

personne aux Pyramides , au Mont*Thabor; il traversa le désert à ses côtés ; il le suivit au siège meurtrier de Saint-Jean-d'Acre. Ce fut une époque mémorable de sa vie, et sur laquelle ses souvenirs se reportaient avec complaisance. Ses amis se rappelleront sans doute ce récit du qua* torzième assaut commandé par Kléber, qu'il aimait à répéter; ce semble une page enlevée d'un poème épique :

On avait entamé la courtine qui protégeait une vaste enceinte de la ville et le palais de Djezzar ; les grenadiers de KJéber, ramenés dans les tranchées par une vigoureuse fusillade , demandaient à grands cris un nouvel assaut. Bonaparte hésitait; mais, pressé par ces braves, il donna le signal. Ce fut un spectacle grand et terrible ! les grenadiers s'élancent sous une grêle de balles ; Kléber, au port de géant, à l'épaisse chevelure, s'était posté, l'épée à la main, sur un revers de fossé, et animait les assaillans; le bruit du canon , les cris d'enthousiasme et de rage de nos soldats, les hurlemens des Turcs, se mêlaient aux éclats de sa voix tonnante. Cependant le général Bonaparte, debout dans la

batterie de brèche , suivait ce mouvement avec sa lunette posée sur les fescines ; un boulet passa au-dessus de sa tète> et la commotion le renversa. Vainement Berthier rengageait à quitter ce poste périlleux, il ne reçut pas de réponse ; au même instant une balle vint frapper à mort le jeune et malheureux Arrighi, placé entre le général en chef et Lavallette ; d'autres furent encore tués près de lui, sans qu'il fît un

mouvement pour s'éloigner Tout à coup la

colonne des assiégeans s'arrête. Bonaparte se précipite en avant de la batterie ; il vit alors qu'à l'endroit où étaient parvenus les sol»dats , le fossé vomissait des flammes ; une mi-, traille épaisse sortait de terre et renversait tout ce qui osait approcher ; les troupes s'obstinaient pourtant avec une incroyable ardeur; Rléber furieux frappait sa cuisse de son épée; mais le général en chef, jugeant l'obstadé insurmon* table , d'un geste ordonna la retraite.

Ainsi finit le siège de Saint-Jean-d'Acre. Bonaparte ayant quitté la Syrie, et ajouté à son immortelle campagne le bulletin d'Aboukir , remit k Kléber le commandement de soiv ai>

XXij NOTICB

mée^ et ^luapt la Corse au passage , accueilli sur le rivage de France par Tenthousiasme des citoyens, conduit en triomphe jusqu'à Paris ^ d'un soufHe il renversa Iç trône vermoulu des directeurs; la France applaudit, surtout lorsque le jeune héros, porté sur le pavois consulaire par ses Ueutenaps, parut à ses yeux comiQe un arbitre et un saiiveur. Iiavallette avait suivi Bonaparte à son retour ; il aida sion général dans le coup de n^ain du i8 brumaire.

Cependant la guerre continuait avec l'Autriche) le gouvernement français voulut avoir, à portée des évènemens, un homme capable de j^ger 1^ moment favorable pour les négociations. Lavallette fut envoyé à Dresde , muni des pouvoirs nécessaires pour traiter de la paix avec l'Autriche; mais le générait Moreau fut, à Hohenlinden, le véritable négociateur de la France; la paix conclue 9 Lavallette revint à Paris.

Ici se termine sa carrière militaire et diplo«^ matique. Le premier consul, préoccupé de son règne, qui déjà commençait sous couleur républicaine, voulut s'associer , dans l'administration de la France, tous ceux de ses compagnons

SUR LE COMTE LAVALLETT£. XXiîj

d'armes dont il avait éprouTé k fidélité, le eèie et le talent. Lavallette fut choisi des premiers. Nommé d'abord oominissaipe-général aux postes, cette chai^, à rétàblissémeni; de l'Empire, Ait conirertie en celle de directeur-général ; à laquelle Napoléon ajouta dans là suite les titres de comté, de conseiller» d'état et de grand-officier de la légion-d'honneur.

M. Lavallette se dévoua à sa place, son ambition se trouvait satisfaite. Aussi, lorsqu'on I &i 5 Napoléon lui proposai le ministère de f intériair, il préféra rqinendre les fonctions qu'il avait remplies, dans des temps difficiles, avec tant de zèle et de succès. Il faut se rappeler eri efifet qu'il tètxf la tâché d'organis^gr le service des postes, à une époque où la France finissait au Rhin d'un^ôté, de l'autre s'étendait aux deux péninsules , et entretenait des armées dans toute l'Europe; il fut, pour ainsi dire, le centre d'où devaient partir et circuler dans ce vaste empire, le mouvement et la vie ; il maintint constamment^ avec une louable ardeiir , ces saintes relatipua du soldat avec ia patrie^^ cet échange de gloire et d'enthousiasme entre l'année et la cité.

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