ARTICLE
S'il survenait des difficultés dans l'exécution des articles de la présente convention, l'interprétation en sera faite en faveur de l'armée française et de la ville de Paris.
Relisons ces articles, et voyons s'il y a un mot obscur, une expression douteuse; cherchons si quelque phrase se prête à une double interprétation et reconnaissons , après cet examen , que la seule maxime Vœ -victis , que prononça jadis un barbare au pied du Capitule, a pu autoriser Wellington à dépouiller nos monumens publics , à nous ravir les trophées de vingt ans de triomphe et de gloire ; et cependant ce même général , qui s'enrichit dans l'Inde d'une partie de l'héritage de Ïippoo-Saïb , eut l'impudence ironique de proclamer que cette spoliation était « une leçon de morale qu'il donnait au peuple français. » Pourquoi n'ajoutait-il pas « et une preuve de la foi punique dont Ja Grande-Bretagne a hérité? «
L'article 12 ne devait pas être plus religieusement
observé : il était trop doux pour le héros irlandais de voir couler le sang de ce terrible maréchal Ney , qui était aussi un de nos monumens de gloire, pour qu'il écoutât la voix d'une épouse éplorée lorsqu'elle invoqua la convention de Paris j ici le noble lord peut, il est vrai , nous opposer un exemple qui lui sert d'excuse, et il le trouve dans Phistoire de sa nation, si féconde en crimes de toute espèce. Lorsqu'on 1648, Jacques, duc d'IIamilton et comte de Cambridge, se rendit, après la journée de Preston , prisonnier de guerre , sous la condition expresse « d'être épargné avec les soldats sous ses ordres, » il n'en lut pas moins traduit devant une haute cour de justice ; ses défenseurs réclamèrent l'exécution de la capitulation en ajoutant : que si des articles aussi clairs étaient violés , la guerre ne serait plus qu'une boucherie et que personne ne pourrait croire à des capitulations ( that if thèse articles were violated , and the war should be revived j it -would prove a perfect butchery , since none woidd ever trust to a capitulation for future. — The trials oflhe state , bj M. Salmon , Londouy 1778). Mais les satellites de Gromwell, qui voulaient le sang du duc , répondirent que la capitulation ne garantissait que contre l'autorité militaire , mais qu'elle ne pouvait pas lier l'autorité civile ( that they only meant to save lus lifefrom the soldiers and not from the civil power ). Ces propres paroles sont celles que Wellington répéta cent soixante ans après , lorsqu'on voulut faire éprouver au duc d'Elchingen , prince de la Moscowa , le sort du duc d'Hamilton , comte de Cambridge : félicitons l'humanité de ce que
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dans un aussi long espace de temps , la mauvaise foi n'a pas pu trouver de nouvelles formules.
L'annonce de celle funeste capitulalion plongea Farmée dans le désespoir : les généraux formèrent un moment le généreux projet de la rendre vaine , mais en France on est trop et trop peu égoïste pour entreprendre ^•ien de grand. Des larmes de douleur et de rage coulèrent des yeux des officiers , et les soldats , brisant ou jetant leurs armes, désertèrent par milliers. Quelques-uns , égarés par des hommes qui voulaient du trouble , firent le projet de punir Paris en le pillant 5 mais les chefs, prévenus à temps , éclairèrent leurs démarches et aucun désordre ne fat commis. Enfin triste, silencieuse, elle s'éloigna de Paris qu'elle avait vainement demandé à défendre , cette brave armée qui devait bientôt succomber sous de nouvelles perfidies. L'assurance de conserver nos monumens, ces monumens derniers restes de la gloire passée , était la seule idée qui la consolait. Erreur honorable : l'armée croyait à la sainteté des traités !
On s'attend peut-être que le gouvernement , que les représentans du peuple, vont suivre derrière la Loire cette armée , leur seule défense et le dernier espoir de la patrie. Les menibres des cortès ne restèrent pas à Madrid quand l'armée française s'empara de cette capitale 5 ils s'enfuirent tous au-delà des montagnes; ils se réfugièrent ensuite dans l'île de Léon et sauvèrent la patrie. Mais nos représentans continuèrent à délibérer dans Paris soumis aux bayonnetles étrangères. Quand, assis sur leurs chaises curu-
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les , les vieux sénateurs qui n'avaient pas eu la force de monter au Capitole , attendaient les vainqueurs de Rome, c'était pour mourir et non pour discuter sur la l'orme du gouvernement. Avouons cependant qu'il y avait une espèce de courage aveugle, de résignation touchante , à faire entendre ainsi les derniers accens de la liberté au milieu des clameurs de l'ennemi j à défendre , au nom des lois , l'indépendance que les armes ne pouvaient plus sauver j mais rien ne justifie, rien ne colore la démarche imprévoyante ou coupable du chef qui se retirait ainsi derrière la Loire, à la tête d'une armée qu'il venait de déshonorer. Ne voyait-il pas que sans gouvernement, sans représentans du peuple, qui auraient pu en constituer un, il n'allait plus être qu'un chef de bande , et qu'il ôtait toute existence sociale à ceux qui suivaient ses drapeaux, puisque ces drapeaux n'étaient plus ceux de la nation ?
La capitulation de Paris n'affligea pas seulement l'armée, mais la masse des habitans en fut indignée : on chercha à l'apaiser par de vaines promesses. Un ordre du jour de Masséna leur disait, le 4 juillet :
« Une convention a été faite pour arrêter l'effusion du sang français. Les citoyens de Paris doivent être sans alarmes et rester dans l'attitude à la fois paisible et ferme qu'ils ont gardée au milieu des dangers.
« Continuer à garantir de toute atteinte les personnes et les propriétés , empêcher tout rassemblement tumultueux, faire taire toute espèce de cris qui pourraient exciter des discussions , ne laisser arborer, eu aucun lieu , par qui que ce soit , d'autres couleurs
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que les couleurs nationales ; voilà les devoirs qui sont imposés de nouveau à la garde nationale. »
Les membres du gouvernement coloraient de leur mieux l'infâme reddition de Paris , et une proclamation signée : le duc d'Otrante , disait aux Français :
« Dans les circonstances difficiles où les rênes de rétat nous ont été confiées , il n'était pas en notre pouvoir de maîtriser le cours des événemens et d'écarter tous les dangers ; mais nous devions défendre les intérêts du peuple et de l'armée , également compromis dans la cause d'une prince abandonné par la fortune et la volonté nationale.
a Nous devions conserver à la patrie les restes précieux de ces braves légions, dont le courage est supérieur aux revers , et qui ont été les victimes d'un dévouement que la patrie réclame aujourd'hui.
« Le sort de la capitale est réglé par une convention ; ses habitans dont la fermeté , le courage et la persévérance sont au-dessus de tout éloge , ses habitans en conservent la garde. Les déclarations des souverains de l'Europe doivent inspirer ti'op de confiance, leurs promesses ont été trop solennelles pour craindre que nos libertés et nos plus chers intérêts puissent être sacrifiés à la victoire, n
Le duc d'Olrante savait bien le contraire de ce qu'il proclamait , mais il fallait que Carnot fut trompé pour qu'il écrivît le 5 juillet, comme ministre de l'intérieur, à tous les préfets , une circulaire où se trouvent les passages suivans :
« Les chefs des armées alliées ont pris l'engagement solennel de respecter les personnes , les propriétés pu-
liliqiies etparticulières, nos institutions, nos intérêts, nos couleurs nationales : ces conditions honorables ont mérité et obtenu Tassentiment général de la nation et de ses représentans ; on peut les regarder comme le gage d'une paix définitive et prochaine. »