ADRESSEE A MONSIEUR
Londres, le.
La première séance publique pour l'élection a été ouverte ce matin. Il y a trois candidats. Pour le bourg de Southwark, M. Ev. Cal vert, député sortant , et M. PolhiH, candidat pour remplacer l'un des deux. Chaque candidat porte ses couleurs. Sir Wilson a pris la couleur bleu Marie- Louise ; M. Calvert la couleur bleu de ciel , et M. Polhill la couleur orange ou jaune; Il était convenu que je serai chez sir Wilson à huit heures et demi. A neuf heures nous sommes montés dans une calèche élégante attelée de deux chevaux. Wilson^ sa fille ainée, Jemima, à côté de lui; la cadette et moi sur le devant. Elles étaient vêtues avec élégance, mais avec simplicité. La couleur du père ornait leurs chapeaux et leurs ceintures. Les deux domestiques, le cocher et jusqu'à son fouet et les chevaux était couverts des mêmes rubans. Tout alla tranquillement jusqu'à rentrée du bourg ; mais là la multitude encombrait la large rue de Pichegru; et bientôt les
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bannières de Wilson , la musique et la foule immense nous arrêtèrent, les chevaux furent dételés et le peuple se chargea de nous traîner pendantplus d'une demi-lieue, avec des cris^ des hourras, desWilsonybrej^er, Wilson pour toujours; un désordre, un tumulte à bouleverser les têtes les plus fermes. Devant le peuple qui nous traînait se trouvait les bannières, une musique enragée , et derrière les voitures de beaucoup de Français, M. De Staël , MM. Delessert^ François et Alexandre , la femme du premier, le jeune Montebello , le fils de Duvergier de Haurane, Daure, Montalivet et plusieurs autres Français.
Wilson était debout dans le fond de sa calèche découverte, saluant tout le monde, donnant la main nue aux mains les plus sales que j'aie vues. Des femmes du peuple lui présentaient leurs marmots pour le caresser.
Les habitans aux fenêtres et jusque sur les toits criant à tue-tête , et partout des affiches sur les murs , sur les boutiques , sur des planches attachées à de longs bâtons : fFilsoUj tami de t humanité^ fFilsonetla liberté^ JVilsonetT abolition de Fesclavage, JFilson et la constitution protes-tante , fFihon pour toujours.
Nous avancions lentement. Wilson me dit:
Nous arrivons au camp ennemi.
En effets peu de temps après , noiis passâmes devant la porte de M. Polhill. La couleur jaune commença à briller aux fenêtres, sur les voitu-^ res, sur les affiches; mais la foule qui nous accompagnait redoubla ses cris , JFiUonfor everl Wibon pour toujours. Gnq minutes après, nous vîmes passer M. Polhill dans une voiture fort élégante mais fermée, et tout son attirail couvert de rubans jaunes^ Les cris mêlés de WiUon^ de Polhill y les hourras , les sifflets , la foule qui se pressait, jetait un tel désordre, que je crus que nous allions être renversés et écrasés. Je voyais les jeunes personnes pâlir. Mais lé bonheur d'être auprès de leur père leur donnait du cou-rage, et l'émotion qui se peignait sur leur joli visage , trahissait seule l'inquiétude qui les tour-> mentait; pas un geste ^ pas un crié Je voulus rassurer l'aînée, qui était devant moi. Non, non, me dit-elle , je n'ai peur que pour les pauvres gens qui nous entourent.
En ennemis généreux , les deux rivaux se saluèrent en passant, et enfin nous arrivâmes devant le hustingf placé à l'embranchement de la rue qui se partage en deux et qui forme une pe*