‹ Mémoires et souvenirs (volume 2)Chapitre 17 sur 30 · LE GENERAL POIRIER DE BEAUVAIS ^S · texte numérisé non relu

LE GENERAL POIRIER DE BEAUVAIS ^S

bin, Guillot le volontaire, venait « de passer du côté des brigands avec cheval, armes et bagages ». Bientôt enfin on se répétait, avec une surprise plus grande encore, que le jacobin Guillot s'était présenté aux insurgés d'abord comme prêtre, et ensuite comme évêque cTAgra.

Si stupéfiante qu'elle fût, la nouvelle était vraie.

A Poitiers, Guillot avait joué double jeu. Tandis qu'auprès des « patriotes », il faisait étalage de son jacobinisme, il entretenait secrètement des relations avec les dévotes de la ville et les sœurs de Saint-Laurent, se faisant passer auprès d'elles pour prêtre persécuté et pour <r prélat matyr ». S11 était parvenu à tromper la vigilance des « patriotes », toujours défiants, bien plus facilement avait-il pu duper les pauvres religieuses, si aisément portées à la confiance.

Lorsqu'il fut fait prisonnier à Thouars, pour éviter d'être fusillé, car on le prenait pour un agent du pouvoir exécutif, avec cette promptitude dans la décision qui semble être un des traits saillants de son caractère, il voit tout de suite le parti qu'il peut tirer de ses mensonges à Poitiers, de ses rapports avec les Filles de la Sagesse et des rapports de ces Filles avec les missionnaires de Saint-Laurent-sur-Sèvre. Il déclara donc, d'abord qu'il était prêtre, ensuite qu'il était évêque, ajoutant qu'il « s'était enrôlé parmi les bleus parce que c'était pour lui le seul moyen de pénétrer parmi les blancs. »

Les chefs de l'armée vendéenne se gardèrent bien de le croire sur parole. Après l'avoir retenu quelques jours à Thouars, où il habitait la même chambre qu'un autre jacobin de Poitiers, son ami Tabart-Mazière, ils le firent conduire dans les prisons de Châtillon, et delà, comme il était tombé malade, dans le château de Lescure. L'un de ses anciens camarades de collège, Villeneuve de Caseau, le reconnut et le présenta à l'abbé Jagault, le conseiller le plus écouté de Lescure et des autres généraux

royalistes. Pendant ce temps, Tabbé Brin, dont l'autorité était également très grande, recevait des missionnaires de Saint-Laurent des renseignements qui venaient à l'appui des dires de Guillot de Folleville. Tout contribua donc à induire en erreur les chefs de l'armée, et c'est avec une entière bonne foi qu'ils présentèrent à leurs soldats comme un véritable évêque le prétendu évêque d'Agra. S'41s avaient su la vérité sur son compte, s'ils avaient connu ses palinodies, comme le prétend <ans en fournir de preuves M. Chassin, est-ce que Lescure, les prêtres insermentés et les religieux de Saint- Lnurent auraient été le choisir pour en faire l'instrument i*t le complicedu dessein qu'on leur prête ?« L'indignité Je sa conduite, dit ici très bien M. l'abbé Bossard, ne devait-elle pas rejaillir lot ou tard sur leur cause et sur eux? Pour des « préparateurs » si habiles, quelle malailresse et quelle imprévoyance ! Pourquoi aller chercher \\ Thouars, parmi les ennemis déclarés de la cause pour la quelle ils combattaient, ce bleu^ ce membre de la société lies jacobins, qui pouvait les tromper comme il avait trompé déjà ses compatriotes, au lieu de prendre, parmi les prêtres et les religieux d'un passé honorable, un homme capable de faire taire les soupçons, et d'en imposer au moins par l'apparence de la sainteté ? Parmi ces gens sans conscience, prêts à faire jojer à un indigne un tel rôle, il ne s'en serait pas trouvé un seul pour le jouer à son profit ou au profit de tous? Comme la prise de Thouars est venue à point pourjes servir! Aurait-elle été aussi préparée et prévue par ces habiles conspirateurs? Vraiment, l'invraisemblable le dispute ici à l'odieux. Ce n'est pas assez d'un fourbe : il fiiut que cent mitres le soient avec lui et plus que lui, les religieuses, les missionnaires, les prêtres insermentés, Lescure, Tabbé Jagault, Madame de la Rochejaquelein, et que toute cette foule d'hommes et de femmes, qu'on avait accoutumé de regarder comme honnêtes, aient trempé

Page 1