‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'étatChapitre 9 sur 47 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Nouvelles des désastres de la campagne de Russie. — Constance et Intrépidité de l'empereur. — Campagne de i8i3. — Retour de Fempereur à Paris.— Mes entretiens du soir avec lui.— Sa prodigieuse assiduité au travail — Formation et composition de la garde nationale.

Avec les premières nouvelles de Fempereur, datées de la Bérésina, nous arrivèrent les détails affreux de la retraite. Ceux qui étaient donnés par les bulletins , et surtout par le vingt-neuvième , firent horreur. Il était permis de se méprendre sur la mâle et austère énergie qui avait présidé à leur rédaction , et même d'eif être in-

MJÉMOIBES ET SOUVElf 1RS DU G. LAVAXLETTE. 7 1

digne. Accoutumés depuis si long-temps à des triomphes, les détails de la première défaite, accompagnée de tant de calamités , jetèrent la France entière dans là consternation ; les ennemis de l'empereur s'en accrurent et en profitèrent ][iabileinent pour crier à la tyrannie. Au milieu de cette agitation des esprits, on apprend toutà-coup qu'il était arrivé aux Tuileries. Il reçoit tout le monde; se montre sévère pour quelques-uns , mais intrépide à tous. Il explique la cause des malheurs de la campagne, ne dissimule pas les fautes , et réclame hardiment les N» secours dont ila besoin pour recommencer la guerre, repousser l'ennemi, et conclure une paix dont il sent plus que tout autre l'impérieuse nécessité. Cette noble constance dans le malheur électrisa la France entière : trois ceiit mille hommes furent donnés ; la jeunesse se présenta avec courage et les vétérans avec audaée. Au bout de quelques mois il avait une armée admirable par la valeur, quoique peu instruite, et les champs de Lutzen et Bautzen furent témoins de nouveaux triomphes. Les désastres de la campagne de Moscou avaient rapproché laRussie et l'Autriche, et effrayé les puissances du second ordre. La paix fut cependant proposée à* Fem-<

7? MMMCniftB8 «T SOWBfERS

pefe«iir, mais on ne parlait plus au aonvfray» éa Vkùisd». heà propositions han annoncèrenl; qiio^ a^rè» a^Ofir été Tainca par ie clmat y U pouvait Fétre parles hômisei». On lui fit sentir qu'il avait de» rivauQt qobiqu'ii e&l été vainqmiir dans ka deiiinèrca^ joutea On présentait de» prétentions, el k plus graire était de ne plu»étre^Fm*b}lr» àé IfÂl)einàgne^ et cPâBandonner celte partie dM'Conh tmuft pKcpi'à hr rive gauche d^ lUiin. Il &llaît 4éno abandonner la GohfédéraHon*, lamaiaoi»

dé Saxo et le royansme de Westphalie^ c'eat-àp^ire détrétter ion frère* H l'aarait peut4tr» ^it m JKiiur,' mais il' ne voulait pas qu'<M le lin oooaN Bnndfct; L'enapcfreur sentit qu'uD^pmssaneo eet^ testée à* ce pointiétâit Éne pniasutieedétPfiitevGli earactère si fier^ qfiin tt)0 sut janrnjs* i^lierv se* fé^ vsèitai H repoiissa les^ propMi!éioiis>;< Igé pais toi lompùecjj elil recommença h gtaerre, sans oonst^ dék*er la jeunesse , f ineMpértence^ à^ se» année» et le d^foût èe se» généraux e|i clteCr tt se hatfi» wvée le couragp A'vm lion y mais d^}$a MM loffcé) dans sa retraite^ Je dois dire sfossi qu'il fikt mal secondé. Peu apnè» cetto époque, /ai rèçuded confidences qui portent uà tel e0ftN> tère de vérité que je ne peu:iD les omettns* Lès Cosaques étaîenit un^ nooMel instrnment qtti

rendait 1â gtterre trë94la0gerelMe, sdnoui fmït les dffîciers chargés âè faii^e^ les reoônnaîsàâncê^tf Beaucoup d'entre eux , et surtout dé Tétal^naj^ géhéral , çhbisis an bafsatd ffàt le majoir général , préféraient donArer des rapports pris par dM paysans qite d'aHer sJ'exposeFi au loin f Ptm. mt^ <[ués àés Cdsaqfued. L'éiMipef enr ne poti<«^ âoM fduâ iavojr h vérité. Le» rappc^tsr^on lui ft^ ssrit étaièiit ssrtisfad«»ii$y pàree qÈf'ûti ù'èf^itM pas vrais : il erut pouvoir résister parce 4^'il aurait nne^ &uèse idée de ta forcé de é^è^ etin<MKis. Il Ktr£^ la^ bataille de Léipsicky pëtsUàâê que lè^ ftPTces de rèimèmi éfaietît ihioitié thdiÉA éëMU èêpih\tài qu^élles ne Têiàietot ëtt i^lité; il U fUrSt, et iMVèi défoM^ èédbtgâàiÊi éMtaftlèfé^ medt ion «méfe^ Câttcf «dùtcfMe #é6-aite fttf j)lùs âésiMtmi^ qud eeKe âé VHtakie. GepétêahtVatt^ mêtf fit èàédre uii etféH< k JSatim ; tiè ifflttUtàttiâ qtn dmt lé fèndénrent cl« âs( fortùtfë'if'FétitJifeivttr et ai gloiM â^ iea éfogi^, ^^ Inf ré^iitét' à H!^ natif àprè^ iVéSi* àibttsé âe là toàÛètâlàer ^ëm BàtiVtima piM lui fôirè àb^dbtaiàdf dâs aHéai mais lé« troùpé^ qu'il ^iiMfifstàdàit fui^f êiiht^ eéet; Ce flit l(r dernier ^Èort d'Ahtfiée pré^ dértts les bras dBerciilé. Un mois plu-s tard, lètd* cftiû eut posé ses pieds àur sît terré iiâfstïi^, fl re*

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trouva toutes ses forces; et s'il fut enfin terrassé, il fallut que la trahison eût réuni ses efforts à ceux de la violence.

L'armée rentra dans le désordre le plus affligeant. Les malades, les blessés étaient en nombre immense ; les hôpitaux, les maisons particulières ne suffisaient pas pour les contenir ; et la plus destructive des maladies , la fièvre pestilentielle, attaqua non-seulement l'armée, mats tous les villages et toutes les villes sur son pas^ge.

L'empereur revint une seconde fois à Paris, le lo ou II novembre. L'attachement de tous. les Français était si profond que partout on . n'entendit que des cris de douleur; et si des insultes furent proférées, on ne doit en accuser que les émigrés qui entrevoyaient sa chute et le retour des Bourbons. Son séjour à Paris fut d'environ six semaines. Je crois avoir dit dans ces Mémoires qu'il revenait à moi dans le malheur. Je ne dois pas en tirer vanité. Mon attachementàsa personne était un devoir; mon éloignement pour l'ambition et pour l'intrigue était dans mon caractère. L'habitude de la réflexion me donnait un sentiment assez vrai des affaires, et comme j'étais bien placé pour les voir dans leur ensemble, je luidon-* nai mon opinion avec une franchise et une vérité

DU GOBITB LikVALLEITE. ^5

qui frappent rarement l'oreille des souverains. A mon arrivée y il m'ordonna de me trouver tous les soirs dans la salle de bain près de sa chambre à coucher. Tous les soirs, il me faisait entrer chez lui , se chau£bint déshabillé devant la cheminée : nous causions (je ne peux trouver un autre mot pour cet entretien. d'une heure qui précédait son sommeil). Les premiers jours je le trouvai si abattu y si accablé, que j'en fus épouvanté. J'allai voir son secrétaire, qui était mon ami; je lui communiquai mes craintes qu'il n'y eût dans cette forte tête un peu d'affaiblissement. — a Ne vous en effrayez pas, me dit-il; il n'a rien perdu^ mais vous n'avez le soir qu'un homme écrasé de &tigue. Il . se couche à onze heures ; mais il se lève à trois heures du matin, et jusqu'au soir il n'y a pas un moment qui ne soit pour le travail. Il est temps que cela finisse, car il y succombera, et moi avant lui. » — Nos entretiens avaient surtout pour objet la situation de là France. Je lui disais^ avec une franchise dont la naïveté pouvait seule faire pardonner la rudesse , que la France était fatiguée à l'excès; qu'il était impossible qu'elle put long-temps encore supporter l'intolérable : fardeau dont elle était accablée; et qu'elle se déroberait à son joug pour se livrer,

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suhratit âon triste uâagô, à là hdtivéaoté, éà di* tihlté favorite. Je lui pitUiÈ sàttàut bëàtid^fû^ deà Fotirîions , qtii fltiîraidnt fjài* faélitèf tfe sa dé^uillé royàtle, ii U fortune le térràà^ïnt. té mot de Boùrbonâ: le rendît réirétit, et il se jeta âAhk &tin lit satià âitëriù tiioti ihsAé, iptë^ iftté^ qtiès «ti!)[ùtëé, ÈbTstpproctiàAt de âtni M pàM Sà^ Voir ii Je pôuVaià mé rètîtët, )è fiis cbtitdlÉicil qttU s'était prWfohdéliifelit ëttdof nif.

Il âf occupait àtlôrS de l'oi^gacîi^^dtï de là gat^é naftidndlë de Paria. Le eboit dès chefk ét^lt vtàe èboêe fort impc^tante ; ii më parfait sôiivèrit de eëttë èrgâméaâcm. Dàfrs mtnl ôpHiîkyh , je là f Ottlèfe àti^i irillitàire ^uë pos^Ële; il tùé sëihbfait <^û il était (f ûhë bâfutè fM(toftàAfcë de la doiâ)16^ër è'àtië^tii igiiéttiëtsqaïy a^fat à dêtéttdi^iatrà f&yëtÈ et la gloire «attoriâdé, éïecft'iSerdeiït lés tàuiyétiÈj et trôuvéfaiênffacllëttieût, dâhSFafdièîitié jëtifieà^ de la câpîtàie, xiùé arnfiëè? de bréfv^ i^tiî suffirait jibUi' rtpDlièi^W dû iriOiAi' Pëniréftii dW mtrraïîfes. Je ne pouvais en ^fMtheif imëf éfléificm atir cet objet, qùoîcftie j'y riiissë db ïi rftaîéul^. Là Hste des officiera supérietti^s liîi firt eûÛtt présentée : je lié toe rappelle plus par qùî; mais, lé jdur hîéthe de cette présétttatiôtt , Mf. le prêfef *^ vint fifié faire Une visite pour tïi'ànhclmcer, acVed

«Oii: tan àsax «t soa air patelin , que j étais sur

jQS|to UsÊe en qualité de chef de division. Le soir

j'allai chez Tempereur, suivant ma coutume. Le

inaréchal BeFthier])r arriva. Il lui dit devant moi :

m S^veE-vcMia qui }']^i nommé pourcolonel^ de la

g^ffde natioBale ? st £t alors il lui en lut la liste ;

elkkmfi plaoe j'y. trouvai le nom de J^aubert,

^UNWnem de la. Banque de France. Berthier

larouva ka fboi^ fort hnns $ c'était tout simple.

Poiir <not , j'en pri& ds )'hi^meur ( il n'y avait ce-

p€0jdaiil qiie dea coups à gagaeir dans eet emploi),

et jfi ma petiraî. Le leodeaiai^i après la messe,

4rattdilHiee^ j'f^aia à deux pas de Jaubert. C'était

1^ cjm^ilter d'état » ancien avocat de Bordeaux ,

bQHMmB d/l9^nnçur et de mérite, mafs qui n't^vait

j)|i]|^9 ^p^vrocbé die l'armée^ un peu ridicule

d'a^leurs qww^ mUiAaipe par sa figure et ses

bil^tiidQI dft ^inet« L'enpereur s'approcha de

Ijf^i, €^ Taiutf e U vem^oh humblemenl; de la nou^

Telie4ig0ité ^Qntil jébMft. honoré* L'empereur bii

4ifs, ^ i^H .^vM eek air un peu goguenard, si

ci!uel 4^e$i i}9 SiWverain : « Voua n'éte& jamais

O^nl^é à çl^val? -rt Pardoanezrmoî^sire^-^ Oki

po^r aHei'^i^r untbîdist de ^ordeaux àlaTopnette^ »

£j( il p9ga% à mi a^tr^iLe pauvre ^uhert ne s'en

ch^rg^^ p^^ mqins les deux épaules des marqtfes

78 M^MOIB£S ET SOUVENIRS

de son grade , et jamais il ne se montra plus homme de robe que le jour où l'ennemi attaqua la capitale.

Cette singulière composition de Tétat-major de la garde nationale était expliquée par la plus singulière forme des fortifications de la capitale. De simples palissades enveloppaient assez i*idiculeraent les barrières de Paris; c'était tout au plus un obstacle contre des Cosaques qui seraient venus toucher barre jusque-là. Il ne voulait pas effrayer les Parisiens et les distraire de leurs plaisirs par un appareil formidable de fortifications et par une composition guerrière de la garde nationale. Il pensait sans doute que, s'il ne pouvait pas battre l'ennemi^ il était inutile de penser à défendre une ville qui présentait si peu de moyens de résistance et tant de ressources à la révolte. Avant de partir, il fit rassembler aux Tuileries tous les officiers de la garde nationale, et prenant son fils dans ses bras et le présentant à l'assemblée, il prononça un discours qui électrisa la foule; les cris de vii^e r empereur l furent si énergiques et si una* nimes que moi-même j'en fus ému , et pensai , pendant quelques instans , qu'un sentiment exprimé avec un tel enthousiasme pouvait prô-

DiJ COMTE LA.VALLETTE. 17g

duire un beau résultat. La réflexion me ramena aux tristes vérités dont j'étais pénétré. Je revis l'empereur le soir ; il me parla du mouvement du matin ; je lui dis toute ma pensée, que cette disposition des esprits était bonne pendant la campagne si la guerre n'approchait pas ile Paris , mais qu'il ne fallait pas la mettre à l'épreuve de l'approche de l'ennemi. Il sourit, et me tirant l'oreille suivant sa coutume : < Vous n'avez plus d'illusion, monsieur le Romain. — Non, sire," lui répondis-je, mais j'ai de l'espérance sur cette campagne, et une belle victoire vaut mieux que l'enthousiasme de ce matin. — Âh ! me dit«'il en se couchant, il faut la remporter. » Je restai aux Tuileries cette nuit. A quatre heures du matin, il partit. Il paraissait gai, ferme et d'une santé parfaite. Ainsi je l'avais toujours vu au moment de son départ^ et cette disposition d'esprit me rendit de la confiance.

Le général Sébastiani nous revint de l'armée , et resta à Paris pendant deux jours. Il me donna de tristes détails sur la campagne. L'ennemi était si nombreux, les désastres si grands, les ravages de l'ennemi si horrjbles dans les campagnes, qu'il lui paraissait difficile que l'empereur pût tenir encore long-temps. Il sentit promptement.

9o HiAmOIRES ht MVySVIAS do C. LâYALLETTS.

«lit mon obserration , combien il était dangereux de rendre publiques toutes sw alarmes, qu'U avait un peu propagées; et Voulant les neutralm»f A prêcha la nécessité de la défense de Paria, comme le seul moyen de sauver la France. tm plaintea, les crist les sarcasmes sféievèr^t avec fureur contre lui dans la société Talleyrand et àtms toute la faaute noblesse , qui dé^ s'était SMse en liaison avec le comte d'Artois. Il partit au son des coups de sifiSets des émigrés, et a'il a dit a Fempereur toute sa penaie, je croirai alors que c'est d'après sou rapport que rei«^>ereur donna ordre au soinisftre de la polios de faire arrêter et condbxire au Icna le prmûe de Tallegrvandt

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