JO ÏBAGMENS
gaeur et a un habit de lustrine grise à ramages , avec un grand large point d'Espagne en argent, comme sur son chapeau à plume ; veste jaune , culotte de soie cramoisie , tel enfin qu'il est représenté en tête de son ouvrage de la Fuite des Plombs.
Cet ouvrage date du jour qu'il fut enfermé dans cette horrible prison. Son style bizarre, mais rapide et intéressant, donne chaque jour un événement, à cet événement un prix infini : l'empreinte de la vérité; d'ailleurs, tout m'a été attesté même par des Vénitiens. Fatigué de fuir à pied, il entre dans une maison de campagne , et se dit un des parens du noble à qui elle appartient. On lui répond qu'en ayant été requis par la république , il est avec des sbires à la poursuite d'un grand gueux qui s'est sauvé des Plombs de ce côté-là ; il a la hardiesse d'y dîner, donne son habit à un paysan , qui , séduit par le point d'Espagne, ne balance pas, et est arrêté un instant après pour lui. Il ignore s'il n'a pas passé sa vie dans les Plombs à sa place.
Casanova se sauve donc en iUlemagne , trouve de l'argent partout , tantôt en faisant le chansonnier, l'improvisateur, le sorcier, et puis le joueur; trop délicat pour tromper, il n'est pas fâché de s'associer avec un grand tricheur que j'ai vu, il y a six ans, à Dux, où il est venu le soir. Leur entrevue, le récit de tout ce qui leur était arrivé depuis ce temps-là , a été pour moi la chose la plus comique. Il s'appelle Lacroix ou Cruce, ou délia Croce, tout comme on veut , suivant l'occasion.