PIÈCES JUSTIFICATIVES
KDTSTRUCTIQirS POUR L£ GITOT£]^ L4.VlLL£TTp\
Paris y ]e 5 plaviÀse an 8 de la répabliqae.
Le citoyen Lavallette écrira au premier consul , des principales communes par lesquelles il passera. Il lui donnera des renseignemens
Sur l'esprit public.
Le recouvrement des impositions.
Les conscrits,
La conduite des agens civils et militaires.
Le citoyen Lavallette cherchera en Saxe les meiU
* An moment de son dépari poqr sa mission en Saxe.
SqO irÉMOIRES ET SOUVEirrRS
leures cartes qu'il pourra trouver sur rAUemagne *. Il se procurera toutes celles qui auraient paru depuis cette époque.
Il prendra partout des renseignemens sur la situation des armées autrichiennes en Italie , en Bavière, en Souabe.
n écrira deux fois par décade au ministre des relations extérieures.
Indépendamment des nouTelles diplomatiques , le citoyen Lavallette n^épargnera pas Targent pour se procurer celles concernant la situation des armées, les généraux, Tinfanterie, la cavalerie , lartillerie de campagne et rartillerie de siège.
Il me donnera tous, les renseignemens qu^ilpoizrra se procurer sur la situation d^Ulm et des différentes places de Bavière et de Bohème.
Il portera une attention particulière sur Tarmée russe , le nombre des régimens , leur position \ il s'informera de ce qui se passe en Pologne.
n adressera tous les renseignemens militaires au général Clarke.
Lorsqu'il aura fait des dépenses pour se procurer tous les renseignemens demandés, il en enverra Tétat, et elles lui seront remboursées.
* Lorsqae j*étai8 en Styrie et en Garinthie , on imprimait de trèsbelles cartes, non*senlemlBnt poar les états héréditaires , mais poar tonte rAUemagne.
DU COMTS LàVAIXETTB. 3gi
EXTRAÏI DES INSTRUGTIOITS G^rrERALES *.
Les agens politiques représentent an dehors la vigilance et la force du gouvernement qui les accrëdite. Sous ce double aspect leurs fonctions se graduent sur une ëclielle d'activité, dont il imporre de présenter les développemens d^une manière distincte «t précise.
i"". L'agent politique observe en secret et surveille assiduement le gouvernement près duquel il réside. Les observations qu'il fait, les rehseignemens qu'il recueille sont par lui transmis avec exactitude itsoii
gouvernement', et c'est ainsi que ce gouveriiemetiA
-voit, parles yeux de son agent, tout ce qui sert aux intérêts nationaux et tout ce qui peut leur nuire.
2*. L'agent politique manifeste sa surveillance ,' et donne k connaître aux ministres du gouvernement qui en est Tobjet , que telle mesure, que telle tentative qu'ils méditent, n'ont pas échappé à sa sagacité*, et qu'av moment où le premier indice d'exécutian^ menacera d'altérer, à quelque degré que ce soit , les rap*
* Egalemtnt pour la mûsion de M* LaTsUette en Sax«.
392 miMOIESS ET SOUVBNIHS
porto existons entre les deux pays , il saura s'y opposer avec tout le iè\eet Fénergie qui sont dans ses devoirs,
3*. L'agent politique entre directement et osten-r siblement en rapport avec le gouvernement près duquel il réside ^ mais à moins qu*il n ait déjà ses in-v structions précises et spéciales pourTobjet direct des communications qu'il a en vue , il se contente de notifier à cie gouvemen^ent qu'il se dispose à la dÛK^us-p §ion et qu'il ya prendrp les ordres de son gouvenie^ ment.
4** Enfin l'ag0nt politique a reçu les ordre$ de soi^ gonveirnement. |1 adresse des déclarations au gouverr nement local ou il répond aux siennes. Il débat, iJL discute 9 il transige , enfin il nf^ociCr
Telle e^t l'échelle des diverses fonctions que le$ ^ens politiques ont à remplir au dehors. Le gouver?- ^lement 4e 1^ république , en approuvant ledévelopr pement qui vien^ d'en 0tre £^t, en recommande l'étude à l'attention particulière de chaque agmt. Q approuve également les réflexions qui vonMuivre et quiy renfiennant la règle gjénérale de la conduite qu'ils doivent tenir, leur feront connaître toute Fétendue de leur responsabilité, et leur indiqueront les moyens de la garantir.
Jja première classe des devoirs qui sont imposés aux agensppliliqi^es est toute renfermée dans l'exercice dp leur vigilance , cette vigilance suppose qu'ils ont acquis et font tous leurs effor^ pour compléter la con-sr
DU COMTE LAVALLETTfi. Z^
naissanceexactedesintérèt&etdes droits nationaux dans le pays de leur résidence \ ce qui comprend nécessai^ rement toute Tétenduede nos rapports commerciaux et toute celle de nos rapports politiques. C'est dans la pratique d*une agence bien exercée que cette con^ naissance s'étend et se complète. Car les obstacles que les rapports sociaux mettent à l'activité et à l'amé^ lioration des relations du commerce, et les entraves <pie les intrigues, les ambitions personnelles et le car ractère individuel des gouvemans, opposent sans cesse à la libre assiette des rapports politiques, sont une partie essentielle de la science politique et ne peuvent être bien connus que de ceux qui ont la charge journalière de les combattre.
Dans la première classe de leurs devoirs , les agens politiques ne sont gênés par aucune restriction. lU sont dans le domaine plein et illimité de leur zèle. Ils recherchent tout ce qui est susceptibk d'être connu. Us transmettent , au gouvernement de la ré* publique > tout ce qu'ils sont parvenus à découvrir»
Mais en entrant dans la seconde classe des devoirs de leur place, la prudence, qui est une des plus importantes qualités que cette place eslge , .d<ttt accompagner toutes leurs déterminations. Il ne s'agit encore pour eux que de laisser voir, aux ministres du gouvernement près duquel ils résident, qu'ils ontobservé tel ou tel indice de leurs vues , qu!ils les suivent dans leurs tentatives secrètes, qu'ils sont sur la trace de
3g4 M iMOI&XS ET SOUVENIRS
leurs projets : et étendant ils ne doivent pas se déci« der, sans réflexion ^ a cette manifestation de leur surveillance; car l'effet naturel de cette manifestation doit être 4 empêcher, d'arrêter la marcke de ces mi- BÎstres^ et il est tel cas où il peut être utile de les laisser aller plus avant, de leur donner une marge plos^ ample, pour se j»*ononcer mieux. Il se peut aussi qu'étant peu assuré de réussir à imposer {dius de retenue à Tambitiol^, à la malveillance d'un ministère entreprenant) il ne convienne pas de paraître aper^ cevoir de^ vues .que la dignité nationale voudrait voir rétractées aussitôt qu'elles se dévoilent. C'est à l'habi^ lité desagensâ consulter sur ce point l'esprit de la mission dont ils sont chargés et l'honneur du gou* vemement qu'ils représentent : ici leur reqK>ttsabilité est tout eotiène dans l'exercice de leur discernement. Quant i la troisième classe àm devoirs des agens politiques, il est plus facile d'en saisir l'objet e^ d'en apercevcNlr la garantie. Ici l'agesot politique, se met en Têjfpwi ostensible avec les ministres du gouvernement local; il doit sans cesse avoir présent à son esprit le système des droits nationaux, qui sont sensiblement tracés par l'état existant des choses, par les usages reçus y par le texte des traités; et, s'il s'agit d'une amélioration dans les rapports établis , il doit chercher ses titres dans l'esprit de ces traites et dans^ le, système général des intérêts respectifs des deux gouvernemens.
Dr COMTE LAVALLETTE. îgÇ
Mais quoique , dans Texécution de cette classe de devoirs, l'agent politique voie d'un coup d'œil la route qui s'ouvre devant lui , il faut cependant quHl fasse usage de toute sa sagesse avant de s'y engager* Quand un agent politique observe, il n'est en rap^ port qu'avec son geuveroemènt ;' iquand il laisse aper* cevoir qu'il exerce cette surveillance, il entre bien, à quelques égards , dans un rapport indirect avec les ministres auxquels il donne k conualttie qu'ils sonC l'objet de son attention ; cependakit ces ministres ne voient encore que l'observateur, et ils ne peuvent li-' rer avantage de là cOnnaissîincè qu'ils ont deia Manière dont il remplit lès obligations de «a place; mats quand l'agent politique parle officiellement, les ministres ne voient plus en lui que le gouvernement dont il est l'organe, et cette pensée doit être sans cesse pour lui un motif dé cireonspectioa et de retenue.
La première règle à observer à cet égard est de ne rien présumer, de ne jamais agir sans autorisation, de réclamer des instructions précises, et de se bien pénétrer de ce principe, qu'en matière dé discussion positive , soit qu'il Vagisse de déclarer, soit qu'il s'agisse de répondre , les gouvememens seuls propos sent et négocient , et les agens diplomiitiqnes |ie Éont. que les organes.
Les agens diplomatiques ù^ont la faculté lii de choi* sir » ni d'accorder, ni de refuser, ni ne transige; ilà
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exposent officiellement les déterminations du gouvernement qu'ik représentent. Mais s'ils sont des organes sans volonté , ils ne doivent pas être des organss sans intelligence : en éaonçant les décisions dont ils sont les interprètes 9 ils ont la charge d'en plaider lai jliistesse, et de choisir le temps et les moyens d'en assurer le succès. I^ur responsabilité est tout entière dans leur fidélité a se restreindre dans les bornes de leurs instructions, dans leur sagacité i bien en con-*^ naître la mesure, et dans leur exactitude à 7 confort mer leur conduite.
Dans toute instruction relative à une discussion de droit , il y a des degrés d'exigence ou de sacrifice qui , du moment où les instructions ont été tracées au nom du gouvernement qui les approuve, semblent laisser au discernement de l'agent qui doit agir une grande latitude d'autorisation^ mais il ne f^ut paa qu'il s'y méprenne. La responsabilité d'un agen^ n'est pas déterminée par le maximum des sacrifices et par le minimum d'exigence qui sont portés dans la rédaction de ses instructions. Le mieux dans ce qu'il était possible de faire entre essentiellement dans les devoirs de sa mission; ce mieux doit être inces-? sanunent en perspective devant lui pour animer sou zèle , pour encourager ses efforts ; et c'est par ces efforts seuls , et non par les résultats , que sa conduit^ sera jugée. Car, comme tout ce qui entre dans les idées de prudence, de discrétion, d'habileté, apparr
DH COMTE LAVAIXETTE. 897
tient an rôle vraiment important d'un agent diplomatique, tout ce qui entre dans Tidée de justification, de garantie, fait essentiellement partie de ses moyens de responsabilité.
Maur. Tallbybâicd.
% filaTioM»an 8.
IJfSTRBCriOirS POUR LE CnOYEN LAVALtETTfi.
Depuis le commencement de la guerre > il n'a plus existé de rapports directs entre la république et le gouvernement de Saxe. L'électeur entra dans la coa-t lition, par cette impulsion générale d'inquiétude et de baine à laquelle auciln gouvernement de l'empire ne sut résister \ il s'en détacba par un simple acte de retirer son contingent et par une déclaration qu'il rendit publique de son intention de rester neutre.
Depuis l'époque de cette déclaration, l'accession de ce prince à la neutralité du nord de l'Allemagne fut reconnue par le gouvernement de la république^ mais cette espèce de transaction se fit par voie intermédiaire. L'acte qui la consacra ne fut signé que par
398 JMDÉM OIBCS KT SODVENKBS
le ministre du roi de Prusse, garant des couvenûons de neutralité, et par le ministre plénipotentiaire de la république.
Cependant , dans le milieu de Tan 6, le Directoire exécutif voulut avoir un agent accrédité auprès de rélecteur de Saxe. Il nomma le citoyeu Helfflinger, qui, n'ayant point de prédécesseur à Dresde, s'accrédita lui-même auprès des ministres saxons. Il fut généralement accueilli, et l'électeur témoigna qu'il voyait avec plaisir, près de lui, un agent de k république.
Mais le citoyen Helfflinger^ quQique reconnu par les ministres et traité par eux avec beaucoup d'égards, n a déployé à Dresde aucun caractère public. Sa mission est purement d'observation, et les entretiens qu'il est autorisé à avoir avec le ministre des affaires étrangères, donnant lieu de part et d'aiitre à des conaraunications plutôt officieuses qu'officielles, ne servent qu'à maintenir les bonnes dispositions mutuelles des deux gouvememens et . k conserver la trace des anciens rapports qui liaiei^t les deux
pays- .
C'est sous ce point de vue quele citoyen Lavallette doit considérer la mission qui lui est confiée. Comme observateur, son rôle est susceptible d'une grande activité; comme agent diplomatique, sa mission est toute en expectative.
La politique de la cour de Saxe est , à beaucoup
DU COMTE LAVALLETTE. Sgg
d*^ardfi, comme Tagence des ministres qui résident auprès d^elIe, une politique d'observation. Les circonstances du dehors et du dedans lui font une loi d'agir avec la plus grande réserve, et lessentimens personnels du prince sont parfaitement d'accord avec les principes de circonspection et de sagesse qui lui sont prescrits par les circonstances.
Lepeuple saxon est de tous les peuples d'Allemagne, celui qui , par son caractère , se rapproche le plus.de la portion saine et réfléchie de là nation française. Une constitution qui a beaucoup de rapports avec celle de TAngleterre , en classant et circonscrivant les prérogatives de quelques classes , y garantit les droits de toutes y et la jalousie de la liberté y combat tou» jours avec avantage les prétentions de Théf^dité et le» entréprises du pouvoir.
Cette lutte persévérante , que la grande impulsioi» donnée à l'opinion générale par la révolucion française n'a rendue que plus animée, impose nécessairement au gouvernement saxon une grande retenue dans toutes les déterminations qui pourraient; l'entraîner i un surcroit de dépenses où a des combinaisons politiques d'un résultat indéterminé De là, une attention constante à restreindre les rapports extérieurs , à éluder tout ce qui pourrait conduire à des éngagemens. La cour de Saxe n'aspire qu'à s'isoler au sein des mouvemens qui tendent à raj^tre ton» les états de l'Europe en rapport de destruction et d'i'
40d . MEMOIRES ET SOUVENIRS
nimitië. Tout entière à son administration domestî<> que et au soin de sa conservation , elle a aussi véri^ tablement neutralisé sonambition que son territoire^ Elle serait parvenue peut-être, par principe d^intërèt et de sagesse , à se prémunir contre les impressions anti-révolutionnaires , si ces impressions ne tenaient à des préjugés et à des passions que rien ne peut guérir.
n y a donc tout lieu de croire que la Saxe ne s'écartera de son système d'Inactivité qu'autant qu'ellef y sera forcée, et qu'elle résistera de toute l'étendue de ses forces aux instigations de nos ennemis. Elle sera servie dans cette sage détermination par sa positioiy, par la bonne tenue de son état militaire et par la réputation personnelle de l'électeur.
Cependant Topiniàtreté et la pétulance des apôtres et des ministres de la coalition ne s'arrètant à aucun obstacle, le citoyen Layallette les trouvera incessamment occupés à conspirer contre le système adopté par le gouvernement saxon. Leurs tentatives doivent être partout l'objet des observations assidues d'un agent delà république^ Elles seront le texte principal des renseignemens que le citoyen Lavallette chercbera sans cesse a recueillir et qu'il aura soin de transmettre au gouvernement.
Par les intrigues qu'il verra ourdir et dont il s'étudiera à connaître la source, il aura les yeux constamment ouverts sur la Russie et sur l'Angleterre.
DU COMTE LAVAIXETTE. /^Ol
SHl sait &e faire un tableau des yrais et justes rapports dans lesquels il est convenable aux intérêts de la Saxe de se tenir envers ces deux puissances, il sentira, parfaitement la fausseté et l'absurdité politique de^ ceux auxquels elles voudraient Fentrainer.
Les ministres des puissances neutres seront aussi les objets de sa surveillance. La plupart d^entre eux, détournés des principes de leur mission par des préventions de caste et des considérations personnelles de patronage et d'ambition , sont souvent les défenseurs officieux d^une cause ennemie des intérêts du gouvernement qu^ib représentent. Leurs écarts, en les faisant sortir sans t;esse de la ligne des vrais rapports qui lient leur pays et celui où ils résident , serviront à faire ressortir, pour Tinstruction du citoyen Lavallette et pour la règle de sa conduite , le système des vrais rapports qui doivent exister entre la Saxe et les gouvernemens qui n ont pas accédé à la coalition. C^est à cette règle qu'il rapportera les recbercbes qu^il s'appliquera constamment à faire sur les projets et les mesures qui lui paraîtront s'en écarter.
Il n'existe, en Saxe^ d'agent des puissances amies , que celui d'Espagne. Le citoyen Lavallette recevra de son prédécesseur, sur ses rapports avec ce ministre ainsi que sur tous ses rapports personnels avec les agens étrangers et avec ceux de l'électeur, toutes les informations dont il aura besoin. Le citoyen Helf-
4oa miMomBs sr souvEnns
flÎBger est gënéralemenl bien vu à Dresde. Les notions et les conseils qa*il s'empressera de donner à son successeur, ne pourront que lui être d'un grand secours pour le succès de la mission qui lui est con» fiée.
Maur. TlLLEYRÂND.