‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 9 sur 17 · SEPTIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LETTRE

Mon cher monsieur le sous-lieutenant, si vous aviez la moindre connaissance du cœur humain, si surtout vous pouviez vous figurer ce que c'est

qu'un sentiment d'honneur, jamais vous n'auriez élevé le plus léger doute au sujet des 10 florins que je vous soutiens encore avoir déposés sur la table de M. le comte. Ce gueux de Viderol le coiffait précisément dans cet instant, et quand le comte mit la main sur l'argent, au lieu de dix florins , il ne s'en trouvait plus que neuf. Quel autre que votre cher ami aurait pu commettre ce vol ? quelque autre que lui serait-il assez béte pour s'imaginer que pareil larcin puisse demeurer caché 5 il ignore absolument que les hommes d'honneur ne sont pas taillés sur le même patron que les garçons d'écurie. Un respectable vieillard tel que moi, qui préféra toujours l'honneur à la vie , ne se trompe pas en pareil occurence , il a pris toutes ses précautions et il a du s'assurer de ce qu'il dit; j'irai plus loin, et je prétends que quand il a parlé, on doit l'en croire; toute vérification ultérieure l'offenserait. Vous ignoriez cela, n'est-ce pas ? et votre Viderol l'ignorait comme vous , je m'en doute ; ces sortes de procédés , en effet, si faciles à pratiquer pour les gens du monde , ne sont pas en usage dans les étables. Lorsque vous me dites que Viderol n'avait pas pour habitude de voler, et qu'ainsi il était innocent , je vous tournai le dos bien vite , car la main me démangeait , et je ne sais qui m'a retenu de vous sangler un soufflet à travers votre face de polichinelle. Et voyez un peu la stupidité ! trois jours après vous allez dire au chevalier Lamotte que rien n'est plus facile que de voler M. le

comte j qui a confiance en tout le monde et qui ne se défie que de od mémoire. Pauvre soldat aux gardes, comment avez-vous le front de parler de quoi que ce soit et d'émettre une opinion?

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