‹ Mémoires explicatifs des tableaux synoptiques d'anatomie physiologiqueChapitre 7 sur 13 · DE TOUTES · texte numérisé non relu

DE TOUTES

lÆS PARTIES DU CORPS HUMAIN.

De même que tout corps organisé, l’homme étudié sous le rapport anatomique et physiologique est un ensemble de parties dont la structure et les actions ont pour dernier résultat la conservation de l’individu pendant un temps limité, et celle de son espèce, à l’existence de laquelle on ne peut assigner de terme.

Les parties du corps humain ont été divisées en fluides et en solides, et celles-ci étaient distinguées en parties molles et en parties dures. Ces distinctions quoique bonnes en apparence , sont bien loin d’être exactes. En effet, la densité des corps résulte de leur combinaison avec des proportions variables de calorique qui les constituent à l’état

de vapeurs, de liquides ou de solides, soit mous, soit durs. En anatomie cette propriété est un point de vue d’après lequel on est forcé de réunir des parties qui diffèrent esssentiellement entre elles, et d’en isoler d’autres qui ont des caractères communs faciles à reconnaître; c’est à tort, en effet, qu’on a rangé les dents et les poils parmi les solides organiques, tandis que, véritables excrétions de leurs organes, ils doivent figurer parmi les produits émanés du sang. Nous avons donc cru devoir substituer à la division des anciens celle eu parties anhisles et en parties histes ^ .

Les premières sont caractérisées par l’absence des conditions organiques que présentent les secondes. Celles-ci ont pour caractère d’être composées de globules ou molécules organiques, microscopiques, unis entre eux par une substance muqueuse qui tend naturellement , sous l’influence de la vie,, à se condenser de plus en plus ou à se conserver à l’état semi-fluide.

On a donné le nom de texture simple à l’arrangement des globules qui sont ou disséminés dans la substance muqueuse, ou disposés en séries linéaires qu’on connaît sous le nom de fibres. Les parties ainsi formées sont appelées tissus simples ou monohistes ^ ® par opposition aux parties dites

I. De taraç, tela, tissu, et de l’a privatif. ‘2. (jLo'vo; , uii seul, î<TTbç, tissu.

poLyhistes * ou tissus complexes résultant de la combinaison des rnonohistes entre eux.

Dans le premier cas, c’est-à-dire lorsque les globules sont simplement disséminés dans le corps muqueux , la texture simple est dite irrégulière et non fibreuse. Dans le second, c’est-à-dire lorsque les globules sont réunis en séries linéaires, la texture est régulière et fibreuse. On doit donc admettre des rnonohistes fibreux et d’autres non fibreux. Les globules qu’apporte le mouvement assimilateur , séjournent pendant un certain temps flans le parenchyme des parties et sont ensuite éliminés par l’effort du mouvement désassimilateur. et Capport et ce départ des globules , la rénovation de la substance muqueuse elle-même, sont effectués par les vaisseaux très -déliés qui pénètrent entre les globules disséminés, ou entre leurs séries linéaires. Ainsi tout tissu simple doit présenter des globules unis par le corps muqueux et être pénétré par des vaisseaux qui lui portent les matériaux nécessaires à la nutrition. L’ensemble de ces conditions forme ce qu’on nomme la texture simple. Celle-ci fournit un caractère positif très -saillant dans toutes les parties où elle est éviflente. Ce caractère est négatif dans ce qu’on nomme les anhistes qui comprennent le sang, les humeurs destinées à le renouveler, et tous les produits sans texture qui émanent du sang. Ce dernier et

1 De TfoXù; plusicnr.s, i(jtô tissu.

quelques autres llukles vivants, présentent bien des globules; mais ici ils nagent dans un fluide et sont entraînés par le mouvement circulatoire. Dans les produits émanés du sang, fluides ou solides, nonseulement on n’aperçoit plus de globules, mais encore on sait très-bien qu’ils ne sont point pénétrés par des vaisseaux qui arrivent, cependant, dans la cavité placée à la base de ceux qui sont solides, tels que les poils et les dents.

D’après cette première distinction que nous avons cru pouvoir établir entre les parties du corps humain, il est facile de reconnaître que la texture est un caractère important bien préférable à la densité. Nous rejetons donc la division des parties en fluides et en solides, en parties molles et en parties dures; et nous adoptons comme plus anatomique , plus exacte et plus conforme aux progrès de la science, celle en parties anhistes ou sans texture , et en parties hisies dont la texture est évidente.

Les anhistes forment la première classe des parties du corps humain. Celle-ci renferme tous les fluides circulatoires, et les produits sans texture émanés du sang. Les anhistes nous ont paru mériter la prioi'ité dans l’étude , d’après des motifs qui seront exposés plus bas. Ils se divisent eu hèmes et en exhemes. '

Les hèmes ‘ forment le premier ordre des anhistes. Sous ce nom, nous avons dû comprendre

1 De ai(jia sang.

tous les fluides circulatoires ( sang , lymphe , chyle ) qui se transforment les uns en les autres et qui ont une composition chimique presque identique. Les anciens avaient distingué tous les fluides contenus dans les vaisseaux, en sang et en humeurs destinées à le renouveler. Nous avons cru devoir abandonner cette distinction, parce quelle n’indique que la transformation de ces humeurs en sang , et qu’elle ne fait point pressentir que le sang à son tour se change lui -même en une partie de ces humeurs qui sont encore de nouveau employées à son renouvellement, et ainsi de suite.

Le sang rouge vermeil, le sang rouge brun, la lymphe, le chyle, forment un groupe très-naturel que nous désignons sous le nom dUhèmes ou sangs. Leurs caractères communs ou généraux sont :

] ° d’être tous contenus dans des vaisseaux ; 2° d’y subir à la fois un mouvement progressif, et les élaborations d’où résultent leurs transformations 3® d’être la source de tous les produits versés aux surfaces de l’animal , et de tous les matériaux destinés à renouveler les tissus simples. Leurs caractères spéciaux devaient être tirés de la couleur. Nous croyons cependant qu’il est indispensable de ne point signaler les nuances, afin de pouvoir appliquer nos distinctions à toute la^ série animale : puisque la couleur d’une même espèce de sang varie pour la teinte dans les animaux vertébrés et dans les invertébrés.

( ati )

Le sang blanc (chyle), le sang transparent (lymphe) sont désignés en commun sous le nom de sang achrome ou achromème , parce qu’ils ne réfléchissent aucune des sept couleurs primitives, î^a couleur nous fournit donc un caractère négatif.

he sang rouge-vermeil (sang artériel), le sang rouge-brun (sang veineux) présentant l’un et l’autre une couleur bien prononcée , doivent pour cette raison être réunis sous le nom de sang chrome ou chromènie. Ici la couleur est un caractère positif.

'Le sang achrome ou achromème distingue donc en blanc et en transparent. Le premier qu’on désigne sous le nom de chyle, étant le fluide venu du dehors et destiné principalement à renouveler le sang chrome , nous a paru mériter le nom de premier sang achrome ou protachromème. Le second (pi’on nomme lymphe , et qui est plus ou moins analogue à la sérosité, provient du sang chrome et contient, dit-on, le résidu de la nutrition. Ce mode d’origine et sa transparence nous ont déterminé à lui donner la dénomination de deuxième sang achrome ou deutachromème.

Les deux sangs achromes sont toujours contenus dans des vaisseaux centripètes ( chylifères et lymphatiques). Or, comme nous avons adopté le mot (ings (de âyyeïov vaisseau) pour désigner les vaisseaux en général, les veines ou vaisseaux centripètes sont pour nous des kataangs ( de jtaxà ad, vers), et les artères ou vaisseaux centrifuges des paraangs ( de xapà ab , au loin. ). Les deux

sangs achromes sont donc toujours kataangiels , c’est-à-dire veineux dans l’ancien langage comme l’indique le tableau.

Le protachromème (chyle) vient des surfaces de l’intestin grêle. Le deutachromèine (lymphe ) plus répandu tire son origine de presque toutes les parties du corps. Ces deux sangs achromes sont versés dans les veines sous-clavières et concourent à l’hématose. Ce dernier caractère leur est commun avec le sang noir , aussi les anciens avaient cru devoir les réunir pour former le groupe des humeurs destinées à renouveler le sang artériel.

Le sang chrome ou chromcme se distingue en rouge-brun et en rouge -vermeil.

Nous avons donné le nom de premier sang chrome ou protochromeme à celui dont la couleur rouge est plus obscure, et se rapproche plus ou moins du noir. C’est le sang qu’on nomme très-improprement veineux, puisqu’il circule C des vaisseaux capillaires de tout le corps aux capillaires du poumon en traversant successivement les veines générales ou aortiques, les cavités droites du coeur, et les artères pulmonaires chez l’individu qui respire, et dans tous les vaisseaux sanguinç , dans toutes les cavités du cœur avant la naissance ; nous l’avons distingué en kataangiel et en paraangiel. Sa couleur est vraiment le rouge-brun dans l’homme . et non pas le noir, comme on le dit vulgairemenl.

Nous avons appelé deuxième sang chrome ou deutochromeme c(dui dont la couleur rouge e.st

vermeille, celui qui est éminemment coloré, qu’on regarde comme le type de tous les fluides vasculaires, vers lequel tendent et d’où sortent tous les autres, le chyle seul excepté. Sa couleur, résultat d’une forte oxigénation, est très -prononcée dans l’homme, dans les mammifères, dans les oiseaux; mais elle l’est moins dans les autres vertébrés; elle varie dans les classes inférieures. .Sa désignation ancienne sous le nom de sang artériel est trèsinexacte, puisqu’il circule à la fois dans les veines pulmonaires, le cœur gauche et les artères aortiques; il est aussi successivement kataangiel et paraangiel.

Les hèmes pourraient être distingués d’après un caractère moins saillant, mais plus fixe que la couleur. En effet, celle-ci n’existe point dans le sang examiné aux premières époques de l’existence du germe et dans les animaux les plus simples. Ce caractère est leur propriété nutritive en vertu de laquelle ils peuvent renouveler toutes les parties de l’organisme animal, dont ils sont la source en même temps qu’ils servent de véhicule à leurs molécules emportées par le mouvement désassimilateur. Cette propriété des hèmes qui dépend de leur nature plus ou moins complexe, de leur plasticité ouconcrescibilité plus marquées dans le deutochromême que dans tous les autres, nous eût forcé de recourir à des radicaux qui auraient donné lieu à des mots trop longs et moins euphoniques que ceux que nous avons adoptés. D’ailleurs il eût été très difficile d’assigner d’une manière exacte les degrés de la

propriété nutritive des diverses espèces de sang; et comme dans ce travail nous avons tâché autant que possible de ne pas trop nous éloigner des principes de l’ancienne nomenclature, nous pensons que, quand même celle que nous proposons devrait être rejetée, elle pourrait encore servir de base et favoriser les recherches de ceux qui plus heureux, que nous, sauraient vaincre les difficultés qu’il nous a été souvent impossible de surmonter.

La couleur était donc jusqu’à ce jour le moyen de distinguer les diverses espèces de sang. Nous avons cru pouvoir établir nos divisions sur ce caractère. Les radicaux pris dans la langue grecque pour les désigner, nous ont fourni des termes composés d’un petit nombre de syllabes , ce qui nous a présenté un très -grand avantage. Les mots ! grecs aifia et sont très- employés dans les

langues scientifiques. II sera donc très-facile de reconnaître la correspondance de l’ancienne nomenclature avec celle que nous proposons. Il sera trèsfacile encore de prouver que la nomenclature nouvelle exprime réellement les opinions reçues , en termes plus exacts, plus précis et préférables aux périphrases qu’il faudrait employer pour les traduire, et fixe au moyen de mois dont la signification est facile à saisir, fixe, dis-je, les rapprochements et les isolements nouveaux que nous avons établis d’aj^rès des caractères reconnus valables.

Le deulochrornème , ou sang artériel rougevermeil , arrivé dans les capillaires aortiques se

transforme en sang ronge-brun, en lymphe et en un très grand nombre de produits que les anciens avaient réunis sous le nom d’humeurs émanées du sang, que le mot exhèmes '■ indique plus brièvement, plus correctement, puisque certains produits sont solides.

L’ordre suivi dans l’étude des hèmes permet de signaler le deuto chrome me ou sang rouge-vermeil , comme le sang le plus nutritif, comme l’aboutissant de toutes les autres espèces de sang , et la source d’où émanent à-la-fois le sang rouge-brun, la lymphe, (le chyle seul venant du dehors), et les exhèmes.

Nous avons ainsi établi d’après ces données phy- i siologiqiies une transition qui nous paraît naturelle entre l’étude des hèmes et celle des exhèmes nous allons aborder de suite.

Les exhèmes forment le deuxième ordre des anhistes. Nous comprenons sous cette dénomination nouvelle et très-brève, non-seulement toutes les humeurs émanées du sang, admises par les anciens et les modernes , mais encore d’autres produits solides qui sont le pigmentum , l’épiderme , les poils, les ongles et les dents. Tous ces produits rangés à tort parmi les solides organiques ne sont en effet qu’une excrétion de la peau et des follicules

J . Mot formé de IÇj signdiaiit tiré de , et de aî|/.a Seing.

ou phanères ^pileux ou dentaires . ^ que le

produit d’une sécrétion soit gazeux, liquide, ou un solide, plus ou moins consistant, plus ou moins dur, la densité étant, comme nous l’avons déjà dit , un caractère très-variable, nous avons cru devoir nous en tenir à celui de l’origine. D’après cette manière de voir , tous les produits sans texture qui émanent du sang ont dû venir se grouper naturellement pour rentrer dans le deuxième ordre des anhistes dit des exhèmes.

Les exhèmes sont très-nombreux. La nécessité de les étudier sous le rapport physiologique, but essentiel de nos recherches, nous a fait examiner avec soin leurs divers caractères pour en apprécier la valeur et pour arriver à des distinctions utiles.

Nous avons bientôt reconnu que la couleur, la densité, la composition chimique et toutes les propriétés physiques ne pouvaient nous fournir des hases sûres pour cet objet. Le lieu ou les parties de l’organisme à la surface ou dans l’intérieur desquelles sont versés ou déposés les exhèmes^ nous ont paru plus propres à établir des dénominations qui se prêtent à des vues physiologiques. Demême que nous avions distingué le sang en kataangielet en paraangiel^ selon qu’il est contenu dans les veines ( kataangs) ou dans les 2irtève?>{paraangs ) de

I. Noiii aclopté par Blaiuville, pour désigner les organes sécréteurs des poils, des cfents, etc.

meme aussi nous avons cru pouvoir désigner les exhèmes sous les noms de périériels et de rnonohistiels. Les premiers tirent leur nom du périëre ou enveloppe générale du corps, comprenant la peau externe et l’interne, à la surface duquel ils sont versés ou déposés. Les seconds ont été ainsi nommés , parce qu’ils sont exhalés aux surfaces ou dans l’intérieur des monohistes, ou tissus simples.

Les exhèmes pér'iériels ' sont donc tous les produits fluides ou solides, sécrétés aux surfaces de l’enveloppe générale du corps , pour y être éliminés ou pour y adhérer un temps plus ou moins long, et destinés à remplir des fonctions trè.s-variées. Ils se subdivisent naturellement en ceux de la peau externe ou exhèmes extériels , et ceux de la peau interne ou exhèmes entériels"^. Ces deux grands groupes d’exhèmes doivent-être examinés comparativement. A ce sujet nous avons formé dans chacun d’eux quatre sections établies d’après les organes qui les secrétent et dont on peut facilement déterminer les analogies et les différences. Ces rap|)rochements préparent les voies à l’étude des analogies et des différences dans les fonctions de la peau externe et de l’interne.

Chaque première section des exhèmes extériels et des entériels ^ renferme les humeurs sécrétées à la

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