LE GÉNÉRAL POIRIER DE BEAUVAIS ÇJ
comme moi, que leur intelligence est au moins égale à leur bravoure, qu'ils sont zélés observateurs de la religion de leurs pères, mais nullement enclins à donner dans la surperstitionainsique dans la magie (i). »
Les historiens révolutionnaires, et à leur tête MM. Michelet et Louis Blanc, ont fait grand bruit de ce qu'ils ont appelé « l'Invention de l'évêque d'Agra. » — < La seconde machine, dit Michelet, employée entre les deux combats deFontenay, lorsque les Vendéens étaient abattus de leur échec, vint à point les relever. On leur fabriqua un èvêque. Un soldat républicain pris par eux et depuis secrétaire de Lescure (Guillot de FoUeville, ex-curé de Dol), déclara que, sous l'habit laïque, il était en réalité un des quatre vicaires apostoliques envoyés par le Pape en France, de plus évêque d'Agra. Les fameuses sœurs de la Sagesse, mêlées à toutes les intrigues; Brin, leur curé de Saint- Laurent; le curé de Saint-Laud d'Angers, le rusé Bernier, tous tombent à genoux, demandent la bénédiction du fourbe. Le peuple est ivre de joie, il sonne les cloches à volée... M. de Lescure, fort dévot, favorisa visiblement cette fraude pieuse, qu'il crut utile à la guerre sainte (2). »
Un disciple de M. Michelet, M. Ch -L. Chassin, dans un livre récemment paru, — livre indigeste, où l'absence de talent est d'ailleurs racheté par l'abondance des pièces inédites, — s'est longuement étendu sur cet épisode de révèque d'Agra (3). M. l'abbé Bossard, s'appuyant sur les documents mêmes réunis par M. Chassin, vient de réfuter sa thèse avec autant de force que de logique. Il a mis en pleine lumière l'absolue bonne foi de Lescure et des autres chefs vendéens. Je renvoie le lecteur
(1) Poirier de Beauvais, Mémoires, p. 29.
(2) Michelet, tome VLp.79. —Voir aussi Louis Blanc, tome VIII, p. 314
(3) La préparation de la guerre de V<?arf<*e (1889-1793), par M. Ch.-L- Chassin. 3 toI. in-8, 1792, tome UI, p. 557-^2.
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à cet excellent travail, ne pouvant que résumer ici ses conclusions.
Pierre-François Guillot, d\tde Folleyille, né en 1761, à Saint-Servan, était fils d'un commissaire ordonnateur de la marine à Snint-Malo. Reçu docteur en théologie, il fut élu à la cure de Dol, le 2 avril 1790. Il accepta la Constitution civile du clergé, reçut en son presbytère de Notre-Dame Tévêque constitutionnel de Rennes, Claude Lecoz, et présida même la réception patriotique de ce métropolitain du Sud-Ouest. Il alla plus loin encore et fut Tun des fondateurs de la Socitèè populaire de Dol, Bientôt même, il quitta sa paroisse, alla à Paris et se fit nommer par le gouvernement dans quelque administration coloniale, probablement à la Guyane, où son père était commissaire civil. Il se rendit à Bordeaux pour s'y embarquer. Le bateau qui devait l'emmener venait de partir. Force lui était d'en attendre un autre; mais il apprit à ce moment que « son père était rappelé de sa commission. » Il se décida alors à rester en France. Au commencement de décembre 1792, on le retrouve à Poitiers, où il avait fait son droit et où il avait des parents. Rien, ni dans sa tenue, ni dans son langage, ne faisait alors supposer qu'il fût ecclésiastique. Il portait l'habit de garde nationale, s'affichait comme ^ zélé patriote » et <c jacobin », pérorait kh société populaire et « s'y distinguait par ses beaux discours. » Le 20 mars 1795, il s'enrôla, € pour voler au secours de la patrie contre les rebelles de la Vendée », dans un détachement « composé de deux cents hommes d'infanterie, cent de cavalerie, huit artilleurs et quatre canons de campagne. » Guillot de Folleville, qui aimait à parader et avait choisi la cavalerie, était le mieux habillé et le mieux équipé de la petite troupe. On se rendit à Thouars. Le ç mai suivant, les Vendéens s'emparaient de cette ville et faisaient prisionniers Guillot et ses compagnons. A quelques jours de là, on apprenait à Poitiers que Guillot le jaco-