‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 7 sur 17 · CINQUIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LETTRE

Vous , intendant du comte de Waldstein , vous vous êtes permis un nouvel outrage , que vous n'auriez pas osé faire à une recrue y quand vous étiez caporal au régiment de Waldeck. Vous saviez que ce scélérat de Viderol , parmi les livres volés à la bibliothèque, avait dérobé un volume de mes œuvres. Il arracha mon portrait , qui en décorait le frontispice , ajouta une épithète grossière à mon nom qui se trouve gravé au bas , couvrit l'effigie d'ordures et l'afficha sur le mur de la principale rue de Dux , à un endroit visible pour tout le monde \ l'outrage était cette fois bien public , et chacun se disait que le châtiment ne manquerait pas d'être proportionné au crime. C'était a vous , intendant du château , à l'infliger. Je vais donc vous trouver dans la chambre de Caroline , dont vous ne sortez guère : je vous apportais les preuves du crime , mon portrait souillé ! mais vous eûtes l'insolence de me l'arracher des mains en riant, et de dire que je ne devais pas faire at-

tention à d'innocentes plaisanteries , ou me résoudre à attendre le retour du comte pour porter plainte. Je vous fis observerqu'il n'y avait rien là de plaisant , que le crime était patent ; mais dans votre sotte ignorance, vous me répondîtes que tout cela ne valaitpas la peine qu'on s'en occupât, et que Viderol n'était qu'un étourdi. Comme vous n'en démordiez pas, je vous priai de m'envoyer mon dîner chez moi, et de ne pas m'obliger à m'asseoir à la même table que l'infâme ; vous vous y êtes refusé obstinément, et par là vous vous êtes déclaré le complice de Viderol et le fauteur de sa coupable action. Dorénavant, je dois redouter tout de votre part ; je dis tout , car après pareille conduite , qui pourrait répondre que vous n'iriez pas jusqu'à m'assassiner; je vous sais trop ami de votre propre personne pour vous exposer jamais au danger de recevoir de mon épée une punition si bien méritée.

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