‹ Mémoires géologiques et paléontologiquesChapitre 35 sur 47 · DESCRIPTION MINÉRALOGIQUE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION MINÉRALOGIQUE

DBS ENVIRONS DE LA FORTERESSE DE DIADINE SUR L*EUPHRÀTE,

PAR M. VOSKOBOIMKOV (i).

La contrée traversée par l'Euphrate ( connue ici sous le nom de Mourat-Tchay ) , et bordée au sud-est, sud et sud- Quest par la haute chaîne d'Agridagne, à commencer des sources de ce fleuve jusqu'au fort Diadine, présente un terrain très remarquable par sa richesse minérale. Il est très abondant en soufre natif, en arsenic jaune ou orpiment , et en sources minérales. Ce terrain , en remontant 7 werstes audelà du fort Diadine , et plus loin en descendant le fleuve,

(z) Traduit du Gornoi Journal ^ n^ 8 , 1829 , p* i5xr

SUR XiÀ&iiims* s 77

consiste en basalte noir et caverneux, roche qui forme les bords escarpés de TEuphrate^ ayant quelquefois près de lo toises de hauteur.

Ce basalte est souvent recouvert par un calcaire compacte ou du tuf calcaire formé par les eaux minérales, et il en jaillit une grande quantité de sources chaudes , sulfureuses et chargées de carbonate de chaux. Plus loin, au pied de la chsâue des montagnes, on voit une argile rougeàtre commune» une argile blanche compacte , et des agglomérats , composés de débris de roches calcaires siliceuses et argileuses. Ce sont ces derniers qui contiennent des masses de soufre natif , et dans plusieurs endroits des sources minérales, entourées de tuf calcaire.

Du côté sud de ce terrain se trouvent des montagnes , composées de calcaire compacte gris, et contenant de Torpiment et de la galène.

J ai trouvé les mines de soufre, d'arsenic et de plomb comblées, et ne pouvant y pénétrer, je me suis contenté d'observer leurs déblais, et de recueillir des renseignemens sur les travaux qu'on a exécutés dans cette contrée.

Mines de soufre près du village de Dauta. — Ces mines se trouvent à i werste un quart dans la direction sud-ouest du village arménien de Dauta, à 6 werstes du fort Diadine^ et à 55 werstes de la ville de Bajazet.

L'espace occupé par ces mines n'a pas plus de 3oo toises de circonférence; il consiste en argile commune, d'une couleur brune » ou en argile compacte et blanche. Dans les déblais des mines, on voit un conglomérat composé de galets et de fragmens de roches dures, agglutinés par le soufre et l'argile. Sous cette dernière roche se trouve la couche de soufre natif à une profondeur de 3 toises, et ayant environ 1 archine d'épaisseur. Le conglomérat, qui n'est pas riche en soufre , étant exposé à l'action de l'atmosphère , se couvre d'alun en cristaux très fins. L'eau pluviale, qui remplit maintenant les creux de la vieille mine, contient une grande quantité de fer sulfaté (i).

(i) D'après cette description , n*j a-t«il pas quelques probabilités que c'est un gîte de soufire tertiaire ?

^7^ l^DTIGES DIVERSES

Les habitans de Dauta exploitaient et purifiaient autrefois le soufre, en payant au gouvernement un droit de i5o à 200 courouches, ou de 3o à l\o roubles en argent; mais les ^grandes difficultés de l'exploitation, causées par l'affluence de l'eau dans les mines, les ont forcés, il y a dix ans, de les abandonner, et de transporter leurs travaux dans un autre endroit, savoir, à Koukurtlu, à 20 werstes de Dauta, près (du village dévasté de Goudgi, dans le pachalik de Yan^et tout près de la frontière du pachalik de Bajazet. L'exploitation du soufre y est beaucoup plus facile^ parce que les mines sont parfaitement sèches, et si peu profondes qu'elles ne défassent guère une toise ou une toise et demie.

Je n'ai pas pu voir les mines de Goudgi, parce que les montagnes, dans lesquelles elles se trouvent, étaient recouvertes d'une neige profonde. Les habitans m*ont appris qu'elles contenaient beaucoup moins de soufre que celles de Dauta, et que ce sont les habitans de cette dernière qui s'occupaient de l'exploitation , sans rien payer au gouvernement , en transportant tout le soufre chez eux. Les habitans du pachalik n'ont pris aucune part dans cette exploitation , à cause du grand éloignement de leurs demeures.

Le soufre que Ton extrait des mines de Dauta et de Goudgi iest ordinairement d'une couleur grisâtre, rarement jaune, et mélangé de parties terreuses ; on est obligé de le purifier, et la méthode qu'on emploie pour cela est la suivante :

On casse les morceaux choisis en petites parties, on les passe à travers un crible pour dégager le soufre des galets ou des roches dures qui l'accompagnent, et on lave la masse. Le soufre obtenu par le lavage est soigneusement séché et fondu avec de l'huile que Ton ajoute peu à peu au soufre, en chauffant doucement pour que ce dernier ne puisse s'enflammer; et en remuant continuellement la masse. On continue cela jusqu'à, ce que le vase soit plein.

Pendant cette fusion les parties fines terreuses qui se trouvent dans le soufre natif sont imprégnées d'huile et s'agglutinent en formant une masse pâteuse, qui retient tous Jés fragmens des roches dures qui ont pu rester dans le soufre ; tandis que celui-ci étant devenu liquide , e^ ne pouvant

SUR L ARMENIE. i^Q

ose combiner avec l'huile, coule dans le fond du vase. Le succès ^u travail dépend de la quantité de Thuile ; car^ quand il en adianque, les parties terreuses ne peuvent pas s'agglutiner, et fld Ton en a ajouté trop, la masse devient trop liquide; et dans les deux cas , les parties terreuses n'ayant pas la faculté de ^e réunir, se mêlent au soufre , et en altèrent la qualité

Quand toute la masse est devenue liquide^ on ôte le vase du feu, on jette de l'eau sur la surface de la pâte, ce qui de fiiûte la rend solide, et on verse le soufre dans des moules. Ce soufre, çn se refroidissant lentement, prend une belle couleur jaune , possède les meilleures qualités , et conserve long- temps l'odeur de l'huile. 4o livres de soufre natif donnent ordinairement 20 à 26 livres de soufre pur, et exigent 2 un huitième à 2 trois quarts livres d'huile pour la purification.

Ce soufre se vendait principalement à Bajazet, d*où on le transportait dans les villes d'Erivan, de Choy, deTavrlze, de Van, de Bychym, de Moum et de Kars; mais cette industrie n'a jamais été aussi importante qu elle pourrait l'être par la grande consommation du soufre dans le pays. Les habitans de Dauta n'étant pas surveillés , le gouvernement turc ne tirait aucun bénéfice de cette exploitation ; eux, de leur côté , ne s y livraient que dans leurs moméns de loisir, et ils produisaient si peu de soufre que les consommateurs étaient obligés de le tirer de très loin.

La plaine que nous venons de décrire contient encore du soufre natif dans plusieurs autres endroits, ce qtie prouvent les anciennes mines que l'on y volt; savoir : 1® à 200 toiseâ des mines de Dauta, à gauche de la route qui conduit de ce village au fort Diadine ; 2*" près du village Ouïitente , et visà-vis sur la rive droite de TEuphrate ; 5* dans plusieurs ériiiiiences calcaires qui se trouvent dans le voisinage des sources sulfureuses chaudes.

Mines de plomb. — Ces imiiies se trouvent à 4 werstes du ■village de Malakayar, sur la rive gauche de la petite rivière de Gaydaritdhày , qui tombe dans l'Euphrate , et elles sont éloignées de «4 werstes , dans la direction sud-ouest du fort ITiadine. On y voit deux mines abandonnées , pratiquées dans

■ 8o NOTICES DIVERSES

le versant sud d'une haute montagne escarpée, qui est coi»] posée de calcaire grenu, mêlé de silice.

Les travaux démontrent qu'on y exploitait des filons galène, qui traversent la montagne dans la direction du nord au sud, et inclinent sous un angle de 3o°. La contrée étant dépourvue de combustible, ces mines ont été abandonnées,

Mine d'arsenic, — Cette mine se trouve sur la rive droite de l'Euphrate, à a werstes du village de Malakayar, au pied d'une montagne de schiste argileux. Sous le gouvernement du pacha Mahmoud de Bajazet, il y a trente ans, on y exploitait l'arsenic jaune ou l'orpiment; mais sa vente désavsntageuse à Erzéroum fut cause de l'abandon de cette mine, qui donne cependant un minerai de bonne qualité.

Eaux minérales. — Les environs de Diadine abondent en eaux minérales, principalement en sources chaudes sulfareuses ; mais les Turcs étant indifférens à ces dons de b nature , les efl'ets salutaires de ces eaux sont restés inconnus jusqu'à ce jour.

Les principales d'entre elles sont:

i" Les sources qui se trouvent dans la direction sud-est, i 5 werstes du fort Diadine , et à a werstes du village Bjanakhiss, dans l'endroit nommé par les habîtans El-KorpoD. Leur température s'élève à 38 et 40° R.; elles contiennent de l'acide carbonique , de l'hydrogène sidfuré , et une grande quantité de carbonate de chaux. Le terrain environnant est composé de masses énormes de calcaire compacte, sédintentaire, qui ont sur les bords escarpés de l'Euphrate une hauteur de 4 toises. Ce dépôt forme près des sources deux ponts naturels sur l'Euphrate, éloignés l'un de l'autre de i5o toises. Près de celui d'entre eux qui se trouve le plus haut, s' élève un amas de ce dépôt calcaire ayant plus de a4 toises de longueur et 1 toise et demie de hauteiu-. De son pied jaillit une source , par une ouverture qui a trois quarts d'arcbine (i pied et demi) de circonférence. Cette source aune température de 4o° H. , et son abondance la place au premier rang parmi toutes celles connues dans le pays. Elle contient ime si grande quantité de carbonate de chaux, que celle matière en se déposant, lui ferme son orifice, et lafcaôede

SUR Xi*ARM]B1fIS. s8l

' ^ttraitre dans la partie supérieure de Tamas. Du côté méridional, elle présente un spectacle admirable; elle s'élève "^ jet d*eau à la hauteur de i pied et demi à 2 pieds, avec un grand bruit, en produisant une quantité prodigieuse d'épaisses vapeurs ; puis elle coule en petits ruisseaux de diverses couleurs le long de la petite butte. A son pied on a con* struit un bassin en pierres, qui sert de bain aux habitansdes villages environnans.

Sur un espace de i ,000 toises carrées , il 7 a encore plusieurs sources moins importantes. Deux d'entre elles ont une température de 58^ R. , et sont remarquables par la grande quantité de carbonate de chaux qu'elles déposent , et qui , en enveloppant les petits grains de sable soulevés par l'eau, forme des pisolithes. A l'est de ces sources^ à i5 toises de distance , se trouve une petite éminence du dépôt calcaire 9 au pied de laquelle jaillissent des deux côtés , dans de petites cavernes , plusieurs sources minérales , dont la température est de 25 et 58*. Une d'entre elles, qui sort du côté est de cette crête a une température très peu élevée, et provenant d'un mélange d'eau froide.

Dans les environs de ces dernières sources, le calcaire contient beaucoup de soufre natif, qui a été long-temps un objet d'exploitation ; mais l'acide carbonique ayant asphyxié plusieurs ouvriers , on a interrompu ce travail. L'acide carbonique sort dans ce lieu en si grande quantité de l'intérieur de la terre , qu'il remplit les cavernes et les mines abandonnëes en y formant plusieurs couches de vapeurs bleuâtres. Il se dégage quelquefois avec tant d'intensité des fentes , qu'il produit uu courant très fort accompagné de sifflement. Les petits oiseaux se réfugiant dans ces cavernes , ou se tenant près de ces fentes , sont bientôt asphyxiés.

L'aspect de cet espace, couvert de hauteurs coniques et d'ouvertures rondes, prouve que jadis la quantité des sources minérales était ici beaucoup plus grande; mais qu'elles ont disparu en se fermant elles-mêmes leurs débouchés par leurs dépôts calcaires, et en se rendant peut-être maintenant dans l'Ëuphrate par des canaux souterrains.

2^^ La source qui se trouve sur la route des eaux miné-

S8S NOTICES DITBRSKS

raies décrites au village Djanakhiss , au bord d'un petit rùis- ^ seau, a peu d*eau. Elle a une saveur acide , dégagé beaucotip de bulles ; elle contient aussi de Tacide câfbonique , de Fhydrogène sulfuré , et du carbonate de chaux , se déposant en croûtes très fines sur la surface de l'eau. Sa température est de 25^

5* Une pareille source se trouve du côté ouest, à une distance de 1 werste et demie du village de Djanakhiss , et a une température de 3o°.

4^ Les sources sulfureuses chaudes, {)rès du village de Tijjakly,à 8 werstes du fort Diadine, ont une température de 4o^ Elles ont la même composition que les précédentes, et déposent au contact de Tair beaucoup dé soufre.

5^ Deux sources sulfureuses, sur la rivé gauche del*Ëuphrate, à 3 et demie werstes du village de Malakjar : la première a une température de 38**; Tautre, qui se trouve à une demi werste en remontant ce fleuve , a 46**. Elles ne diffèrent des sources n® i que par leur moindre quantité de carbonate de chaux.

6° Une source froide , très riche en acide carbonicjiie , à letun quart de werste du côté sud-ouest du village de Dauta. Elle présente une espèce de bassin rond , ayant i et demie archine de diamètre. Cette eau dégage tant d'acide carbonique , qu elle est toujours très agitée et même trouble. Cette source a l'odeur de naphte, et contient aussi en dissolution du carbonate de chaux formant sels bords.

' MINES DE DARATCHITCHAC

EN ARMENIE, ET SOURCES MINâRALfiS QUI SB TROUVENT

Page 1