ESSAI, ETC
fausses, comme certains tableaux de géographie botanique ou de statistique. C'est une conséquence de notre faiblesse, l'homme veut toujours généraliser avant d'en avoir les élémens "nécessaires , parce qu'il sent que les siècles ne sont pas à la disposition de sa «courte durée.
Ainsi 9 pour prendre un exemple , M. Deshayes et même M. de Beaumont (i) placent le Crag dans l'époque subapennine ; et le premier savant , uniquement à cause du nombre égal d'analogues vivans qui lui sont connus dans ces deux 4]épôts. Mais n'cst-il pas probable que les analogues vivans
(i) En s'attachant à suivre les dépôts supérieur à la craie , en France, en Suisse et en Piémont , d'après la disposition géométrique et la nature de leurs coucifies , M. de Beaumont est^^ arrivé à diviser le sol tertiaire en trois étages , dont chacun correspond & une période de tranquillité intermédiaire entre deux souiévemens de mon- «tagues.
L'étage inférieur comprend l'argile plastique y le calcaire grossier et la formation ^gypseuse , y compris les marnes marines supérieures.
L'étage moyen comprend le grés de Fontainebleau, la formation d'eau douce supérieure des environs de: Pari s et les faluns de la Touraine^ système auquel correspondent le dépôt de lignite, le gypse et le calcaire moellon des Bouches-du-Riiône , la molasse et les nagelfluhs de la Suisse, le lignite de Cadibona et la molasse de Superga.
L'étage supérieur comprend le terrain de transport ancien de la Bresse , le dépôt lacustre d'OEningen , le grès à HéUx d'Aix , le terrain marin supérieur de Montpellier, quelques dépôts marins de l'Italie et de Sicile , et le Crag du Sufiblk.
Cet habile géologue a fait remarquer que chacun de ces trois étiges renferme lesossemens d'une génération particulière de grands animaux, dont les espèces changent presque toutes en passant d'un étage à l'autre.
L'étage inférieur ne comprend guère que les espèces trouvées à Montmartre.
Dans l'étage moyen se trouvent les espèces de Paléothérions du Puy et d'Orléans, différentes de celles de Montmartre; la plupart des espèces de Lophiodons , les Authracotherium et les plus anciennes espèces des genres Mastodonte , Rhinocéros , Hippopotame et Castor.
L'étage 'supérieur contient les Eléphans , les Hyènes et les autres animaux de l'époque alluviale ancienne.
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du Crag seront trouvés plus nombreux que ceux des marne subapennines'y parce que les animaux des mers du non semblent devoir être mieux connus que les espèces de 1 mer Méditerranée, et surtout que celles des mers des Inde et du Sénégal.
Ensuite les fossiles du sol secondaire sont-ils assez biei connus même en Europe, et M. Deshayes les a-t-il lui-même suffisamment étudiés pour être certain que ces dépôts ne recèlent aucune coquille analogue aux espèces vivantes, el même à des espèces tertiaires?
M. Cuvier s'est déjà hâté de lui opposer les coquilles tertiaires découvertes par M. Dufrénoy dans le terrain crétacé. En outre n'y a-t-il pas des espèces qui traversent plusieurs formations ou époques? Or, à priori^ on ne voit pas d'impossibilité à ce que quelques espèces se rencontrent indifféremment dans le sol tertiaire ou secondaire , si ce n'est pas partout, du moins dans quelques parties du globe. La possibilité de cet accident ne serait même pas changée par la supposition que les plus gi*andes catastrophes ont séparé les deux époques en question.
Enfin, on ne s'est pas encore assez occupé des modifications que les espèces des mollusques peuvent éprouver par un changement lent et progressif dans la température , ou le climat qu'elles habitent.
On croirait, au premier abord, que M. Deshayes part de la supposition qu'à chacune des différentes époques géologiques, toute la surface de la terre était soumise à un même ensemble d'influences cUmatoriales ; or, comme nous l'avons déjà exposé dans notre mémoire sur la structure géologique de l'Europe, cette hypothèse n'est guère soutenable.
J'ai cherché à prouver, et je pense que M. Deshayeî m'accordera que les différentes parties de la terre ont et à toutes les époques anciennes ou modernes des zones différentes de température , et des climats divers dans chacune de ces zones, suivant que les contrées étaient plui ou moins éloignées de la mer, rehaussées au-dessus de sor niveau, ou exposées à des circonstances influant sur le dimai des pays. De plus, admettant avec moi que le globe a ei
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jadis une température plus élevée, et qu*il y a eu des catastrophes volcaniques épouvantables ^ M. Deshayes semble forcé aussi d accorder que sous la niéuie zone, et sous les mêmes circonstances climatoriales , certains pays ont pu cependant offrir aux animaux et aux végétaux des conditions d'existence qui leur manquaient déjà ailleurs. Chaque cause a ses effets; or, celles que nous avons mentionnées devaient être dénature à élever la température, détruire ou modifier Va surface terrestre et ses habitans.
De la première proposition , savoir : de Texistence des ;^ zones et des climats divers à toutes les époques , il s'ensuit d'abord que plus Ton s'approche des pôles à l'équateur, plus ^ le nombre des analogues vivans doit augmenter parmi les fossiles d'un même terrain , et cela d*autant plus que le terrain observé est plus récent. Ainsi donc le même dépôt pourra présenter le long de la Méditerranée plus d*analogues vivans que sur le bord de la mer du Nord^ sans que pour cela on . soit en droit de prétendre que le premier terrain est d*une date postérieure au dernier. Je crois donc qu il ne faut jamais perdre cette idée de vue lorsqu*on fait des comparaisons semblables à celles de M. Deshayes; et lors même qu*on supposerait que l'équateur a pu changer de place dans les époques antérieures à la nôtre , je ne vois pas du moins ce qui s'oppose à expliquer ainsi les résultats auxquels ce savant est parvenu.
D'un autre côté, loin de prétendre que tous les divers dépôts tertiaires se sont faits chacun dans le même temps dans chaque bassin, nous supposons, à priori^ tout le contraire ; ainsi, dans le même temps , un bassin a pu présenter encore aux animaux et aux plantes les conditions d'existence qui leur manquaient déjà dans un autre. Cette supposition ne paraît point improbable; car, mettant de côté les circonstances climatoriales, il paraîtrait que les soulèvemens des chaînes^ et les éruptions ignées et leurs suites, ont été pour beaucoup dans la destruction des espèces perdues d'animaux et de végétaux , mais ces catastrophes ne paraissent pas avoir été générales : donc, des contrées entières ont pu et du rester dans l'état physique où elles étaient avant ces évènc-»
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mens. En combinant cette idée arec le premier fait, Tm^ fluence des zones et des climats sur les créations diverses, l'on voit qu'on arrive à la probabilité d'une succession de manières d'être du globe , qui peut expliquer en grande partie du moins , si ce n*est entièrement , les résultats qu'a obtenus M. Deshayes, et dont il tire cependant des conclusions assex différentes des nôtres.
Sous ce point de vue , l'on voit que le géologue peut néanmoins encore chercher à établir un certain parallélisme géologique^ et non chronologique^ entre les dépôts de divers bassins, malgré le laps de temps qui s'est écoutée entre la formation de chaque membre m^is en parallèle dans les divers groupes de ces dépôts.
En admettant ma seconde proposition sur l'état tout particulier de certaines parties d'une même zone et même d'un même climat , nous entrevoyons la possibilité que ces portions ont pu nourrir des végétaux et des animaux, dont les conditions d'existence ne se trouvaient déjà plus dans la même zone et sous le même climat.
Si des circonstances influant surtout sur la chaleur ont pu produire ces effets , on arrive à des résultats tout-à-fait opposés par la supposition de grands soulèvemens , qui auraient changé subitement un climat chaud en un climat froid.
L'on voit donc que le problème de la succession des créations dans les différentes parties du globe est bien plus compliqué que quelques personnes voudraient le supposer.
L'on me dira peut-être qu'au moins notre dernière hypothèse est inutile, mais nous répondrons que nous ne voyons pas d'autre moyen pour expliquer rationnellement la présence des plantes du terrrain houiller ancien dans le lias de la Savoie , tandis qu'ailleurs ce dépôt n'en présente poiiit ou offre d'autres espèces réputées d'une création plus récente.
Le mélange des Orthocères et des Bélemnites dans le calcaire jurassique des Alpes autrichiennes serait une autre anomalie non moins remarquable des lois que les conchiliologistes pensent déjà pouvoir établir dans la distribution des dépouilles fossiles.
On voudra peut-être se rabattre sur les [diverses stations
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»ii les habitations des animaux et supposer l'existence possiftble des Orthocères au fond de profondes nfers , tandis que es fiélemnites pouvaient s'accommoder des eaux non loin des les ou des continens. Si la résolution de la question était lans cette supposition, pourquoi les fossiles anomaux ne se rouveraient-ils pas dans un des dépôts entre le sol intermé- Uaire et le calcaire jurassique, grande époque pendant la- [uelle il s'est formé des amas de coquilles pélagiennes P Les >étrifications secondaires et tertiaires, mélangées dans les lépôts semblables à ceux de Gosau ^ sontun exemple d'un cas ^ontraire^ mais qui n'en est pas moins fort singulier, de quelque manière qu'on cherche à l'expliquer. En effet si c'est un terrain crayeux , pourquoi ces coquilles littorales tertiaires manquent-elles dans la plupart des dépôts crétacés? Les Alpes auraient-elles seules offert un rivage lors de ces dépôts , elles qui paraissent avoir subi plus de soulèvemens récens que bien des contrées de plaines ? Si le terrain de Gosau est tertiaire , d'où vient^il que des animaux pélagiens secondaires n'aient vécu que dans les Alpes et les Pyrénées avec des êtres littoraux pendant Tépoque tertiaire? Placer ces dépôts entre la fin de la craie et le commencement du sol tertiaire j c'est reculer la question et non la résoudre.
Enfin M. Deshayes, prévoyant les objections, a mentionné lui-même une des plus graves, savoir, la difficulté ou plutôt l'impossibilité de définir zoologiquement les caractères spécifiques de ce qu'on doit appeler une espèce en paléonthologie. Lorsqu'on voit que quelquefois les conchiliologistes les plus renommés ne sont pas d'accord sur le genre d'une coquille , à combien plus forte raison doit-on se défier de la formation des espèces ?
M. Deshayes nous dit à la vérité qu'il a pu comparer, non pas comme la plupart de ses devanciers, des échantillons uniques d'espèces, mais des groupes de diverses variétés d'une même espèce provenant de différens lieux. Il a eu audelà de 4o,ooo individus à sa disposition, mais qui est-ce qui ne penisera pas volontiers qu'avec le double d'échantillons et un nombre plus considérable de localités, il ne serait pas parvenu à d'autres résultats ? Les tableaux de statistique ou
de géographie botanique sont encore là pour confirmer ce soupçon et pour montrer qu'il est même difficile de calculer exactement les limites dans lesquelles seront circonscrites les erreurs ou les modifications à apporter aux résultats exprimés en chiffres.
Toutes les créations animales paraissent soumises à des lois uniformes. Pour citer l'exemple le plus frappant, prenant une des espèces du genre homme, nous y trouvons d'abord des races très diverses , puis des modifications- climatoriales ou locales, enfin des altérations provenant du genre de vie des individus et des types de famille ou des états morbides. M. Deshayes sera le premier à reconnaître que toutes ces variétés et sous -variétés de forme se retrouvent dans le moindre mollusque ou zoophyte • Dans Thomme, des parties plus grêles ou plas grosses , une différence dans les traits du visage ou dans l'intelligence , un teint plus ou moins basané , des distorsions , des bosses et divers genres de position et de stature , n'empêcheront japiais de vérifier à quelle espèce appartient un individu quelconque du genre humain.
Dans les mollusques et les zoophytes , il en est tout différemment; la charpente osseuse a disparu, et chacun de ces êtres a , pour ainsi dire , sa maison qu'il bâtit suivant les diverses circonstances dans lesquelles il se trouve, jusqu'au moment où les conditions de son existence cessent tout-àfait. Or ces animaux étant reconnus plus vivaces que d'autres, le nombre des circonstances qui peuvent influer sur la construction de leur test ou demeure , devient infiniment plus grand.
Nous savons que certaines espèces varient extrêmement quant à la grosseur , les couleurs , les stries , les proéminences , etc. ; de pareilles observations ne doivent-elles pas nous rendre bien circonspects dans l'adoption de tant d'espèces fossiles publiées ou promises?
Quelques personnes ont déjà objecté que si la nature a été toujours la même, le nombre des mollusques et des zoo phytes ne doit pas avoir varié jadis beaucoup d'avec celui des êtres semblables que nous observons entre les tropiques ; or, en additionnant seulement toutes les espèces fossiles figu-