JACQUES CASANOVA
Ce Casanova était un homme de beaucoup d'esprit, de caractère et de connaissances ; il s'avoue, dans ses Mémoires, comme aventurier, fils dan père inconnu et d'une mauvaise comédienne de Venise. On trouvera son portrait dans mes écrits, sous le nom iïAveiituros(i). Je ferai mon possible pour me ressouvenir de ses Mémoires , dont le cynisme est le plus grand mérite , mais que cette raison empêchera malheureusement de voir le
(i) \ oii à l.i fin de ce volume.
jour. Il y a du dramatique , de la rapidité , du comique, de la philosophie, des choses neuves, sublimes et inimitables. Casanova eut dans sa patrie des aventures de très -bonne heure. La plus célèbre eut lieu au couvent où l'abbé de Bernis, alors ambassadeur de France à Venise, avait aussi une religieuse. Leurs parties carrées étaient des assauts d'esprit et de volupté. J'ai vu des vers du pontife qui la respiraient tout au moins , et qui inspiraient beaucoup plus.
Quoique Casanova m'ait lu ses Mémoires ^ je n7ai pas observé la date de tous les singuliers événemens de sa vie ; ainsi , point de chronologie de ma part dans son histoire. Bien reçu des ministres étrangers qui demeuraient à Péra, il était au moment d'être pris par l'un d'eux pour secrétaire de légation ; point du tout : le grand-seigneur fait une de ses promenades ridicules dans les rues de Constantinople ; Casanova se met à rire; il est empoigné par des janissaires : on parle de l'empaler. Il est leste, les Turcs lents; avant d'être garrotté, il s'échappe , court au port, saute dans un navire qui fait voile pour Venise; il y arrive très-vite avec un bon vent, et est caressé par ses amis de collège, et surtout par les jésuites qui l'avaient élevé et qu'il avait pourtant bien fait enrager.
Il n'avait pas oublié ses tours d'espiègleries ; en voici un de la plus grande force. On parlait, on criait, on racontait apparitions, revenants, lutins ; un de ses amis , qui faisait l'incrédule , se moquait des autres. Casanova se cache sous son
sur càsanoya. 36q
lit, et lui tire ses couvertures. Il s'en doute et lui dit: Je te reconnais et t'attraperai. Dans l'instant, il se met à l'affût pour lui saisir un bras ; il s'en empare , à la vérité, mais le bras lui reste dans la main : c'était celui d'un mort, que Casanova avait fait couper à l'hôpital. L'incrédule jette un cri, et d'une sueur froide, qui lui prend dans l'instant, passe au froid éternel de la mort !
Ses deux frères reviennent dans ce moment des pays étrangers : Qu'avez- vous appris? leur dit Casanova. — A notre première conversation, me dit-il, je jugeai que l'un ne serait qu'un sot et l'autre qu'un fou. Mais cette folie se trouva être le génie de la peinture, qui , se développant ensuite, l'a rendu le plus célèbre peintre de batailles de son temps. Pour la prédiction du premier, mort à Dresde, elle se vérifia bien.
Il va voir jouer sa mère , la trouve actrice détestable , monte à sa loge , l'embrasse , tout étonnée de revoir un fils dont elle ignorait depuis long-temps la destinée. Il lui fait quitter le théâtre. Vous pouvez, lui dit-il, vous en passer, parce qu'une de mes petites maîtresses , lorsque je n'avais que quinze ans, a épousé un procurateur dont je partage la fortune et les plaisirs. La petite n'a pas oublié son premier amant.
Épigrammes, chansons, propos légers, indis^
crétions, bavardage sur le gouvernement ,
Casanova ne se refuse rien; amour, jalousie , imprudences, échelles de soie, gondoliers gagnés , aventures de toute espèce. Casanova fait le seix. >4