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CONSIDERATIONS GENERALES

SUR LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. LA NATURE ET L*ORIGINE DES TERRAINS DE L'EUROPE (i).

Les plus hautes cimes de l'Europe sont occupé es par des rockes cristallines , en grande partie schisteuses , ou des dépôts intermédiaires; et le niveau relatif des formations décroit en général des terrains anciens aux m.odernes. Si Ton pouvait croire encore que Veau seule eût déposé chimiquement toutes ces masses', et qu'elles n'eussent pas été dérangées après leur formation , on aurait ainsi des indications certaines de la hauteur du fluide aqueux à diverses époques. Le pro-

(i) Traduit du Zeitschrift fïir Minéralogie ^ juillet 1827. Pour saisir les détails de ce mémoire , une carte gëologîque de l'Europe y avait é\é jointe; nous ce la reproduisons pas , parce qu'elle a éié repnbliëe en i85o par M. de Gaumont , et qu'on peut Tacheter chez M. Lance, rue Groix-des-Petits-Champs , n^ 5o.

Pour bien entendre la coloration de cette carte, il faut savoir que je comprends dans le sol primaire, outre les roches dites primitives, certaines masses semblables appartenant au sol secondaire, comme par exemple dans les Alpes maritimes et la Ligurie. Les ser^ pentlnes sont comprises dans les roches phorphjriques.

Il aurait fallu donner au moins une dizaine de cartes géologiques de l'Europe pour pouvoir montrer distinctement Tétat des continens et des mers européennes aux différentes époques géologiques principales, mais outre l'excessive dépense d'une telle publication , une pareille entreprise n'aurait réussi qu'en partie, vu le cadre restreint de nos connaissances en géographie géognostique.

bième change toutà-fait, quand on songe que la croûte terrestre a subi des soulèveinens, et par conséquent aussi des affaissemens , de manière que ce qui est fort haut aujourd'hui, a pu être une fois très b;îs, et vice versa. Certaines contrées ont pu être soulevées et abaissées successivement, et même toute T Europe a pu sortir de TOcéan actuel.

Les grandes inclinaisons , les bouleversemens et les déchiremens des chaînes primitives, et en général des hautes chaînes de l'Europe, ne laissent guère de doute sur leur formation violente plus ou moins subite, et accompagnée de beaucoup de fendillemens , d'abaissemens et de glissemens. Leur soulèvement paraît avoir décidé la place des grandes cavités que nous voyons au pied des grandes chaînes. Telle serait Torigine des bassins tertiaires sur les deuxversans des Alpes, de la cavité bohémienne, des bassins secondaires français, de ceux de la mer du Nord et de la mer Baltique, etc. De plus, les enfoncemens primitifs de la croûte du globe pourraient bien avoir décidé la place de certaines mers , telles que celle de la mer Méditerranée, de la mer Baltique, etc. Depuis long-temps, on a comparé la cavité circulaire de la Bohême à ces immenses cratères de la lune; placée au milieu de l'Europe, elle paraît du moins avoir existé très anciennement.

D'un autre côté , il devient fort difficile de distinguer les cavités ou les vallées dues à des abaissemens , de celles provenant d'un fendillement ou simplement du soulèvement du terrain environnant. Il en faut cependant excepter les cas les plus simples; ainsi il y a eu évidemment fendillement, lorsqu'on voit , comme dans les Alpes vénitiennes et à Martigny , des fentes traverser des montagnes , ou bien des vallées profondes entourées d'immenses murailles, dont les couches se correspondent, tandis que le fond des vallées n'est occupé que par un torrent ou des cailloux roulés. Néanmoins ce fendillement peut encore être postérieur au sofulèvement de ces montagnes , ou n'en être qu'une suite naturelle, ce qu'aucun caractère précis ne nous fera connaître, à moins que la fente ou vallée ne vienne à couper un dépôt , formé évidemment postérieurement au soulèvement en question, c'est-à-dire , en couches presque horizontales au pied de la

ET l'origine des TERRAINS DE L EUROPE. 3

chaîne. Cependant une vallée creusée par les eaux dans un terrain pareillement placé à Tégard d*un autre plus ancien, peut encore quelquefois induire en erreur. Si un dépôt récent horizontal ne fait que recouvrir les tranches des couches dune montagne, cela ne prouve que deux époques de formation , et non pas qu'un soulèvement a précédé le dépôt récent.

Lorsque les vallées ne sont dues qu à des soulèvemens , les dépôts environnans devront avoir été repoussés sur les côtci et offriront donc des inclinaisons opposées , tandis que dans le fond des vallées ils seront en couches arquées ou diversement redressées. Ce cas encore simple a été trouvé âtre ce* lui de quelques vallées circulaires décrites en Angleterre par M. Buckland, et en Westphalie par M. Hoffmann (i).

Le plus souvent , la formation des vallées est compliquée par des érosions ou des fendillemens postérieurs, et surtout par les abaissemens, les soulèvemens et les glissemens qui ont affecté un des'cotés ou une partie de la vallée, postérieurement à sa formation primitive. Ces eflets peuvent même être supposés tels que Tinclinaison des couches, d'abord différentes sur les deux pentes , est redevenue correspondante ou même qu'au lieu des inclinaisons de la vallée vers l'extérieur^ les couches plongent des deux côtés vers le fond du Thalweg.

Lorsqu'une vallée s'est formée par le fendillement ou l'abaissement partiel d'une contrée , les couches voisines de cette faille ou de ces failles, pourront n'avçir pas été dérangées, ou avoir suivi inégalement ou même dans des sens différens ce. mouvement d'écartement ou de descente, tandis qu'ailleurs ces accidens leur auront pu faire subir des mouvemens de bascule de dedans en dehors , ou vice versa.

Avant d'aller plus loin, nous allons faire l'application de ces réflexions, à un cas particulier , savoir à la formation de la vallée du Rhin entre £asle et Bingen. Cette cavité bordée de dépôts secondaires plongeant des deux côtés vers le Thalweg, peut aussi bien être le produit d'un affaissement

(i) Voyez Trans. geoL , N. S. , vol. II , p. i ; et Annal. derPhysik de Poggendorf , n® 8, 1829.

4 COlfSIDl^RATIONS SUR LA NATURS

postérieur au terrain secondaire moyen , qu antérieur à cette formation y et due au redressement ou au soulèyement des couches primaires de la Forêt-Noire et des Vosges. Il peut même être arrivé que le milieu de la vallée se soit formé par une fente faite et remplie pendant la période alluviale ancienne. Bref, il y a une foule de suppositions à faire, et les seules données positives se déduisent des niveaux des divers dépôts , de leurs inclinaisons et des failles. Les alluvions anciennes n'atteignant pas plus les cimes des montagnes voisines^ que ne le font les dépôts secondaires, il est probable que la vallée a préexisté même à ces derniers ; mais le» cbàngemens postérieurs qu'elle a pu éprouver, c'e^t une question que je laisse à d'autres à débattre.

En adoptant des soulèvemens partiels , si Ion admet que la mer a eu une fois un niveau plus élevé qu'aujourd'hui , l'on trouve par la hauteur moyenne du sol tertiaire , secondaire et intermédiaire en Europe , que la mer devait dépasser environ son niveau actuel de quelques centaines à un millier de pieds dans la plupart des bassins tertiaires à l'exception du bassin bavarois et suisse , tandis que lors des dépôts secondaires et intermédiaires, 4ooo pieds auraient été environ le maximum d'élévation de la mer pour les uns et 6 à 8,000 pieds pour les autres (1). D'un autre côté , si Ton trouve trop

(i)La hauteur relative des formations européennes , s'e'tablit par les tables des hauteurs mesurées. Parmi celles où l'on a eu surtout en vue la géologie , on peut citer pour l'Ecosse mon essai sur ce pays ; pour l'Angleterre , les élemens de géologie de M. fiakeWell et quelques mémoires dans les Ann, de philos. r de décembre i8a6 et en 1829 î pour la Scandinavie les mesures de Wahlenberg ( Bericht uber Messungen und Beobachtungen in den laplandischen Alpen , 1812 ), et de Kxsmgev {Profiler och Tabeller ofver de fornamsta bergskodjder, etc, 1827. ) ; pour la France , les mesures de M. Ramoud, en Auvergne et aux Pyrénées , la description des environs de Paris par M. Brongnîart, les données contenues dans la statistique de la Haute-Loire par Deribier de Cheissac; la carte physique de la France de Berghaus; les mesures d'André de G^{ Journal des mines , n* 107), et celles de M, de Oeynhausen ; pour la Suisse, le mémoire de M. Berger {Journal de physique de 1807); les travaux de MM. de Saussure, de Buch ( ses Forages et Mém, de

ET LORIGINB DES TERRAINS DE I<*£UROP£. 5

bizarre de supposer la mer à cette hauteur , l'on peut expliquer les niveaux dififérens des formations par le soulèvement de continens entiers.

Les faits géologiques montrent que ces grands abatssemens de la 7ner , ou ces soulèvemens dos montagnes » ont eu lieu , surtout à la fin de C époque alluviale ancienne , après la formation du sol tertiaire, après le dépôt crayeux ^ vers le commencement des dépôts secondaires • avant la formation des roches intermédiaires récentes, et peut être encore antérieurement à celle de certaines roches de transitions an* ciennes.

Il est intéressant de rapprocher ces conclusions tirées de faits géologiques, de celles assez semblables que M. de Beaumont a déduites fort ingénieusement des directions diverses observées dans la stratification des chaînes du globe. Tout en voyant que nos travaux communs ne manqueront pas de recevoir des corrections et des. additions, cette première correspondance n'en reste pas moins remarquable.

VÂcad. d^ Berlin, i8i5)5 de Muller, de Lescfaevin ,| de Welchen {Monogr. du Mont Rose, etc. ); pour les Alpes allemandes, des me'moires dans les neue Jahrbucheràe M. Moll, vol. IV et Y , les mesures de Schultes, la carte daSalzkammergutàeSieniW^ eic.\ pour les bords du Rhin, les ouvrages de Steininger et d'Oeynhausen (fieogn. Umrisse der Rheinlander) ; pour le Harz, les travaux de Lasius, Ho^ ron de Yillefosse , etc. ; pour la Saxe et la Prusse y des raëmoires dans la Hertha et de Hoffmann ; pour le Wurtemberg, les travaux de Benzeuberg, de Schubler,les Jahrbucher de Memminger ; pour la Bavière , Touvrage de Weiss ( Sud Bayerns Oberflache ) ; pour la Bohême y les mesures de Hallaschka ( Hohenbeslimmungen in der Herrsoh, Tetschen^ 1824); celks du même physicien , pour les domaines de Reicheoau et de Gzernikowitz, 1822 , etc.; pour l'Autriche, celles réunies par Baumgartaer; pour la Silésie, celles de Tous* saint Charpenlier {monatlich, Çorrespondenz^ sepiembre i8i5); pour les Carpatlies , les résultats de Wahlenberg, et des ingénieurs autrichiens ; pour r£spagne , le nivellement de M. de Humboldt ( Heriha, vol. IV, cah. i); enfin, les ouvrages généraux sur les élévations de l'Europe, telles que les tartes de hauteurs de Wiedland , de Perrot, de Bruguiére, etc. ; et les ouvrages de Milteuberg ( Hohenmessungen der Erde); de Brugulère (RelieJ" des montagnes de i*Europe , 1 8a8 ) ; d'Olfsen et de Bredsdorf. ^

Dans la théorie des soulèycmens , il faut bien distingaer deux opinions ; Tune attribue les chaînes de montagnes à des soulèvemens arrivés depuis les temps les plus anciens jusque après la formation de 1^ craie ou même du sol tertiaire ; Tautre fait au contraire sortir toutes ces proéminences après le dépôt crayeux ou pendant Tépoque alluviale. Cette dernière idée paraît sujette à bien plus d'objections que la première, quoiqu'elle s'appuie comme l'autre sur la position géognostique individuelle et respective des terrains primordiaux , secondaires et tertiaires , sur la forme des vallées et des cimes , etc.

Si ces soulèvemens ont eu lieu si récemment, pourquoi les hautes montagnes n'offrent-elles pas des dépôts tertiaires ou d'alluvion ? Comment certains bassins tertiaires auraient-ils pu seuls se combler , s'ils n'étaient pas encore dessinés lors de leur remplissage PD'où vient donc que des bassins tertiaires très voisins n'offrent pas les mêmes accidens de composition et de structure? Si mes objections n'étaient pas insurmontables , les terrains tertiaires des deux versans des Alpes , qui n'ont d analogie que par quelques fossiles, se retrouveraient au moins dans quelques points de cette chaîne, et en Franche- Comté , en-delà du Jura. D'un autre côté les dépôts tertiaires de Bohême né paraîtraient pas si différens de ceux de l'Autriche, et ceux de la vallée du Rhin de ceux de la Westphalie, etc.

Il est fort important d'observer que dans les Alpes , la plus haute chaîne de l'Europe, les dépôts tertiaires n'entrent dans aucune vallée transversale (i). L'examen de ces canaux donnant issue aux eaux de la chaîne centrale ou des vallées longitudinales , montre évidemment qu'on ne peut les attribuer au creusement d'eaux courantes. Le lit des rivières â*est approfondi çà et là , et leurs sinuosités anguleuses se sont émoussées ; mais aucunes traces n'indiquent sur le flanc des montagnes un abaissement graduel des eaux courantes.

(i) Quelques auteurs, comme M. Kefersleîn, la carte d'Allemagne de M. Schropp, etc. , en ont cité à tort dans les Alpes autrichiennes; MM. Sludev et Partsck ont rc'clamé comme moi contre cette erreur.

ET LORÏGINE DES TERRAINS DE L*EUROP£. 7

Des terrasses parallèles de débris ou de petits plateaux d agglomérats n'existent que dans les vallées qui étaient occupées par des lacs ou qui faisaient partie d'un grand lac. Les Alpes de TAutriche et les environs de plusieurs lacs suisses nous offrent de nombreux exemples de ce genre.

Néanmoins, ce manque du terrain tertiaire dans les vallées des Alpes n'a lieu que dans les Hautes- Alpes, car à Textrémité orientale de la chaîne , les derniers rameaux renferment les bassins tertiaires de la Mur, de la Lcitha, etc. En outre, ces dépôts récens remontent fort avant dans les vallée? longitudinales de la Drave et de la Save, et se montrent même dans la vallée longitudinale de Tlnn, au point où elle devient transversale. Ces faits montrent donc que , même dans les Alpes , il y avait déjà lors des dépôts tertiaires un certain

nombre des vallées actuelles.

D'un autre côté , ces roches se retrouvent dans beaucoup de vallées <lu Jura, des Apennin^, des Carpathes et des chaînes de TAllemagne, lorsqu'elles n^étaient pas barrées ou situées trop haut. Le même fait se représente dans les grandes vallées autour du groupe central des montagnes de la France , et la plaine du Roussi lion en est encore un exemple dans les Pyrénées. Gomme les dépôts tertiaires ne se voient nulle part sur les cimes environnantes de ces vallées , il est clair que ces dernières ont dû exister avant le commencement de cette formation , et le plus souvent ces roches sont tellement liées à celles des grands bassins tertiaires , qu on ne peut pas supposer que les montagnes contenant ces vallées ainsi remplies aient été soulevées après ce remplissage. D'ailleurs , l'absurdité de cette supposition est déjà démontrée par le manque de dépôts tertiaires dans les montagnes au-delà d'une certaine hauteur.

L'on voit que ces faits rentrent tout-à-fait dans la distinction établie par M. de Beaumont entre son système pyrénéoapennin et ses systèmes des Alpes occidentales, et de la chaîne principale des Alpes.. D'après sa théorie, le premier a été soulevé avant les deux autres et avant le dépôt tertiaire , tandis que les autres n'ont été élevés que dans la période alluviale; mais les Alpes orientales appartiennent seules au sys*>

tème pyrënéo-apennin ; donc elles doivent offrir seules des dépôts tertiaires.

De plus ^ il a dû y avoir des soulèveniens bien plus an^ ciens, puisque nous ne voyons pas les roches secondaires recouvrir les chaînes. S*il y a çà et là des masses secondaires soulevées à une assez grande hauteur, en général ces dépots se tiennent toujours au pied des chaînes y et n'y dépassent pas une certaine hauteur dans les vallées. Il faut donc que lors de la formation de ces roches , le reste des montagnes ait été hors de Teau ou que les vallées aient été barrées ou que des courans d*eau douce aient mis obstacle à la formation de ces dépôts. Dans quelques chaînes, les amas secondaires ont ainsi pu empêcher le sol tertiaire de s*étendre dans les vallées barrées ; ce cas a pu avoir lieu, par exemple, dans les Pyrénées et sur plusieurs points des Alpes. Si au contraire on voulait supposer, dans les montagnes dépassant de quelques milliers de pieds le niveau ordinaire des dépôts secondaires, que ces derniers ont été soulevés après leur formation, on devrait au moins retrouver ces roches en lambeaux sur ces proéminences. Quelques points des Alpes et des Pyrénées pourraient seuls être cités à Vappui de cette hypothèse y qui peut être vraie pour ces exceptions, mais qui est évidemment fausse pour la généralité des montagnes de TEurope. La hauteur peu considérable de quelques unes » telles que celles de l'Allemagne , du nord de la France et de l'Angleterre , montre même que le liquide ^ui a déposé les roches secondaires, ne devait pas s'élever fort haut , ou que ces pays ont été moins soulevés que le centre de l'Europe ou qu'un affaissement a suivi leur soulèvement.

Il est vrai qu'il ne faut pas oublier que les destructions éprouvées ont pu varier beaucoup dans différentes contrées; néanmoins , rien ne nous prouve la possibilité de destructions si considérables, qu'il ne reste pas de traces d'un dépôt dans toute une grande chaîne. D'ailleurs , plus on étudie comparativement les formations de divers pays et leur gisement respectif, et plus nos cartes géologiques exactes comprennent d'espace , plus aussi Ton voit que la surface terrestre a été d'autant plus irrégulière que Ton s'approche des temps

modernes; les mers se s ont^di visées, leurs bords sont devenus plus ondulés^ et les dépôts se faisant plus localement s en sont d'autant plus diversifiés ^ et leurs couches se sont aceommodées aux irrégularités de la surface recouverte. Enfin , des glissemens , des fendillemens , des sonlèvemens , des renversemens et des destixictions partielles ont achevé la structure actuelle des terrains.

Cet arrangement par bassins, golfes et détroits, et par dépots en arcs de cercle renversés^ se laisserait-il expliquer aussi par le soulèvement subit et fort récent des montagnes anciennes, et de tous lescontinens? Je crois et j'ai toujours cru cette explication peu soutenable ; en supposant ces chaînes sortant d'immenses crevasses , l'on se trouverait le plus sou- Tant fort embarrassé pour s'expliquer le gisement et l'origine des agglomérats , la différence des roches sur deux versans opposés d'une chaîne , la liaison des roches secondaires ou tertiaires des vallées avec celles des grands bassins, et l'origine des végétaux fossiles anciens. En restreignant même ces soulèyemens subits aux roches schisteuses cristallines , et en appliquant cette idée surtout aux Alpes , Ton est arrêté par les mêmes difficultés , qui n'existent plus quand on admet ({u'il y a eu là de tout temps un sol découvert qui a varié de place et d*étendue , et qui a pu subir lui-même des soulèvemens, des abaissemens et des fendillemens tout aussi bien que le fond de la jner.

Prenant acte de faits cités en faveur des sonlèvemens des chaînes , nous croyons donc pouvoir conclure que les sonlèvemens ne doivent pas plus que les autres phénomènes vol-caniques être restreints à une époque ; mais quils ont eu lieu de tout temps» De plus, comme nous n'avons pas d'exem* pies authentiques de l'abaissement de la mer, tandis que nous en avons de sonlèvemens, la théorie doit se baser préférablement sxa: ce dernier fait que sur la simple conjecture.

En exposant ces idées en 1 827, ou les couchant sur le papier en 1822 , je n'ai cru reproduire que celles de plusieurs géologues de notre époque et de divers pays, qui les partageaient sans les avoir explicitement publiées. Les faits géologiqàes étaient devenus assez nombreux pour conduire

lO CONSIDERATIONS SUR LA. NATURE

naturellement h ce développement des idées sur les soulèTemeus de montagnes émises par les Saussure , Dolomieu , de Luc, Ramond, Heim , de Humboldt, de Buch, etc., etc. C'est sur ces déductions géologiques que M. Elie de Çeaumont a basé son beau travail sur Torigine des chaînes, ce qui est d'autant plus flatteur pour nous , que Fautorité imposante de MM. Heim et de Buch ( i ) nous était contraire ; car ces derniers savans paraissaient disposés à faire sortir de terre toutes les chaînes actuelles à la fois , et à la suite d'éruptions basaltiques ou pyroxéniques. Néanmoins, M. Heim, dans son ouvrage si plein d'aperçus lumineux ( Geologische Besekrei* bung des Thuringerwaides , vol. UI, pag. i58, en 1812), suppose qu'avant ce grand événement , il y a eu d'autres soulèvemens produits par des gaz ; mais que leurs effets ont donné naissance plutôt à des bassins ou des vallées circulaires, entourées d'escarpemens, comme dans la lune, qu'à des chaînes et des vallées telles qu'elles existent actuellement.

Avant d'aller plus loin , il convient encore de nous arrêter un moment sur les apparences singulières et trompeuses qui peuvent dériver quelquefois des soulèvemens , question qui n'a pas été envisagée sous toutes ses faces, et à laqi>elle MM. Cordier et Voitz paraissent avoir seuls mûrement réfléchi. Il est en effet possible que des dépôts soient soulevés et renversés de telle sorte , que les plus anciens viennent à re-t couvrir les plus récens , ou même .ce fait a pu n'avoir lieu que postérieurement au redressement, par suite d'un glissement plus ou moins local. Ensuite , le redressement très récent des assises à surface fort bosselée d'un ancien sol , recouvert en stratification conforme ou très peu contrastante par un dépôt plus moderne, peut donner lieu dans des escarpemens et des coupes , à des équivoques très importantes à éviter et très difficiles à apercevoir. Les mêmes erreurs peuvent résulter de Texamen superficiel des couches, se pro* longeant sur un plan incliné ou horizontal dans les cavernes d'anciennes falaises formées par des dépôts antérieurs et

(i) Voyez Geologische Beschreib. des Tkuringervi>aldes de Jfféim^ vol. m,. S 21 , pag. 278 à3oi ; et les Mémoires sur k Tyrolmérid,

lossi horizontaux, ou bien de la vue de crevasses d'une roche non stratifiée , remplie d'un sédiment beaucoup plus récent que cette dernière. Si l'on vient à supposer des redressemens dans de pareilles localités , l'on comprend qu'il fiiut toute l'expérience d'un géologue consommé pour ne pas .sy laisser tromper. Enfin , les contournemens, les plissemens elles compressions que les soulèvemens ont fait éprouver aux <lépâts, et surtout à ceux qui n'étaient pas encore bien consolidés, peuvent donner lieu à des apparences géologiques plus ou moins contraires à la succession véritable de ces dépôts , avant ces bouleversemens.

Les soulèvemens qui ont lieu encore actuellement sur le globe , sont tous des phénomènes volcaniques ; n'en pourraitil pas être de même pour ceux que nous soupçonnons avoir eu lieu lors de la formation de la croûte terrestre ? Le fait est qu'il y a eu dés éruptions ignées à toutes les époques , oit C élévation moyenne relative des différens terrains au-dessus de f Océan, nous indique un abaissement de la mer ou un soulèvement des continens.

Avant et vers la fin des dépôts intermédiaires , la terre a vomi de grands amas des roches granitoïdes et siénitiques ; plus tard , pendant et après la formation de roches récentes , de transition, des masses ignées semblables et des roches diallagiques, serpentineuses, porphyriques et trapéennes , se sont fait jour. Lors du commencement des dépôts secondaires , des porphyres, des traps et quelques masses granitoïdes ou serpentineùses ont apparu. Sur la fin de l'époque secondaire, ou pendant la formation crayeuse des traps , des sélagites , des diorites et des roches diallagiques , et serpentineùses paraissent s*être fait jour çà et là. Enfin , après un repos assez long et peu interrompu , la formation trachytique et basaltique a signalé le commencement des dépôts tertiaires , et un grand nombre de volcans ont épanché leurs laves pendant i'époque alluviale. Lta masse m£m,e des matières ignées vomies paraît être toujours en un certain rapport avec C a baisttment présumé de la mer ou le soulèveinent présumé des eotuinens; ainsi, quoxqu'en général, nôtre tableau synoptique des formations montre que le domaine igné décroît en

sens inverse du domaine neptunien des temps anciens aux temps modernes y lactivité plutonique a été. la plus grande lors des éruptions trachytiques^ et lors de l'époque des demie» dépôts intermédiaires, et la mer a aussi éprouvé à ces deux 1 momens les plus grands abaissemens, ou le continent le» plus grands soulèvemens.

Plus les soulèvemens ont été récens , plusi li^s éruptioniH ignées ont dû avoir de peine à se faire jour à travers la croûti^'^ terrestre devenue toujours plus épaisse à mesure que nou^ ] approchons des temps modernes ; c'est aussi la raison simple j pourquoi certaines éruptions modernes ont pu seules, dans quelques localités favorablement placées, former de grands amas sans avoir l'air d'avoir occasioné de très grands soulè- : vemens dans les terrains traversés, tandis qu'ailleurs des chai* 'J nés ont été portées à de grandes hauteurs et ne laissent aper- 4 cevoir que très peu ou point de traces des matières ignées i qui ont tâché vainement de se faire jour. Cette manière de 1 voir, partagée par M. d'Omalius d'Halloy, rentre tout à fait 1 dans les généralisations de M. de Beaumont, qui semble ar river au résultat que plus les chaînes sont élevées et entières , moins elles sont anciennes , et vice versa.

S'il était donc permis de regarder avec MM. Heim ^ de Buch, Sartorius, Keferstein et de Beaumont les uiatières vomies comme de faibles indices d'une grande fermentation intérieure, qui se serait fait de la place par des ébranlemeas, des fendillemens , des soulèvemens , des renversemens et des éruptions, Ton aurait toutes les données nécessaires pour la solution du problème. Or , nous pouvons soupçonner ces effets j par analogie avec ce qui a lieu dans les éruptions volcaniques ; actuelles, et nous trouvons au moins que Tapparition des masses ignées a été accompagnée anciennement de fendillemens nonn breux, et encore actuellement existans; telles sont des fentes vides ou remplies, et des filons stériles ou métallifères. De plus, des défilés étroits et beaucoup de vallées telles que celles du Tyrol méridional , nous olfent tous les caractères de leur origine violente, et ne se laissent nullement expliquer par un creusement de Veau; on peut bien les considérer comme des effets secondaires plutpniques. Enfin ; les amas ignés nous pré^

ET L*ORtGinE DES TERRAINS DE L*£UROPB. l3

sentent des masses neptuniennes soulevées , des montagnes écartées, dérangées et bouleversées (i); il n'y a donc plus qu'à supposer une augmentation de force pour arriver aux résultats à expliquer.

Si, au contraire, on ne croyait pas devoir accorder la probabilité de ces phénomènes volcaniques , on ne pourrait pas expliquer rabaissement de la mer ou le soulèvement des continens sans moyens surnaturels , et l'on se trouverait surtout fort embarrassé dans l'explication de Torigine de certains terrains houillers, comme ceux du Palatinat, du Rhin, de l'Ecosse , de l'Angleterre et de tout le nord de l'Allemagne.

Si les montagnes ont toujours eu entre elles leur hauteur Tclative, et si, lors du dépôt du calcaire jurassique , l'eau de la mer formait encore, au-dessus d*une grande partie de l'Europe , une épaisseur d'au moins quatre mille pieds, on ne pourrait que s'étonner de voir des amas énormes de véfifétaux enfouis si loin des montagnes dos Alpes , des hauts Apennins , des Pyrénées et de la Scandinavie , puisque ces dernières chaînes devraient, d'après ces idées, avoir été presque les seules îles des mers de ce temps -là , et par conséquent les seuls points où de pareils végétaux auraient pu croître. D'ailleurs, comment se serait-il fait que des parties végétales aussi délicates que des fougères ou des graminées auraient pu se conserver dans des masses arénacées et argileuses, qui seraient venues de si loin, et pourquoi n'auraientelles pas enveloppé , dans ce cas , sur leur route , des débris de corps marins? Enfin , pourquoi ces amas se trouveraient-ils placés justement dans des détroits ou des sinuosités de montagnes fort éloignées de celles dont ib seraient venus ?

Il est vrai qu'on peut avoir recours, dans ce cas, à la supposition très probable que certaines chaînes ont été plus détruites que d'autres. Ainsi, par exemple, les chaînes de l'Angleterre, qui avaient nourri les végétaux tropiques des houillères de ce pays , et la chaîne schisteuse du Rhin , sur laquelle avaient crft ceux des terrains charbonneux du Pala-

(i) Voyez mon Mémoire sur le sud-ouest de la France {Annales ^s Sciences naturelles , 1 8 a 4 ) *

l4 GONSIDËRATIOXS SUR LA IVATUBE

tinat et de la Belgique , auraient eu alors une hauteur assex considérable pour former aussi des îles. Néanmoins il ne me ^ semble pas qu on soit en droit d'attribuer à cette dernière cause seule un effet si prodigieux et si disproportionné d'une chaîne à une autre, et d'ailleurs des abaissemens de certaines parties de la surface terrestre ou de certaines chaîties sont rendus probables parles faits généraux cités précédemment^ et même par les relations historiques.

Cette idée lève du moins toutes les difficultés ; et CQinnie des abaissemens supposent aussi des soulèvemens , Ton s'explique pourquoi les dépôts secondaires s élèvent , dans certains cas, plus haut dans un continent que dans un autre, comme, par exemple, certaines formations des Andes comparées à celles de Tliurope.

En essayant ainsi d'apprécier la hauteur du niveau de la mer ou les soulèvemens des contîneqs, à différentes époques, au moyen des hauteurs relatives actuelles des formations, il ne faut pas oublier qu'il y a des terrains, comme celui de la houille, qui peuvent quelquefois se trouver à de grandes élévations, sans indiquer pour cela que la mer occupait , à l'époque de ces dépôts, ces niveaux, ou qu'un soulèvement les a portés à cette hauteur. Comme nous montrerons plus bas la probabilité que de grandes débâcles réitérées de lacs d'eau douce ont eu une grande part dans la formation des houillères , et surtout des lignite^ , ces dépôts peuvent s'être arrêtés à un niveau fort au-dessus de celui de l'Océan de ces temps reculés. Ce n'est que lorsque ces lacs se trouvaient très près des côtés, ou qu'ils étaient situés dans de très petites îles, que lesalluvions, résultant de leur écoulement, ont pu se déposer sur le rivage de la mer. Il en serait de même si on voulait préférer à notre explication de la formation de la houille, la supposition qu elle n'est qu'une dégénératîon de la tourbe. Quant aux houillères ou lignites formés évidemment sur des rivages par des matières végétales rejetées par la mer ou amenées par des courans, et offrant toujours des débris marins, comme, par exemple, la houille du grès du lias de- Westphalicj ou des marnes alumineuses du Yorkshire, le hgnite du grès vert, etc., il n'en peut pas être question ici.

ET L ORIGINE DES TERRAINS DE L*£UROP£. l5

Comme les houillères de la Colombie s'élèvent, à Chipo, à 8,160 pieds, et d<m$ les Cordillières de Canta peut-être à 1 3,800 pieds d'élévation sur l'Océan, la connaissance exacte de leurs fossiles nous apprendra si elles doivent leur hauteur à un soulèvement de terrain ou à la manière dont elles ont été iorraées. Les mêmes observations pourraient trouver aussi , dans quelques cas , leur application dans la position des lignites de la molasse ou même du grès vert ; mais jus* qu'à présent nous n'en avons pas d'exemples bien évidens , à l'exception, peut-être, de quelques gisemens fort élevés dans les montagnes du Dauphiné (Villars de Laos, etc.) ; et de l'Autriche ( Hinter-Laussa ).

Enfin , il est bon aussi de répéter que la hauteur de chacun des dépôts secondaires et tertiaires marins ne doit pas toujours indiquer précisément le ^niveau général de la mer, ou donner la mesure du soulèvement, puisquils ont pu éprouver des soulèvemens postérieurs , comme cela a peutêtre été le cas pour certains points des Alpes et des Andes. De plus, à mesure qite les formations s'accumulaient les unes sur les autres , la mer se divisait toujours plus en bassins distincts; et quelques uns de ces derniers pouvaient même , à une époque reculée , être assez bien séparés des autres mers pour avoir un niveau un peu plus élevé que celles-ci. Ce dernier soupçon , que je n'avance ici que comme une possibilité , se trouve au moins un fait incontestable pour les terrains tertiaires, puisqu'il est évident que l'eau des bassins tertiaires de la France, du nord de TAllemaorne et de la Suisse devait occuper trois niveaux fort différens. Certains bassins de grès vert ont pu se trouver aussi dans ce cas.

Nous avons déjà dit qu'on a voulu expliquer ces différences de niveau des dépôts tertiaires par des soulèvemens et des rélèvemens de couches; nous n'ajouterons rien à nos objec«tions précédentes, si ce n'ost que cette hypothèse ne rend nullement compte des différences géologiques des bassins tertiaires ; en un mot , nous n'entrevoyons pas les faits qui supportent des effets si prodigieux, et surtout d'une date si récente , quoique nous admettions que de semblables phénomènes ont eu lieu à toutes les époques; mais leur intensité

iG CONSIDÉRATIONS SCE tk. NATDRE

et leur étendue nous semblent nvoir diminué depuis les temps géologiques les plus anciens jusqu'aux plus modernes, parce que leurs causes premières suivent cette progression décroissante.

Partant de ces suppositions plus ou moins probables , n'aurait plus besoin de s'imaginer que la mer a été une fuii à la plus grande hauteur qu'atteignent les schistes intermédiaires et cristallins , puisque des portions de chaînes pareilles ont pu être soulevées posté rieuie ment à leur formation. Nous n'avons guère les moyens d'estimer la hauteur du niveau des mers , au sein desquelles se sont formés les dépôts intermédiaires; nous en pouvons seulement déduire l'existence d'une mer semblable à l'Océan actuel, et occupant les parties les plus basses dttlglobe ou les cavités de sa surface.

Les impressions des végétaux terrestres et même la plupart des lits d'anthracite des masses schisteuses intermédiaires, nous indiquent clairement que certaines parties de ces rockti formaient déjà au milie u des mers dm iles , qui nourrissaient des plantes peut-être infiniment moins variées que celles qui couvrent maintenant la surface terrestre: ce qui semble mener à l'idée dune tempéraluie plus uniforme sur toute la terre, que celle qui existe maintenant. De plus,ieJ végétaux monoootylédons fossiles de cette époque, et la rareté des dicotjrlédons , nous montrent que la première ctaue de plantes existait alors presque seule sur la terre, ou pré' dominait du moins sur les autres, et la ressemblance ou fanalogte de ces plantes avec tes végétaux tropiques nous porte à croire que la température générale de l'atmosphère Était égale ou même supérieure à celle de ta zone équatoriale.

D'un autre ci^té, la mer était déjà peuplée de toutes les classes d'êtres quelle renferme à présent , à l'exception des cétacées , mais les espèces de ces êtres paraissent avoir été moins variées que maintenant, et semblent indiquer un fluide aqueux beaucoup plus analogue à la mer actuelle entre les tropiques qu'à celles des zones tempérées ou glaniâtes. Telles sont les données que nous suggère l'étude des fossiles marins de ces anciennes formations, dont plusieurs

ET L ORIGINE DBS TERRAINS DE L EUROPE. i *]

jgônres, et la plupart des espèces , si ce n'est pas toutes , ne u retrouvent plus dans nos mers,

La conservation des êtres marins, et surtout Tenfouisse- Rient des végétaux et des animaux terrestres dans les dépôts , dépendant de mille circonstances très variées, les pétriBcatioiis d*une formation ne doivent nous donner qu une bien faible idée du nombre des êtres et des végétaux d*une époque, eC même cet aperçu doit être d autant plus imparfait , que nous examinons un terrain plus ancien, c'est-à-dire d une époque où il y avait probablement moins d'animaux et déplantes, et où leur conservation était peut-être moins facile. Quant aux végétaux et aux animaux terrestres, on ne peut trop se tenir eu garde de croire connaître la flore ou la faune d une époque , puisque les pétrifications de ce genre sont loin d'être comme les êtres marins^, un accident assez commun , mais des effets d'accidens locaux, en un mot ,. des raretés. Ainsi, si les terrains intermédiaires ne nous ont pas offert jusqu ici d'amphibies , si même le sol secondaire ancien ne nous a pas présenté jusqu'à présent des os de mammifères , nous n'en pouvons pas conclure que l'existence de ces deux classes d'êtres à ces diverses époques est impossible. Néanmoins, la comparaison de la distribution géognostique des fossiles connus jusqu'ici rend probable que l'existence des élres les plus parfaits dans les temps anciens devient d'autant moins .probable qu'on approche du sol intermédiaire infé rieur, et qu'on remonte dans l'échelle des animaux vers les classes supérieures.

Pendant et après le dépôt de toutes les roches inlermé" diaires , ont apparu de nombreuses masses non stratifiées (granité, siénite 9 serpentine, porphyre et trap ) , qui ont été accompagnées de fcndillemens , de relèvem>ens et de quelques soulèvem^ns et abaissemens de terrain. Ces derniers effets ont dû contribuer à la formation de quelques grandes vallées et de quelques groupes de montagnes ou à celle de certaines îles , et ils ont pu se succéder alternativement dans un même lieu ou dans différens lieux d'une éruption à l'autre. Ces ckangemens de position de quelques masses minérales ont dû occ4isioner, nécessairement, pendant la formation

ifUermédiaire , des oscillations dans le niveau ou l'étendue des mers , et après ce dépôt , un rehaussement considérabU des continenSy ou, si l'on yeut, un abaissement sensible de la masse entière du fluide aqueux y si du moins nos principes fondamentaux sont bien basés.

Enfin , non contens d'avoir introduit des masses ignées au milieu des dépôts neptuniens intermédiaires, les ageiis plutoniques ont continué sourdement leur travail , et ne l'ont cessé tout'à-fait qu'après un long espace de temps. C'est dans ces espèces de solfatares ou ces émanations de différens gaz acides ou métallifères, qu'il faut probablement chercher la première origine des amas de gypse et de sel intermédiaire , l'altération variée de roches calcaires ou argileuses, la formation de tant de filons , et de la plus grande partie des matières qui les remplissent.

Dans ce temps4à Y Europe présentait une immense mer, parsem.ée d'un assez grand nom,bre d'îles et de petites chaîne» de m^ontagnes sous-m^arines. Au nord se trouvaient les deia groupes des îles scandinaviennes et des iles écossaises , anglaises et irlandaises , composées des parties les plus élevées des chaînes de schistes crystallins et intermédiaires de ces différens pays. A l'est, les chaînesentre laRussieetl'AsiefoTxnsLientà'sLU' très îles ; au sud, la plus grande partiedes Alpes centrales^ depuis la Ligurie et la Provence jusqu'en Hongrie, constituaient un long continent qui était lié au Bohmerwaldgebirge , et au-devant duquel s'élevaient probablement au nord Yîle française ou les parties les plus élevées du centre de la France, Vile westphaltenne ou le gtand plateau schisteux des bords du Rhin ; Vite de CErzgebirge et du Riesengebirge , comprenant aussi le Fichtelgebirge et le ITiuringerwald , l'île ou les îles des CarpatheSj c'est-à-dire le centre des Garpathes septentrionales et la partie orientale de cette chaîne, ou celle qui entoure la Transylvanie , Xile slavonienne ou de Petervaradin, Au sud des Alpes apparaissaient peut-être, sous la forme d'tles ou de m^ontagnes sous-marines , la chaîne de l'Hemus et le sol primaire de la Macédoine, une partie de la Grèce, de la Calabre et de la Sicile , de la Corse et de la Sardaigne, tandis que dans l'ouest de l'Europe, la mer environnait les

iks des Pyrénées ^ du centre de C Espagne et du Portugal^ rîle de la Bretagne, unie alors au Gomouailles, et peutêtre uiéme au pays de Galles. Enfin , dans le centre de TEurope, les Vosges, la Forêt-Noire, le Hartz, formaient trois autres iles. Il est naturellement sous- entendu que nous ne faisons qu indiquer ici la place probable de ces îles , sans préjuger les changemens et les soulèvemens postérieurs qu elles ont pu éprouver. Parmi les chaînes sous-marines on peut placer encore des portions basses des chaînes de la Péninsule espagnole et de Tîle de la France centrale , la base des Apennins, rOdenwald, le prolongement des Alpes orientales en Hongrie , la chaîne de Sandomir en Pologne ^ le plateau intermédiaire et granitoïde de la Podolie et de TUkraine méridionale , celui des environs de Bachmout sur le Donetz , les éminences intermédiaires de Tlngrie et de TEsthonie^Ies îles de Gothland et d'Oland, les îles Shetland, les Hébrides extérieures et même peut-être le petit groupe d'Alvesleben auprès de Magdebourg. La plupart de ces montagnes présumées SOUS' marines sont composées de roches de transition Us plus récentes.

Des bas - fonds ou des détroits séparaient ces îles. Le Fichtelgebirge était peut-être séparé du Bohinerwaldgebirge par une cavité du premier genre , tandis que nous pouvons placer dans l'autre classe les espaces qui se trouvaient entre les îles anglaises et écossaises qui étaient au moins au nombre de cinq ou six; ceux qui existent entre le Hartz et TErzgebirge, entre le prolongement oriental de cette dernière île ou TEulengebirge et Tîle Carpathique septentrionale , entre les Sudetes et TEulengebirge et le Bohmerwaldgebirge , entre l'île de Podolie et de Krimée, entre les îles alpines et turques, entre Tîle pyrénéenne et File du centre de la France, et entre celle-ci et les Alpes d'un côté, et la Vendée unie à la Bretagne de l'autre. Au centre de l'Europe , il y avait entre Tîle westphalienne et celleê des Alpes , de la Bohème et de la France, une espèce de mer intérieure avec les îles de la Forêt-Noire et des Vosges, dernières îles que des détroits peu larges séparaient entre elles ainsi que de celle de Westphalie. De plus vastes mers exiftpùent en Russie

entre l'Oural , le Caucase et la Podolie , et s'étendaient an loin dans les steppes actuels de l'Asie. Je laisse à d'autres à décider si la Méditerranée pénétrait alors aussi bien par la Croatie en Hongrie que par THellespont dans la mer Noire, ou si ce dernier passage est d une date plus récente.

Cette manière de se faire une idée de laspect de la mer à cette époque conduit à observer d'abord que la position respective de ces îles^ préparait déjà la distribution géographi* que des mers européennes actuelles. Ainsi ^ l'île africaine nord-ouest ou l'Atlas , et l'île africaine nord-est ou Nubique , l'île caucasienne, y compris la chaîne primaire de la Crimée, et les Alpes avec ces îles adjacentes environnaient déjà une mer analogue à la mer Méditerranée , et l'isolaient en partie du reste de l'Océan, tandis que les îles du nord-ouest de l'Europe marquoient la place de la mer du nord actuel, et la vaste profondeur entre les îles scandinaviennes , vinsses et de l'Erzbirge et du Riesengebirge, celle delà mer Baltique. Nous allons voir comment les dépôts plus récens sont parvenus, grâce à l'abaissement du niveau de TOcéan ou au soulèvement des continens, à compléter l'isolement de ces mers. Secondement, on ne peutpas s'empêcher d'observer que les îles qui ont le moins souffert ou qui ont été le plussoulevéessont les Alpes ou celle qui est située au centre de toutes les îles européennes et africaines , de manière qu'il ne paraît pas hors de toute vraisemblance, qu^elle doit une partie de sa conservation à cette espèce de digue qui l'a protégée contre la force des vagues et des courans , soit de l'Océan , soit de la mer Glaciale , et qu'elle a été de plus soulevée encore postérieurement à beaucoup d'autres chaînes de l'Europe.

D'un autre côté , il est évident que Us îles qui onb le plus été démantelées ou le moins soulevées sont celles de Couest et du centre de l'Europe ; car les montagnes qui les représentent maintenant , ont toutes une hauteur si peu considérable , qu'elles semblent même avoir éprouvé de grands abaissemens, comme la chaîne schisteuse westphalienne, celle de Bretagne, etc. Ce phénomène a pu même être accompagné de la disparition de quelques îles situées à l'ouest de l'Europe. Les propositions précédentes montrent que l'époque de cette

grande catastrophe , ou plutôt de cette série de catastrophes , tombe nécessairement après la formation du grès houiller ou même du grès bigarré qui environnent ces îles. Mais nous n'avons pas les moyens de la fixer plus décidément.

Enfin , il résulte de ces considérations que l'Océan et les mers occupaient déjà à cette époque^ à peu près la place qu'elles ont à présent. Les îles avaient, comme au jour d' hui » leurs m^ontagnes^ leurs vallées , leurs rivières et leurs lacs ; leur surface était couverte surtout de plantes m^nocotjlédons assez analogues à celle de la zone équatoriale actuelle. Des graminées, de grandes fougères arborescentes, différens arbres et arbustes curieux et quelques dicotylédons , dont une partie nous est conservée dans les houillères, embellissaient seuls ces terres. Quelques mollusques et quelques poissons vivaient dans les fleuves et les lacs; quelques reptiles se plaisaient près de l'embouchure des rivières dans la m>er, et il y avait déjà probablement quelques ittsectes.

La température chaude était encore entretenue dans les îles européennes par différentes causes physiques en partie inconnues , mais parmi lesquelles figuraient probablement surtout le refroidissement lent des muasses granitoïdes ignées et des schistes qui avaient été liquéfiés ou rendus cristallins par les agens plutoniques (i), rétendue des eaux de la mer ^ la forte évaporation^ considérée sous le point de vus de son influence sur la pression de la colonne aérienne , et sur la chaleur des rayons solaires et sous celui de conducteur du calorique. Naturellement la température a dû baisser en même temps que les causes physiques qui Tentretenaient cessaient petit à petit d'agir.

De même que la mer et ses courans, aidés par les rivières, avaient su élever les terrains arénacés intermédiaires, au moyen de débris de roches plus anciennes, et de même qu elle avait formé les amas et les mélanges calcaires au moyen de la destruction du travail d une infinité d'êtres ma-

(i)Voyei mon Mémoire sur les Pyrëne'es (Annales des Sciences naturelles y ^oûi 1824)? et le Mémoire sur les roches primaires de M. MaccuUoch {Journal ds * Institut royal de Itondresy iSaS).

s 2 CONSIDBKATIONS SUR LA KATURE

lins, et en s'aidant peut-être des matériaux fournis par les sources minérales, jadis plus abondantes; dans les âges sui- Tans y les mêmes causes ont continué et continuent encore en partie ou entièrement à produire des effets analo<» gués.

IjCê rivières des îles européennes étaient occupées , comme aujourd'hui , à transporter sans cesse au sein des mers peu étendues ou sur le bord des grands océans^ des caillouœ et des sables et des parties végétales.Cetr^yail était rendu plus considérable qu'à présent, surtout par deux causes. D*abord, h masse des eaux courantes était plus grande qu'aujourd'hui , parce que la température plus élevée d^une grande partie du globe occasionait une évaporation beaucoup plus forte, et par conséquent des météores atmosphériques électriques ^ et des pluies si considérables que nous ne pouTons guère en avoir une idée , même par les ouragans et les pluies qui ont lieu sous réquateur. Ensuite, les nuages se tenant surtout autour des montagnes , et Tétendue des terres étant moins considérable , il devait tomber sur un même espace de terrain plus de pluies qu*à présent , lorsque les autres circonstances étaient é;4ales. Enfin , la pente du lit des rivières était naturellement plus forte qu'à présent, ce qui devait aussi accélérer le transport des matières d alluvion.

A mesure que la température a baissé , que l 'évapora tion a diminué, que le sol découvert s'est augmenté, et que le plan incliné du cours des rivières s'est approché de plus en plus de l'horizontalité , ces effets prodigieux des rivières ont du diminuer petit à petit. Cette diminution graduelle des dépôts arénacés explique en grande partie pourquoi la suite des terrains secondaires et tertiaires nous présente dans les masses des deux séries des formations arénacées et calcaires, deux progressions décroissantes , chacune dans un sens différent ; savoir : les masses arénacées des terrains anciens aux formations modernes et les dépôts calcaires de ces dernières aux premiers.

Pendant que les rivières étaient ainsi occupées à charrier des alluvions dans la mer, cette derfiière rongeait de son côté les continens par ses mouvemens périodiques et ses courans, et ai"

ET L*ORIGIN£ DES TERRAINS DE l'eUROPE. !|5

âait en même temps à arranger les débris (ies continens et du travail dùs êtres marins en couches et en lits réguliers. Puisque la mer produit encore ces effets , il ont donc dû avoir lieu de tout temps (i). Lorsque les masses d'alluvion étaient trop considérables^ la mer n'avait pas la force de les étendre au loin ou de les arranger en strates; elle n'attaquait alors que leur surface , et produisait ainsi des aiternations de roches grossières et fines par Tirrégularité de ses mouvemens. D'un autre côté, dans les instans où des causes physiques lui donnaient plus de force^elle pouvait produire à peu près, dans un même espace de temps, des couches beaucoup plus épaisses que dans d'autres momens.

Les rivières et les torrens devaient naturellement enlever^ comme aujourd'hui et comme lors de la formation du dépôt intermédiaire des végétaux qui croissaient sur leurs bords^ et ils devaient les ensevelir ensuite dans différens états de conservation dans leurs alluvions (9). Dans les grandes crues d'eau ou le temps des pluies, des débordemens prodigieux devaient causer encore de plus grands ravages, et enfin lors^ que des lacs de ce temps-là trouvaient le m>oyen de rompre leurs digues et de s'écouler , ces masses d'eau devaient, d'après la pente forte des canaux d'écoulemens, produire des eH^ets dont nous ne pouvons que nous faire une très faible idée, par ies débâcles des lacs de notre âge (3).

Ce sont ces différentes causes qui me paraissent avoir donné naissance aux terrains houillers, et c'est ainsi que je m'explique , non seulement la quantité de végétaux et les coquillages d'eau douce qu'ils contiennent, mais encore leur manque presque complet de corps marins, leur position et leur <listribution géographique irrégulière.

Plus Ton étudie les effets et les produits des débâcles des

(1) Voyez à cet e'gard les recherches de M. Stevenson sur la mer d^Allemagne, et celle de M. Nemmo, sur le canal d'Irlande et la Manche (Journal philosophique de Dublin, n" i , iSaS).

(2) Voyez les détails sur les alluvions énormes de cailloux , de sables et de bois du Mississipi , dans les journaux américains ( Journal of Sciences de Silliman , etc. , etc. ).

(3) Voyez les détails de la débâcle du lac de Mauvoisin dans la^ vallée de Bagnes.

lacs modernes et la structure de certaines grandes alluTions anciennes, plus Ton trouve que le gisement et les accidensdece» dépôts ressemblent à ceux des amas de lignite dans le terrain tertiaire. Comme ces derniers- ont souvent la plus grande analogie de structure et de nature, soit avec les lignites secondaires , soit avec les terrains houillers, il semble donc que tous ces dépôts ont été formés à peu près cfe même, et que leurs différences ne proviennent que de l'époque différente à laquelle ils ont eu lieu et de leur mode de formation.

Il y a des amas de végétaux qui ont été enfouis subitement, et convertis en houille, tandis que d'autres ont été long-temps ballottés dans l'eau, et ne se sont déposés que pourris, en débris ou même en matière végétale fort altérée. C'est ainsi que s'explique la nature variée des roches charbonneuses , et les lignites pulvérulens paraissent surtout avoir été formés de la dernière manière décrite. Un petit nombre de roches bitumineuses et surtout calcSres, et même peut-être quelques houilles seraient seules provenues de matières animales; telles sont surtout certaines roches des Alpes calcaires.

On obsçrve que la place de tous ces combustibles , sans distinction , est dans des cavités , des vallées, des sinuosités , c'est- à-dîre dans d'anciennes baies ou de grands détroits de mer ou bien sur des plages. On remarque dans tous , les mêmes singulières alternations de couches , souvent irrégulières, les mêmes glissemens de certaines parties, et les mêmes accidens et fendillemens, qui sont une suite nécessaire de ces mouvemens des masses. En général, plus le terrain ainsi formé est ancien , plus tous ces accidens sont considérables et fréquens, et indiquent par conséquent des causes puissantes. Il est clair que lorsque les plages marines étaient très vastes et régulières , les dépôts charbonneux ont dû s'étendre plus uniformément, et ont été moins sujets à des glissemens et fendillemens , c'est ce qui est arrivé pour certaines séries de couches secondaires à lignite. ( Lignite du grès du lias de Westphalie et lignite du calcaire jurassique supérieur d'Istrie. )

Si le rapprochement de ces différens dépôts est véritablement fondé sur l'identité ou sur l'analogie de leur origine,

> ET L*ORIGINE DES Tl^^RRAINS DE L EUROPE.. a5

il s*ensuiTrait un fait géogiiostique important. Puisque les bois des alluvions et les lignites en général ne forment que des. accidens dans le sol alluvial tertiaire ou secondaire, il devrait en être de même pour le terrain houiller , par rapport à la grauwacke et au grès rouge , et ce dépôt ne remplirait dans un'grand bassin qu'une très petite portion, au lieu de couvrir, comme d'autres terrains , toute l'étendue d'une semblable cavité.

Cette considération servirait aussi à expliquer l'irrégularité de la distribution géographique du dépôt houiller , dépendant de la grandeur des îles et des causes dont il serait provenu. Elle rendrait aussi raison de sa position variée, par rapport à la grauwacke, avec laquelle il est souvent lié , et sur laquelle il repose ailleurs^ en stratification transgressive et non concordante.

Les îles écossaise, anglaise, belgico-westphalienne du Hartz , du nord et sud de la Bohême et du centre de la France , ont donné naissance aux plus grandes masses houillères de l'Europe, Celles de l'Ecosse ont été surtout accumulées dans un détroit de mer entre l'île écossaise principale et la chaîne , en partie sous-marine , de grauwacke au sad de ce pays. Les houillères de l'Angleterre et de l'Irlande gisent dans des sinuosités au pied des roches schisteuses de ces îles , ou bien dans le détroit que l'île anglaise formait avec rîle de la Bretagne et du Cornouailles. Les dépôts provenant de rîle westphalienne se sont fait de même en Weslphalieet en Belgique , dans de petites sinuosités sous-marines de la chaîne schisteuse (i), et dans le Palatinat du Rhin, dans le fond d'un détroit de mer. Les matières charbonneuses de rîle saxo-bohémienne se sont déposées dans des petits bassins ( Silésie , Hultschin , Glatz , Tharand , Plauen ) , ou dans les profondeurs de la grande cavité au sud de l'Erzgebirge ( Bo-, hême centrale), tandis que la partie la plus profonde du détroit entre le Bohmerwaldgebirge et les montagnes de Moravie a été comblée par un semblable dqpôt.

(i) Voyez la carte des dépôts houillers de la Belgique de M. Oeynhausen dans les Archives de l'^trt des mines de Karsten , iSaS.

Les eaux de Tîle centrale de la France ont charrié leurs amas houillers dans des sinuosités sous-marines sur le coté occidental de cette île ( Figeac) , et dans des cavités sur le rivage opposé (Saint- Etienne , sud de Moulins , Autun ^ etc.) ou méridional (Alais).

Quelques autres dépots houillers se sont formés en Irlande, autour de la Bretagne (Litry, Anzet, Quimper, etc. ),à Test du Hartz ( Wettin) et du Thuringer-Wald (Ilmenau^ Kronaoh , en Bavière), dans le sud de la Hongrie ( Oravitza et Cinq-Eglises), en Espagne, en Portugal et peut-être même à Pestum près de Naples.

Partout ailleurs Ton n'aperçoit pas en Europe de houillères , soit qu'elles n'aient pas été produites , soit qu'elles aient été détruites ou enfouies dans des cavités , maintenant entièrement recouvertes de terrains plus récens, comme peut-être le long de la plus grande partie de l'île Alpine et de rOural. Cette absence presque complète du terrain houiller dans tout le sud de l'Europe , et son accumulation dans le nord-ouest et le centre de ce continent, est un fait d'autant plus curieux qu'il a son pendant dans l'Amérique du nord aussi bien que dans l'Asie orientale (Chine). De plus, ces amas de végétaux se retrouvent assez abondamment dans les régions arctiques, tandis qu'ils paraissent extrêmement rares entre les tropiques où dominent, d'après nos connaissances actuelles, des formations primaires immenses (Brésil, Guyane, Colombie, Indostan, etc.), des dépôts intermédiaires, anciens (Mexique, Amérique du sud, etc.) , de grands amas d'éruptions ignées de divers âges ( Pérou , Mexique , Indostan), quelques terrains secondaires anciens (Colombie, Afrique ) ou des calcaires assez récens ( Indostan , Amérique du sud), et divers dépôts tertiaires ou d'alluvions (Colombie, Afrique, Indostan ). Ce n'est que dans l'hémisphère austral, dans la Nouvelle-Hollande et le Chili , par exemple , que nous croyons retrouver cette même abondance de végétaux enfouis à l'époque dont nous nous occupons. Serait-il possible de supposer que la température était encore alors trop élevée entre les tropiques pour permettre le développement des végétaux , tandis qu'ils prospépeient déjà dans les ;^ones

ET li'oRIGINE DES TERRAINS DE L.'eUROP£. S 7

tempérées ou même sur les hauts plateaux existans près de lequateur, comme dans la partie occidentale de TÂmérique du sud , et au centre de l'Afrique et de l'Asie. Nos données géologiques sur les pays équatoriaux sont encore trop imparfaites pour répondre affirmativement à cette présomption^ dont la vérification expliquerait alors assez naturellement pourquoi le lias de certaines localités du sud de TEurope (Alpes de Savoie) recèle les mêmes végétaux que leshouiU 1ères du nord. D'après les connaissances que nous avons sur la vie végétale et animale ^ nous savons que la première est bien plus soumise à certaines circonstances de température et d'humidité que celle des êtres vivans ; donc les animaux marins ne se nourrissant que de l'eau de la mer ou les uns des autres , ont pu exister dans des pays où il n'y avait pas encore de végétation terrestre. Toutefois , on pourrait aussi supposer qu'entre les tropiques les circonstances qui ont enfoui les végétaux ne se sont pas présentées ou n'ont eu lieu que rarement. Qu'on embrasse l'une ou l'autre de ces hypothèses , il n'en reste pas moins le fait entrevu d'une différence essentielle entre les dépôts équatoriaux et des zones tempé> rées et arctiques.

Plusieurs de ces masses houillères sont placées si près de montagnes très peu élevées (Hartz, Thuringerwald , Bretagne), qu'il est bien difficile de décider si elles en sont dérivées, ou si elles sont venues de quelque grande chaîne voisine. En adoptant la première idée, comme la plus vraisemblable, Ton est obligé de supposer alors que ces montagnes^ actuellement si petites , ont été autrefois beaucoup plus élevées^ et quelles ont été détruites ou subitement abaissées ou bien que la mer a toujours eu un niveau très bas.

Parmi les terrains houillers, que nous venons d'énumérer, ceux qui alternent dans leur partie inférieure avec des calcaires coquilliers marins , ont été déposés dans des cavités sous-rbarines autour de petites iles , et ont été enfouis sur des plages marines. Il est difficile de s'assurer que tous les autres dépôts charbonneux aient eu une semblable position primitive, quoique cette dernière n'exige pas, cependant, des altemations de dépôts d'eau douce et d'eau salée, puis^

que des alluvions fluviatiles charriées dans la mer, et des dé* pots marins peuvent parfaitement expliquer ces apparences^ Avant la formation des amds charbonneux , et pendaM ce dépôt y des éruptions porphyriques ont fréquemment e^ lieu 9 et la situation de ces anciennes bouches volcaniqueê étaient , commue aujourd'hui , sur les rivages ou près d^euxi Ces éjcùtions de matières ignées étaient infiniment plus eon^ sidérables que dans les volcans actuels. Parmi les causes ds cette différence , on peut placer Coxidation moins avaneét qu' aujourd'hui des couches supérieures du noyau terrestre , et surtout la pression qu'avaient à surmonter des laves coulant généralement sous un liquide plus ou moins im^pur: Cette dernière cause faisait que les éruptions demandaient une beaucoup plus grande accum,ulation de matières élaborées que de nos jours , tandis que la proximité plus grands du laboratoire souterrain de la surface terrestre facilitait la sortie des laves. Ceci explique aussi les longs intervalles de repos qui ont permis la formation de tant de roches ne/^ taniennes , entre les divers dépôts porphjriques et basaltiques anciens (i).

Ces éruptions ignées paraissent avoir eu une influence particulière sur la production de la muasse principale des houillères, puisque tous les grands terrains charbonneux sont accompagnés de porphyres, et puisque les deux plus considérables amas de matières végétales se trouvent justement aux deux époques où les agens souterrains ont élevé infiniment plus de laves que dans d'autres momens.

Cette influence a été indirecte; l'apparition des montagnes de porphyre a du interrompre çà et là le cours des eaux, et même former des lacs ou des bassins sous-marins, tandis que cette même cause ou les tremblemens de terre et les autres phénomènes qui ont accompagné ces éruptions , ont pu favoriser , jusqu à un certain point , Vécoulenient de grandes masses d'eau , et ont pu ainsi donner lieu à plusieurs portions des terrains houillers.

En outre, la structure des districts trachy tiques rend pro-

(i) Voyea Daubeny {Description ofvolcanoes , p. 407 )•

ET L ORIGINE DES TERRAINS DE L EUROPE. ^(y

)able qu'après rélévation de ces immenses montagnes de roehes ci*ystalHnes , des déluges d'eau ont dégradé^ comme à la suite des éruptions volcaniques modernes , une grande partie de l'ouvrage des agens souterrains, et ont accumulé ces débris avec les masses scoriacées et légères autour de la tMse de ces montagnes^ L'apparition des porphyres seconlaires paraît avoir été accompagnée à peu près des mêmes iccidens, quand ils se sont trouvés assez élevés hors de la nrfiïce des eaux, et ceux qui sont restés sous-marins ont souffert aussi de grandes dégradations.

C'est ainsi que des agglomérats rouges ou des dépôts de lodliôgende se sont formés dans tous les lieux ou il y a eu des éruptions porphyriques. heur mode de formation explique pourquoi èes roches sont distribuées, comme les houillères , beaucoup moins généraleipent que les autres terrains secondaires. Comme ils ne recèlent pas tous ces végétaux du terrain charbonneux, et que leurs fossiles ne sont principalement que de gros troncs de palmiers ou de dicotylédons(i), il est clair que leurs aggrégats grossiers ont été accumulés d'une manière encore plus violente que les grès houillers , tandis que les matériaux dont ils dérivent différaient aussi

entre eux.

• Tout autour de l'île de rErzgebirge et du Riesengebirge, les dé^aJations des masses porphyriques ont produit, çà et là , des amas de grès rouge secondaire ( todtliegende ) , qui ont commencé à combler le fond des grandes cavités secondaires du nord de l'Allemagne. Autour du Hartz et du Thuringerwald, sur les Vosges et la Forêt-Noire se sont formés de semblables dépôts. Il y en a aussi en Angleterre (Exeter) , mais en général dans ce pays , comme en E cosse et en Norwège , les grandes masses porphyriques ayant apparu plus tôt, ont donné au terrain intermédiaire récent ou au grès rouge intermédiaire ( Old red Sandstone ) des caractères minéralogiques assez analogues au todtliegende des Allemands.

(i) W. Ad. Brongniart avait nié ce fait dans son intéressant Prodiome des vq'gëtaux fossiles , et a été attaqué k ce sujet par M. Yoltz, et Hoffmann {Annales de Poggendorf^n? 3 , 1829); il est convenu avec nous avoir eu tort.

3o CONSIDERATIONS SUR LjL HiLTUAB

Autour de lile Alpine , les porphyres secondaires ne s pas sortis sur sa pente nord, et le grès rouge secondaire existe pas, ou du moins il ne s y fait remarquer qu*aut du groupe porphyrique de la montagne de TEstrelle en 1 vence. Sur le versant sud des Alpes, les porphyres en pa quarzifères se sont fait jour depuis Windish-Kappel en rinthie, jusqu*à Arona sur le lac majeur; ils ont surt abondé en Tyrol, entre le Cordevole et VAdige.

Des éruptions de porphyre quarzifère ont eu encore 1 çà et là en Hongrie (Cinq-Eglises) , en Bretagne (Montrel Quimper, etc. ) (i) , en Forez ( La Palisse) , et des aggloi rats ou des grès rouges secondaires ( Todtliegende ) s y s aussi formés de leurs débris.

Dans beaucoup d'endroits un dépôt marin calcaire s cède au grès rouge secondaire , ce qui indique que Us droits ou cette formation a eu lieu ont joui d*un re assez long y ou plutôt ont été assez exempts de matières a nacées » pour que la mer ait pu former des dépôts presi uniquement au moyen des débris du travail ou des demeu d*étres marins très variés. Certains terrains houillers ( Ps tinat du Rhin) présentent dans leurs parties siipérieu des alternations de grès avec quelques couches minces d calcaire assez semblable au premier calcaire secondaire, qui semblerait montrer que dans ces lieux la mer co mençait déjà à se disposer pour la formation de semblât] dépôts.

Au premier abord , Taltemation des terrains calcai et arénacés nous indique des causes soumises à de grani périodes irrégulières ; il est cependant possible: que ces apj rences géologiqueis proviennent d*ime association de eau tout-à-fait différentes.

D abord ces dépôts calcaires ne sont pas présens partoi ils n*ont pas toujours la même épaisseur, et ils sont en qu ques lieux remplacés en tout ou en partie par des masi arénacées. L'agglomérat magnésien du calcaire magnési

(i) Voyez mon Mémoire sur le Sud-Ouest de la France, dans Annales des Sciences naturelles , août , 1 8:»4*

f ET LORIGIIfJE DES TERRAINS DE L EUROPE. 3l

^ secondaire (Normanclie » Angleterre ), les couches arénacées du Muschelkalk et du calcaire jurassique de certaines localités (Âllemag^ie^ Dalniatie), et le carbonate de magnésie et de chaux disséminé dans tout le Keuper, nous présentent des exemples de ces propositions , et nous montrent bien que des cailloux ou des sables n'ont jamais cessé d'être charriés par les riyières ou la mer. 11 semblerait donc que toutes les localités n'ont pas été également favorables à la production de ces dépôts calcaires pures, comme ^ par exemple, les environs des Vosges et de la Forêt-Noire (i). Ensuite la progression décroissante des masses calcaires depuis les temps géologiques modernes aux temps ancien s ^ nous apprend non seulement que les animaux marins se sont multipliés, petit à petit , d'autant plus que nous approchons de Fépoque des formations récentes , mais encore que les demeures de ces êtres ont eu toujours plus de facilité à se conserver, ou que la mer a toujours plus aisément pu accumuler leurs débris ien couches, sans être troublée dans son opération par les alluvions arétiacées.

Le calcaire des schistes intermédiaires anciens est toujours plus oxk moins entremêlé de schiste, ou ce n'est qu'un calcaire entrelacé de schiste. Dans les masses plus récentes cette roche forme déjà des couches courtes, et dans la grauwacke ces dernières deviennent encore plus distinctes y plus épaisses , plus pures et plus évidemment l'ouvrage d'êtres marins. Plus tard , à l'époque des calcaires secondaires , les dépôts calcaires sont encore plus considérables et infiniment plus prédominans ; ce qui indique donc que plus l'on approche de l'époque des terrains plus récens , plus il y a eu d'endroits favorables au dépôt du calcaire marin , ou autrement plus il y a eu de sinuosités ou de plages marines recevant assez peu d'alluvion arénacée pour pouvoir déposer des couches calcaires.

D'ailleurs on peut encore ajouter ici que les lieux où de si grandes débâcles avaient eu lieu , et où de si grands torrens avaient passé, devaient être, pendant un certain temps,

lO Voyez la fin du même Mémoire sur le Sud-Ouest de la France.

5â GON8IDÉRA.TIONS SUR LJL NATURE

assez dépourvus de débris, pour que les riTières ne pussent pas en charrier Jusqu'à la mer. Ce n est que lorsque ces der« nières étaient de nouveau parvenues à bien garnir toute rétendue de leurs lits de cailloux et de sables que les dépôts marins arénacés ont dû complètement rcommencer.

D'un autre côté la masse calcaire déposée devait varier infiniment^ suivant le nombre des êtres marins dans différentes localités 9 suivant la nature et la plus ou moins forte pente du rivage des îles de cette époque, suivant la direction des courans de mer, et suivant que les plages étaient plus ou moins protégées contre les courans ou les alluvions(i). Dans les endroits où aucune de ces circonstances ne favorisait le dépôt calcaire , ou dans celles où Tune contrecarrait Tautre , il ne se formait point ou presque point de roches calcaires.

Enfin , si on est fondé de rechercher Torigine des calcaires dans le travail d'êtres aussi faibles que des zoophytes ou des mollusques (i), l'on ne doit pas perdre de vue la manière dont ces animaux parviennent à élever du fond des mers des lies et enfin d'immenses bancs calcaires (2). C'est ainsi qu'on peut essayer d'expliquer l'inégale distribution des calcaires intermédiaires récens (mountainlimestone) , et des calcaires secondaires tels que le second calcaire secondaire et le calcaire jurassique. Dans le même temps qu'en Angleterre et en Allemagne, le travail des êtres marins ne produisait qu'un dépôt calcaire de quelques mille pieds d'épaisseur entremêlé de couches arénacées , ces animaux se trouvant plus protégés ou plus favorablement placés au pied des îles Alpine et Ca^ pathique, élevaient sur leurs deux rivages une immense muraille presqu'entièrement calcaire. Ces îles étant les plus grandes , la mer devait accumuler sur leurs bases plus de débris calcaires qu'ailleurs. Ce manque de couches aréna-

(i) Voyez à cet égard le Mémoire de M. Nemmo sur le fond du canal d'Irlande , dans le Journal philosophique de Dublin 9 n** i , i8a5 » p. i54-

(2) Voyez le dernier voyage de Kotzebue autour du monde , volume m , et le Mémoire de MM. Gaimard et Quoi , dans les Annales des Sciences naturelles, novembre 1825.

ET L0RI6INE DES TEERAIN9 0& l'eVROPE* 53

cées se fait surtout remarquer sur le revers nord des Alpes. Les rivières de cette île étant alors les plus grandes de l'Europe, vu la grandeur relative des différentes îles ^ serait-il possible que la force des eaux courantes portât les cailloux et les sables si loin que le calcaire secondaire ait pu se former tranquillement sur certains points de ces grands rivages? Il est bon d'ajouter à cette occasion que les solfatares ou les émanations de vapeurs acides qui ont accompagné les éruptions porphyriques et trappéennes du revers méridional des Alpes , paraissent s'être fait principalement jour sur le versant opposé; du moins les acides volcaniques y ont surtout formé , au milieu des roches calcaires bouleversées et fendillées , des composés chimiques salins^ et le sel marin y a été seul déposé.

Je sais qu'ily a des géologues qui pensent que mes présomptions sont dénuées de vraisemblance, parce qu*ils trouvent plus de probabilité à regarder les calcaires en général comme des dépôts de sources minérales. Ces dernières étant liées , dans leur esprit, aux actions volcaniques, et les phénoïnènes plutoniques ayant diminué des temps anciens jusqu'à l'époque actuelle^ les sources ont dû suivre la même progression décroissante , et la petite quantité du tuf calcaire dont elles encroûtent maintenant la surface terrestre, n'est qu'une trace des changemens qu'elles ont opérés jadis. Tel est le raisonnement de ces savans, suivant lesquels il est aussi extraordinaire que des animaux puissent sécréter tant de matières calcaires.

D'abord Ton peut objecter à cette idée que les sources minérales paraissent bien plutôt liées à des foyers volcani-^ ques presque éteints qu'à des volcans très actifs , et que lac liaison des sources incrustantes et des volcans est assez rare» (Budoshegy , États romains. )

Si cette hypothèse est fort commode pour expliquer l'orlrigine des alternats minces de calcaire et de grès , ou celle de grands massifs calcaires à fossiles effacés ou dissous, tels que ceux des Alpes; d'un autre côté, elle ne rend nullement raison de la formation du calcaire jurassique ni de celle de la craie, cardans ces roches l'on voit évidemment d'immenses

■ 34 CONSIDÉRATIOMS^SDR Lk]jiKJVllE 1

couches composées uniquement de débris d'êtres marins, et | celles qu'on y compare aux pisolithes ne sont souvent que des fragraens roulés de coquilles , de coraux , d'encrines ou de polypiers. D'ailleurs M. Buch n'a-t-il pas vu se former dans U'S mers équatorîales, des oolites cimentées par le limon calcaire suspendu ou dissous dans les eaux, chaudes des côtes? Des débris semblables, fort atténués, ont pu d'autant mieux produire la craie terreuse et certaines roche» jurassiques compactGS, qu'on voit passer ces dernières à de vrais aggrégats calcaires de débris organisés.

De plus, les polypes et les animaux marins produisent ,et ont élevé au sein de l'Océan Pacifique des récifs immenses comme sur la côte orientale delaNouvelle-Hollande, et leur base est établie sur des rochers primitifs ou volcaniques. Est-ce que des sources ont fourni tout ce calcaire ou ces êtres ne l' ont-ils pas sécrété ?

S'il y a maintenant des sources minérales, il a dû en exi»' ter de tout temps ; elles ont pu faciliter la consolidation de certaines roches dans quelques localités, et même donner lieu à de petits amas calcaires , mais leur effet ne me paraît pas avoir été si gigantesque et si général que voudraient la supposer quelques personnes.

Le premier calcaire secondaire ne constitue que des assises de peu d'épaisseur autour des îles et des crêtes aousmarines du Hartz, et des hauteurs d'Alvensleben , et çà et là au pied de la partie orientale de la chaîne schisteuse, delà ttesse , de l'Odenwald (Biber), du Thuringerwald et de l'Eragebirgc. La mer profonde de ces localités ayant un fond peu incliné , le dépôt calcaire a pu s'étendre uniformément et régulièrement. Cette formation , peu épaisse, se relève contre tous les rivages des îles de ce temps-là ou contre toutes les pentes des chaînes , de manière que ces couches forment plusieurs grands arcs de cercles très ouverts à convexités, tournées vers le fond des cavités. De grandes irrégularités d« structure, et des glissemens ne s'y observent que dans quelques points ( ïhuringcrwald ) , où le calcaire a recouvert des surfaces inégales ou a subi les accidens du terrain are' nacé inférieur, qui a été fracturé, soulevé ou abaissé. De fluSf

ET l'origine BSS TERRiINS DB l'eUAOPS. 65

ce dépôt comprend, çà et là, des massifs de rochers presque entièrement Toiivrage d'êtres marins , qui ont été garantis contre la destruction par leur position particulière dans des anses ( Liebenstein dans le Thuringerwald ).

Le long de la côte est et nord-est de l'île anglaise , lé ti^ Tage plus incliné , et l'action des courans ont fait que lé dépôt calcaire y est un peu plus considérable qu'en Allema* gne , malgré qu'il semble que ce n'est qu'un côté d'une séria de couches en forme d'arc de cercle concave par en bas ^ dont l'autre extrémité remonte contre le nord du Hartsb. Des circonstances particulières, dépendantes peut-être des actiotis Tolcaniques antérieures à cette époque, ont fait que ce caU Caire contient en général beaucoup plus de magnésie qné celui d'Allemagne. Ainsi, nous trouvons que les calcaires magnésiens sont très souvent dans le voisinage de roches ignéennes assez magnésifères , le zechstein magnésien èit dans un pays où il y a beaucoup de roches pyroxéniques secondaires, les dolomies jurassiques de la Bavière sont voisines des serpentines du Bohmerwaldgebirge occidental, celles du Tyrol et des Apennins ne sont pas loin des grandi amas serpentineux des Alpes et des Apennins, ou bien il y à beaucoup de porphyre pyroxénique tertiaire dans leur voisî* nage ; enfin , les calcaires intermédiaires magnésifères , sotit souvent associés avec des roches trappéennes ou serpentinenses. Néanmoins, il est bon d'observer que cette terre existe dans les calcaires de toutes les époques (i) ; mais elle abonde surtout dans les parties spathisées des calcaires, qui ne sont le plus souvent que des restes organisés plus ou moins méconnaissables. Comme la chimie n'appuie guère» jusqu'à présent l'origine ignée primitive de cette terre, kvt miUeu des eaux de la mer , attendons qu'elle nous fournisse de nouveaux faits pour adopter une explication probable de la distribution assez irrégulière de la magnésie au milieu des calcaires«

(i) Voyez le Mëmoîre sur la magnésie de M. Daubeny, dans le Journal philosophique d'Edimbourg, pour 1822 , et Gmelîn {^Ao* handlungen 0ines gelekrten rereins, Tahiugen, 1826, yùLl),

Ce dépôt magnésifère s*est prolongé de l'Angleterre sur les côtes de France, dans la Manche et le Calvados; mais ailleurs, dans ce dernier royaume, on ne retrouve le premier calcaire secondaire qu'au pied nord-est et peut être sud-ouest de nie centrale de la France, comme en Bourgogne près d'Âutun et dans le département de TAveyron (Figeac). Ne seraient-ce pas les matières charriées par les rivières , qui auraient empêché sa formation au sud-est et au nord de l'île du centre de la France , autour des Vosges , le long de Ja Forêt-Noire , en Bohême, en Moravie, en Hongrie et ^ans toute la chaîne des Apennins? On se rendrait ainsi jcompte des accumulations énormes arénacées en partie de ^rès rouge secondaire (Todtliegende) , en partie d'aggloméraf magnésien (Calvados) ou de grès semblable à la Grauwacke (Apennins, Alpes) , car ces masses couvrent plusieurs de ces contrées où Ton cherche vainement le premier calcaire secondaire, comme les Vosges, la Forêt-Noire, les Apennins et les Alpes.

Si le revers nord de cette dernière chaîne ne présente pas des équivalens de ce dépôt, soit qu'il ny ait pas été formé , soit qu'il ait été rendu méconnaissable par des alté* rations postérieures , il n'en est pas ainsi dans les Alpes italiennes, car on retrouve exactement le dépôt allemand dans le Vicentin et le Tyrol méridional , c'est-à-dire fort avant de la chaîne intermédiaire ancienne, ou dans d.es endroits où elle ne recouvre pas les schistes cristallins. Il est intéressant de remarquer, à cette occasion , que dans tous les pays où le premier calcaire secondaire est semblable à celui d'Allemagne ,-il y a dans son voisinage de grands amas porphyriques. Les observations futures feront peut-être connaître la cause de cette liaison.

' Dans tout l'ouest de la France , à l'exception du Calvados et dq. la Manche, on ne voit pas de traces de cette formation ; on peut supposer qu'elle est cachée sous des dépôts plus récens, parce que ce côté de la cavité est très profond, ou qu'elle n'y a pas été déposée , vu le voisinage d'un océan peu tranquille, ou de cours d'eau, ou bien, si l'on veut, à cause du manque des sources minérales nécessaires.

ET l*ORI6INfi DSS llBRRÀINS DB L* StTAOPE. S7

Les éruptions porphyriques secondaires avaient été sùî^ \)ies d* exhalaisons de gaz acides et métallifères ^ et quelques Rentes dans les roches non stratifiées^ et même les grès [Forêt-Noire) , avaient été ainsi remplies en partie de minerais (oxide de manganèse, fer, cuivre , etc.) , sublimés, et éii partie de minéraux infiltrés. Certaines roches stratifiées s'étant trouvées dans le voisinage de ces espèces de solfatares ont pu recevoir quelques minerais par sublimation, tandis que Tèau de la mer chargée de carbonate de cuivre pourrait avoir produit la richesse minérale de certaines parties du premier calcaire secondaire. Nous émettons ce soupçon avec d'autant plus de réserve que nous connaissons la diversité des' opinions à ce sujet, et que ce sel peut être un produit secondaire formé long-temps après le dépôt primitif.

De plus on a cherché à montrer que les minerais du premier calcaire secondaire n'étaient que dans des localités Voisines des roches primaires ou ignées, et même MM. Heinà et de Buch ont cru voir une origine plutonique dans les bancs poreux (rauchwacke) de ce dépôt. Des émanations de gaz sercs^ trouvent aussi dans des formations neptuniennes d*eau doucei^ il ne resterait donc qu'à décider si la forme des porosités 0t le gisement de ces masses est plus favorable à l'idée plùto^nique qua la théorie neptunienne. D*un autre câté, on -peut comprendre dans la rauchtvacke des roches rendues poreuseis par les deux voies ; ainsi , comme pour les calcaires magnésiens et même les dolomies, il se peut que des alternats bien réguliers de calcaire ordinaire et de rauchwacke à petites porosités alongées ou à tubulures (Géra) n aient nulleiùeiit été leffet de gaz plutoniques , et quils ne soient au contraire que des dépôts uniquement neptuniens. Néanmoins ailleurs , près ou au-dessus de masses de gypse ou de sel produit par une sublimation acide ou par suite d'une fente volcanique, on comprend que le plutonisme peut avoir été en jeu dans la production des rauchwackes cariées , à grosses cellules vides ou remplies de matière pulvérulente, et le plus soi»» vent magnésienne. Si le zechstein ( Hartz ) , le muschelkalk (Westphalie, Wurtemberg), en présenteat des exemples* ils ne manquent pas dans le calcaire jurîWVpw4««^>^lpe*> ^

Ç9 GONSIDBRATIOKS SUR LA HATIVES

évBk^n^ùoa de gaz acides a été d'autant plus grande que le sou- Jèyenient ou l'action volcanique 1 était plus que dans les chaînes jde rAUemagne. Le fait est que les gypses et les sels vraiment neptuniens , c est-à-dire alternant en bancs très réguliers , et même avec des marnes ou des argiles ou des grès , comme à Montmartre , à Wieliczka, etc., n'oiïrent ni de ces rauohwaokes ou roches cariées, ni même ces espèces de brèches composées de fragmens anguleux d'argile ou de marne, et •eimentées par du gypse ou du s>el et à fragmens de roches iBtrangères. Ce dernier caractère est le seul qui puisse em» pécher de confondre ces dernières roches, produites par un Jbriseinent et un soulèvement violent , d avec les masses argileuses dont les fentes ont été remplies par de Feau imprégnée de sulfate de chaux ou de muriate de soude. En Salzboiirg et en Bavière nous avons bien pu observer ces brèches » dsffïs une partie du Hasselgebirge , et y voir des fragmens du grès rouge, et d autres roches supportant le calcaire alpin. : l4 formation du grès bigarré suit partout le calcaire précédent, ou bien le grès rouge ou le grès houiller, ce qui ;«enible indiquer partout une activité nouvelle dans le char- JEÎage des alluvions dans la mer et dans les mouvemens de cette idernière. Partout où il y a des porphyres ou de grandes masses granitoïdes , ferrugineuses , ce dépôt prend une couleur rouge ; mais dans les endroits où ces roches ne se mon- ■^rent pas, il n'existe pas, et, au moins en Europe , il n'y parait pas remplacé par quelque équivalent.

Lei{ grès bigarrés rouges remplissent de leurs couches peu indînées et souvent contournées toutes les cavités ou les détroits entre lès îles ou les rochers sous-marins de l'Allemagne; le seul bassin de la Bohême en est exempt par une particularité qui dépend très probablement de la ceinture de montagnes anciennes qui l'environnent. A cette époque le bassin bohémien formait donc déjà une mer intérieure assez bien séparée du grand océan européen pour ne pas par- ^ticiper à tous les dépôts de ce dernier (i). Néanmoins les géo-

'' tO Voyez les cartes géologiques de l'Allemagne de* MM, Kcfcr- -•lêi» élJkrglîaHS^ etc/

ST LORieiKS DES TERRAINS DE LErROPE. Sq

logues qui ont coloré la carte d'Allemagne de Schropp, etc., y ont marqué du grès bigarré , le grès rouge y alterne avec le grès faouiller, et il le recouvre par couches assez peu grossières; mais comme il n'y a pas de zechstein^ il n'y a aucun caractère (gypse, calcaire globulaire), qui en fasse plutôt du grès bigarré que du grès rouge.

La vallée du Rhin a été remplie de grès bigarré, et le fond de la grande cavité de la mer du nord paraît en avoir été garni, puisque ce terrain ressort avec des inclinaisons opposées en Allemagne et en Angleterre. En France il a comblé une partie des profondeurs entre les Vosges et l'île centrale de la France, les Pyrénées et la Bretagne ; mais il ne s'y montre maintenant que sur le côté est (Lorraine] , sudouest (département des Landes) , et nord-ouest (Normandie, Calvados), de ce grand bassin. Entre les Alpes et le centre de la France, les porphyres de FEstrelle ont probablement favorisé sa formation en Provence (entre Fréjuset BrignoUes),^ comme le voisinage des granités celle des grès semblables de l'Aveyron. Enfin ce dépôt s'est aussi formé dans la grande vallée de l'Aragon, au centre de l'Espagne dims les Gastilles et la Manche, et on le connaît dans la Russie.

U est impossible de le retrouver sur le pied du revers nord des Alpes, tandis que sur le côté opposé le voisinage des porphyres lui a permis de prendre totalement la couleur rouge et les caractères qu'il a en Allemagne (entre le lac de Gôme et la Carinthie). Ces derniers grès recouvrent le premier cal- Caire secondaire , ou des roches secondaires plus anciennes ou des roches intermédiaires et cristallines.

Pendant la formation de ce dépôt , la mer montre qu'elle n'avait pas cessé ses efforts pour produire des masses calcaires, puisque nous observons dans ce terrain non seulement un nombre prodigieux de couches marneuses , mais encore de véritables couches calcaires, qui abondent principalement dans les assises inférieures et supérieures. Une espèce de cristallisation étoilée et globulaire caractérise plusieurs de ces dernières , et les distingue bien des ooliihes et pisolithes pour les rapprocher des calcaires semblables du zecbstein (An* gleterre).

A cette époque l'action des agens souterrains tétait afpiiblie considérablement par Timmense quantité de matières cdont les entrailles de la terre s*étaient débarrassées dans les périodes précédentes , et même encore presqu'au commencement du dépôt du premier calcaire secondaire. Néanmoins comme dans les volcans modernes leurs centres d'action avaient encore des matières qui produisaient certains effets , telles que Témanation de vapeurs acides sulfureuses, muriatiques, boraciques, etc. (i)^ ces espèces de solfatares sousmarines, ou ayant brûlé à Tair, sont probablement la première cause que le grès bigarré recèle de si grandes masses de gypse et de seL Ce qui confirme ce soupçon y c'est que les plus grands dépôts salins de cette espèce se trouvent justement dans des terrains qui ont été formés quelque temps après les plus grandes éruptions granitoïdes, porphyriques, txachy tiques ou basaltiques. Oans ce cas sont les bancs salifères du calcaire interntédiaire récent des États-Unis et du Canada , ceux du grès bigarré supérieur ou du muschelkalk inférieur du Wurtemberg, ceux du Keuper de Lorraine, et de l'argile subapennine en Sicile , en Transylvanie , en Gallicie^ etc.

La structure de la plupart de ces grands amas gypseux et salifères est trop particulière pour pouvoir douter que l'eau n*ait pas déposé ces sels; du moins si Ton voulait prétendre que ces matières salines sont des produits immédiats des volcans , les accidens des amas salins forceraient d'admettre que leurs roches argileuses et marneuses, leurs couches si régulières et leurs fossiles intactes ( Wieliczka) , ont aussi la même bizarre origine ; il faudrait donc croire à des altérations inouïes ou à Texistence ancienne de salses volcaniques très considérables. Quoique cette dernière idée ne soit guère en harmonie avec nos données géologiques actuelles, il paraît cependant difficile d'expliquer l'origine aqueuse de l'anhy-

(i) Lisez à cet égard l'histoire des lagunes ou e'manations chaudes

et aqueuses d'acide boracique , par exemple , celles du Monte Cer-

holî dans le Volterranais, etc. , etc. Lisez aussi les détails sur les

solfatares noyées , et les rivières acides de l'île de Java et de la Co-

1 ombie.

^T l'obigi5e des tereàins bb l'cvrope. 4i

drite des dépôts salins et certains accidens de ces masses (i). IVous pensons qu on viendra à distinguer, quelquefois même dans les mêmes lieux , deux espèces de dépôts salins y les uns entièrement neptuniens et les produits secondaires des solfatares^ et les autres en tout ou en partie des formations immédiates des volcans.

M. de Buch a fait observer que les gypses et le sel comme les porphyres se trouvent souvent au pied des chaînes ^ ou au fond des grandes vallées , nous pouvons ajouter la même remarque sur le gîte de beaucoup de rauchwackes, et même de dolomies ou de calcaires fendillés. Mais cette idée applicable au Hartz, au Thuringerwald, aux Alpes, aux Garpathes, aux Apennins , et aux Pyrénées, ne contredit pas notre supposition, de trouver que, dans quelques lieux des trois premières chaînes , mais surtout dans les Alpes , les émanations acides ont pu former tout de suite du gypse et du sel , en altérant certaines roches, tandis ^tirailleurs ces acides ont été charriés dans la mer, ou sont sortis sous les eaux, et ont été déposés par elles, lorsque la saturation était trop forte, ou par suite de l'application de la chaleur, delà vaporisation^ ou de quelque cause chimique encore inconnue. Pourrait-on en déduire que dans les Alpes, les émanations acides ont eu lieu le plus souvent à l'air libre, tandis qu'ailleurs elles sortaient sur des rivages ; l'élévation considérable et subite que les Alpes ont dû acquérir, même à plusieurs reprises, paraîtrait assez favorable à cette idée.

Les agens souterrains ne donnaient déjà plus naissance à des réseaux de filons métallifères. Nous avons déjà vu que ces dépôts étaient très rares dans le grès rouge secondaire (Wolfach dans la Forêt-Noire) , et dans le calcaire secondaire précédent ; dans le grès bigarré on n'en connaît point, si ce n'est dans certains grès de Bleiberg en Belgique , où la galène se trouve associée avec des carbonates de cuivre, etc.; dans celui de Chessy, du Spessart, etc. Certains

(i)yojez la lettre de M. de Charpentier sur un filon d'anhjdrite marîatifére à fiex , dans les Antudei de chimie de Poggendorf , janvier, 1825.

l^2 CONSIDERATIONS SUR XiA NATURE

bancs de fer oligiste micacé, et de petits nids de ce minem au milieu des marnes bigarrées , ne laissent pas que d*étre des apparences anomales et bizarres. Serait-on donc en droit d'avoir recours pour leur explication à des sublimations , et de faire remarquer ]a superposition de ces grès bigarrés métallifères , sur des terrains primaires ou schisteux anciens P A la fin de la formation du grès bigarré , le fond de la mer se trouvait déjà divisé assez bien dans les bassins que nous présente aujourd'hui TEurope. Cest peut-être ces cavités mal séparées qui ont favorisé la formation du muschclkalk o^ du second calcaire secondaire; car nous l'observons dans tous les endroits de l'Europe qui devaient former des bassins assez bien protégés contre les courans et la fureur du grand Océan > et nous ne le trouvons pas dans les localités qui étaient exposées aux vagues de l'Atlantique (ouest de la France, Angleterre). Ce dépôt calcaire occupe ^ avec ses couches fort contournées , le fond des bassins de la Saxe royale et ducale, de la Hesse et de la Franconie; il comble le détroit entre l'Odenwald et la Forêt-Noire ; il s'étend dans les cavités du grès bigarré de la Westphalie, du Hanovre, et entre le Hartz et les hauteurs d'Alvensleben ; et de petites masses calcaires isolées (Rudersdorf) au milieu des plaines de l'Allemagne, attestent que ce terrain s'est prolongé au loin et se mettait en liaison avec celui de la Silésie supérieure et de la Pologne occidentale. S'appuyant contre la Forêt* Noire et l'Odenv^ald, il remente de l'autre côté de la vallée du Rhin j contre les Vosges , et il s'adosse sur le revers opposé de cette dernière chaîne et sur le pied sud-ouest de l'Eifel et des montagnes du Palatinat du Rhin. Il ne se montre ni en Angleterre ni dans l'ouest de la France, et l'on ne peut pas dire que ce soit à cause du recouvrement transgressif du calcaire jurassique. Il reparaît très faiblement au pied des Pyrénées, et peut-être dans l'Aveyron; mais dans tout le reste de l'Europe, à l'exception du Vicentii^ et du Tyrol, il est inconnu, comme en Bohême et en Hongrie, où les chaînes environnantes dessinaient déjà des bassins bien circonscrits. Dans les Alpes, les Apennins et les Gàrpathes , il n'est pas possible de le découvrir au milieu ^

ET LOfilGINS DES TERRAINS BS t EUROPE. 45

^ ^It6 masse arénacée et marneuse et calcaire qui sépare seule

- le terrain schisteux ancien du calcaire jurassique , et qui passe

- cependant insensiblement à ces deux terrains.

Les phénomènes volcaniques avaient presque cessé pendant la formation de ce calcaire ; un long repos avait succédé aux éruptions volcaniques et aux solfatares, comme c*est encore le cas dans les volcans actuels; néanmoins il paraît que le muschelkalk recèle aussi rarement quelques amas gypseux et des nids de minerais (Westpbalie) (i). M. Hoffmann a cru trouver dans les gypses et leurs rauchwackes des transforma*tions ignées ; et, dans le Yicentin, les minéraux (silicate de manganèse ) et minerai^ de ce calcaire sont près des roches ignées et tertiaires.

A cette époque il s'était déjà fait quelques ehangemens notables dans la nature et la variété des plantes et des êtres vivans. La mer nourrissait beaucoup de grands reptiles de genres maintenant éteints (plésiosaures, etc.) ; il y avait déjà des cétacées , et les poissons étaient devenus plus nombreux en espèces; enfin, la terre était couverte d'un très grand nombre de plantes dicotylédons , et le rapport du nombre des végétaux monocotylédons et dicotylédons commençait à se rapprocher de celui qui existe maintenant sur la terre , s*il nous est permis de tirer des conclusions du petit nombre ^ i^espèces que recèlent les deux formations qui ont précédé celle dont nous nous occupons.

L on sait que M. Adolphe Brongniart a cru pouvoir diviser la végétation ancienne en diverses périodes séparées par des cataclysmes universels^ qui n'auraient rendu possible, pendant ces époques intermédiaires, que la formation des dépôts marins. C'est une pure hypothèse qui peut satisfaire le botaniste, mais non point le géologue; aussi Fauteur, mieux avisé, est-il déjà obligé de modifier ses idées. Nous avons dit qu'il admettait à présent des bois dans le grès rouge secondaire, maintenant il avoue que le schiste marno-bitumineux du zechstein contient des fougères du terrain houiller, outre des

; (i) Voyez la description des bords du Weser, par Hoffinaniiy ; inslts Archives de KarsleUf iSsS.

44 CONSIDÉRATIONS srn la katohb

plantes marines ; mais les petits morceaux de bois, dans le calcaire du zechstein , proviendraient, suivant lui, de la destruction danciens dépôts. Or, cette supposition admise, il ne prouve pas encore l'impossibilité d'une végétation terrestre à l'époque de la formation de cette assise calcaire peu puissante, ou bien toutes les masses calcaires à coquilles marinei ou à poissons , et sans végétaux alternant si souvent avec le terrain houiller inférieur (Ecosse) ou supérieur (Palatinat du Rhin) devraient être autant d'indices de cataclysmes. S) les terres émergées n'ont pap cessé d'être couvertes plui ou moins de végétaux , entre l'époque du grès rouge secoadairc et du grès bigarré, il en a été de même entre celle de

s dernier et du kenpi

, pmsqu

^len

ichelkalk ofîre , dans

certains bancs marneux, des impressions de plantes terrestres (Ri'coaro , dans le Vicentin) , et même, dans sa partie supérieure, des lits de combustibles et beaucoup de traces de semblables plantes (Saxe-Gotha, Weiraar et Wurtemberg), Les dépôts de calcaire marin sont des formations qui ont en lieu au fond de la mer; c'est ce qui est évident pour tous ceux qui connaissent la distribution étendue du muschelkalk d'Allemagne ou du calcaire jurassicpie de France; donc il n'est pas singulier qu'elles ne renferment pas des Tégétaux terrestres, et s'il y en a quelques uns, ce n'est qu'accidentellement ou par localités. L'origine du calcaire n'y fait rien, puisque personne ne conteste que cette matière a été fournie

à la I

r par

les sources ou les animaux. Le cas des

grès e

un accident tout opposé , puisque, résultant des débris des continens, ils doivent nécessairement enfouir plus ou moins de restes de végétaux , suivant la grosseur de leurs parties constituantes et le genre de mouvement subi par ces dernières. D'ailleurs, les alluvions de nos rivières et les dépôts calcaires au fond de quelques petits lacs nous offrent encore la même différence et viennent appuyer nos idées.

Tout concourt donc, comme M. de Ferussac l'a dit a souvent , à rendre les cataclysmes une explication vicieuse et fausse, et à faire entrevoir dans la nature un enchaînement de circonstances qui n'ont fait que modifier les diverses créations , sans que pour cela leurs espèces , ou même leurs gen-

ST I^'ORIGINS Dfiâ TERRAINS DB I^'euROPS^ 4^

res actuellement existans^ soient simplement des dégénéra» tions des espèces ou des genres du monde primitif.

Le dépôt du muschelkalka cessé plus ou moins brusquement dans différentes contrées par des causes jusqu'à présent impossibles à assigner, à moins qu'on ne puisse y comprendre la cessation de la sortie d'eaux minérales calcarifères , des changemens de courans marins, des débâcles de lacs et le renouyellement d'un charriage considérable des rivières. Un troUième dépôt arénacé s'est formé au sein des mers , et il a enveloppé , çà et là, des coquillages marins et des bois charriés par les rivières. Ces corps fossiles y ont pu laisser leur empreinte peut-être plus facilement que dans le grès bigarré , parce que , lors de ce dernier dépôts les alluvions étaient plus considérables et les mouvemens de l'eau plus grands ; d'un autre côté, il paraît que les eaux ont charrié à cette époque plus de bois et de matières végétales que pendait les deux époques précédentes, car nous trouvons dans ce grès des couches de lignite (Westphalie)dont il n'y a que peu de traces dans le muschelkalk. Dans les contrées où le muschelkalk ne s'est pas formé , ce dépôt est inséparable du grès bigarré.

Ces matières arénacées se sont déposées surtout autour du HartZ; en Westphalie, en Bavière, dans une grande cavité de grès bi'garré et de muschelkalk ; dans le Luxembourg, dans la Lorraine , dans la Bourgogne ( Avallon , etc. ) , à Royat près de Clermont et dans l'ouest (Melle, Confolens , etc.), et le sud-ouest de la France (au pied des Pyrénées) . C'est donc en général un terrain qui se trouve près des formations intermédiaires, des roches granitiques et des grès bigarrés. Suivant sa position, à Tégard de ces dernières roches, il prend des caractères particuliers ; ainsi , il est en général quartzeux ou marneux en Allemagne , et souvent granitoïde en Bourgogne et en Auvergne. De plus, dans ces dernières localités, il empâte près du granité beaucoup de baryte sulfatée, de chaux fluatée, de galène, de cuivre carbonate , de fer hydraté , etc. (i)#

(i) Voyez M. de Bonnard , Me'moîres sur les arkoses de Bourgogne ( Annales des mines 9 1836 , et Annales des sciences natur. , noyembre 1837.

4^ CDNdlDÉtlÀTIONS SUR LA. NATITRfi

De nouvelles observations paraissent nëeessairéf fleur décider l'origine de ces bizarres mélanges , auxquels les nids de plomb carbonate et phosphaté du grès de Bavière ne peuvent guère être comparés.

Les dernières éruptions granitoïdes de l'époque intermé^ diaire fécente conservaient peut- être encore assez de chtt» leur intérieure, ou ces anciens foyers volcaniques étaient même dans un état voisin des solfatares , de manière que de^ fentes laissaient échapper des matières sublimées , qui se déposaient dans les roches supérieures arénacées ou calcaires^ ou servaient à les consolider et aies lier, çà et là, intimemefii aux granités.

Notre grès ne se montre pas dans le reste de l'Europe , i l'exception de quelques points des Alpes calcaires du Tyrol m^idional, où une masse mince, arénacée et rougefttref paraît le remplacer.

Dans tous les endroits où il n'existe pas, la formation jurassique est fort épaisse, comme en Angleterre, etc., on bien ce calcaire se lie aux roches quarzo-talqueuses intermé^ diaires , au moyen d'une masse arénacée , calcaire, marneui^ et quelquefois gypseuse, qui remplace dans tout le sud-est de TEurope tous les autres terrains secondaires ( Apennins , , Carpathes) , comme aussi sur le revers nord des Alpes.

Peut-être qu'un jour on arrivera à soupçonner ou connaî*»' tre les causes du manque de certains dépôts dans quelques localités, et de leur fréquence plus grande dans un lieu que dans un autre. Dans l'état actuel de la science, le géologuef ne peut expliquer ces anomalies qu'en supposant des cavités plus profondes ou plus isolées, des recouvremens posté-' rieurs, des destructions de certaines roches , ou le itianqiïe otal d'un dépôt ou bien des altérations ignées étonnantes. Le plus souvent, ces suppositions sont tout-à-fait gratuites, et on perd de vue la nature et le genre de formation dcSS = roches anciennes, qui supportent les dépôts secondaires. ' '

Les Mémoires fort intéressans de M. de Bonnard sur leiif arkoi&Sj ont ouvert la voie pour la classification des dépôts anomaux secondaires du sud-est de FEurope et des Alpes. D nous a montré le lias séparé du granité par de9 ]ifol;hes at0# '^

BT L'oRtCIHE DES TSRRâINS^JdE L*£UR0PS. ^7

ssquelles il était lié , et qui contenait , comme le keuper, des 3ssiles, du lias et des minerais ; la conclusion naturelle a donc té de mettre ces arkoses en parallèle avec le keuper. Mainînant, dans les,Garpathes septentrionales^ le calcaire juras* [que alpin se lie sans Tintermédiaire du lias avec un grès à élemnites, à térébratules,etc., qui repose sur des roches quar^^ D-talqueuses ; il paraissait donc naturel d'y rechercher ou 5 grès des oolites inférieures ou même le keuper^ puisque i lias manque dans tout le sud^est de TEurope. Sur le revers ord des Alpes, la même liaison se représente sur une plus rande échelle; le grès est plus varié, il ofire des couches :ès grossières (Tyrol); il alterne avec des bancs de calcaire ompacte foncé, et même il contient des amas de gypse (Werm). Il y a cependant quelques fossiles, savoir des bivalves, omme dans les parties de ce grès qui reparaissent au nord de I première chaîne du calcaire jurassique des Alpes septentrio* aies (Abtenau, Saint- Agatha sur le lac de Hallstadt). Ce cas s complique encore de ce passage singulier qu'on aperçoit atre ce terrain anomal et les assises supérieures du sol talueux primaire, et de l'absence complète du sol intermédiaire oquiller dans toute la chaîne des Alpes, à Texception d'un oint delà Carinthie (Bleyberg). Si, d*un côté, on serait tenté e placer les poudingues de Yalorsine avec ceux du grès pourré intermédiaire de l'Ecosse septentrionale ( Loch Ness) ; si on Tondrait en faire autant pour le grès rouge de la Gamioe (entra Idria et Lack) , Ton est poussé d'un autre côté à lacer dans le keuper ces grès et ces marnes du Gapellengerige en Croatie , ces schistes arénacés de Saint-Johann en LUtriche, ces grès de Neuhaus et de Eisenerz en Styrie , et es agglomérats du Tyrol de Saint- Johann , de Rattenberg^ le Roidana, etc. D'un autre coté , ces poudingues quarzeu^t , ;rossieiï , intercalés entre des calcaires compactes en partie !erri£ères , sembleraient se rapprocher du grès du lias si Ton naperceraitpas la liaison de ces calcaires avec ceux à amas de ferspathique et enfin avec les roches quarzo-talqueuses. Enfin fieUe obscurité ne règne pas encore sur ces agglomérats >ougessi puissans des bords du lac de Wallenstadt , quoiqu'on iftpniase guère les séparer de cette bande continue qu0 noiUf

48 CONSIDÉRATIONS SUR LÀ NÀTtRfi

venons de tracer au-dessous des Alpes septentrionales de* puis la Hongrie.

Il est possible que tous ces dépôts divers appartiennent au keuper ou au moins au lias; mais il est beaucoup moins probable, malgré les caractères minéralogiques , qu'ils soient du moins tous de Vâge intermédiaire , puisqu'ils contiennent des fossiles jurassiques et qu'ils sont liés intimement au calcaire des Alpes que tout nous dit être récent. D'autre part; il n'est guère possible de croire que ce passage des grès aux schistes quarzo-talqueux, n'est qu'une apparence trompeuse et que ces derniers ne sont couverts que par un dépôt beaucoup plus récent; au contraire, lorsqu'on est sur place, ^ l'on ne peut s'empêcher de donner jeu à son imagination, et de se demander si une partie de ces schistes , de ces roches semicristallines et semiarénacées , ne pourraient pas avec leurs calcaires provenir de dépôts secondaires anciens et altérés. Entre i)eaucoup d'objections chimiques , on se rappelle tout de suite que sous le grès pourpré intermédiaire il y a, ça et là, comme en Ecosse, des roches quarzo-talqueuses assez semblables, qui auraient donc aussi eu la même origine bi- ^rre ; et l'on n'ose guère se prononcer. Ainsi l'on voit qu'ayant le premier proposé de regarder le sol primaire ] comme un terrain neptunien retravaillé par les actions ignées,! lorsque j'en viens aux détails, j'ose à peine m'aventurer dans j des conjectures pour lesquelles j'ai été grandement dépassé ! par MM. Backwell, Keferstein, de Beaumont et de la Bêche.

Le calcaire jurassique remplit les trois grandes cavités de la France , et forme ainsi les trois bassins séparés dans les* quels se sont déposés ensuite le grès vert et la craie. Le même calcaire s'étend du nord de la France dans tout l'est de l'Angleterre ; il reparaît en lambeaux en Irlande et sur les deux côtes de l'Ecosse septentrionale ; il comble une par' tie du bord de la cavité, dont ce pays fait partie, et il prépare de même avec le dépôt jurassique de Westphalie a* du nord de la France un bassin pour la craie. Dans le nor^ de l'Allemagne , le calcaire jurassique supérieur n'a guèr^ pu se former , ou du moins on n'en trouve des amas qu'e^ Westphalie et au nord du ïlartz , dans une cavité du second

ET l'origine des tebràins de leurope. 49

jcalcairc secondaire. Dans le centre de rAilemagne, au sud du Hariz , il manque entièrement, et dans ce bassin on ne le retrouve plus qu'en Pologne et en Russie, où il est abondamment associé avec la craie.

Entre le bassin secondaire nord et sud-est de la France , la chaîne calcaire s'étend à travers la Suisse jusqu'en Bavière et dans le Gobourg. Elle forme ainsi , entre les Alpes, les Vosges, la Forêt-Noire et le Bohmerwaldgebirge, un plateau continu , qui longe d'abord le côté nord de la cavité pour passer ensuite sur le côté est. Cette espèce de digue sépare déjà le bassin de la Suisse et de la Bavière de ceux du Rhin et de la France. Elle rappelle involontairement ces bancs de coraux, de polypiers et de mollusques, et ces récif», qui bordent une grande étendue des côtés de la Nouvelle-Hol- , lande ; et ce rapprochement est d'autant plus vrai qu*on aperçoit encore dans plusieurs points de cette chaîne le travail intact des zoophytes. Ce sont, en un mot, des accumulations de récifs successivement détruits et reconstruits.

Yis^-vis de cette chaîne, placée sur un plateau primaire, s'élevait dans le même temps sur tout le pied des Alpes septentrionales un autre massif semblable dont les détails sont un peu différens, à cause de la base différente et des accidens que cette dernière a subis. Cette chaîne alpine, éminemment jurassique, n'offrirait du lias qu'en Savoie et en Dauphiné , et s'y lie au prolongement de la chaîne du Jura, tandis qu'elle venait peut-être jadis en contact ou presque en contact avec l'Alpe bavaroise , le long du pied occidental du Bohmerwaldgebirge et dans l'Autriche supérieure.

Entre les Alpes et les Carpathes • le calcaire jurassique ne s'est déposé qu'en petits amas , soit en Moravie ( près de Nicolsburg, Kurowitz, Schibischowitz, Andryschowj et en Autriche (Falkenstein, Staat, Ernstbrunn, Hollabrunn), soit au milieu de la Hongrie ( des environs de Bude et de Gran au lac Balaton ). Ce calcaire a ainsi contribué à séparer plus ou moins exactement en deux, soit le bassin de l'Autriche inférieure, soit celui delà Hongrie.

Au sud des Alpes, cette formation achève complètement de dessiner le contour de la mer Méditerranée actuelle par

5p COHSIDliRATtÔIfS SVR tA. IIATORS

des montagnes calcaires dans le sud de TEspagne (Gibraltar, Sierra Ronda), en Afrique, en Egypte, en Palestine, en Syrie, dans la Grèce occidentale , dans les îles Ioniennes, dans la Dalniatie, dans le nord de la Sicile , dans les Apennins (depuis le golfe de Tarente jusqu eii Toscane), et surtout le pÎQd des Alpes italiennes ( depuis le lac Majeur jusqu i Trieste et Fiume ). Partout , ces roches présentent à la mer Jiléditerranée des escarpemens considérables, et en général, les grandes chaînes du sud de TEurope descendent plus rapidement et plus subitement vers cette mer , que vers la mer du nord ou TOcéan atlantique.

Le calcaire jurassique ou ses étages divers offrent en Europe quelques particularités géographiques remarquables* Le calcaire à gryphées ou le lias avec son grès et son lignite /Wiestphalie, Lozère^ Pyrénées), est un dépôt propre à la France, F Angleterre et T Allemagne, et il manque dans tout le reste de l'Europe,

Les colites , qui caractérisent si bien les parties moyennes de ce calcaire, se trouvent surtout dans les pays de plaine, tels que la France, l'Angleterre , le pied sud des Alpes; elles sont plus rares en Allemagne et sur le nord des Alpes. Cette position basse , ou leur formation sur des rivages ondulés peu profonds^ explique peut-être leur structure particulière, puisqu'on sait que ce ne sont que des restes triturés d'êtres marins (coraux, encrines, etc.) , ou des assemblages de con^crétions testacées , qui ont pour noyau des grains de sable ou de petits fragmens de coquillages ou de polypiers : l'Océan est encore partout occupé k briser, triturer et flotter au loin de semblables restes organiques (i). Ensuite il faut remarquer que les dépôts ferrugineux inférieurs de cette formation ne se trouvent que dans le voisinage des roches anciennes et surtout des roches granitoïdes, comme en Bavière, en France , aux Pyrénées , etc. Quant aux minerais de fer supérieurs, leur origine date de l'époque suivante.

(0 Voyez de Biicb {Pkysikal Beschreib. der Kanarisch Insein. U dit positivement avoir vu se former des oolitcs sous les eaux fort ^q!|^^^'^é^ du rivage des Canaries.

ST li'oAienTB DSS TERRÂIHS DB Ii'eVROPE. 6i

En Angleterre (Stonesfield), en Bavière (Solenhofen) , «n Suisse (Soleure et Aarau) et même çà et là en France (Mamers), la formation jurassique renferme des amas qui se distinguent des autres masses par une grande abondance de fossiles singuliers (tortues, écrevisses, poissons, reptiles, mammifères et même insectes) , accident fluviatile, qui sert à prouver la variété des créations déjà existante à cette époque , et qui détruit la théorie de ceux qui s'imaginaient que lepoque tertiaire a été marquée par la création de la classe la plus parfaite des animaux.

Si le grès du lias est assez généralement répandu dans le nord-ouest de TEurope , et s'il existe même en Pologne, ce nest guère que dans les Alpes septentrionales , les Garpathes , les Apennins, Flstrie et la Dalmatie, que le calcaire jurassique surtout supérieur renferme de grandes assises arénacées et même des dépôts houillers (Ipsitz et Gresten en Autriche, Garpona, Veglia en Istrie, etc.). En Angleterre et en France , les marnes et les argiles y sont infiniment plus fréquentes que les grès, à Texception peut-être du pied des Pyrénées ; mais nulle part comme dans les Alpes septentrionales , on ne voit associés à ces dépôts aggrégés et coquilliers des amas salifères et gypsifères, et dans le calcaire des réseaux de minerais, de galène et de calamine. Ces accidens dépendent évidemment de la place du Jura alpin, à côté d'une chaîne qui a subi les plus grandes révolutions, et qui est lepine dorsale de l'Europe.

L'on sait qu'on a déjà pu faire correspondre assez bien ensemble toutes les différentes divisions du Jura anglais et français , et Ton n'a pas cru trouver dans le Jura allemand des dépôts supérieurs au Combrash^ et dans le Jura suisse, des assises postérieures au Coralrag, Dans les Alpes au contraire, on n'a encore pu reconnaître que çà et là, quelques mbdivisions, néanmoins le temps n'est pas loin où ce travail sera fait. En attendant il ne paraîtra peut-être pas trop hardi de comparer la chaîne du calcaire alpin inférieur de la Hongrie, jusqu'à Glaris, avec la grande masse oolitique d'Angleterre ; le grès alpin à fucoïdes et à fossiles avec l'argile d'Oxford; le calcaire à polypiers ou à orthocères, vrais ré-

s s GOHSIDBRÀTIOlfS SUR UL NATVRX

cifs , au Goralrag; le grès viennois à houille» et à fucoîdes, à Targile de Kimmeridge, et son calcaire ammonitifère au cal- Caire de Portland.

Il faut cependant observer que largile salifère et surtout le calcaire alpin supérieur placé entre le grès viennois et cette argile resteraient pour le moment sans équivalens probables. Quant au lias, rien ne Tindique dans TAllemagne ni dans une grande partie de la Suisse; son existence dans les Alpes da Dauphldéet de la Savoie repose uniquement sur Tautorité de M. de Beaunionl : certes, nous ne voulons pas lui contester s^ observations pour des localités que nous ne connaissons pas, mais nous ferons seulement observer que lorsqu il n'existe pas de gryphées arquées , on peut facilement prendre pour le lias le grès alpin à fucoïdes, çà etlà, au-dessous du sel, puis* quil est caractérisé comme lui par des bélemnites et des ammonites. Nous ne croyons pas apercevoir en Suisse dans le calcaire alpin un dépôt secondaire plus ancien que la masse inférieure du calcaire jurassique, et c'est cette dernière, ou le grès alpin , qui a été classé par quelques personnes dans le lias sans qu'on ait voulu ou pu en donner les espèces fossiles caractéristiques.

Dans le sud-est de TEurope, il y a des contrées très étendues occupées par des calcaires à nummulites ; ils se présentent surtout en Espagne,-en Istrie , en Dalmatie , au milieu de la Hon« grie , au pied des Pyrénées et des Alpes maritimes. Les géologues sont partagés sur leur classement; les uns croient que les nummulites ne commencent à paraître que dans le grès vert, tandis que les autres ne "voient pas encore les preuves de cette impossibilité de trouver des nummulites dans le calcaire jurassique, d'autant plus que la présence de ces fossiles est quelquefois très difficile à apercevoir, et que les corps ronds trouvés par M. d'Alberti dans le muschelkalk , ont bien la forme extérieure de ces curieux fossiles. Ne serait-ce pas un cas semblable à celui des bélemnites qu'on ne veut pas reconnaître dans aucun terrain inférieur au lias, quoiqu'on en cite dans ,1e muschelkalk , et que je crois en avoir moi-même vu dans ce calcaire de la Thuringe? Le classement des terrains par les fossiles est si commode, qu'on

£T l'oEIGIICE des TERRAINS DE L*SUROP£. 55

n'a que trop de penchant à tirer des conclusions générales de faits négatifs encore trop peu nombreux ; espèces de preuves qui ne peuvent pas contrebalancer un seul fait positif.

De toutes les contrées citées , Tlstrie et la Dalmatie m*ont paru le plus défavorables à Tidée que tous ces dépôts arénacés * à fucoïdes et à calcaires plus ou moins compactes , à nummulites, fiissent de Tépoque du grès vert ; il ma semblé qu'ils avaient les caractères de dépôts jurassiques tout-à-fait supérieurs, puisqu'ils se liaient aux assises inférieures de la même période. Quant aux autres pays, j'avoue quelopinion de mes adversaires est rendue probable par la position du calcaire à nummulites sous la craie à silex au pied des Pyrénées (Donzat), sous une espèce de craie verte en Hongrie (Bude), sur les grès viennois à fucoïdes dans les Alpes maritimes, et sous le sol subapennin près de Baza en Espagne,

Après le dépôt jurassique , des matières d*alluvion ont de nouveau été accumulées cà et là , mais leur distribution a continué fort irrégulièrement , puisqu'on les trouve amoncelées dans certains pays (Bohême), ou sur certains côtés des bassins (côté ouest du bassin du nord de la France). Ce sont ces roches arénacées qu'on a réunies sous le nom de grèê ferrugineux et vert , parce qu'elles contiennent souvent assez de particules de fer hydraté dérivées de la décomposition des roches anciennes, ou même, suivant d'autres, de sources minérales.

Ces grès se sont déposés contre la chaîne jurassique d'Angleterre; ils y sont quelquefois fort marneux, et ils passent ainsi à la craie. Dans le bassin nord de la France, ils sont très quartzeux sur le côté ouest; mais ils ont souffert de grandes destructions sur le pied des Pyrénées, et ne s'y montrent que dans les Landes. Il y en a aussi des lambeaux dans la Charente-Inférieure, dans le Périgord, le Lot-et-Garonne, le Languedoc, la Provence et le Jura (Chartreuse, perte du Rhône, More, etc.).

En Belgique il y a des grès verts près d'Aix-la-Chapelle, d'où ce terrain se joint aux marnes crayeuses chloritées de la Westphalie , qui ressortent tout autour delà grande sinuosité ou baic^, au fond de laquelle est situé Paderbom. On en revoit

54 COKSIDBRATIOIfS 8VR LA NATURB ^

dans le Hanovre et surtout sur le pied nord du Hartï ; il J en a en Scanie^ près de Dresde ^ en Lusace^en Silésie, en Bohême , en Moravie , au milieu de la Hongrie (Bude), en Transylvanie (Baba, Gradistye , Scecsor, Aranyos), dans le royaume de Pologne, en Gallicie (Zlota Lipa), en Russie, en Grèce, dans TEspagne méridionale ( Cadix), et, çà et là, dans* les grandes chaînes des Pyrénées, des Alpes et des Carpathes. Dans ces chaînes et surtout dans les deux dernières , ce dé* pot a été beaucoup plus considérable qu'ailleurs , probablement à cause de la grandeur des îles déjà existantes, ou des nombreuses baies ou cavités entourées de rochers sous^marins qui se trouvaient autour de ces continens. C'est là qu'on trouve à la base du terrain ces grands récifs, en place ou démantelés , d'hippurites ou de sphérulites (Lecco en Italie, Untersberg, Hieflau en Styrie) dont les débris existent jusque dans la craie marneuse. C'est encore dans ces grès verts inférieurs qu'on rencontre ces couches de calcaire à nummulites , ou ces agglomérats si connus au Mont- Perdu, en Savoie (entre Cluses et le Buet, Thones, Entrevernes), en Suisse (DiableretSy.lac de Thun, Unterwald, Schwytz et Claris), aussi bien que sur le pied des Alpes bavaroises (Sonthofen, Heilbrunn, Teisendorf) et autrichiennes (Yorarlberg, Hausruck, Traunstein, Wand, Motnig), ainsi que dans les Carpathes (Orlowa, Tirhova, Koscielisko, Baba). De plus, dans ces chaînes le grès vert inférieuif se trouve tantôt isolé sur le calcaire jurassique alpin , comme dans le Jura , tantôt lié au grès viennois, ou dépôt jurassique supérieur. Ce dernier fait se voit bien dbns les Carpathes secondaires , composées entièrement de ces deux grès avec leurs^ calcaires. Les îlots de grès vert alpin sont d'autant plus intéressans qu'ils offrent, comme dans les Carpathes et le revers nord des Alpes , des roches assez différentes du grès vert des plaines, et qu'ils contiennent quelquefois beaucoup de fossiles dont les genres et même les espèces ont, pour la plupart, des analogies frappantes avec les fossiles tertiaires, tandis qu'ils se trouvent mêlés avec d'autres dont les genres n'ont été vus jusqu'ici que dans le sol secondaire^ et dont les espèces ont leurs identiques ou analogues dans le grès vert et la craie. De même que

BT I.'OM6IirC DBS TSERAIVS DB Ii*BirmO»B« 55

les fossiles de la houille de Boltigen , placée au passage du grès yiennois au grès yort du canton de Berne , ont conduit M. Brongniart à classer faussement ce dëp6t dans le 'sol ter* tiaire ; dans ce cas, on peut tomber dans de graves erreurs en ne considérant que les fossiles d'après un certain système imparfaitement établi. Ces îlots existent en Tyrol, en Snlzbourg (Berchtolsgaden, Untersberg, Abtenau), en Autriche (GosaUi Gams, Windisch-Gersten^ Hinter-Laiissa, LUnz, au pied du Wand), en Styrie (Hieflau, Landl, Sauthal), en Carinthie (entre Althofen et Gutharing, Motnig) , et en Transylvanie.

Les masses principales du grès vert dérivent de roches srliisteuses et quartzeuses intermédiaires, comme celles de la France^ du Hartz et de la Bohème. Dans ce dernier pays ces grès remplissent , sur les confins de In Saxe , une grande fente qui a dû se former peu de temps avant ce dépôt , puisque nou^ n'observons presque point de terrains secondaires en Bohême, ce qui montre que ce bassin a dû être isolé de l'Océan depuis la fin du dépôt houiller, et qu'il a dû être complètement fermé.

La formation du calcaire reprit bientôt le dessus après cette interruption locale produite parle dépôt du grès vert; il commença à se déposer partout des roches plus ou moins crétacrées , qui ne sont au fond que des détritus plus ou moins fins des demeures des êtres marins, et des mélanges de cef débris avec le limon calcaire dérivé des continrris , des ro« chers sous-marins de ce temps-là et des sources minérales* L'agglutination de ces fragmens , leur grosseur et la compa* cité dcrs roches ont été très variables suivatït les localités*

La craie a achevé de dessiner en Angleterre et en France le contour des deux bassins tertiaires anglais , et cetoi des grands bassins dti nord et sud^nest de la France ; elle a formé une bande presque commue le long de Ions l^s an* cieDS terrains de Belgique, de Westphafie et du Hartz; elle a comblé le femà de la cxrilé entre ces ntmtUçme% et celles de Scandinavie f puisqu'on en voit des bmbeatrt au milien des plaines dn Lonébourg, da Hotstem, dn Jottand, àm MecklemiHMirg , de la mardie de Brandebourg , dans les îles dnDaoemardi et de la IVimr riaîr ^ et enScanie; die a eo«k

yert de ses couches marneuses tout le bassin de 1^ Bohême , et les sinuosités du rivage de la mer qui baignait les montagnes de Jia Silésie et de la Gallicie ; elle s'est prolongée de là en Pologne et en Russie , et jusqu'aux parties les plus méridionales de ce dernier empire. On en retrouve des amas au milieu de la Hongrie , à Bude , et sur le pied des Alpes de la Bavière (Teisendorf, Sonthofen), et dans les sommités des montagnes de la Suisse et de la Savoie. Le long du revers sud des Alpes ( depuis le lac de Gôme à Udine ) ce dépôt se présente sous la forme d'un calcaire à coraux et à nummulites et d'un calcaire fort compacte (scaglia), ce qui le rapproche de la craie des Alpes septentrionales et du pied nord-ouest des Pyrénées, Il repose dans le Yicentin sur une faible assise arénacée de grès vert. Dans les Apennins de la Toscane et des états romains^ on trouve aussi de Isi scaglia qui a l'air d'être sur le passage du grès viennois au grès vert y tandis que le calcaire jurassique ne parait que plus au sud.

Quant aux calcaires compactes à silex calcédoniens des îles ioniennes et des Madonies en Sicile, ils paraissent se lier au terrain jurassique comme certaines scaglia du Tjrol méridional et des Sept-Gonimunes dans le Yicentin. On cite encore une craie terreuse et compacte à Hippurites en Sicile : ce que j'en ai vu m'a rappelé les craies grossières, et il y en a aussi^ d'après M. Haussmann , dans TEspagne méridionale.

D'après cet exposé de la distribution générale des formations secondaires en Europe, l'on peut donc conclure qu'elles présentent dans ce grand continent deux grands types généraux, savoir un type pour les terrains du nordouest de l'Europe et un dutre pour tous ceux du sud*est. Ainsi nous trouvons , dans la première région géologique, beaucoup de dépôts houillers^ la série complète des formations arénacées el; calcaires secondaires, le calcaire à gryphées ou le lias, et beaucoup d'oolites, de grès vert et de craie terreuse ; tandis que l'autre région ne nous offre que très peu de houille , un grand dépôt marin arénacé gris à la place du grès vert , et des dépôts jurassiques supérieurs , peu d'oolites, et de la craie très compacte, et de plus il n'y a point de lias. Otte différence doit dépendre essentiellement de la nature

ET l'origine des TERRAINS DE LEUROPE. 5j

différente des terrains anciens dans ces deux régions, de la grandeur relative des îles européennes anciennes , des propriétés et des habitans de la mer qui les baignaient. Lors du commencement des dépôts secondaires, l'océan européen devait déjà être mal divisé en deux grandes masses , qui avaient peutêtre bien encore les mêmes êtres, mais qui sont devenues, petit à petit , plus favorables l'une que l'autre à l'existence de certains animaux. Le second calcaire secondaire s'étant surtout formé entre nos deux régions ou au milieu de l'Europe , n'est-il pas tout siAple d*en déduire qu'à cette époque cette partie seule de l'océan européen était assez tranquille et assez protégée contre les courans par les îles , pour que des êtres marins y aient pu élever leurs demeures et donner ainsi lieu à ce dépôt ? ou bien doil-on encore avoir recours aux sources minérales qui ne sont pas sorties partout ?

A cette époque la surface de ta terre était loin de présenter f aspect qu*elle avait lors de la formation houillière ou même avant le dépôt jurassique^ Les eaux de la mer s'étaient déjà considérablement abaissées, la température de l'atmosphère avait diminué avec les causes de la grande chaleur ; les points les plus élevés des continens avaient déjà probablement une température différente de celle des vallées , et par conséquent dans une même contrée cette seule cause devait produire deux genres de végétation. Les plantes monocotylédons et dicotylédons du fond des vallées étaient analogues à celles qui existent actuellement entre les tropiqueS; tandis que les endroits élevés ou les montagnes étaient couvertes de plantes monocotylédons et dicotylédons voisines de celles qui habitent maintenant l'Europe. Ce passage d'une végétation à ime autre s'était fait graduellement, et il n'y avait point eu de destruction totale et subite d'une végétation.

Déjà avant une partie du dépôt jurassique , la chaleur était assez diminuée pour qu'une grande variété d'insectes, d'oiseaux et d'amphibies pussent vivre sur la terre ; et lors de la formation crayeuse, ou du moins à la £n de ce dépôt, il y avait probablement déjà un certain nombre d'espèces de qaadrapèdea particuliers, dont les genres sont en partie

68 GOV8IDBRÀTIOH8 SUR LA VÂTVKÉ

éteints comme des mastodontes^ des cerfs, des castors, de» ours , des hyènes^ etc. Enfin, les animaux marins 8*étaieiil insensiblement rapprochés en genres et en espèces des étrtif marins actuellement vivans , et nous ne trouvons aussi dans les terrains postérieurs à la craie , que point ou peu de genres éteints.

Pendant la formation jurassique , Tacti-vité Tolcaniqae ^ n'avait pas été en repos, si les grands dépôts arénacés do cette époque nous y décèlent de grands mouyemens aqueux/ 1 les filons (Moravie) , et les amas de dioAe (Pyrénées), de serpentine, d'euphotide et de pyroxène en roche (Hébrides, Pyrénées, Tyrol), et même peut-être de porphyre siénitique métallifère (Hongrie, Transylvanie), viennent nous montrer qu'après le dépôt du grès vert, certaines contrées ont été percées par des éruptions, et en partie soulevées. Dans ce cas sont les Pyrénées, les Apennins de la Toscane et de la Ligurie, et les Carpathes occidentales. Naturellement le sol ancien a été aussi crevassé par cet évèffement, et a donné jour, çà et là , à ces matières ignées ( Alpes de Styrie, du Tyrol, du Valais, du Briançonnois et Silésie); ailleurs c'est le calcaire alpin jurassique (Willendorf en AtH triche) le grès viennois (Ipsitz, Teschen en Moravie), ou le calcaire jurassique avec le grès vert (Pyrénées). On pourrait rapprocher cette époque d'éruption de celle du soulève» ment, du système pyrénéo-apennin de M. de Beaumont, tandis que son soulèvement du système des Alpes occidentales cadrerait plutôt avec les éruptions dont nous allons parler.

C'est surtout après le dépôt crayeux, et pendant la for^ tnation du premier calcaire tertiaire (Sicile, Vicentin), que les plus grandes masses trackytiques et basaltiques ont M élevées.

Il est bien possible que la différence minéralogique des porphyres et des trachytes , la grande porosité de ces derniers , et leur petite quantité de quarz, dépendent de ce qu6 les uns sont en général des éruptions sous-marides, tandis que les autres ont été élevés sur les continens. Cela servirait à expliquer pourquoi certains trachytes sont minéralogîqtie* ment de véritables porphyres ^ et pourquoi certaiiis tnaâs^

ET l'origine des TERRAINS DE l'eUROPE. 5g

ignés ont des caractères intermédiaires entre ces deux genres de dépôts, comme par exemple, les porphyres quarzifères et aurifères de Transylvanie.

Lors du dépôt du terrain tertiaire supérieur , la plupart des montagnes trachytiques ont été fort dégradées; les débris de leurs roches ont été remaniés (Pest, Feldbach) et des roches basaltiques sont encore sorties , çà et là , de la terre. Enfin , après les dépôts locaux d'eau douce , des volcans ont vomi de grands courans de lave, et une partie de ces volcans existe encore comme volcans éteints ( Eifel , Auvergne), ou bien d'autres cônes brùlans se sont élevés dans leur voisinage (Etna) ; il a pu se former même encore quelques dômes trachytiques pendant l'époque alluviale.

Les trachytes se sont souvent produits sur les lieux mêmes où les agens volcaniques avaient déjà amoncelé fort antérieurement des porphyres ou des granités , comme en Hongrie et en France. Cette position indique qu'une nouvelle activité s'était développée dans les anciens foyers volcaniques. Les roches basaltiques et les autres masses trachytiques de l'Europe (Siebengebirge), sont sorties à différentes époques des roches schisteuses intermédiaires ou cristallines. Suivant leur position par rapport au niveau des eaux, quelques unes de ces éruptions ont été sous-marines (Hesse, Mittelgebirge , Hébrides) et ont rempli des fentes (Hébrides, Irlande), ou ont formé des rochers et des montagnes sous la mer (Hégau, Kaiserstnhl^ Hébrides). Les éruptions qui ont eu lieu à l'air libre n'offrent presque que les caractères de celles des volcaiiB brûlans (Schneegrube ) , ou bien des roches assez compactés ont seules comblé des fientes ou des trous (Rauhe Alpe).

Il est encore digne de remarque qu'un très petit nombre de ces masses ignées se soit accumulé au milieu des îles de ce temps-là ; dans ce cas sont presque les groupes du Cantd et du Mont-d'Or : les autres sofit sortis sur la pente sousmarine de ces îles ou au pied des chaînes de montagnes , dont les cimes sortaient seules de l'eau , ou bien dans les basfoodi des mers y comme en Hongrie y le long du Bosphore y ea Italie, en Portugal, en Allemagne et eh Ecosse. La base

6o CONSIDÉRATIONS SUA LA NATURE

de la grande île des Alpes ou du milieu de l'Europe a été' percée par de semblables éruptions , surtout sur le côté sud*| est dans le Véronais , le Vicentin , le Padouan , le Tyr.ol mé» ridional , et les Alpes de la Lombardie. Dans ces deraien pays, les roches ignées présentent des masses porphyriques et granitoïdes , qui établissent complètement l'union intime entre les roches ignées , anciennes et modernes (Predazzo), mais nous nous garderons bien d'en conclure que tous ks granités sont d'une époque si récente. D'un autre côté, la grande île alpine et l'île grecque réunies sont entourées d'un cercle presque complet d'amas volcaniques , qui comprendrait les trachytes et les basaltes de la Souabe , de Banow en Moravie, et d'Ober-PuUendorf en Hongrie ; les groupes trachy tiques et basaltiques de Feldbach en Styrie et ceux de la Hongiûe et de la Transylvanie, le grand groupe trachy tique de l'Asie mineure au nord de Smyrne , et les basaltes du Bosphore, les trachytes des îlesd'Egine, de Santorin, de Milo et de la Sardaigne ; enfin les roches ignées du nord de l'Italie. Plusieurs savans se sont déjà efforcés de faire voir que les éruptions avaient eu lieu dans certaines directions droites, obliques ou semi-circulaires (i).

Ce sont ces éruptions volcaniques formidables, accompa^ gnées de fendillemens et de soulèvemens, et d'abaissemens de terrain, qui ont probablement porté les continens à leur hauteur actuelle, ou , si l'on veut , qui ont forcé la mer à des* cendre d'abord au niveau des bassins tertiaires les plus bas ( Paris ) , et ensuite presque à son niveau actuel. C'est ainsi que les chaînes de l'Europe ont acquis insensiblement leur hauteur; et les continens, à peu près la forme qu'ils ont à présent. C'est pendant cette époque que les montagnes JU' rassiques du Tyrol méridional, et tant d'autres montagnes calcaires ou arénacées, ont pris leurs escarpe.mens effroyables ' et leur figure bizarre , et sont arrivées à l'élévation prodigieuse qui les caractérise. Ce re Irait de la mer, et les oscil" lations qui ont dû en être la suite naturelle ^ ont probablement

(i) Voyez Slcklèr, Ideen zu einem vuicanischen Erdghbus 9 c^ von HoiT| f^uikane, 1834.

ET Xi'oRIGIKS DES TSRRAllT^ DIS l'etTROPE. 6i

contribué à morceler si fort la craie du nord de l'Allemagne et delà Méditerranée, et d'autres formations en ont dû aussi souflrir considérablement. Un grand nombre de vallées des pays peu élevés ou des plaines ont dû leur creusement à ces causes ou du moins elles en ont été approfondies.

Après la formation de la craie , C Europe était un f^rand continent, qui avait un contour fort découpé^ et qui ren^ fermait un grand nombre de mers intérieures et de lacs d'eau, douce. Certaines parties méridionales de la Suède nous peuvent donner en petit une idée approximative de la surface de l'Europe à cette époque.

Dans le nord de l'Europe, il y avait une immense mer qui ^^étendait du fond dé la Russie ou même de l'Asie à travers le nord de l'Allemagne , presque en Angleterre, et qui communiquait avec la mer du Nord , et peut-être aussi avec la mer Glaciale.

Néanmoins , la mer qui couvrait la Gallicic et les bords de la mer Noire doit plutôt avoir été en liaison avec la précédente , qu'elle n'en a fait partie, puisque les dépôts tertiaires des premiers pays sont identiques avec ceux des bords de la Méditerranée , et un peu difTérens de ceux de l'Allemagne septentrionale.

Le milieu de l'Europe présentait une seconde mer intérieure qui couvrait la plaine suisse , la vallée du Rhin et le pays plat de la Souabe , de la Bavière , de l'Autriche , de la Moravie et de IjiBugrie. Entre ces deux mers, se trouvait le grand bassin bohémien , qui communiquait avec la dernière. Dans le sud de l'Europe, la mer Méditerranée cou- Trait tous les pays peu élevés, qui forment actuellement ses bords. Elle n'avait pas encore percé les colonnes d'Hercule , €t elle communiquait par des canaux, soit avec la mer Rouge , soit avec la mer Noire et le grand bassin de l'Asie occidentale. En France , il y avait encore deux grandes mers ; l'une s'étendait entre les Pyrénées, la Saintonge, le Périgord et les montagnes du Cantal et de TAveyron ; elle était en communication avec la mer qui couvrait le Languedoc et la Provence , et ce n'est qu'après le dépôt de la molasse que cette Haison a dû cesser ou devenir moins libre. La digue qui sé-

Ê9 COitSIDBftÀTIÔNS SÛR l»X KATtlBlC

parait le bassin sud-ouest de la France de l'Océan tteixM plus, et la force destructrice des vagues de l'Atlantique a pi être aidée dans ce travail parle grand courant, auquel la baie de la Gascogne doit aussi sa forme. Une seconde mer co» vrait toutes* les contrées peu élevées, comprises entre laR cardie , la Champagne , la Bourgogne , le Limousin , la Yen dée, le Mans, la Bretagne et la Manche. Enfin , en Angleterre les environs de Londres formaient une petite mer enviroi née de falaises crayeuses; et l'île de Wight, et la côte vis-i vis , étaient occupées par un bassin particulier , ou £aisaiei peut-être partie de la grande mer du nord de la France.

Toutes ces mers avaient des niveaux plus élevés qt l* Océan, ou depuis lors leurs anciens bassins ont été inégt lement soulevés au-dessus de la mer. La séparation de cesdifl rens bassins devient évidente par les fossiles littoraux tertiaire qui auraient vécu à des profondeurs de plusieurs milliers < pieds , si Ton supposait que tous ces bassins avaient été ré nis et n'avaient formé qu'une seule mer. Les soulèvemens qi l'Europe peut avoir éprouvés, surtout vers son milieu , no empêchent de préciser la hauteur relative des différent mers ; mais si Ton pouvait se fier aux hauteurs actuelles d bassins , on trouverait que la mer centrale de l'Europe était plus élevée, que le bassin du nord et de l'Angleterre était le pi bas , que la mer Méditerranée approchait le plus de la ha teur de la mer centrale, et que les bassins français avaie une élévation peu considérable. Il est clair que la haute relative des couches de ces bassins ne peut pas donner w idée du niveau de l'eau , surtout pour la mer centrale; aim si l'eau des bassins de Paris, de Vienne, de Hongrie et < nord de l'Allemagne a été à quelques centaines de pieds a dessus de TOcéan actuel , ou que ces contrées aient été soûl vées à cette hauteur , il ne s'ensuit pas que l'eau ait janu atteint la hauteur de certaines molasses de la Suisse, qui s lèvent entre 5 et 4}Ooo pieds ; les soulèvemens des Alp ont dû porter à ce niveau ces roches qui , ailleurs , ne dépa

sent pas 800, 1,000 , 1,700 pieds, tout au plus 2,000 pie

au-dessus de l'Océan.

Ces mers communiquaient plus ou m^oins bien par d

ET lWiGINB des TERkAIlfS Dfi L^BUROP S. 6S

pdnaux avec un assez bon nombre de petites mers întérteu" reSf ou bien avec des lacs d'eau douce. Ces niasses d*eau éftaient situées sur les bords de nos mers, ou bien elles ^ient renfermées entre des sinuosités de montagnes , et eUef s'écoulaient dans les grandes mers. Ainsi ^ la mer du nord de l'Europe recevait les eaux des bassins particuliers de U Hesse et de la Thuringe ; le bassin du Rhin et celui du ; emtre de TEurope s'étendait le long du lit actuel de plusieurs i>|randes rivières; la mer Méditerranée communiquait avec les I hiftsins plus élevés de lEspagne, de la Toscane, et en parti cnlier du Siennois ; le bassin du Nord de la France était lié à ceux de la Loire supérieure et de l'Allier , et celui du sudouest de la France avec ceux du Tarn supérieur et de la Dordogne; celui du sud-est de la France avec celui de la Saône y etc. Plus tard^ ces mers ou ces lacs intérieurs se .multiplièrent encore davantage par suite des séparations produites par les dépôts, et quelquefois il arriva que les lacs intérieurs étaient déjà complètement remplis d'eau douce y quand la mer intérieure dont ils dépendaient était encore tout-à-fait saumâtre.

Enfin , ces mers renfermaient un grand noinbre d*Ues , comme en Bavière, en Hongrie, dans le nord de l'Europe, etc.; et ces îles ont dû augmenter à mesure que l'eau s'est abaissée pendant l'époque tertiaire.

Lt bassin du nord de l'Europe communiquant assez librement avec l'Océan , s'est comblé en grande partie de sables et de cailloux, ou en général de débris arénacés, qui y ont «té charriés du nord et du sud. Des dépôts de lignite y ont ^ produits à diverses époques par des courans ou les délitele» de quelques lacs , dont la formation et l'écoulement Citaient favorisés par l'apparition des roches ignées. Ces amas de combustibles se sont placés dans les sinuositv's ( Art^rn , Bille, Helmstadt , Lusace), ou sur les deux bords (bord :€e la mer Baltique en Mecklenbourg et en Prusse) du bassin; illeuTs ils remplissent certaines cavités du milieu du bassin (Freyenwald, Conow, Bj'andebourg, etc. ) , ou ils se trouit sur les côtés des lacs , qui communiquaient avec la mer

66 C0lifsiD]£lUTI017S StTR LA KÂTURÈ

bassin d'est dessalé petit à petit et est devenu un lad d'eau douce qui a dimihtié insensiblement de grandeur. Ce lac a déposé d abord dans plusieurs lieux (Paris, le Mans, etc.) des roches siliceuses , et puis des marnes et des calcaJtés à coquillages d*eau dôiice et à plantes aquatiques ou de marécage. Avant cette dernière époque, les bassins supérieurs de FAllieir et de la Loire étaient déjà bien sépatés de la grande ftier intérieure, et ils n'étaient déjà plus que deslacâ d*eau douce , de manière qu*il ne s'y est formé que fles fâarfies, des calcaires d'eau douce et du gypse pendant toute l'époque tertiaire postérieur au premier calcaire grossîet" inférieur ; enfin ces grands lacs se sont vidés à la suite du creusement de leurs canaux d'écoulement (Loire, Seine); des débâcles ont morcelé les assises tertiaires supérieures, des alluvions considérables se sont formés dans les vallées, et le canal de la Manche a commencé à exister ou s'est du moins fort élargi.

Les deux bassins tertiaires cT Angleterre étant beaucoup plus petits offrent moins de diversité dans leur structure générale. D'un autre côté les trois formations marines y ont quelques caractères particuliers qui dépendent probablement dé la nature des roches des continens environnans, et delà proximité du bassin du nord de l'Europe ou même de la liaison imparfaite de ces deux cavités. Après quelques couches d'argile plastique à lignite et fossiles marins , des matières argileuses coquillières s'y sont formées en place du premier calcaire tertiaire et de son grès , les roches gypso-marneuses n'y existent pas , -et l'on ne trouve entre Târgile de Londres et les Sables supérieurs que quelques mélanges accidentels de coquillages d'eau salée et d'eau douce. Comme en France , lé dépôt tertiaire coquillier, tout-à-fait supérieur, s'est foriiié sur une grande étendue de côtés, et y porte le iioin de crag.

Ces bassins se sont aussi dessalés ; un dépôt d'eàû douce a marqué la fin de l'époque tertiaire, et leurs bords crayeux ont été en partie démantelés , soit par l'écoulement de la mer in^térieure du nord de l'Europe, soit par le creusement ou la formation accidentelle du canal de la Manche.

Dan8 fe «ncf-KHre^ de ta France le bassin ft*est tenf^li d'àbord de marne et de molasse, il s*èst sépaté deia mer MécU«» terratiée » et il s'est formé vers la partie la plus profonde tx la plus large une cavité assez bien séparée du reste , pOur me la tranquillité de Teau permît à differens êtres tkiarins aj «rivre et d y former un calcaire tertiaire. Gomme le prenûer dëpât avait élevé une espèce de digue entre la mer et he fond du bassin, une partie de ce dernier s'iest dessalée presque eatièreraent , et elle n*élait au commencement de la formation du premier calcaire tertiaire qu un lae d*eau douce. Un caK caire sans coquilles, et ayant les caractères d* un dépôt d'tea« douce, s'y est déposé en même temps que la partie inférieura du calcaire tertiaire se formait ailleurs , et un calcaire d*eaa douce coquillier y a été produit pendant la formation defe falttns de la Gironde et de F Adour, et du gypse qui se trouve à Sainte» Sabine et Beaumont. Les points où la mer communiquait avec le bassin dessalé offrent des mélanges de roehes marbKN et d'eau douce (Sauças, Dax, Bazas, Matmande), et deâ molasses coquillières marines alternant avec des calcairei d'eau douce sans coquilles, et surmontés de calcaire d'eau douce , occupent les points de réunion des deux dépôts.

Le grand lac intérieur n*a cessé ces dépôts que lorsqtie la mer a trouvé le moyen de se remettre en communication libre avec celui-ci. La masse des eaut douces n'étant pas ea rapport avec la grandeur des canaux d'écoulement , a dû accélérer cet événement; en conséquence de cette irru{)tion da l'eau salée dans le reste du bassin , il s'est formé avant le dépôt d'eau douce coquillier des couches marneuses à hUî« très , qui ont été bientôt suivies de la continuation de la formation d'eau douce, et d*une grande alluvion isablooneusd marine.

Après ces alluvions arénacées, les mouvemens de feau du bassin et ceux de l'Atlantique ont, petit à petit, aminci. €fc détruit la digue crayeuse qui séparait le bassin de celui da Tocéan ; l'eau du bassin s'est écoulée , et Tépoque alluViala a commencé, et n'a été précédée d'aucun dépôt d'eau douce supérieur , parce que la contrée n'a pas offert de cavitéa bo» lées et propres à devebir des lacs»

6S COHSIDÉBATIONS SUR LA. HATtJRÈ

- Le bassinmédilerranéen j entouré d*escarpemens calcaires , nous offre des particularités essentielles qui paraissent dépendre du type général des formations du sud-est de l'Europe ; de plus ses sinuosités nombreuses et sa grandeur y j ont diversifié considérablement le même' dépôt dans diffë- ; rentes localités. Sur le côté septentrional il s*est formé , çà et là, le long du pied des montagnes ^ des alluvions, comme en Provence (Nagelfluh d'Aix, etc.); ou bien de grandes . assises argileuses , sablonneuses et marneuses, comme dans les j Apennins et sur le pied sud des Alpes. Dans les endroits favo- | rablement placés, un grand dépôt calcaire a suivi , il a empâté : beaucoup d'êtres marins; il s*est déposé dans des vallées ou des ^uosités, ou au pied des montagnes, comme en Sardaigne.

Sur le pied méridional des Alpes , les êtres marins et les polypiers ont contribué à la formation d'une bande ou d'un récif de calcaire grossier à nummulites , tandis que des deux côtés des Apennins les zoophytes n'ont guère .pu exécuter leur travail , et les alluvions descendant du sol argileux des Apennins n'y ont produit que des marnes et des argiles, qui ont été remplacées par des molasses dans la partie nord du bassin du Rhône. Le long des Alpes et en Sicile, le dépôt calcaire a encore continué quelque temps, et , à Tépoque de la formation du calcaire grossier supérieur de Paris, il sj est encore déposé des calcaires à nummulites qui alternent, çà et là ( Vicentin, Véronais, Noto en Sicile), avec des ro« ches volcaniques réaggrégées , qui renferment des lignites ( Bolca , Noto ) comme à Paris ; mais le long des Alpes aucun dépôt ne s'y montre après ceux-là.

Sur les deux côtés des Apennins, en Sicile, en Grèce, et sur les côtes d'Alger et de l'Espagne orientale, les marnes et les argiles se sont déposées pendant une période bien plus longue; elles ont empâté beaucoup détres marins, des amas de lignite s'y sont amoncelés , çà et là (Sinigaglia), et les éma* nations des solfatares sous-marines ou brûlantes à l'air y ont produit de grands nids ou des bancs de soufre (Baza) , de gypse ( Volterre ) , et de sel (Sicile).

. Dans ces dernières contrées, ainsi qu'en Provence (bassin du Rhône), dans le Languedoc ; le Roussillon ^ la Sardaigne et

ET L*ORX6INB BBS TElUBlAmS DE L EUROPE. '69

nie de Malte , Von ne retrouve que la troisième grande formation arénacée tertiaire ou le sol tertiaire supérieur, et dans tous, à l'exception du Roussillon ^ un second calcaire tertiaire. En Provence il y avait déjà , lors du dépôt de la partie supérieure du premier calcaire tertiaire de Paris, un petit bassin assez bien séparé de la mer Méditerranée pour que des roches particu* lières aient pu s'y former. Ce bassin, qui est celui d'Aixy s'est rempli de roches marneuses , calcaires et gypseuses , qui sont assez analogues à celles de Montmartre (i). Un peu plus tard un bassin ^mblable a formé, autour de Salinelle en Langue^ doc, un dépôt de &able, de calcaire et de magnésite d*eau douces En Toscane des débâcles de lacs et des rivières ont pro* duity au milieu des dépôts marins supérieurs, des couches marno-argileuses renfermant des lignites , et des mélanges accidentels de coquillages d'eau douce et d'éau salée ( Sien* dois). Les csjilcaires de cette époque prouvent que ce n-est que tout à la fin de cet espace de temps que les êtres marii^ ont pu vivre et bâtir tranquillement leurs demeures s elle manque de ces roches dans tout le nord et nord-ouest de l'Europe y indique une mer agitée ou des charriages conti* tinuels d'alluvions. Après ces dépôts la mer Méditerranée avait déjà beaucoup baissé, ou ses bords avaieut été considër rablement soulevés ; elle s'efforçait de se mettre toujours plus en commimication avec l'Océan , et elle avait laissé ^ dans Fin- Kérieur, plusieurs lacs qui étaient devenus enfin des lacs d'eau douce. En conséquence des calcaires d'eau douce ou du tra* vertin se sont produits , çà et là (Sienne, Rome) , et la compacité et l'étendue de ces roches varient, suivant que la matière calcaire a été déposée par des sources ou des lacs. Dans le même temps des calcaires ou des marnes d'eau douce ont couvert certaines parties, du Languedoc , de la Provence (Vigan, Montpellier, etc. ) ; et de l'Espagne (Burgos, Frejenal, Teruel, Ocana, Montesa et Baza).

(i) M. Haussmann prétend avoir observé prés de Vaucluse un calcaire d'eau douce ^ semblable k celui d'Aix, sous le second calcaire tertiaire d'Orange ( Gottinger gelehrte Jnzefge, n* io3 et xo4 » p, 101741039).

JO C05«inEILlTIOSS StIR lA SATTHE

Dans la grande mer de l'intérieur de l'Enrope\es rivièRt ont amené de tous les côtes des subies et des cailloux , et lei Yagues (le la mer ont entassé ces matières le long de ces bords, comme cela arriveencore aujourd'hui. Des liquides cbargésde partie&calcaires ou siliceuses et le poids des masses ont doiui^ k otis roches leur consolidation actuelle. Ainsi se sont formû la bunde calcaire qui longe le pied des Alpes du bassin viennois, et tous ces grands dépôts de molasse ou de grès, d'agglomérat et de marne , qui bordent le grand bassin hongroii «t transylvanien , et qui couvrent tout le pays plat de MorsT TJe,et tout le pied des Alpes allemandes et suisses. Dans le même temps , des loches semblables, mais plus argileuses , remplissaient le fond de la vallée du Rhin et du bassin bohémien.

Il est digne de remarque que les agglomérats aUemasdi n'offrent que les débris des Alpes voisines, tandis qu'en Suisse et dans le Vorarlberg les poudingues sont remplis de roches presque inconnues dans les Alpes, et n'existant ^e dans la Forêt-Noire ou les Vosges, telles que des granités , des porphyres , etc. ; différence provenant de ce que les derniers débris appartiennent à la base du grès vert , qui a été redressée lors d'un des soulèvemens des Alpes, et qui n'est point sur la molasse , quoique ces roches aient la m&U inclinaison.

Des amas de lignite se sont formés au milieu des raàm précédentes par les mêmes causes qu'ailleurs , et ces maaseï v^étales, mêlées de coquillages d'eau douce, ont été enfouies dans des cavités ( nord de la Bohème) , ou des sinuosités [ Hering ) ou des vallées longitudinales ( vallèei it la Save et de la Drave), ou au-devant des grands rivagn d( ce temps* là.

Les Alpes étant alors le plus grand continent, il est»al» T-el que les plus grands dépôts de lignite se trouvent dapï M vallées { Carinthie } ou sur le pied de cette chaîne.

Après la formation de ce terrain tertiaire , cette grande mer s'est trouvée assez bien divisée en plusieurs bassins pai^ tjculiers , qui n'avaient déjà plus tous le même nireaa, Le bftssin bohémien et le bassin du Rhin entre fiàle et Si se sont séparés de cette mer; et depuis la SavoÎQ jt^U)

ST li'oRIGINE DES TEBBÀINS DE Ii*£UROPE. yi

yy^^llachie, il s'est formé deux grandes mers, savoir: }^ bassin suisse et bavarois , qui s étendait des environs d'AÎK en Savoie ; jusque vers les montagnes du Hausruck dans l& Salzbourg ; et le bassin de C Autriche inférieure et de la Hongrie ^ la plaine de la Haute - Autriche leur servait de canal de communication.

La cavité de la Transylvanie méridionale s'était aussi isolée de celle de Hongrie^ et au milieu des Alpes il $*était formi des lacs intérieurs ; dont les plus grands devaient être ceuf qui couvraient les plaines de la Carintbie , le IpDg fki- cours supérieur de la Drave et de la Save,

En Bohême p les dépôts tertiaires paraissent avoir presque ce^sé après l'époque des lignites, du moins nous n'y trouypns que rarement (Kostenblatt) de petits amas déroches silic/eusçi^ et marneuses ^ qui pourraient être un peu pliis récentes. .C<9 bassin a donc dû être pendant long-temps uu bc d*edu douce, qui n*a pas déposé de roches, et qui n'a doue pas dû nourrir beaucoup d'animaux.

Ce b^ssiu est d'ailleurs un des plus curieux d'Europe ; tout-à-fait circulaire^ il a l'air d'avoir formé presque toujours Uue Caspienne , excepté pendani: l'époque du grès vert. Eu efPet , ses dépôts de grès houiller et de grès rouge ne recè^ leut pas de fossiles marins , et peuvent aussi bieu avoir été fprmés dans un lac d'eau douce que sous l'eau salée; néanm^piç^ cette mer était salée avant cette époque , d'après les fossiles du calcaire intermédiaire récent. De plus, l'on sait que tous les autres sédimens secondaires, excepté le grès vert, manquent; ce qui ne devient expliquable que par notre hypothèse d'une Caspienne. Cette mer avait peut-être son c^nal d'écoulement au nord , et le creusement ou fendillement violent de ce dernier Fa remise en communication avec la mer de l'Eu^ rope septentrionale , vers l'époque du grès vert. Cette supposition expliquerait pourquoi ce dernier dépôt est accumql^ en si grandes masses le long de l'Elbe, et pourquoi le bassin, a pu de nouveau redevenir ime Caspienne d eaù douce à la fin de l'époque crayeuse. En conséquence , on n'est plus étonné de trouver son sol tertiaire, réduit à des argiles à lignites sans fossiles marins et à coquilles d'eau douce. Enfin , dans 1 époque

^S CONSIBIBRÂTIONS SUR LA. ITATURB

alluviale , cet immejose lac se serait vidé par la fente entre Leitmeritz et Pirna: fente que je ne voudrais pas attribuerta creusement de TElbe.

JDans le bassin du Rhin , il s*est formé au nord , jusque près de Mannheim,un dépôt assez épais de sables et d'un calcaire tertiaire ; il empâte surtout supérieurement beaucoup de coquiUages d'eau douce qui y ont vécu avec les êtres ma* rins ou ont été charriés par les rivières. Plus au sud et au nord ces rocheà paraissent avoir été surmontées par des argiles et des molasses à lignites et à fossiles, et rarement, comme à Buxweiler ; des petits bassins séparés d'eau douce ont donné lieu à des masses calcaires; et il y a, çà et là, des dépôts d*eau douce récens, comme au pied sud-oiiest delà Forêt-Noire(i).

En Suisse f tout lé sol tertiaire n'offire que des sables, des grès , des agglomérats , des marnes et des lignites ; néanmoins certaines masses gypseuses de la Suisse occidentale, des couches subordonnées de calcaires d*eau douce et de lignite à divers étages , et les masses arénacées à couches coquiUîères paraissent indiquer dans la plus grande partie de la molasse des dépôts correspondans au troisième terrain tertiaire , sa« voir : à l'argile bleue ^ aux marnes, aux sables et même an second calcaire tertiaire.

On n'a pas encore établi quelles étaient les roches qui y avaient été formées à Tépoque du premier calcaire tertiaire; c*estun cas analogue à celui des Apennins, et en général de tout le sud-est et sud de l'Europe , où le calcaire parisien inférieur manque.

En Bavière , l'on observe , lelong des Alpes , à peu près les mêmes roches qu'en Suisse, tandis que le côté nord du bassin est couvert de grès plus quarzeux et plus fin , de sables , de marnes et d'agglomérats faiblement liés. Dans la partie orientaie ou rétrécie du bassin , des argiles et des lignites -existent aussi au pied du Bohmerwaldgebirge, et j'ai rapporté ces dépôts aux deux divisions tertiaires supérieures.

Dans C Autriche supérieure j le grand terrain de molasse est

(i) Voyez le mémoire de M. Mérjan dans le Schweizer-^jinzetgerf de M. Meissner 7 1825 , et son ouvrage sur le canlon de Bâle«

ET Xi^ORlGimS B£^ TERRAINS DE L^EUROPE. ^5

é^demment surmonté de marnes et de molasses coquillières, qui sont de l'époque du troisième terrain tertiaire (Wolfsegg). Des amas de bois bitumineux sans fossiles s'y rencontrent au milieu de ces nouveaux dépôts, et ils sont accompagnés de sables et d'argile plastique (Wolfsegg ).

Dans la partie sud du petit bassin de S aint-Potten y Y on trouve à peu près la même chose, et les sables tertiaires supérieurs et coquillières y deviennent encore plus évidens (Saiut-Polten). De5 lignites avec quelques agglomérats, et des argiles s'y rencontrent aussi ( Thalern , Obritsberg ). Sa portion nord fait déjà partie du bassin suivant.

Le grand bassin autrichien et hongrois offre des dépôts bien plus diversifiés , et ses roches sont presque exactement celles qui ont été formées par la mer Méditerranée. Suivant les contrées et leurs montagnes , il s'est d'abord formé de la mo« lasse ou des marnes argileuses et micacées suivies de marnes, et renfermant supérieurement beaucoup de fossiles et des amas de lignite ou du bois bitumineux, et quelquefois des nids de soufre amorphe ( Radeboy en Croatie ). Il y a aussi de la sé« lénite et beaucoup de sel en Transylvanie, dans le Marma* rosh , et même en Syrmie.

Des marnes à gypse , des sables en partie coquilliers , des grès et des calcaires tertiaires , sont venus se placer sur les argiles, et ils ont achevé ainsi le terrain tertiaire, qui est exactement celui des Apennins. Des amas considérables de lignite avec des argiles (Bude) et des mélanges accidentels de coquillages d'eau douce et d'eau saumâtre (Hellas, Gaya, lac Balaton, Ârapatak en Transylvanie) caractérisent les sables. Les bancs inférieurs de calcaire sont en général à cérithes , et ressemblent assez au calcaire parisien, comme ceux du milieu de la Hongrie, d'Œdenburg, etc. Il y en a des couches qui sont sablonneuses, comme celles de Grignon, et qui fournissent de nombreux fossiles ( Nickolsburg , Enzersfeld). Enfin les parties supérieures du terrain sont occupées par des calcaires à coraux ou des aggrégats de débris de cotaux, de grandes huîtres , etc. Ils offrent aussi des bancs supérieurs à nummulites; ils reposent, le long des montagnes calcaires, sur des agglomérats grossiers (plaine de Yiezine),

^ CONSIDERATIONS SITR Ul NITURB

e% ailleu^ si4r des sables quelquefois pleins d^ P^lypi^n (Eisenstadt) ; des marnes à sélénite les recouvrent çà et H»

Pendant la même époque il s'est aussi formé des sables ^ des calcaires grossiers supérieurs dans quelques points de li Transylvanie septentrionale, qui communiquaient avec ]^ bassin hongrois^ tandis que les roches semblables du sud du même pays ont probablement été déposées par un gHnd l^ç; intérieur occupant le bassin de Aluta, et dépendant delà mer qui couvrait la Wallachie.

Après la fin de toutes ces formations, il est restée ça et]i, des lacs d'eau douce dans les bassins qui occupaient le lit actuel du Danube. Les plus grands ont dû être ceux qui couvraient une grande partie du milieu et de la grande plaint orientale de la Hongrie , du moins & en juger par l^s c^lcai)res d'eau douce que nous y connaissons (Neszmely, Gzigled, etcA Pes lacs d'eau douce moins grands et de diff ér^n^ Ages QOfif sont indiqués par les calcaires, les marnes ou les roches siliceuses (ménilite) de la Syrmie^ du comitat de Zemplin^ 4i} lilatra, de Bude, de Wimpassing et du Eichkogel , prèsdç Vienne. Dans l'Autriche supérieure nous ne trouvpns pas d^ dépôt semblable, mais en Bavière et en Suisse nous en avQPS ipdiqué.

Des amas de tuf calcaire ou de dépôt calcaire de sources sont encore très fréquens en Suisse et en Bavière^ luais lemr âge est très postérieur à l'époque dont nous parlons niain tenant

Il faut aussi prendre garde de ne pas confondre ces dépôts locaux de calcaire tertiaire d'eau douce avec des couches àa calcaire assez semblables qui accompagnent açridentellemeol <;ertains amas de lignite tertiaire des Alpes (Gratz) et de 11 vallée du Hhin. Il paraîtrait aussi que certains petits dépôts locaux, com^e celui d'Oeningen^ de Nicolschitz en ])Ioravie, de Syrmie , etc.^ ji'ont rien de commun avec les calcaires d'eau douce dont nous pailons. Ce sont des roches qui se sont formées ? ^qs des bassins particuliers à une époque plus ancienne, et peut-ptre après l'argile bleue coquillière et pendant la dernière époque marine tertiaire , car on trouve une partie de leiu^ fossiles dans des couches subordonnées aux argiles coquil'

)ières supérieures (Radeboy), ca^iû indique que ces débrif ]

^ été charriés tantôt dans unç mer et tantôt dans une h^ gme d^eau douce de cette mer.

Après avoir achevé de détailler la nature générale des has-^ ^ias au nord des Alpes , Von ne doit pas négliger d'en tirer 3a conclusion que, pendant toute Fépoque tertiaire, les ét^ea marins ont été plus abondans dans le bassin autrichien et hongrois que dans celui de la Suisse et de la Bavière , ou bien qu'ils ont mieux pu vivre, ou ont été moins détruits dans 1^ premier que dans le dernier.

Si nous comparons ensuite les dépôts tertiaires des deux revers des Alpes, nous y apercevrons de grandes différences, tant dans leur nature que dans leur distribution. Les mfitière^ aréBacées prédominent sur tout le pied nord des Alpes , et elles remontent dans quelques vallées, soit longitudinalea , soit transversales, de cette chaîne; sur le revers opposé, lefl| formations tertiaires sont calcaires, et n entrent dans aucune^ trallée des Alpes. Si Ton ajoute que sur ce côté toutes les graii« des vallées sont transversales et qu'elles ressemblent à dffs fentes faites récemment , on ne pourra pas s'empêcher da croire que beaucoup de vallées du nord et surtout de l'est des Alpes, ont été formées infiniment plus anciennement que la plupart de celles du revers sud. Avant la formation de œs dernières, la plus grande masse de leurs eaux devaient donc à*écouler du sud au nord, et les fentes qui forment leur lit ac^ tuel n'ont dû avoir été faites qu'à la fin de l'époque tertiaire , et les eaux courantes n'ont eu que le temps de combler la fond des profondes crevasses produites si récemment à In suite des éruptions et des soulèvemens ignés récens. La struc* ture des parois à la sortie de la plupart des grandes vallées du sud des Alpes, ne permet guère d'y supposer l'existence d'anciennes digues détruites par des cours d'eau, et, à leur vue, l'on revient involontairement à l'idée inattendue que iBous venons d'énoncer.

Après la fin des dépôts tertiaires a commencé Yépoque atr hiviale. Les bassins de l'Europe étaient encore, en grande partie , remplis d'eau, et ils étaient divisés en un grand nombre de laos d'eau douce ^ comme ceux de la Bavière, de TAutriehe^ «k la Hongrie, de la Bohême et du Rhin, et comme là bassm

^6 COHSIdlBRATlOllS StTR UL NATURB

du nord de la France, qui était partagé eu bassin parisii bassin de la Loire inférieure et bassin de la Loire supéri< D'un autre côté, les bassins du sud-ouest de la France^k' bassin principal du nord de TEurope et ceux, de rAnglelerreil n ont pas probablement passé par cet état intermédiaire; el^ du moins, si cela est arrivé, cela na duré que bien peu dt' temps, tandis que dans les autres bassins cette période de temps a été plus longue. Enfin , le bassin méditerranéen p»? raît être resté toujours salé.

Quelques uns de ces lacs ont laissé des dépôts considérables (vallée du Rhin, plaine orientale de la Hongrie , Autri* che, etc.); mais d autres s' étant écoulés plus vite, n'ont déposé> que très peu de matières argileuses ou de sables , et lei rivières y ont pu occuper plutôt leur lit actuel. Entre cê moment et celui de Técoulement des lacs^ il s*est au&si passj un temps considérable pendant lequel les rivières ont dévié plus pu moins de leur lit actuel ; nous pouvons citer commt exemple la vallée du Danube, du Rhin, etc. La hauteur des eaux de ces anciens lacs d*eau douce nous est bien indiquée par ces grandes masses de cailloux et de marne en partie coquillière et à osseroens de quadrupèdes, comme cela se voit dans la plaine orientale de la Hongrie, en Autriche, dans la vallée du Rhin , le long de la Garonne et de plusieurs rivières du nor-d de TAUemagne. Des amas de sables, de cailloux et de poudingues (Alpes) sur des plateaux ou des pentes de collines ou de montagnes, nous montrent que dans toute TEurope les principales rivières ont eu pendant la première partie de l'époque alluviale un niveau et un lit bien plm élevé qu'à présent^ ou plutôt il y avait sur leurs cours actueb des lacs retenus par des digues maintenant détruites.

En même temps que les eaux douces formaient tous ces dépôts, la mer rongeait les continens, et ses courans et ses vagues accumulaient , çà et là , des alluvions considérables que nous trouvons à présent sur tous ses bords à un niveau plus élevé que celui de l'Océan actuel. Ainsi, les côtes d'An* gleterre, d'Ecosse, de Norvège et de France, ofi&ent des excavations et des amas de cailloux, de sables, de marnes et de coquillages 9 qui sont fort au-dessus du niveau actuel de

|imer« Le même fait se retrouve sur les rivages opposés éricains de FAllantique (Boston) et le long des bords de mer Balticjue et de la mer méditerranéenne.

Dans cette dernière, l'on trouve sur les rochers élevés des trandu travaildes pholadés (Nice, cap Circée, Sicile, Grèce), des es , des cailloux , des poudingues et des amas de coquilles re vivantes, dans la même mer (Nice ^ Sicile^ isthme de the) , et les fentes de ses montagnes calcaires sont remues, çà et là (Gibraltar, Languedoc, Corse , Nice , Dalmatie, Ioniennes, etc.), de brèches osseuses à coquillages maet lacustres encore actuellement existans (Nice,Gibral- , Sicile, Syrie) , ou seulement à coquilles terrestres et tau douce , lorsqu'elles étaient loin de la mer. C'est un fait ogue à ces bancs sableux coquilliers qui existent sur la ote. occidentale de la France, sur les deux rivages de la rande-Bretagne , en Norvège et au Spitzberg.

Les causes qui ont fait baisser les mers ou rehaussser les ntinens , après l'époque des anciennes alluvions , sont très ifficiles à assigner , parce qu'elles peuvent avoir varié beauup suivant les localités. Dans la mer Méditerranée, la déle de la grande mer intérieure de l'Asie peut avoir accéléré son abaissement , et la formation accidentelle ou l'approfondissement du détroit de Gibraltar peut bien en avoir ïté la cause principale. Dans la Baltique des causes sembla* lies ont pu agir , mais pour la mer du nord et l'Océan atlanique , il faut avoir recours à d'autres évènemens. Si nous avons eu raison de rechercher dans les éruptions ées anciennes , les causes de la place occupée successiveent par les mers, nous pourrions appeler encore ici à notre ours les volcans qui ont brûlés pendant l'époque alluviale, les phénomènes qui ont di\ en être la suite. La disperon des blocs scandinaviens depuis la Russie à travers ut le nord de l'Allemagne jusque sur les côtes orientales la Grande-Bretagne ; et surtout celle des blocs alpins dans plaines de la Lombardie, du Rhône, de la Suisse, de la vière, etc., sont probablement liés non seulement à de des débâcles, mais encore à des soulèvemens et des déens volcaniques dont ces débâcles n*ont été qjixun ré-

9& tSOlTdibâAATiOHA flVR Là HÂIÎOU

siiltat secondaire (i). De plus^ il est possible qu'alors seule ment des masses dé grès vert et de craie furent portées i cime des Pyrénées et des Alpes de la Suisse et de la Sarok et que tant de crevasses , maintenant des lacs, s^ouvrirenti le pied ou au milieu de la chaîne alpine. Ce sont les eCPets ce soulèvement que M. de Beaumont s*est efforcé de précii cbtnftne un accident du soulèvement dti système de la cl principale des Alpes.

Enfin, nous arrivons aa moment où le continent ei pëën a commencé à avoir sa configuration et sa constil tion actuelle. La mer et les lacs encore eiistans ont contii à former des dépôts ; les rivières ont déposé des cailU et des sables ; les sources ont encore produit ^ çà et là, amas calcaires , les tourbières n ont pas cessé de s'agrandir^ lès glaciers ont dégradé les hautes montâgut^s^ des ébod mens et des débâcles ont eu lieu dans divers endroits, Volcans ont contitiué à brûler sur d'anciens distriets Vok nisés , ou bien ils se sont fait jour dans de nouveaux isitués près de la mer ou dans les îles.

Depuis lors nous ne devons faire mention que du chan^ gement de quelques rivières (Arno), du dessèchement d^ quelques lacs, de quelques écroulemens ou ébranlemens,dtf quelques débâcles, de l'apparition et de la disparition dfl quelques cônes volcanisés.

Pendant ta formation de$ terrains tertiaires^ C Europe à pris enfin ^ petit à petite sa face y ses végétaux et ses habitâSHt actuels. Au commencement de C époque alluviale , il f avait encore quelques différences entre la distribution gétji graphique des animaux et celle actuellement existante ^^ Vkom,me ne foulait pas encore peut-être le sol européeni mais à C époque alluviale moderne tout était déjà eemfi^ aujourd'hui. \

(i)VoyezlesmëmoîresdcMlVI. Haussmann {Gott, gelehrt, jinseU 18^7, n» i5i et iSa, pag. 1497 à i5i6); Escher {Neue jilpinê^ vol. I,pag. i};dGBuch {Mémoires de CAcad. de Berlin^ i8i5) Annales de physiq, de Poggendorf , vol. IX , 1827 ) ; Oeluc {Mé^ de la Soc. de physiq, de Genève y vol. I[I, et de M. Brochant {Ak deS mnéâ 1 181^} ; Philipps {Ann. ofphSos. , aoAt 1627 > etCi }<

BT LORieniB DBS tERRÂHTS BS t ÉVROPS. J^

Tjsl température de l'air était devenue toujours moins chaude} s plantes dicotylédons avaient fort augmenté en Europe, tan- Is qile les plantes monocotylédons et celles qui étaient analo* les aux végétaux tropiques avaient diminué.Les animaux senilables en genres ou en espèces à ceux de là zone équatorialé iraient petit à petit disparu , et après la fin des dépôts tertiai- »d il n*en a presque plus existé. Quelques uns de ces animaux nt puà tempsémigrerversles parties de la terre qui leur bf* raient là chaleur nécessaire à leur existence, et ils ont pu ainsi e conserver en partie dans la zone équatorialé ; mais ceux |ttt n*ont pas eu cet instinct ou cette faculté locomotrice , tont morts peu à peu dans le pays, et forment ainsi aujour* t\mi les races d'animaux éteintes. Quelques animaux hàbîtSàent peut-être pendant l'époque tertiaire en Europe et fetre les tropiques ; s'ils n'ont pas pu émigrer lorsque le froid Vèst fait sentir, ils n'ont pu se conserver que dans le climat ^hmd ; mais si la température équatorialé leur était encbfe wp froide , ils ont dû disparaître de la terre.

C'est ainsi qu'on s'explique fort simplement pourquoi les terrains tertiaires contiennent des fossiles identiques ou près* ^es identiques avec les êtres actuellement existans, tandis que u autres fossiles de cette époque ne se retrouvent plus ou n'ont même pas leurs analogues. C'est aussi la raison pour laquelle tant de coquillages et d'ossemens de grands quadrupèdes ont été charriés par les rivières et les torrens pendant l'éjKique alluviale ancienne , pour être enfouis au milieu des marnes et des sables dans des vallées ou des cavités ; enfin èfela confirme les conclusions de plusieurs naturalistes par rapport à ceà cavernes , ç«\ et là , remplies d'ossemens qui bût appartenu en partie à des genres d'animaux inconnus 6h Europe ou même éteints, et qui y ont été accumulés par U mort ou par le genre de vie de ces bêtes féroces.

On trouve dans les cavernes des restes d'animaux , qui ont thabitude de vivre dans des souterrains, mêlés avec des débris d'autres animaux dont ils ont pu se nourrir, ou qui y ont Aé amenés pat des courans d'eau , comme cela est arrivé pour tistites les brèches osseuses. Tous les autres ossemens ou les col^uiUages de l'époque alluviale sont toujours dans des vallées et

SO CÔH5IDBRATIONS SUR L4 lÎATUElb

des bas-fonds. Ces animaux étaient attirés naturellement t ces lieux, parce que la température y est restée le .plus loi temps chaudç , et leurs restes y ont été enfouis accident lement. Il est clair que quelques animaux auront été do; ou tués, ça et là, comme cela arrive encore aujourd'hui; ni im déluge universel n*a nullement détruit , tout-à-coi ces animaux ; si tel avait été leur sort , Ton trouverait les montagnes leurs restes , et les marnes et les sables qiû accompagnent ; ou si ces alluvions avaient été extrêmem détruites , on en verrait du moins des traces sur des plate: assez élevés; or cela n'a pas lieu. Il y a bien le long pentes et des torrens des montagnes , des sables , des caille des blocs et des fragmens de roches , mais aucun géolo ne soutiendra que ce soit là le gisement des ossemens : siles , ou que ces alluvions aient une fois couvert à peu | toutes les montagnes. Les débris fossiles contenus dan genre d'alluvion sont toujours des restes d'animaux em vivans en Europe ou sur les lieux mêmes ; au contraire to les alluvions à ossemens ou débris fossiles d'animaux éti gers à l'Europe sont sur le bord ou dans le bassin des rivi basses actuelles , ou dans les plaines qu'elles traversent enfin plus rarement sur de petits plateaux dominés pa\ hautes m,ontagnes.

Les phénomènes géologiques nous montrent donc que te la surface de la terre a joui d'un climat plus ou moins cha et que cette chaleur de Fair a diminué avec les causes Tavaient produite, et qui sont cependant loin d'appuyer rectement l'opinion que tout le globe terrestre ait été une incandescent (i). Mais l'abaissement de la température su surface du globe ne se faisait pas également , puisque , suii nous, elle aurait eu lieu en raison de la grandeur des ma volcanisées, de leur refroidissement et de la position différens points de la terre par rapport au soleil , à leur é

(i) C'est une question théorique que je ne veux pas consîdërci qui a été traitée par d'âutres plus savans que moi. Ceux qui la ré vent aiïîrmatiyement donnent encore plus de facilités aux expl lions proposées.

ST L0RI6INB DEâ TBARims Dfi lWrOPS« Si

lement de la mer et à leur niveau au-dessus de TOcéan. Il isulterait donc de cette proposition qu'il y a toujours eu sur terre des parties plus chaudes les unes que les autres » et a*ainsi se sont établies, petit à petit, les zones de température u isothermes en latitude, longitude et hauteur^ et par suite es circonstances locales les climats des divers pays. Les lifFérentes parties de la terre se sont trouvées insensiblement Uns leur état actuel de température ; celles qui se sont trouvées situées le plus favorablement pour être réchauffées par €8 rayons du soleil sont restées les plus chaudes, tandis que ics autres parties du globe ont échangé leur climat chaud contre un climat d*autant plus froid , qu'elles pouvaient moins bien ou moins .long- temps recevoir toute la chaleur des rayons solaires.

Les productions ■ végétales doivent avoir été infiniment diversifiées par ce passage lent du chaud au froid qui a lieu iiversement sur le globe , suivant la latitude , la longitude et .'élévation des pays au-dessus du niveau de la mer. Les vé- |[étaux ont été ainsi non seulement modifiés , mais ils ont lussi occupé, petit à petit, leur place géographique fixe, )arce qu'ils n'ont plus trouvé que dans ces endroits la température qui leur convenait. L'influence de cette même cause i dû s'exercer sur les animaux à peu près comme sur les )lantes ; les animaux qui se plaisaient dans un climat chaud^ mt dû d'abord être chassés des points élevés du globe vers es parties basses , et ensuite des zones devenues glaciales ou ;empérées vers la zone torride. Ceux de ces animaux qui l'ont pas pu émigrer ont dû, petit à petit, périr dans les paries du globe qui leur étaient devenues trop froides, et il n*est resté dans les zones tempérées glaciales que les êtres qui ont pu supporter ces climats ou qui ont pu s'y accoutumer insenliblement.

Cette explication simple et déduite des phénomènes séa-' logiques^ rend compte de toutes les prétendues anomalies géologiques, pour lesquelles on a fait tant d^ hypothèses gra-» tuiles , et contraires à l'ordre adm.irable et constant qui règne dans l'univers.

Le premier problème géologique ainsi résolu^ ^t Carîginô

8 a CONSUDEBATIONS SUR hX NATURE

de la nature et de la position des houillères et des terrains de lignite. L'on n est plus étonné de trouver une si grafifi^ analogie entre les restes végétaux des houillères de tous lei pays 9 et de voir danis les zones tempérées et glaciale^, dei productions analogues à celles des tropiques.

D'un autre côté , Ton trouve tout naturel d'observer ^an| [^ les dépôts de lignite des difFérens terrains une espèce de gr^r dation dans le mélange des diverses classes de végétaui^ tropiques, mêlés avec des plantas européennes, puisque les montagnes et les vallées de l'Europe avaient déjà alors une végétation très différente.

Enfin la zone entre les tropiques n'offre plus peut-étire la chaleur et les circonstances accessoires néces^ires pour la végétation des plantes identiques avec celles des houille* res^ Ton ne doit donc pas "êWe surpris Je ne trouver dans cette zone que des végétaux qui leur ressemblent.

Le second problème géologique , non moins singulier et bizarre en apparence , devient Ame conséquence toute simple des différens états de température par lesquels a pasi(é la siirface des différentes parties du globe. Nous voulons parler de la nature des fossiles marins enfouis dans les quatre grandes classes des terrains intermédiaires ^ secondaires , tertiaires et d^alluvion.

Plus Con s'enfonce dans les entrailles de la terre , plus Con observe de simplicité dans Us productions végétales et animales^ et plus leur uniformité a du jadis être grande sur toute la surface terrestre. Ce fait ne serait qu'une conséquence de l'égalité plus grande de température , qui a eu lieu $ur tout le globe; car les causes assignées rendaient plus ou moins chaudes les zones maintenant glaciales , ou tempérées, et donnaient peut-être à la zone torride une température beaucoup plus grande qu'actuellement, tandis que certains points de cette dernière n'avaient peut-être que la température des autres zones.

Si en Europe , et dans tout le reste de la terre, la température de la surface a été plus élevée qu'à présent, à l'époque du dépôt des premiers terrains, et si elle a graduelle-* mw\ diminuée y il est naturel que les mers de l'Europe

ET Ii'oRIGIHB DES TERRAINS DE LBUKOPE. 88

ftient nourri d'abord, comme partout ailleurs, des êtres ma«rins que lanalogie rapproche le plus de ceux des mers actuelles entre les tropiques. Ensuite, à mesure que les différentes zones se sont établies , ces animaux se sont infiniment plus diversifiés , et ils se sont toujours plus rapprochés de ceux qui habitent maintenant les mers des pays où Ton trouve leurs dépouilles fossiles. Il est clair que les végétaux ont dû subir les mêmes lois.

Pendant cette diminution lente de la chaleur, lorsque la température nécessaire pour la vie de certains êtres marins cessait dans une contrée, s'ils avaient le pouvoir de se mouvoir, comme les cétacées, les poissons , les radiaires, ils ont dû se servir de cette propriété pour tâcher de gagner des climats plus favorables, et ils ne se seront conseiTés qu'au* tour de 1 équateur, si ce climat leur était assez chaud. Les autres animaux qui ne pouvaient pas bouger ont dû avoir le même sort que les plantes : les uns, portés tout-à-coup dans un climat trop froid, ne seront restés vivans que dans la " zone torride , s'ils s y trouvaient; et d'autres, demandant encore plus de chaleur, ou n'existant pas entre les tropiques , auront tous péri.

Il s'ensuit donc que plus Con s* approche des jfâles vers l'équateur, plus les dépouilles fossiles doivent être seînblablés ou analogues en genres et en espèces à celles actuelle ment existantes entre les tropiffues»

En Europe ^ plus les terrains secondaires marins et les dépôts tertiaires marins ou d* eau douce sont récens , plus leurs dépouilles fossiles doivent avoir d^analogie avec les animaux des m.era ou des eaux douces de C Europe jusqu*à ce qu'enfin quelques dépôts très récens ne f)résenient plue 0tt presque plus que des espèces identiques avec celles actuel^ kment existantes.

Une conséquence nécessaire de cette proposition est que plus U$ terrains observés dans différens continens ou dan^ un continent^ sont récens, plus leurs fossiles doivent étf' férer d*un continent à un autre, ou plutôt d'une zone à Vaufre^s ^t en même temps aussi d'un bassin à un autVe; I fnaiê Us fossiles de deux contrées ajant la màno tt^ptrir^

84 CONSIDÉRATIONS SUR LA NAtURB

tare devront toujours être environ dans le nUme rapport 1 pour U nombre dôs analogues ou des genres et des espèeei semblables avec les anitnaux vivant actuellement dans cet différens pays ou leurs m,er^. Ainsi , le calcaire grossier te^ tiaire de la Nouvelle-Hollande n aura pas les mêmes fossiles 4]ue celui de TEurope^ mais ses pétrifications auront la ^ même analogie, le même rapport avec les êtres marins vivant actuellement dans TOcéan australien que les fossiles du ménie r calcaire européen ont avec les animaux des mers de l'Europe. De plus / les restes organiques des dépots tertiaires méditerranéens ne seront pas tout-à-fait les mêmes que ceux du calcaire du grand bassin tertiaire de l'Europe septentrionale ou des bassins de la France , mais ils auront plus d'analogie avec ceux du bassin central tertiaire de l'Europe qu'a- j vec ceux de ces derniers , et les fossiles du bassin dans le \ sud-ouest de la France se rapprocheront plus de ceux de la Méditerranée que de ceux des environs de. Paris ou de Loiidres(i). On a déjà dit plus d'une fois, et M. Prévost en particulier, qu'entre les fossiles des dépôts tertiaires de Paris, de Touraine, de Bordeaux et de l'Italie, il y avait une progression ascendante pour le nombre des espèces analogues.

Un autre corollaire de ce que nous venons d'établir , c'est que plus les terrains observés sont récens et voisiiis de l'é* quateur^ plus nous pouvons espérer de retrouver dans la zone torride les analogues ou les espèces identiques^ vivan^ tes, de leurs fossiles, ou du m,oins plus le nombre de ces analogues ou des espèces vivantes peut être considérable.

Enfin 9 il résulte encore des propositions précédentes que plus les terrains à fossiles marins et d*eau douce sont an» ciensj moins nous devons avoir d'espoir de retrouver teurs .espèces identiques , ou seulement leurs analogues en espèces ou mêm,e en genres dans les iners et les eaux douces de Ut zone torride; car elles ne présentent pas, peut-être, les circonstances nécessaires à la vie d'êtres semblables, malgré la .ébaleur de la zone où elles se trouvent.

(i) D'après M. Deshayes, ceUe déduction serait dëjà vérîfiëe par .un àégdi tertiaire très co^uiUier des côtes du Chili.

ET l'0RIGIN£ DCS TERRAINS DE liWROPC. 85

Nous arrivons donc par le raisonnement à priori, à des onclusions exactement conformes à nos connaissances géologiques actuelles, et en particulier aux détails de la géogra- )bift géognostique.

D'un autre côté , il est probable que ta température chaude des différentes parties du globe a duré d'autant plus hnfç4emps quelles étaient plus rapprochées de Céquateur; plus elles en étaient voisines , plus leur climat est resté long-temps sem^ blabU à celui des tropiques , et par conséquent favorable à l'existence des êtres et des végétaux équatoriaux.

De cet état de choses, il a dit ou pu résulter que dans des contrées éloignées des tropiques , une formation miné* raie a empâté des animaux et des plantes très différentes en genres ou en espèces de la faune ^ et de la flore équatoriaU actuelle, tandis que le même dépôt servait de tombeau à une foule d'êtres et de v égéta ux voisins o u analogues en genres ou en espèces aux productions animales et végétales des tropiques. De plus, comme la formation et la nature des ^nass^ minérales dépendant souvent du climat plus ou moins chaud, et des êtres viv ans ou des végétaux, dont C existence est toujours liée intimc'inent à une certaine tempéra- (ttre(i), il devient donc possible qu'à la même époque , il iesoit formera différentes distances deCéquateur, des dépôts séparés , non seulement par leurs dépouilles fossiles » mais encore par leur nature minéralogique.

Enfin, des résultats semblables ont pu même avoir lieu seulement en conséquence de la hauteur absolue des contrées au-dessus de COcéati , de leur éloignement de la mer, de leur poèitio7i locale et de leur soulèvement plus ou m,oins récent hors de la mer; ou bien toutes ces causes ont pu agir conjoin» tément avec les précédentes. Ainsi, par exemple, pendant l'époque secondaire le rapport des climats de l'Europe et de l'Afrique centrale pourrait avoir été tel que les êtres du cal* Caire jurassique européen se trouvassent encore dans la craie africaine, parce que lors de ce dernier dépôt la température

(i) Nous avons détaille nos Idies 4 cet égard, soit plus haut, soît duu l'explication de nôtre tabltaik sjnoptique des fornutionsi

Id COHSIDBRÀTIOTfS SUR LA KATURS

aurait été encore en Afrique celle qui dominait en Europe à Fépoque jurassique. Pendant la période tertiaire , le climat de Paris aurait pu être encore assez chaud, comparativement à celui de Vienne en Autriche , pour que l'argile tertiaire de Vienne empâtât plutôt des fossiles analogues ou semblables à ceux du terrain tertiaire supérieur de Paris , que des coquillages du premier calcaire tertiaire de la France septentrionale , parce que l'existence de ces derniers êtres demandait plus de chaleur que ceux des dépôts plus récens.

Pendant l'époque tertiaire, la température du sud- ouest de la France pourrait avoir été à celle de Paris, et de la plaine suisse , dans un tel rapport , que , dans les premières contrées , le premier calcaire tertiaire , avec son calcaire d'eau douce et son gypse , ait présenté les roches du te^ rain parisien inférieur et n'ait enveloppé que peu de fossiles de ces derniers dépôts au milieu d'une foule d'autres, qui se retrouvent en partie dans le sol tertiaire supérieur de la Suisse, et qui ont au moins plus de rapport avec ceux du même terrain moderne de Paris. Pour les mêmes raisons , M. Marcel de Serres ne retrouverait dans le Languedoc, les ossemens du gypse parisien que dans l'étage le plus supérieur de la seconde formation tertiaire arénacéo-calcaire , et les coquilles du calcaire marin parisien que dans les masses Hioyennes du même terrain tertiaire supérieur (i).

Durant toutes les époques, les circonstances ci-dessus mentionnées particulières à chaque contrée ou zone , ont pu faire que certains pays ont été couverts-de puissans dépôts calcaires, tandis qu'ailleurs il se formait des grès, des marnes, des houilles, etc. Les grès grossiers des Vosges parallèles au zechstein , le Jura suisse simplement calcaire , comparé à celui de Dalmatie abondant en grès et en houille , le lias avec ou sans grès, sont des exemples qu'il est inutile de rappeler. M. de Raumer ()<) a le premier soupçonné la possibilité de la formation contemporaine de dépôts séparés par de grandes

(i) Voyez Annales des sciences nat, , juillet 1827, et Bulletin de M. Ferussac , n"" 6 et n*" 9 , 1827.

(3) Voj«s Qeagno^ti^che FrMgmemU, i8i5.

ST l'oRIGÏNS des terrains de LEtTROPS. 87

distances , et par leurs caractères zoologiques et minéralogiques ; depuis lors MM. C. Prévost (i), Marcel de Serres(2) et Desnoyers (3) paraissent avoir étendu cette idée aux terrains tertiaires avec leur perspicacité ordinaire. Ces points de vue nouveaux de la science n'étant pas purement hypothétiques, méritent un examen sérieux : rappelons-nous que la science est dans son enfance, et que de semblables phénomènes se passent sous nos yeux. S'il était donc reçu que les dépôts placés jusqu'ici sur le même horizon géognostique ou zoologiqùe auraient pu se former dans des temps très différens les uns des autres , les difficultés de classiGcation augmenteraient d'autant plus qu'on se rapprocherait des époques modernes.

La distribution géograpliique et géognostique des restes fossiles de quadrupèdes et d'animaux terrestres se trouve aussi complètement expliquée.

Lors du commencement des dépôts tertiaires, la température était encore assez chaude, dans certaines parties basses de l'Europe, pour la vie de quadrupèdes et d'animaux analogues à ceux de la zone torride actuelle ; nous trouverons donc tout simple d'observer des restes de semblables étfes dans le sol tertiaire, des os d'éléphant, de rhinocéros, de cheval, etc., dans les marnes alluviales, et des amas d'ossemens de hyènes, d'ours , etc. , dans des cavités ou des cavernes calcaires. Nous verrons dans le chatigement graduel du climat la cause que la plupart de ces animaux sont ou éteints ou relevés dans la zone torride, tandis que ceux qui habitaient jadis les parties élevées de l'Europe y sont seuls restés.

D'un autre côté, s'il y a eu des animaux qui n'existaient que dans les zones tempérées, vu la trop grande chaleur de la ïofle torride ; s'il y en a eu qui se trouvaient en même temps snr les plateaux de la zone torride et dans les plaines des

(i) Voyez Bulletin de la Société phîlomatiq, , juin iSsS , p. 89, tt ( ton mémoire à i'Acad. des Sciences (Mémoires de la Société d*hist. Ra^, tom. III).

(2) Yojez tableau des terrains tertiaires de la France mcridionalit^

(5) Voyez son beau Mémoire dans les Annales des sciences hatU' reliés 'pour 1829.

zones tempérées et glaciales (mastodonte, etc.), et quin*OB( pas pu se rendre à temps dans un climat convenable ; et ei s'ily en a eu qui demandaient, au contraire, peut-être , pov leur vie une plus haute température que celle de la zone torride, il est clair que tous ces animaux ont dû périr, disparaître de la terre, et être ensevelis, petit à petit, sous dci matières d*alluvions plus ou moins considérables.

Une circonstance particulière qui a pu aussi agir surtout sous la zone torride , ce sont les soulèvemens que des plateaux ont pu éprouver ; la température a pu ainsi être changée si subitement qu un grand nombre d'animaux ont dA périr.

Enfin la distribution géographique des plantes et de toiu Us êtres animés du globe se trouve ainsi amplement et clairement expliquée.

On voit pourquoi les plantes varient d'une zone à Tautre, et pourquoi elles montrent quelques différences, non seulement d*un certain nombre de degrés de latitude ou même de longitude à un autre nombre de degrés de latitude ou de longitude, mais encore pourquoi elles varient suivant les hauteurs auxquelles elles se trouvent au-dessus de rOcéan, ou suivant les zones isothermes qui les renferment. Ainsi disparaissent toutes ces difficultés qui s'opposent à l'hypothèse de la migration des plantes, difficultés qui augmentent, sans cela, d'autant plus qu'on cherche à expliquer la distribution des végétaux situés sous une zone plus élevée au-dessus de la mer. Ainsi Ton trouve l'explication de l'identité des plantes, des sommités de chaque grande partie terrestre, qui formait jadis une île ou plusieurs îles voisines. Enfin Ton ne s'étonne plus de la dispersion lointaine de quelques genres ou espèces de plantes, comme, par exemple, l'isolement de quelques genres ou espèces identiques dans deux zones différentes du globe, qui ont à peu près la même température , etc.

Ce que je viens de dire des végétaux s'applique, avec quelques modifications , résultant de l'organisation particulière , à la distribution des êtres animés suivant les latitudes , les longitudes et les zones isothermes , ou les hauteurs au'-dessus de l'océan. Le climat étant devenu différent par ces trois

ET l'origine des TERRAINS DE L*EUROP£« 89

aisons combinées , il a dû agir aussi bien sur les animaux |ue sur les plantes , et chaque climat a dû , petit à petit , acjuérir ses êtres propres , tant terrestres que marins. En un mot, chaque climat a eu enfin ses êtres marins, sa faune et sa flore ; la surface de la terre a présenté plusieurs centres de création , et elle n a offert que rarement des animaux bizarrement isolés, soit en genres^ soit en espèces. Il est bon de dire que ces conséquences sont entièrement conformes aux observations des botanistes et des zoologues.

Voyez, pour les végétaux, les ouvrages de MM. de Humboldt (De Distribut, géographie, planiarum, 1817), etNou* velles Recherches sur la distribution des végétaux dans le Dictionn, des Scienc, natur. de Levrault); de De Candolle, (article Géographie des plantes , dans le même dictionnaire); de Guillemin ( article semblable du Dict, classiq. d*Hist. naU, 1826); deSchouw {Grundzugeeinerallgem.Planzengéographie^ 182!), etc.; pour les mollusques, Tarticle sur la géographie des mollusques , par M. de Férussac {Dictionn» classiq. d^Hist. natur,, 1826); pour les insectes, le Mémoire sur la distribution géographique des insectes, par M. Latreille , et , pour les animaux vertébrés , le travail de M. Desmoulins , Mémoire sur la distribution géographique des animaux vertébrés , moins les oiseaux ( Bull, de la Soc» philom., 1822, p. 167, etc., et Joum. de Physiq.) ; l'ouvrage de M. J. Minding [uber die geographische Ferthei^ lung der Saugthiere , 1829 ); et la grande Géographie physique de M. Rit ter ( ErdkUndey etc.).

Telles sont les idées générales qui m*ont paru découler principalement de mes efforts de n'expliquer l'inconnu que par le connu, et de ne jamais recourir à des explications dont les phénomènes géologiques et physiques actuels ne nous laissent aucune trace. Il ne me reste plus qu'à dire que quelques unes des idées principales ont déjà perdu de leur nouveauté ; conçues en 1822, comme peuvent le certifier MM. de Humboldt, Noggerath et de Waldauf- de- Waldenstein , je n'ai nullement la prétention de m'en approprier aucune. Chaque jour la science avance , et chaque jour les esprits réfléchis tâchent de tirer de nouvelles consé*

quences des faits découyerts , et ainsi les mêmes idées g4f^7^ ment souvent dans plusieurs têtes au grand profit d« W V^ science, qu'elles font envisager sous des points de vue d'rtê*"^ tant plus nombreux et variés. IHeii

Le soulèvement des montagnes avait déjà été supposé M^ ^^ plusieurs géologues, tels que Stenon, Pallas(i), DeLuc^SlW^^* sure, Hulton , Kessler de Sprengseysen, Justi(2),Voigl(îwr Fichtel (4) , Cuvier etc. Si Hutton avait montré dans les filottf^ des fentes remplies de matières ignées, Fichtel pt*ésenta (Kl 1794 la même théorie que moi sur leur remplissage d^origiM mixte (5). En 1818, Brei&lak donna dans ses Institutvnil géologiques des aperçus théoriques sur différeiïs points, en particulier sur l'origine des gypses et du sel, étt^ En 181 s, M. Heim entra dans beaucoup de détaiU strfb soulèvement des chaînes , au moyen des basaltes» et des po^ phyres, sur les sublimations de minéraux et de mëtaux datliS les roches, et sur les altérations produites dans AflO^reiites roches par ces éruptions ignées (6). En 1820, mon Essai siir l'Ecosse contenait plusieurs considérations générales reprcHduites dans ce mémoire; en 1821 , M. de Humboldt expritM généralement , sur les changeniens de la température Ai globe, des idées semblables aux nôtres (7) , qu'il développa plus tard en i8s49 ^^"^ ^^^ discours sur les volcans; en ]8fio, M. de Férussac donna aussi sur les abaissemens successifs de la mer, et en particulier sur le sol tertiaire , des aperçus' que nous n'avons adoptés qu'en partie (8). En i8a5, M. de Buch publia ses observations sur les doloinies et les

(i) Sammlung zur Physîk und Naturgeschichie , vol. I ,p. i3i. (a) Untersuc/iung uber die Entstehung derjetzigen Oberflacke uih serer Erde,

(3) Practische Gehirgskunde.

(4) Bemerkungen uber die Carpathen^ p. 4^8 — 454*

(5) Minéralogische Aufsaiss/e , p. 354' • (6) Gsologische Beschreibung des Thuringer'waldes s aUgemewn Resultate»

(j) Distrib ution numérique et géographique des végétaux sur le globe (Diction n, des Sciences nat. de Levraull ). {È) Mémoires sur les terrains tertiaires dans le Jou mal de phj'

ET l'oRIGINS des TERRAUffl DE l'eUHOPE. 9I

^rphyres du Tyrol et les volcans, et les souIèTeriiens de ttte partie des Alpes; et en 18249 i^ ^^ connaître plus claU nnent ses opinions, qui étendent et précisent les idées de l. Heim (i). A la fin de la mêœe année, M. Fourier prétata des calculs sur la température primitive et actuelle du llobe terrestre (9). En 1825, M. de Férussac entra, à propos U>la distribution géographique des mollusques, dans des deuils assez conformes à plusieurs de nos conclusions (3). Dans unième année, M. MaccuUoch (4) répéta, sur la formation les roches primaires, les idées que j'avais publiées en 1 8s4(5), ICMM. Crichton, Cordier, Humboldt, Marcel de Serres etc., Bontrèrent qu'ils partageaient certaines opinions sur la tem« lérature primitive du globe (6). MM. Hoffmann, Oe^hausen, foggerath et Charpentier ont ajouté des détails sur l«î ypse et le sel (7). MM. Merian (8) , Keferstein , Poulett crope ont généralisé les soulèvemens (g).'

M. de Beaumont a cherché à préciser 6n partie par. la 3ule stratification et l'inclinaison , les époques de soulève* lent les plus remarquables et à assigner à chaque chaîne son ^c (i o), et M. Necker de Saussure veut lier leurs directions t la forme des continens aux courbes d'égale intensité ma* aétique(ii).

(i) LeUre à M. de Humboldt , tableau du Tyr6l mëridiontl, tt ; Taschenbitch de Leonhnrd f iSn^,

(2) Annales de chimie et de physique ^ vol. 27 , p. i36.

(3) Géographie des mollusques ( Dictionn, classique d'hisi. nat. le Baudouin).

(4) On primary rocks, dans le Journal qf sciences qf the royal !nstit. , janvier 1825.

(5) Annales des sciences naturelles, août 1824*

(6) On climature, dans les Annals of phiiosophf, 1826; Cordier, mémoires sur la chaleur du globe, dans les Annales du musée , 1827; et Humboldt , Annal, der Phjrsik de Poggendorf , oct. 1827.

(7) Annalen der Chimie de Poggendorf, et ouvrage sur les bords du Rhin, par Oeynhausen.

(8) Voyez Baseler Wissensch, Zeitschriji , iSaS, cahier 4 > P« S'»

(9) Considérations on volcanoes , 1826.

(10) Voyez Annales des sciences naturelles y 1829 et i83o.

(11) Voyez Bibliothèque universelle y i83o.

99 CORSIDEBATIOKS SUR XJl NATimS , StC.

Enfin , les sources minérales et surtout l€s eaux chaudes o été rattachées au volcanisme par MM. de Buch , de Hol Keferstein , Bischoff 9 Hoffmann, Daubeny, Osann, Stiil Stucker, Benzenberg , etc.(i); M. Rozet les a employées po s* expliquer la formation des alluvions anciennes du Rhin (i et M. Bréngniart leur fait jouer depuis long-temps un gra rôle dans la formation de la croûte du globe, en particul dans celle des calcaires et des minerais de fer en grains (

Enhardi par tous ces derniers travaux, je publie enfin it Mémoire , et je vois avec plaisir tant de géologues émin* avouer que la géologie nous laisse entrevoir dans la cro terrestre une série non interrompue de phénomènes ignéi neptuniens. La science ne peut pas encore les expliquer t complètement et clairement ; mais elle attend de nouve lumières des progrès de la chimie , de la physique et l'astronomie, et alors seulement elle permettra au pfa sophe de s*élever à des idées de géogénie pure.

(i) Voyez de Badi, Mémoires de l'Acad, de Berlin, iSaS, blids en 1839; de Hoff, geognostische Bemerkung, uber Carlsh 1 826; le Teuschland de Kefersteîn; Bischoff» vulkanische M rai quellen, 18267 et Ubersichl der orographisch, und geognosii, VerhaUnissen von nordwesU. Deuischland; Journal de Géoh pout" i83oj et Edmb, philos. Journ, pour i833/ Physical. medi Darstellung der bek, ffeilqueilen, 1829; Geognostisch, Beschr der Rerzoglh. Nassau, i83i/ AbhandL von den Mineralquell 1 83 1 ; Jahrbuchjur Minerai» , 1 83 1 .

(3) Voyez Journal de geolog. , mai 1 83o.

(3) Voyez Annal, des sciences naturelles , 1838.

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