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HabitanU de la forêt

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W N(lfQlRB«

rendre rftme. Ah f tout ! elle supporta tout avec un stoïcisme et un courage inexprimables.

n faut avoir quelque eonnaissance des forêts de cette partie du Brésil, pour se faire une idée des privations endurées par une troupe sans moyens de transport, n'ayant pour toute ressource d'approvisionnement quQ le lasso, arme trè^fUttle (Jana les plaines couvertes de bestiaux ou 4§f ^W gibier 9 mais parfaitepent ini^tile dçtns ces ép^iis^ç^ fQrOtl» repaires des tigres et des lions.

Pour comble de malheur, les flecivesi| tr$ç«-^pprochés dan$ ces forêt? vierge? , grossissaient (m\te mesure. Cette effroyable pluie ^uinous poursuivait ne cessant de tomber, il en résultait (j[ue §pù« vent une partie de nos troupes se trouvait eiiiprisonnée entre deux cours d'eau^ et restait là privée de toute nourriture. Alors, la faim faisant squ, (]@UTre, parmi les feipmes et les enfants surtout, c'était un carnage plus lamentable ^uç celui qu'§us$eu( pu faire les balles et Iqs boulets.

Notre pauvre iufauterie était §Q prQio k> des souffrances et à des privations que Ton qq $$^ufait dire^ car çIIq n'^m\ p^s môme, comnftç; ^ cavalerie, la ressQuro^ de mauger ses Q|ievau7F« P^u de femmes et encore moins d'enfants sortirent de la forêt. Le peu qui échappa foi sauvé pap les cava*

lier? qui, ayftot m le boAbeiir de ooAMOPV^r leurs cheyaux, ivai^t pitié des tmne^ petiUui créatures abandoniiées par leiira m&r«is paft«» au «EiQiii»Bt de faim, di^ frpid et de fatigue,

Anita frissQimait h Hdée d« perdre potni Mtnotti, que QQuç De sauvftn^e^i a^ reatcii que par miracle. Aux endroits les plus daDg«FS9x d« |a route et au passage des fleuvesi ja ponaifi le pauvre enfant, âgé de trois mois, suspendu k mWk Pou da^S un mouchoir; et, de cette facou» je pQuvais le réchauffer ayeç roou haleiue. p'uue douzaine d*an> Uiaux, tant de chevaux que de mules» q^l étaieut entrés avec moi daus la forât^ taut peur mQil if r^ vice que pour celui d^ mon équipage, j'étais m^té seulement avec demc mules et dem^ ebevau) le reste était tombé mpumtt 4^ laim w éemié de iat tigue. Pour comble de malliaur, les guides avaient perdu le cb^min, et ce fut |a priocjpale cause de nos souffrances dans cette terrible forêt des Antm K

Plus nous allions, moms uous vu^ions arriver la fio de cette picada maudite; je restai ^u arriàre avoe deux mules bomblemept &tiguéciS| et quej'eapé*^

i, L'apta est up animal de la s^qr© cl'ya &a9f P«rf«|^fnt înoffensif, dont la chair est exquise. On fait avec son cuir difi^fr^ati icsvaac ton ^gaaii« Je ns l'ai Jamais vu.

{Note de l'Auteur.)

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2S0 HÉMOIRES

rais sauver, en les faisant avancer pas à pas, et en les nourrissant avec des feuilles de ta'quara, roseaux auxquels leTaquari a emprunté son nom. Pendant ce temps, j'envoyai Anita en avant, avec un domestique et Tenfant, afin qu'ils cherchassent l'issue de cette interminable forêt, et tâchassent de trouver quelque nourriture.

Les deux chevaux que j'avais laissés à Anita, montés alternativement par la courageuse femme, nous sauvèrent tous. Elle trouva enfin le bout de la forêt, et, au bout de la forêt, un piquet de mes braves soldats, avec un feu allumé, ce qui n'était point commun par une pareille pluie.

Mes compagnons, qui, par bonheur, avaient conservé quelques vêtements de laine , en enveloppèrent l'enfant, le réchauffèrent et le ramenèrent à la vie, quand la pauvre mère commençait déjà à désespérer de lui. Ce ne fut pas tout : ces excellentes gens se mirent alors à chercher avec une tendre sollicitude quelques aliments qu'ils n'eussent pas cherchés pour eux, mais qu'ils cherchèrent pour l'amour de moi, et avec lesquels ils réconfortèrent un peu la mère et l'enfant.

Celui qui leur porta les premiers et les plus efficaces secours s'appelait Manzio; que son nom soif bénit

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DE I. GARIBALDI SSi

J'avais pris une peine inutile pour sauver mes deux chevaux ; je finis par être forcé d'abandonner les deux pauvres bétes, poussives et fourbues, et, fort détérioré moi-même, je fis à travers la forêt le reste du chemin à pied.

Le même jour, je retrouvai ma femme et mon enfant, et sus tout ce que mes compagnons avaient fait pour eux.

Neuf jours après son entrée dans la forêt, à peine la queue de notre division en sortait-elle. Peu d'officiers avaient réussi à sauver leurs chevaux. L'ennemi qui nous précédait avait, en fuyant devant nous, laissé deux pièces de canon dans la picada ; mais à peine les regardâmes-nous en passant. Les moyens de transport manquaient, et sans doute sont-elles encore à la même place où je les vis en passant.

Les tempêtes semblaient circonscrites dans la forêt. A peine en fûmes-nous sortis , qu'en approchant de Cîma-da-Serra et de Vaccaria, nous trouvâmes le beau temps, et quelques bœufs qui nous tombèrent sous la main et nous indemnisèrent de notre long jeûne, nous firent oublier la fatigue, la faim et la pluie.

Nous restâmes dans le département de Vaccaria quelques jours à attendre la division de Bento Gon-

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m MÉItOIltBS

fiâies, qui tious rejoignit en désôil!i*é et âtmihûée d'un li^ts.

C'est qae Tinfallgablé Mnringuê, infbfnlÀ de la t^tk^iie de luette division, ià*était mis à la poûi'suite de son arrière-garde, la poursuivant sans télâche, l'attaquant en toute occasion, s'alliant pour cette œuvre de desthiction aux montagnards, toujoni*s hostiles aux républicains. Tout cela donna à Labattue le temps de faire sa ^traite, pui§ âa jonction atec l'armée impériale; mais, lors de cette jonction, à peine avail-il quelques centaines d'hommes à Sa suite it les mêmes inconvénients qui avaient etistâ pour nous avaient eiisté poti^ lui« L'ennemi ëui, en outt'e) à surmonter un obstacle im|>révu, et que je noie à cause de son étrattgeté.

Le gênéfai Ltibattue, devant ttavètâei* dans son chemin deux bois appelés di Mattos^ y tï'ouva qûelqnés-tiheà de tJBs trIbus indigènes connues sôus le nom dô Éugrès^ lesquelles sont des plus sâuvàgëS quê l^on connaisse au Brésil. Ces tribus , sachant le passage dés impériaux , les assaillirent dans trois ou quatre embuscades, et leur firent tout le mal qu'ils purent. Quant à nous, ils ne nous inquiétèrent aucunement, et quoiqu'il y eût sur le chemin beaucoup de ces tta^pes qiië les Indiens tendfehlsbnfe leà pas de leurs ennemis, au lieu d'être

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DB Ï.OAAifiALDI 223

dissitûuléès Sou« da gaion ou dé& btaûches, toutes étaient découvertes, et, par conséquent, aucune n'était dangereuse.

Pendant là Courte halte que iiôui fîmes sur la lU siére d^un de ces bois gigantesques, bous en vîmes sortir une femme qui, dans sa jeunesse, avait étéen* levée par les sauvages, et qui avait profité de notre voisinage pour s*enfuir.

La pauvre créature était ÂaUâ UU déplorable état

Gorâmé nous n'avions plus âueuh eiihemi à fuir ni à poursuivre dans ces régions élevées, îious continuAmes notre marché, à courtes étapes, il est vrai> ^r hùus manquions complètement dé chevaux, et il nous fallait dompter des poulains, chemin faisant.

Le 6ùtp% des lancier^ républicains étant resté complètement démonté, toi Obligé de I5ë refaire rien qu'àVfec des poulains.

C'était, au rfestë, on Spléttdide Spôôlâclé, toujours nouveau quoique quotidiennement répété, que ce* lui dé cé!s Jeunes et robustes noire, dont chacun méritait réplthète de dompteur dé chevaux, que Virgile donne à Pélops. Il fallait tés voir sautîml sur ces sauvagfes enfants dès steppes, ighoraiils du mors^ de la feelle et de l*éperôn, âè cramponnant à leur crittiére et tourbillonria'nt âtec eux dans la

plaine jusqu'à ce que, cédant à Thomme, le quadrupède s'avouât vaincu.

Mais la lutte était longue; l'animal ne se rendait qu'après avoir épuisé tous ses efforts pour se débarrasser de son tyran ; l'homme, de son côté, admirable d'adresse, de force et de courage, lié à tous ses mouvements, le serrant entre ses janibes comme entre des tenailles, bondissant avec lui , se roulant avec lui, se relevant avec lui, et ne se séparant de lui que lorsque, ruisselant de sueur, blanc d'écume, frémissant sur ses jarrets, le cheval était dompté.

Trois jours suffisent à un bon dompteur de che« vaux pour que l'animal le plus rebelle subisse le mors*

Mais rarement les poulains sont-ils bien domptés par les soldats, surtout dans les marches, où trop d'occupations empêchent ces dompteurs de leur donner tous les soins nécessaires.

Les Mattos passés, nous traversâmes la province de Missiones, nous dirigeant sur Cruz-Afta, chef-lieu de cette petite province; puis, de Cruz-Alta, nous marchâmes sur Saint-Gabriel, où s'établit le quartier général, et où Ton bâtit des baraques pour le campement de l'armée.

Six ans de cette vie d'aventures et de dangers ne m'avaient pas fatigué tant que j'étais resté seul; mais maintenant que j'avais une petite famille, cette

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DE I. 6ARIBÂLDI 225

séparation de toutes mes anciennes connaissances, cette ignorance de ce que, depuis tant d'années, étaient devenus mes parents, me firent naître le désir de me rapprocher d'un point où des nouvelles de mon père et de ma mère pussent me parvenir ; j'avais pu un instant refouler dans mon cœur toutes ces tendres affections, mais elles s'étaient amassées et demandaient à reprendre leur cours. Ajoutez à cela que je ne savais rien non plus de cette autre mère qu'on appelle l'Italie I La famille est puissante, mais la patrie est irrésistible.

Je me décidai donc à regagner Montevideo, du moins temporairement, et je demandai mon congé au président, ainsi que la permission de me faire un petit troupeau de bœufs, dont la vente pièce à pièce devait, tout le long de la route, subvenir h mes dépenses*

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22B MÉMOmEâ

xitn

CONDUCTEUR DE BOBUFS

Me voilà doue truppiefe^ c'èst-â-dire conducteur de bœufs.

En conséquence, dans une eslancîa appelée deî Corral(Ui Pedras^ avec l'autorisation du ministre des &nànces, je parvins à réunir en une vingtaine de jôtirs, et avec une indicible fatigue, environ neuf cehtsàhiitiàux; ces animaux étaient complètement sâuVages. tjhé plus grande ïaligue m*attendaît encore pënèàht la route, où je rencontrai des obstacles presque insurmontables ; le plus grand de tous, ifut le Rio-Negro, où je faillis voir s'engloutir tout mon capital. Du passage du fleuve, de mon inexpérience dans mon nouveau métier, et surtout du brigandage de certains capitaz mercenaires loués par moi comme conducteurs, je sauvai à peu près cinq cents bêtes, qui, attendu la mauvaise nourriture» la longue route et la fatigue des passages, furent jugées incapables d'atteindre leur destination.

Je résolus, en conséquence, de les tuer, de les

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DE I. OARIDALDI 231

écérdief et Oe Tenére leurs peattx, opéifttién après laqadle^ dépieiMes prélevéeè, il me resta une centaâie d'^cHs q«i servirMt à âôre fisce aux preoûères nécessités de la famille.

Q'thi ici qiie |e dois co&signér «ne rene<»itre qui me donna un de mes plus chers, de mes meilleurs et de Biea plus tendres aisdii

Béiasl eneore ub qui est allé attendre dans oa monde meilleur la délirrance de Tltalie»

En m'approchant de Saint-Gabriel, dansla retraite que nous T^atoi» d'exéeuteri j'avais entendu parler d'un officier italien d'un grand esprit, d'un grand cesor^ dlûie grande instruetiûâ, qui» exilé comme carbonaro» s'était battu en France au 5 juin 1833, puis àOporto, pendant le long siège qui avait valu à cette ville le nom d'imprenable, et qui enfin» forcé comme moi de quitter l'fiurope, était venu mettre son eoorage et sa science au service des jeunes répuUtfiiea de rAmérique du Bud*.

On fvcohtàit de fad des traîti de eevitge, de sung^froîd et de feree i|ui m'àtatent iait r^ier d» fois e

^ Qnaté je cetteoBMrai eet heittiiiey il sera mon ami.

QbI iMmme l'ij^peiait iMàûu

Un dewettnts^sèrlInit^avMfeitvraadbrttib

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En arrivant en Amérique, Anzani s'était présenté» avec une lettre de recommandation, chez deux de nos compatriotes, MM. ***y négociants à Saint-Gabriel.

Ces messieurs avaient fait de lui leur factotum.

Anzani était tout à la fois chez eux le caissier, le teneur de livres, Thomme de confiance; — disons mieux que cela, Anzani était le bon génie de leur maison.

Gomme tous les gens forts et courageux, Anzani était calme et doux.

La maison dont il était devenu le véritable direc* teur était une de ces maisons comme on en trouve seulement dans l'Amérique du Sud, et qui tiennent tout ce qu'il est possible d'imaginer, réunissant en un seul commerce à peu près tous les commerces connus.

Or, la ville où résidaient nos deux compatriotes était, pour son malheur, voisine de la forêt qui servait de refuge à ces tribus d'Indiens Bugrès dont j'ai dit quelques mots dans le chapitre précédent.

Un des chefs de ces Indiens s'était fait la terreur de cette petite ville, dans laquelle, deux fois par an, il descendait avec sa tribu, et qu'il rançonnait à son plaisir, sans que celle-ci osât faire résistance.

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DB I. OàRIBALBI 8S9

Descendant d'abord avec deux ou trois cents hommes, puis avec cent, puis avec cinquante, selon qu'il avait vu la terreur croissante y établir son pouvoir, il avait fini par s'y sentir tellement le maître, qu'il y venait seul, et, tout seul qu'il était, y donnait ses ordres et y manifestait ses exigences comme s'il eût eu derrière lui sa tribu prête à mettre la ville à feu et à sang.

Anzani avait fort entendu parler de ce matamore, et avait écouté tout ce qu'on en avait dit sans aucunement manifester son opinion sur l'audace du chef sauvage et sur la* terreur qu'inspirait sa férocité.

Cette terreur était si grande, que, lorsque ce cri retentissait : « Le chef di Mattos! » toutes les fenêtres se fermaient, toutes les portes se verrouillaient, comme si l'on eût crié au chien enragé.

L'Indien était habitué à ces signes de terreur, qui flattaient son orgueil.— Il choisissait la porte qu'il lui plaisait de se faire ouvrir, y frappait, et la porte ouverte,— ce qui se faisait avec la célérité de l'effroi,— il pouvait dévaliser la maison tout entière sans que maîtres, voisins ou habitants, quels qu'ils fussent, songeassent à inquiéter sa retraite.

Or, depuis deux mois, Anzani dirigeait la maison de commerce dans les plus grands comme dans les

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pla« peUts détails, ft là grande âatisfàctioà dé ses deoi patrons, lorsque tre cri terrible i*etentit :

Comme d'habitude» jpoi^és et volets se fettnètèïA prêeipitammétit.

Anzanî était seul à là inalson, occupé à t^eléver les comptes de la semaine, li ne jugea point que là bruyante annonce que Ton venait de fkîre valût ià peine de se déranger, et resta en conséquetieé derrière sou comptoir, t)orte et fenêtres ouvertes.

L'Indien s'arrêta étonné devant cette maison qui, au milieu du bouleversement général que causait sa présence, paraissait indifférente à sa venue.

il entra et vit, de Tautire càté dû comptoir, un homme au Visage placide qui faisait ses comptes.

Il s^aitéta eu face de lui, les bras croisés et ié regardant âVec êtonUfemeUt.

Aniàhi leva là têlë.

Ànzisini était la politesse môme.

^ Que ^voulear-voute, mon anat? demahda-l-il à rtndien.

-^ Ctoi&ment î ce i^ue je veux? demanda celuî-6i.

'-^ SàUs doute, fît Anzaiiî, lorsqu'on entre dans un magastti, c'est 'QU'bili désire acheter, quelque éhosé.

LltttHW^tlàthÛèi'iFfe.

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DE i. GARIBàLBI ISl

— Ta ne nie connais done pas? dMianda-t-il à Ânzani.

— Gomment veux-tu que je te connaisse? C'est ki première fois que je te vois.

— Je suis le cbef di Ifattosi répliqua rindkn eu décroisant ses bras, et en montrani à sa teinture un arsenal composé de quatre pîstfrfeto tel d'oa poi«» gnard.

— Eb bien, cbef di llattos, que Teax-4il? demanda Anzani.

-~ Je veux à boire^ répondit eelitit-eî%

— Et que veux*ttt à boire?

— ' Un verre A^aguarAiêrUt.

— Rien de plus fftoila; paye d'abm^ al je ta servirai ton verre après*

L'Indien se mit à rire uUè seeaâde fbis. Anzani frença légëremeiil la séaarciit

— Voilai dit41t la aecebda Usis qa'aa Kea de IM répondre, tu me ris au nez. Je ne trouve pas cela poli^ Je te ptéviesis doue qUe> si ceiat'amve me troisième fois, je te mets à la porte.

ABcaai avait pronoâté ces mots avee to aèc^nt de fermeté qui, à tout autrfe q%i1in fadien, eût d^hiift la mesure de lliomme auqn^l il avait affaire.

Peut-être le sauvage comprit-il, *lâii» il Wt i'éir de ne pas comprendre.

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— Je t'ai dit de me donner un verre d*aguardiente, répéta-t-il en frappant du poing sur le comptoir.

— Et moi, je t'ai dit de payer d'abord, répéta Ânzani, ou sinon que tu n'aurais rien.

Lindien lança un regard de colère à Anzani, mais le regard d'Anzani rencontra le sien ; — l'éclair avait croisé l'éclair.

Anzini avait l'habitude de dire :

— Il n'y a de force réelle que la force morale. Regardez hardiment, fixement et obstinément l'homme qui vous regarde; — s'il baisse les yeux, vous êtes son maître; — mais ne baissez pas les yeux, car alors c'est lui qui sera le vôtre.

Le regard d'Anzani avait une irrésistible puis* sance. Ce fut l'Indien qui baissa les yeux.

Il sentit son infériorité; et, furieux de cette domination inconnue, il voulut se donner du cœur en buvant.

-* C'est bien, dit-il, voilà une demi-piastre, sers-moi.

— C'est mon état de servir les gens qui me payent, dit tranquillement Anzani.

Et il servit à l'Indien un verre d'eau-de-vie. L'Indien l'avala.^ — • Un autre, dit-il.

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DE J. 6ARIBALDI 998

Anzani lai en servit un autre.

L'Indien Pavala comme le premier.

— Un autre, dit-il encore.

Tant qu'il y eut de l'argent pour couvrir les libations de l'Indien, Anzani ne fit aucune observation ; mais, lorsque le buveur eut ingurgité de l'eaude-vie pour une valeur égale à celle de sa pièce , il s'arrêta.

— £h bien? demanda l'Indien.

Anzani lui fit son compte.

— Après? insista le sauvage.

— Après?... Pas d'argent, pas d'eaa«de-vie, reprit Anzani.

L'Indien avait calculé juste. Les cinq ou six ver* res d'eau-de-vie qu'il avait bus lui avaient rendu le courage que lui avait fait perdre le regard léonin d'Anzani.

— De l'aguardiente I dit-il portant la main à l'un de ses pistolets; de l'aguardiente « ou je te tue !...

Anzani, qui se doutait que la chose finirait par là, se tenait prêt. C'était un homme de cinq pieds neuf pouces, d'une force prodigieuse, d'une adresse admirable. Il appuya sa main droite sur le comptoir, sauta de l'autre côté, et se laissa tomber de tout son poids sur l'Indien « saisissant, avant qu'il

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9S4 HÉHtOiRËSl

eût eu le temps d'armer soû pistolet, le poigtiet droit de son adversaire avec sa main gauche.

L'Indien ne put soutenir le choc. Il tomba à la renverse ; Aneânî tomba sur lui, et lui appuya le genou sur la poitrine.

Alors, maintenant avec sa main gauche la main droite de Tlndien dans une lign^ qut rendait soû arme inoffensive, de l'autre main, Anzaui lut enleva de la ceinture pistolets et poignard, qu'il éparpilla dans le magasin; puis il lui arracha le pistolet de la main, le prit par le canon, et, à grands coups de Grosse, lui écrasa la figure ; enfin, quand il crut que l'Indien, pour nous servir des termes de l'art, en avait asset, il se releva, et, le poussant à grands coups èé pied du côté de la porte, il le roula jusqu'au ruisseau, au bëaU milieu duquel il le laissa.

L'Iiidlefi, eu effet, ëâ avait lassë2.

Il te éàuva comme il put, et ne reparut jamais à 5aint-Gabriel.

Ansani avait fait, ^ôUs utl autre nbm que le sien, -«* sous le tiom de Ferrari, -^ la guerre de Portugal. Sotis ce nom, il s*était admirablement conduit; sou» ee nom, il avait conquis lé grade de capitaine; sôtts ce nom, il avait reçu deulc blessures graves, l'UA« à là tête, rautrè à la poitrine.

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DE I. GABIBALDI 186

Si gravesi qu'au botti de seiie ansi il mowut de TttQe d'elles»

La blessure de la tété était im coup de sabre qui lui avail ouvert le orânei

Celle de la poitrine était une balle qui s'était arrêtée dans le poumou, et qui^ plus fard, déterttina une phthisie pulmonaire.

Lorsqu'on pariait à Ânzani des nferveilles de courage qu'il avait accomplies soûl le BOm de Ferrari, il eouriait et soutenait que ce Ferrari et lui ébûent deux boœiues différents.

Par malheur, pauvre Anzani, il ne pouvait» en même temps qu'il mettait ses exploits sur le compte de l'être imaginaire qu'il sr^iût Créé» lui renvoyer ses blessures»

C'était là l'homme dont on m'avait parlé; c'était là l'homme que je désirais oooualtrev et éoùi je voulais faire mou tm^

àSaint'-Oabrlel, j'appris qu'il éteit^ pour affairtes, allé à une soisautaine de milles. Je me renseignai, el je molitiil à ehevui pour ciller à sa rencontre^

En route, sur la rive d'un petit ruisseaU) je trouvai uli boiume, la poitrine liue et lavant sa chemise; -—je compris que c'était cet homme-là que je cherchais^

i'ailai à lui^ je lui tendis la maiti^ je me nétuitiaii

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A partir de ce moment, nous fûmes frères. • Il n'était plus alors dan$ sa maison de commerce ; mais, comme moi, il était entré au service de la république de Rio-Grande. Il commandait rinfanterie de la division Juan Antonio, un des chefs républicains les plus renommés. Gomme moi, au reste, il quittait le service, se dirigeant al saUo.

Après un jour passé ensemble, nous nous donnâmes nos adresses respectives, et il fut convenu que nous ne ferions rien d'important sans nous prévenir l'un l'autre.

Qu'on me permette un détail qui fera connaître notre misère et notre fraternité.

Anzani n'avait qu'une chemise, mais il avait deux pantalons.

J'étais aussi pauvre que lui en fait de chemises, tandis qu'il était d'un pantalon plus riche que moi.

Nous couchâmes sous le môme toit, mais Anzani partit avant le jour et sans me réveiller.

En me réveillant, je trouvai sur mon lit le meilleur de ses deux pantalons.

J'avais vu à peine Anzani, mais Anzani était un homme qu'on jugeait à première vue ; aussi, lorsque je pris du service près de la république de Montevideo, et que je fus chargé d'organiser la Jé-

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gion italienne, mon premier soin fut d'écrire à Anzani de Tenir partager ce travail avec moi.

n vint, et nous ne nous quittâmes plus jusqu'au jour où, touchant la terre dltalie, il mourut entre mes bras.

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MillOIill

XXXVH

PROPBSSBUR DB 11 ATHÉM ATIQUBS BT COVBTISB DE COMIIERCB

Je descendis à Montevideo dans la maison d'un de mes amis, nommé Napoléon Castellini. A sa gentillesse et à celle de sa femme je dois beaucoup trop pour m'acquitter jamais autrement que par la reconnaissance que je leur ai vouée, et cela comme à mes autres bien chers G.-B. Cuneo, — cet ami de toute ma vie, — les frères Ântonîni et Giovanni Risso.

Les quelques écus provenant de la vente de mes peaux de bœuf dépensés, pour ne pas demeurer avec ma femme et mon enfant à la charge de mes amis, j'entrepris deux industries qui, je dois Tavouer, à elles deux et cumulées, suffisaient à peine à mes besoins.

La première était celle de courtier en marchandises; je portais des échantillons de toute espèce sur moi. Je tenais tout, depuis la pâte dltalie jusqu'aux étoffés de Rouen.

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DB J. aAKIBALDI S89

La seconde était celle de professeur de mathé* matiques dans la maison de Testimable M. Paoio Semidei.

Ce genre de ^ie dura jusqu'à mon entrée dans la légion orientale.

La question de Rio-6rande commençait à s'établir et à. s'arranger. Je n'avais plus rien à voir de ce côté. La république Orientale, — c'était ainsi que se nommait la république deMontevideo, — me sacbant libre , ne tarda point à m'offrir une compensation plus en harmonie avec mes moyens, et surtout avec mon caractère, que celles de professeur de mathématiques et de colporteur d'échantillons.

On m'offrit et j'acceptai le commandement de la corvette la Constitution.

L'escadre orientale se trouvait sous les ordres du colonel Gosse; celle de Buenos- Ayres aux ordres du général Brown.

Plusieurs rencontres et plusieurs combats avaient eu lieu entre les deux escadres, mais ils n'avaient eu que de n^édiocres résultats.

Vers le môpe temps, un certain Vidal, de triste mémoire, fut chargé du ministère Repérai de la République.

Un des premiers et des plus déplorables actes de cet homme fut ^e §e débarrasser d^ rescs^dre.

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qu'il disait trop onéreuse à TÉtat. Cette escadre, qui avait coûté d'immenses sommes à la République, et qui entretenue, comme la chose était facile alors, pouvait constituer une prééminence marquée sur la Plata, fut complètement détruite, et Ton en dilapida le matériel.

Je fus destiné à une expédition du résultat de laquelle devaient naître bien des événements.

On m'envoya à Corrientes, avec le brigantin de dix-huit canons le Pereyra, Il avait, outre ces dixhuit pièces d'artillerie, deux canons à pivot.

De conserve avec moi devait naviguer la goôlette Procida.

Corrientes combattait alors contre Rosas, et je devais l'aider dans ses mouvements contre les forces du dictateur. Peut-être l'expédition avait-elle un autre but , mais c'était le secret de M. le ministre général.

Que l'on permette à celui qui publie ces Mémoires de donner aux lecteurs, sur l'état de la république de Montevideo en 1841, quelques explications que le général Garibaldi n'a pas cru devoir donner dans un journal écrit au jour le jour.

Ces explications seront d'autant plus exactes,

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qu'elles ont été dictées à celui qui les publie au* jourdliui» en 1849, par un homme qui a joué un grand rôle dans les événements de la république Orientale : par le général Pacheco y Obes, Tun de nos meilleurs amis.

Puis, soyez tranquilles, chers lecteurs, nous ren* drons immédiatement la plume à cet autre ami, non moins bon, ayant nom Joseph Garibaldi.

Car, vous voyez que comme César, ce premier émancipateur de l'Italie, il manie la plume non moins bien que l'épée.

MONTBYIDBO

Lorsque le voyageur arrive d'Europe sur un des vaisseaux que les premiers habitants du pays prirent pour des maisons volantes, ce qu'il aperçoit d'abord, lorsque le matelot en vigie a crié : «Terre! » ce sont deux montagnes :

Une montagne de briques, qui est la cathédrale, l'église mère, la MatriZy comme on dit là-bas.

Puis une montagne de granit, marbrée de quelque verdure, et surmontée d'un fanal.

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CeUeJ^ ^'^ppçll^ le Cerço^

fm fmr et |t piçjiw^ qu'il approfifee dei^ to^çp ^e h c%MdT^^, dont les^ dC^es 4§ p^pelf^^pe ^f$intU{ept a^3oleil,lçYQjrageqrdistiQgueIeii^ir#dk2msaii9BQ9lbre et aux formes variées qui siiF^QptQi^t presque toutes les m^i^QQS) puis ces mm^pon çlUis-jn^i^f s, rouges Qublapcb^s, av^ei leur^nt^^ps^ifi^Ss ffa|Qlii9 stations dusoir; puis, au pi^d 4u C^»T«i h^^l^dmiAi va&ta édifice oi\ Cop sak t^s viandQSf pui^, ^nQu» au fond de la baîei bordapt la ipf r, les' ebamiantea quintas, délices et orgueil des babUantS» et qui font que, les jours de fête, on n'entend que ces mots courant par les rues :

— Allons dans le Miguelète; — allons dans la Aguada; — allons dans VArroyo-Seco.

Alors, si vous jetez Pancre entre le Cerro et la ville dominée , de quelque point que vous la regardiez , par la gigantesque cathédrale.; §i la yol^ yous emporte rapidenaçnt vfers la plage squs les efforts de ses si?: raîpePFS; ^h !e iour, ypu§ ypyez sur la ?o^tç de ces belles quintas de§ groupes de femmes m amazone, des cavaliers eu habit d^ PhevaU ait )# soir, k travers les fenêtres ouvertes, et vex^^nt 4aps la rue des tprrfipts dç lumière et d'harmoftiei y{m entendes les ehapts du pia»p Q^ Ifis piaipt^ ât la harpe, les trilles p^tiH^iitefi d§§ «u«driH§| qh i«a

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DE I. «ÂRIBALDI 149

QQtefl plaidtiTes de la romance^ o'«st que vouk êtes à Montevideo, la vice-reine de ce fleuve d'argent dont Buenoi'AyreB préteild élre la raine^ et qui se jette dans TÂtlantique par Une embouchure de quatre-vingts lieues^

Ce fût Juan-DiaB de Solis qui, le premier, vers le eonimencement de 1516, découvrit la côte et la rivière de la Plata. La première chose qu'aperçut la sentinelle en vigie ftit le Gerro. Hei&e de joie aiors^ elle s'écHa en langue latine :

•<*- MûfUémtideet

De là le nom d^ la ville dcmt nous allons rapi-» dément esquisser l'histoire.

8oii8, déjà fier d'avoir découvert^ un an aupara* vant, Rio de Janeiro, ne jouit pas longtemps de sa nouvelle découverte;

Ayant lancé dans la baie deux de ses navites^ et ayant remonté la Plata avee le troisième, il céda aux signes d'amitié que lui firent les Indiens, tomba dané une etôbusoîidé él fut tué^ rôti el mangé sur le6 bords d'Utt ruisseaU qai, eA mémoire de ee terHblfe événement, jiorte encore aujourd'hui le hom de Af^reyb ^ Solis.

Cette horde d'Indieus afithroï^i>phâges, très-biaves du reste, appartenait à la tribu primitivîe des Charruas^ elle était maîtresse du pays , 'et^mme à

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Textrémité opposée du grand continent, les Hurons et les Sioux.

Aussi résista-t-elle aux Espagnols, qui furent forcés de bâtir Montevideo au milieu des combats de tous les jours, et surtout d'attaques de toutes les nuits : si bien que, grâce à cette résistance, Montevideo, quoique découverte, comme nous l'avons dit, en 1516, compte à peine cent ans de fondation.

Enfin, vers la fin du dernier siècle, un homme fit aux maîtres primitifs de la côte une guerre d'extermination, dans laquelle ils furent anéantis. Trois derniers combats —pendant lesquels, comme les anciens Teutons, ils placèrent au milieu d'eux femmes et enfants, et tombèrent sans reculer d'un pas — virent disparaître leurs derniers restes; et, monuments de cette défaite suprême, le voyageur peut encore aujourd'hui voir, blanchis , au pied de la montagne Augua^ les ossements des derniers Charmas.

Cet autre Marins, vainqueur de ces autres Teutons, c'était le cmnmandant de la campagne^ Jorge Pacheco, père du général Pacheco y Obes, de la bouche duquel, nous l'avons déjà dit, nous tenons les détails que nous allons mettre sous les yeux des lecteurs.

Mais les sauvages détruits léguaient au com-

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mandant Pacheco des ennemis bien plus tenaces, bien plus dangereux, et surtout bien plus inexter-' minables que les Indiens, — attendu que ceux-là étaient soutenus, non par une croyance religieuse qui allait chaque jour s'afTaiblissant, mais, au contraire, par un intérêt matériel qui allait chaque jour augmentant; -— et ces ennemis, c'étaient les contrebandiers du Brésil.

Le système prohibitif était la base dti commerce espagnol : c'était donc une guerre acharnée entre le commandant de la campagne et les contrebandiers qui, tantôt par ruse, tantôt par force, essayaient d'introduire, sur le territoire montevidéen, leurs étoffes et leur tabac.

La lutte fut longue, acharnée, mortelle. Don Jorge Pacheco, homme d'une force herculéenne, d'une taille gigantesque, d'une surveillance inouïe, était [enfin arrivé, — - il l'espérait du moins, — non pas à anéantir les contrebandiers, comme il avait fait des Gharruas, c'était chose impossible, mais à les éloigner de la ville,— lorsque tout à coup ils reparurent plus hardis, plus actifs et mieux ralliés que jamais, autour d'une volonté unique aussi puissante, aussi courageuse et surtout auss» intelligente que pouvait l'être celle du commandant Pacbi^co.

2IB MËMOIRES

Le eommanilânt lâiiça ses espitHis ^àr là bïiitlpagne, et s'informa des béuses Se eeite r^t^hidéscenee d'hostilités.

Tons revinrent avec M ftôme Mtn à h boût^bë :

'^ Artigas!

Qu'était-ce don© (|ttë cet Arti^s?

Un jeunfe homtttfe dé vingt à vingl-cînq ans, braVé comme un vieil Espagnol, sUbtll Kjomtné un Ghârriiâ, alerte cofome u« gaucho : il avait des trois races, sinon dans le sang, du moins dans l'esprit.

Ce fut alors une lutte adtoitablfe d^ ruse et dé ioree entre le vieux commandant de ta campagne et le jeune contrebandier; maid Ttin était jëtine et croissait en force; l'autre était, non pas vieux, mais fatigué.

Pendant quatre m feliiq ansj Pâcbeco poursuivît Artigas^ le battant {)artout où il se montrait; mais Artigas, battu^ n'était ^oint tiié ni pris; — ^ le léndeiBain^ il reparaissait. >-^ L'homme de la ville se <àt%ua te premier ûé la lutte, et, bomme un de ces aBcieos Romains du temps de la République, qui sacrifiaient leur orgueil au bien du pays, il alla pro^ser au gouveroetiient d^ résigner ses JpouvoirSy à la eoiidî4v9o qiie l'o» ferait Artigas chef de la cam* pagne à sa place; Artigaé^ à son àvis^ pouvant seul mettre fin à Tœuvre que lui» Pacheoo» t» {leUMtil

D£ J. GÂIllBÂLDl 247

accomplir, c*^st-à-Ûire â l^exteritiinûlioû des fcôntrebàii'dîèrë.

Lé goùvëhiëtoent accepta, et, borhnaë ees bàtidits romains qui font leur soumission atip^pe, tet qui se protn'èfteht Véfaôi:és dans la Ville dont ils ont été la terreur, Ârtîgàs fit sôti éhtrê'e à MohtëTidfeo, et reprit roéhvr'e d^èxterfaàihatiôn àii poittt dô felte s'était échappée dfes mains de st)tl prédîéttesSétir.

Âii Bt)ût d'tin âh, la CbdirebandlB était, ôîtitHi anêaiilie, du iiibihfe disparue.

Cela se passait cinquante-huit ou soitiârttiô ans avant les éVénemehis auxquels va se th)tivcr ttièïé Gâribaldi; ttlaié nous sôtomés âtiteur dramatitîtîfe avâÀÎ; tout, et nous hé pouvbns ttous hâbîtuèi' à hë pas ouvrir nos drames par titt prologue; ce prologue, âU teste, h*fest t)aé sans Hitérèt, fet feit ct3hnàitt'è dés hominés et des lotaUtes à!ssez inéoûûdâ eh f*iTihï;B.

Artîgas avait alors vingt-sept ou vîngt-Bult ans; aihfeî, à l'époque OÙ îe générai Pachecô nie donnait ces ilétâlls, il ëh avait quatre-vingt-treize, et vivait ignoré datts uhé petite quintâ du président d'à ftiraguay. ÎDepuis, Sàhs d'oïjllô, est-il mort.

d^ëtàit un jeune hoilinàè, bëàh, bWtvté tet îbr't, fet qui i'ëprésentait uhe des trois ];>\àîssahbes t^ti! k6^ gtiàrtttt tttuf & tour sur kdûtevîdcô*

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24S MËMOIRBS

Don Jorge Pacheco était le type de la valeur chevaleresque du vieux monde; celte valeur chevaleresque qui a traversé les mers avec Colomb, Pizarre et Fernand Cortez.

Ârtîgas était, lui, l'homme de la campagne ; il pouvait représenter ce qu'on appelait là-bas le parti national, placé entre les Portugais et les Espagnols, c'est-à-dire entre les étrangers restés Portugais et Espagnols par leur séjour dans des villes où tout leur rappelait des mœurs portugaises et espagnoles.

Puis restait un troisième type et même une troisième puissance, dont il faut bien que nous parlions, et qui est à la fois le fléau de Thomme des villes et de rhomme dé la campagne.

Ce troisième type, c'est le gaucho, dont Gari baldi vous a dit un mot caractéristique et pittoresque. Il Ta appelé « le centaure du nouveau monde. »

En France, nous appelons gaucho tout ce qui vit dans ces vastes plaines, ces immenses steppes, ces pampas infinies qui s'étendent des bords de la mer au versant oriental des Andes. Nous nous trompons: le capitaine Uead, de la marine anglaise, mit le premier en vogue cette manie de confondre le gaucho avec l'habitant de la campagne, qui» dans

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DE i. GARIBALDI 240

sa fierté, repousse non-seulement la similitude, mais encore la comparaison.

Le gaucho est le bohémien du nouveau monde. Sans biens, sans maison, sans famille, il a pour tout bien son puncho, son cheval, son couteau, son lasso et ses bolas.

Son couteau, c'est son arme; son lasso et ses bolas, c'est son industrie.

Artigas demeura donc commandant de la campagne, à la grande satisfaction de tout le monde, à l'exception des contrebandiers ; et il se trouvait encore chargé de cette importante fonction lorsque éclata la révolution de 1810, révolution qui avait pour but et qui eut, en effet, pour résultat d'anéantir la domination espagnole dans le nouveau monde.

Elle commença donc en 1810, à Buenos-Ayres, et s'acheva en Bolivie, à la bataille d'Ayacuncho, en 1824.

Le chef des forces indépendantes était alors le général Antonio-José de Suere; il avait cinq mille honunes sous ses ordres.

Le général en chef des troupes espagnoles était don José de Laserna, le dernier vice-roi du Pérou; il commandait onze mille hommes.

Les patriotes n'avaient qu'un seul canon; ils étaient un contre deux, pas même un contre deux,

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§10 MÉM0IAE8

cetnitié en le io\% par \w chiffires qt)6 hotts yêhbns de poser. Ils manquaient de tiluniUons^ de provisions de bouche^ de poudre et de pain. On n*aYaîl qu'à attendre^ ils se rendaient^ Ot) atiniq[ua, ils vainquirent.

Oe M le ffé&érûl patrt(dte Aleje GidrdoVa qui commença la bataille. Il commandait à quitàie cents kemmes. Il mil son drapeau au bout de Soli épôê et cria :

^Baataiill

— Au pas aceéléré ou au pas ordinaire? de« fnanda un officier.

-^ Au pas de la victoire, répondît-il.

Le soir, l'armée espagnole tout entière avait capllitlé et se trouvait prisonhière dé céiix qu'elle avait tenus pl^ièénniets;

•ArtigftS) ufi d(gs premiers, avait sklué là révolut(o& eoBAttie une libéralriee. Il i&^tait mis à la tête du mouvement dans la campagne , et alors il était vônu offrir à Pacbeèo de résigner & s'oti tour ehtre ses mains le commandement, comme alitreibls P:lcheco avait fait pour lui.

Cet écbange allait peul-èlre s*opét^r, lorsque Pacheco ftil siirpris dans la niaisoû de Casablanca, stit rUruguay, par des iHarins espagnols, et testa prisonnier entre leurs mains.

Artigas n'en continua pas mipins son tjâlitrfe ritî

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DIS h 9A«'iRAlDI m

délivrww, Pu f|^^ 4q i^pap»^ II 0baspj| le? «pu* gDC^li 49 tout§ peU^ PftWB^gnn dq^t î) s'était M\ rpi, et les péd^i^it ^ la s^ul^ ville ^% Hm^mMo, Hm MQntevideq pqwwU erés^nter m^ §(5rieu^« résistôoce, aiteadu qu'elle ét^jf 1^ sepôBflQ vil(e fey ij,

lift première étçiit gai^Me^ii d'yilQg,

A Montevideo s'étaient réfugias tpw* le« p^rHaam des espagnols, appwyéi d'vme arn^ée de quatre mille bon^mies, Artigas, soutepu p^r i'^Ui^nce (]e Buenos^ Ayres, mit le siège devant la ville.

Mai^ Plie arn^ée portug^i^e vif^t e" ai^e a^i^ $sp^gPQlP et débloqua Mootevjdepi

En 1812, nouveau siège de Mouievideo. )^e gén^ rai Hon^eau pour 9ue|iQMy?e« ^ et Artiga^ ppur les patriotes luoutéyidéeni , ont réuui leur* fçppef et sont revenus envelopper la ville.

Jj^ siège dura vipgt'-tpois mois; puis, enflu, une capitulation livra le siège de la future république Orientale aux assiégeants, commandés alors par le générî^l Alvear,

Comment le général eu cjief était-il Aheîir §| pop Artigas? Nous ^\\om le dire,

C'est qu'au bout de vingt mois de ^iéga» aprè? troii ans de eouUct entre le^ hommes de Pueup^- Ayres et eem de Montevidao, les diftsemblâRPes û%%^

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bitodes; de mœurs, je dirais presque de race, qui avaient été d'abord de simples causes de dissenti* ment, étaient peuàpeu devenues des motifs de haine.

Artigas, comme Achille, s'était donc retiré sous sa tente, ou plutôt il emportait sa tente avec lui. H avait disparu dans ces profondeurs de la prairie, si bien connues de sa jeunesse, au temps qu'il faisait le métier de contrebandier.

Le général Alvear l'avait remplacé, et se trouvait, lors de la reddition de Montevideo, général en chef des Portenos.

C'est ainsj qu'on appelle dans le pays les hommes de Buenos- Ayres, tandis qu'on appelle les Honte- • vidéens les OrientaiiiX.

Tâchons de faire comprendre ici les différences nombreuses qui existent entre les Portenos et les Orientaux.

L'homme de Buenos-Ayres, fixé dans le pays depuis trois cents ans dans la personne de son aïeul, a perdu, dès la fin du premier siècle de sa translation en Amérique, toutes les traditions de la mère patrie, c'est-à-dire de l'Espagne. Ses intérêts ressortent du sol; sa vie s'y est attachée. Les habitants de Buenos-Ayres sont presque aussi Américains aujourd'hui que l'étaient autrefois les Indiens, qu'ils ont conquis et auxquels ils se sont substitués.

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DE J. GARIBÀLDl 253

L'homme de Montevideo , au contraire , fixé depuis un siècle à peine dans le pays, — toujours dans la personne de son aïeul, bien entendu, — l'homme de Montevideo n'a pas eu le temps d'oublier qu'il est fils, petit-fils, arrière-petît-fils d'Espagnol. Il a le sentiment de sa nationalité nouvelle, mais sans avoir oublié les traditions de la vieille Europe, à laquelle il tient par la civilisation; tandis que l'homme de la campagne de Buenos-Ayres s'en éloigne tous les jours pour rentrer dans la barbarie.

Le pays non plus n'est pas sans influence sur ce mouvement, rétrograde d'un côté, progressif de l'autre.

La population de Buenos-Ayres, répandue sur des landes immenses, avec des habitations très-éloignées les unes des autres, dans des contrées dépourvues d'eau, manquant de bois, tristes d'aspect, — la popu* lationhabitantdes chaumières mal construites, puise dans cet isolement, dans ces privations, dans cesdis^ tances, un caractère sombre, misérable, querelleur. Ses tendances remontent vers l'Indien sauvage des frontières du pays, avec lequel elle fait commerce de plumes d'autruche, de manteaux pour le cheval, et de bois de lances, toutes choses qu'il apporte des pays où la civilisation n'a pas pénétré , de centres inconnus des Européens, et qu'il échange contre de i. i5

2SI MÉBfOIRES

l'eau -de -vie, du tftba»v<qti11 emporte vers ces grandes pleines, de^ pampas. doQtU a»prislejiom, pu aifxgi^çl^$ il .91. pejjt70tf e donué le si^çp.,

La population de Monte,vi,4jçp>..tout au contraire, ocpupe,iiR beau pays, qu'ftrffiseçt ^e&ri^issçaux, que coupent des vallée^. Elle a'^, p^s de grands l^pis, eUe ne possède paS|,^çî v£^stes,fofôt|5, çpipn?^ l'Anqiérique du Nor<l , c'est ?rai ; mais, .fi,u, fond de. chac^nç. . de ses yall^e^, \^llp a jdes ruisseau?: oiQ^ragés.jftar.Ie quebroc\^h |;i^coçce (le/çr.v,pa^. l'»ftWy..par..le sauce aux riches.^ç^m^jiux.^Pn,o,ijitrje^,plJ^^es^ bien lo^ée,,.b|ei} nouri^e, 3e^ jns^isoçs,. vjll2^,,|'ejpfne|; ou jnél^iries, , sont r^p^rp^chées li^f^^unçf dgs av^f^; ,§t son caractère, ouvert et hospitalier, est enç^n^à cette civilisation dpi\tje yoigjnag^ ^^ela.gier luij apporte inçessatnment le parfupi qur les aileç d^vçnt

Poijir la population de Buenos-Ayres, le type de laperfeCjtionest^lïndiçAàç^eval.^ ,^ , ,,.,^^ , . Pour rhommej.de, la, c^mpagixe de Montevideo, c'est l'Européen, sanglé dans soii Ji^it, flceié {J^ns sa cra,va,te, eipj)risonn.^,ei}fi:e. se^if, çpu^-5pipds.st,,§es

^ L'^pmjtne de Buenos-Ayres a la prétention d'être le premier eii, élégance. Il ,s'écha.ujîp , et. ^'ap^ise. ^facilement 11^21 plus djifnaginatioi)^ que les. JJpntevjj-

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déens. Les premiers portes que rAmériqae a connus sont nës à' Buenos- AyresJ Varéïa'et tofinur, Dominguez et Marmol, sont ifes poètes p6rt*enos.

L'homme de Moiitèvideo est moins poétique, mais plusTiàlimeet ptlis féniae'dàhs ses ÏSsbïufiôns'ët îlans ses projets/Si'koû Hval a rà'pr^lêi\tî6n'd*ô'tr'é le premier en élégance, il a celle 'd'dlr^'Uë' premier en courage. PatmtTsès' iJbétes; '6ii''trotivë' les* noms d'Hididgo,' drf'Berrô ,*d'e FîguerlaV3ë';fuan-darIos Gome*: '" ' ' •*••*''" "•' '" "^

Delèur côté, les femmes de Buenos- Ayres ont I9 prétèntton d'êtté les j^lù^ t)eliës*'ft'ainïe^ tfe VÀméfique inéridîonalé, depiiii^ Té'dëti^àit dé* Lèniaire jusqu'à là riviflre des* Atnazotfés. ' "''

Peut-ôtre, eri effet, le visage des femmes de Monteyide'O eit-il "moins éclatant que ceMi de leurs voisines,' mais leurs formés sont 'merveilleuses, mais leurs pieds, leurs mains et leurs tournures 'semblent être directement emf^rûntïes sbit à^é^ïie, soit à Grebade. ' '" "" '

Ainsi, ent^e les deux pays :

Bivàlité de courage ét"d 'élégance pour les hommes;

Rivalité de beauté, 'de grâéë et de'tbûrnùrè pour les femmes;

Rivalité de talent pour les poètes, ces ■ herma-^ phrodites de la société, irritables comme' (les bom<

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2^6 SléMOIRES

ipes, capricieux comme des femmes, et, avec tout cela, naïfs parfois comme des enfants.

Il y avait, on le voit par tout ce que nous venons de dire, des causes suffisantes de rupture entre les hommes de Buenos-Ayres et ceux de Montevideo, entre Artigas et Alvear.

Ce fut non-seulement une séparation, mais une haine; non-seulement une haine, mais une guerre.

Tous les éléments d'antipathie furent soulevés contre les hommes de Buenos-Ayres par Tancieii chef de contrebandiers. Peu lui importaient désormais les moyens, pourvu qu'il arrivât à son but; et son but était de chasser du pays les Portenos.

Ce fut alors qu' Artigas, réunissant tout ce que le pays lui ofTrait de ressources, se mit à la tête de ces bohémiens de l'Amérique que l'on appelle les gauchos.

C'était la guerre sainte, en quelque sorte, que faisait Artigas. Aussi rien ne' put-il lui résister, ni l'armée de Buenos-Ayres, ni le parti espagnol, qui comprenait que la rentrée d' Artigas à Montevideo, c'était la substitution de la force brutale à l'intelligence.

Ceux qui avaient prévu ce retour à la barbarie ne s'étaient pas trompés. — Pour la première fois, des hommes vagabonds, inciviiisés, sans organisation.

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DE J. 6ARIBÀLDI 257

se voyaient réunis en corps d'armée et avaient un général. Ainsi, avec Artigas dictateur commence une période qui a quelque analogie avec le sans-culotlisme de 1793. Montevideo va voir passer le règne de rhomme aux pieds nus, aux casonsUlos flottants, à la chiripa écossaise, au poncho déchiré recouvrant tout cela, et au chapeau posé sur Toreille et assuré parle harbijo.

Alors Montevideo devient le témoin de scènes inouïes, grotesques, quelquefois terribles. Souvent les premières classes de la société sont réduites à rimpuissance d'action ; Artigas, moins la cruauté et plus le courage, devint alors ce que fut plus tard Rosas.

Si désastreux qu'il fût, le dictatoriat d'Arligas eut cependant son côté brillant et national. Ce côté, ce fut la lutte de Montevideo contre Buenos-Ayres, qu' Artigas battit sans cesse, et dont il finit par repousser entièrement l'influence, et sa résistance opiniâtre à l'armée portugaise qui envahit le pays en 1815.

Le prétexte de cette invasion fut le désordre de l'administration d'Artigas, et la nécessité de sauver les peuples voisins de désordres pareils, que pouvait faire naître en eux la contagion de l'exemple. Ces désordres avaient, au sein du pays môme, doublé

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roppositîon que faisait le parti de la civilisation. Les classes élevées, surtout, appelaient de tous leurp vœux une victoire qui substituât la ^ominati()n portugaise à cet^te domination nationale qui entra|nait avec elle la licence et la brutale tyrannie de la force matérielle.--- Cependant, malgré cette sourde conspiration à rintérieur, maBgrô les attaques des Portenos et des Portugais, Artîgas résista quatre ans, livra trois batailles rangées à Tennemi, et, vainçijL enfin, ou plutôt écrasé en détail, se retira dans TEntre-Rios, c'est-à-dire d.e Tautre côté de l'Uruguay.— Là, tout fugitif qu'il était, Artigas représentait encore, sinon par ses forces, du moiiis par son nom, une puissance redoutable, lorsque Ramire, son lieutenant, se révolta, souleva contre lui les trois quarts des hommes qui lui restaient, le battit de façon à lui ôter tout espoir de reconquérir sa position perdue, et le força de sortir de ce pays, où, comme Antée, il semblait reprendre des forces toutes les fois qu'il touchait la terre.

Ce fut alors que, pareil à une de ces trombes qui s'évaporent après avoir laissé la désolation et les ruines>ur son passage, Artigas disparut et s'enfonça dans le Paraguay, où, comme nous l'avons dit, er^ 18(t8, à l'époque où Garibaldi défendait Montevideo, il vivait encore, âgé de quatre-vingt-treize

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iM. M. DE J. GARIRALDI' .^ "2511^

à quatre-viiîgt-quatopie ans, 'jo'uîssaiït de tdutè? ses facultés intellectuelles, et presque de toutes ses forces. • • • ♦' . ?. -

Artigas vaincu, rien né fit plus* opposition à 'la domination portugaise. Elle's'établit dans lé pays," et le bapon da Laguria, Français d'origine, fut'son représentant en 1825. En I^^d, Montevideo, tofeinie ' ^toutes les possessions portugaises, fut cédé au *Bréâl. ' ' » i • 1

Montevideo fut alors occupé par tiiie a'rnlée^de huit mille hommes, et tolil* semblait assurer sa possession paisible à l'empereur; '^ '" ' * "

C'est alors qu'un Montévidéen proi5crit,'qtii "hâï)!-' tait Buenos- Ayres, réunit trenté-dêuk cômpiiénôfa^ proscrits comme lui,' et décida avecteui'qull rendrait la liberté à la patrie, ou qu'il îhôurraitf. ^ ^'^'''"

Cette poignée^de 'patriotes à'embarq'ûa' s^r deux canots, et mit pied à terre à rArenal^Grattdè; ' '"

Le chef qui les commandait avait nom Juan-An« tonio Lavalleja. ' ' . i i •» • . :

Lavallcja avait d'avance noué des rfttrîguels avec ^ un propriétaire du pays, qui devait, aû'motoeiitJdè son débarquement, lui tenir des chevaux prêts. Aussi, à peine eut-il pris terre* qu'il envoya \ili ' message à cet homme; mais celui-ci fit réponse* que tout était découvert, que les chevaux avaient

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été enlevés, et que s'il avait un conseil à donner à Lavalleja et à ses compagnons, c'était de se rembarquer et de retourner au plus tôt à Buenos-Ayres.

Mais Lavalleja répondit qu'il était parti dans l'intention d'aller plus en avant, et non de retourner en arrière; eu conséquence, il donna l'ordre aux rameurs de regagner sans lui Buenos-Ayres, et le 19 avril il prit, lui et ses trente hommes, posses* sion du territoire de Montevideo, au nom de la liberté.

Le lendemain, la petite troupe, qui avait fait une razzia de chevaux, razzia à laquelle, au reste, la plupart des propriétaires avaient prêté leur concours,— le lendemain, la petite troupe, déjà en marche sur la capitale, fut rencontrée par un détachement de deux cents cavaliers. Parmi ces deux cents cavaliers, quarante étaient Brésiliens et cent soixante Orientaux.

Cette troupe était commandée par un ancien frère d'armes de Lavalleja, le colonel Julien Laguna. Lavalleja pouvait éviter le combat, mais, tout au contraire, il marcha droit aux deux cents cavaliers. Seulement, avant d'en venir aux mains, Lavalleja demanda une entrevue à Laguna.

— Que voulez-vous et que cherchez-vous dans le pays? demanda Laguna venant de lui-même audevant de Lavalleja.

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DE J. 6ARIBALDI 261

-— Je viens délivrer Montevideo de la domination étrangère, répondit Lavalleja. Si vous êtes pour moi, venez avec moi. Si vous êtes contre moi, rendez-moi vos armes, ou préparez-vous à com* battre.

— Je ne sais pas ce que veulent dire ces mots rendre ses armes y répondit La'guna, et j'espère que personne ne me l'apprendra jamais.

— Alors, allez vous mettre à la tète de vos hommes, et voyons pour quelle cause Dieu sera.

— J'y vais, repondit Laguna.

Et il partit au galop pour rejoindre ses soldats.

Mais, au même moment , Lavalleja déploya le drapeau national, bleu, blanc et rouge, comme le nôtre, et aussitôt les cent soixante Orientaux passèrent de son côté.

Les quarante Brésiliens furent faits prisonniers.

La marche de Lavalleja sur Montevideo devint dès lors une marche triomphale, dont le résultat ftit que la république Orientale, proclamée par la volonté et l'enthousiasme de tout un peuple, pri( rang parmi les nations.

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BOSAS

Pendant ce temps, grandissait un nom gui devait être un jour la terreur de la fédération argentine.

Peu de temps après la révolution de 4810, un jeune homme de quinze à seize ans sortais de Buenos-Ayres, abandonnant la ville et gagnant la campagne. Il avait le visage troublé et le pas rapide.

Ce jeune homme s'appelait Juan-Manoel Rosas.

Pourquoi, presque enfant encore, ce fugitif abandonnait-il la maison où il était né? Pourquoi, homme de la ville, allait-il demander un asile aux hommes de la montagne? C'est que lui, qui devait un iour^^ souffleter la patrie, venait de souffleter sa mère, et

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que la malédiction paternelle le poursuivait.

Cet événement, sans importance d'ailleurs, se perdit bientôt dans le bruit des événements plus sérieux qui s'accomplissaient, et tandis que tous les anciens compagnons du fugilif se réunissaient sous l'étendard de l'indépendance, pour combattre la domination espagnole, lui se perdait dans les pampas, se donnait à la vie du gaucho, adoptait son costume et ses mœurs, devenait un des meilleurs cavaliers et l'un des hommes les plU8 habiles

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DE J. GARIBAIDl ., . .2Aa

dâiis le maniement du lasso et de la bola,- de sorte ' qu'en le .voyant si adroit à ces exercices sauvages, celui qui ne l'eût pas connu 'l'eût pm, non plo^ pour un homme de la ville, mais pour ilû homirie de la campagne ; non plus pour un pueblero fugitif, mais pour un véritable gaucho.

Rosas entra d'abord comme peôt^ c'est-à-dire comme journalier, dans une estanciav puis il devint capcUaz, — Garibaldi nous a dit ce que c'était qu'un capatai^ — puis mayordomOy titre qui s'explique de lui-môme.

En cette dernière qualité, il régissait les bien*" de la puissante famille Ânchorena. C'est de là que date sa fortune comme propriétaire.

Comme notre intention est de faire ' connaître Rosas sous tous ses aspects, disons, au milieu des • événements qui s'accomplissaient, quelle était la situation de son esprit. ...... « .-

Rosas s'était trouvé à Buenos-^Ayres pendant les prodiges enfantés par la rjôvolution contre l'Espagne. Alors, celui qui avait le courage dierchait la célébrité sur le champ de bataille; celui qui avait le talent, l'instruction, la prudence, la cherchait dans les conseils. Rosas était ambitieux de celé- " brité; mais à quelle célébrité pouvait-il atteindre? Quelle renommée pouvait-il acquérir, lui qui n'a«

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vait ni le courage du champ de bataille, ni les lumières du conseil? A chaque instant, il entendait résonner quelque glorieux nom à ses oreilles. C'étaient, comme ministres, les noms de Rivadavia, de Pasos, d'Aguero ; c'étaient, comme guerriers, les noms de Saint-Martin, de Baleace, de Rodriguez et de Las Heras.

Et tous ces noms, dont le bruit venait de la ville, allaient éveiller l'écho des solitudes; tous ces noms ravivaient en môme temps sa haine contre cette ville qui, ayant des triomphes pour tous, n'avait eu pour lui que l'exil.

Mais déjà, à cette époque, Rosas rêvait l'avenir et le préparait. Errant dans les pampas, confondu avec les gauchos, il se faisait le compagnon de misère du pauvre, flattant les préjugés de l'homme' des plaines, l'excitant contre le citadin, lui révélant sa force, lui démontrant la supériorité du nombre, et tâchant de lui faire comprendre que, dès qu'elle le voudrait à son tour, la campagne serait maîtresse de la ville, qui si longtemps avait été sa reine.

Cependant les années s'écoulaient , et l'on arrivait à 1820.

C'est alors que Rosas commence à apparaître à l'horizon lointain des pampas, appuyé sur l'in* Uuence à laquelle il a soumis l'habitant des plaines.

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DE J. 6ARIBÂLDI 96»

Nous avons vu ce qui s'était passé à Montevideo. Voyons ce qui se passait à Buenos-Ayres.

La milice de Buenos-Ayres s'insurge contre le gouverneur Rodriguez. Alors un régiment des milices de la campagne, los colorados de las Conehàs, les rouges des Couchas , entrent dans la \ille, le 5 octobre 1820, ayant à leur tête un colonel à qu Buenos-Ayres est connu, et qui esi connu à Buenos- Ayres.

Ce colonel était Rosas.

Le lendemain, les milices de la campagne et les miliaes de la ville en viennent aux mains; seulement, ce jour-là, le colonel n'était plus à la tête de son régiment.

Un violent mal de dents, dont Rosas cessa de souffrir aussitôt le combat fini, l'éloignait, à son grand regret sans doute, de la mêlée.

Pourquoi pas? Octave avait bien la fièvre le jour de la bataille d'Actium.

Rosas avait beaucoup de choses d'Octave ; seulement la différence est que, plus tard, Octave devint Auguste, ce que jamais, selon toute probabilité, ne deviendra Rosas.

Cette entrée de Rosas à Buenos-Ayres fut le seul exploit guerrier qu'il compta dans toute sa vie politique.

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Les insurgés de la ville furent vaincus.

Ce fut alors que Rivadavia, déjà célèbre depuis longtemps, nommé minilstre de Tintérieur, se plaça à la tête des^ affaires. ' ^ " '

Rivadavia était un de ces hommes de génie, comme il en apparaît à la surface des révolutions « pendant les jours de tourmenter. Il; avait 'voyagé longtemps en Europe. Il possédait une instruction . universelle, et paraissait animé du plus> ardent et surtout du plus pur patrioti^e :r seulement j la vue de cette civilisation européenne, qu'il aieait étudiée à Paris et à Londres, lui avait fauiœé l^esprît à'I'endroit de son application sur un peuple qui, noyant pas derrière lui dix siècles de luttes sociales, ne marchait pas du môme pas que nous/ Il : voulut doubler la marche du temps , faire polir TAmérique ce que Pierse .le Grand avait fait pour la Russie; mais, n'ayant pas les mômes moyens que Pierre, il échoua. > . ;

Peut-être, autreste» avec un peu d'adresse mêlée à son génie, peutrêtre Rivadavia eût-il réussi ; mais il blessa les hommes dans leurs habitudes : certaines habitudes soat .uae maiionalité;- d'autres > tm or^ gueil. Il raiUa.le.caâiame américain^ il manifesta sa répugnance pour la chaqmtat son mépris^'pouf ' la chiripai la veste et la jupe de Thomme de la

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DE J. GARIBALDI 2d7

campagne; et comme en môme temps i\ ne cachait point sa préférence pour Thabit et la redingote, il se dépopularisa peu à peu, et sentit le pouvoir lui échapper par les soupapes inférieures.

Et cependant que de choses ne donne-t-îl pas au pays, en échange de ces deux vêtement^ qu|il veut lui ôter? Son administration est la plus^ prospère que Buenos- Ayres ait jamais eue; il fonde, des universités et des lycées ; il introduit reuseigneiTi ont mutuel dans les écoles. Sous son administration, des savants sont appelés d'E.urope; les arts sont protégés et se développent; enfin Buenos-Ayres.est appelée, dans la terre de Colomb, TAthènes de l'Amérique du Sud.

Nous avons déjà parlé de la guerre du Brésil, survenue en 1826. Pour soutenir cette guerre, Buenos-Ayres fit des sacrifices gigantesques^ épuisa ses finances, et par cet.éj^uisement affaiblit les ressorts de l'administration.

Les finances épuisées, les ressorts du gouvernement affaiblis, les révolutions reconamencèrent.

Nous l'avons dit, à Buenop-Ayres coipme à Montevideo, les campagnes et la ville étaiept i;arement en harmonie d'opinions, n'étant point en harmonie d'intérêts.

Buenôs-Ayres fit une révolution*

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268 MÉDfOIRES

Aussitôt la campagne se leva en masse, se porta sur Buenos-Ayres, envahit la ville, et fit son chef, chef du gouvernement.

Ce chef, c'était Rosas.

Nous fermons la parenthèse ouverte quelques pages plus haut.

En 1830, Rosas est donc élu gouverneur par Tinlluence de la campagne, et malgré l'opposition de la ville, qu'il trouve à moitié policée par Tadministration de Rivadavia.

Alors Rosas essaye, lui le gaucho des pampas, de se réconcilier avec la civilisation. Il semble oublier les mœurs sauvages adoptées par lui jusquelà : le serpent veut changer de peau.

Mais la ville résiste à ses avances, mais la civilisation refuse de gracier le transfuge qui a passé dans le camp de la barbarie. Rosas se montre-t-il revêtu d'un uniforme, les hommes d'épée se demandent tout bas sur quel champ de bataille Rosas a conquis ses épaulettes; parle-t-il dans une réunion, le poète demande à l'homme de goût dans quelle estancia Rosas a pris un pareil style ; apparaît-il dans une tertullia, les femmes se le montrent du doigt en disant : ^ Voilà le gaucho travesti I » Et tout cela, qui l'attaque de côté et par derrière, lui revient en face avec la morsure poignante de l'épigramme ano-

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DE J. GARIBALDl 269

nyme, pour laquelle les Portenos sont si renommés.

Les trois années de son gouvernement se passérent dans cette lutte mortelle à son orgueil, et peutêtre dut-il aux tortures morales qu'on lui fit éprouver pendant cette période , non pas sa férocité tout entière, mais un surcroît de férocité. Si bien que, lorsqu'il résigna le pouvoir et descendit l'escalier du palais, l'âme navrée de haine, le cœur trempé de fiel, comprenant que désormais il n'y avait plus pour lui avec la ville d'alliance possible, il s'en alla retrouver ses fidèles gauchos, ses estancias, dont il était le seigneur, cette campagne dont il était le roi ; mais tout cela, avec l'intention de rentrer un jour à Buenos- Ayres en dictateur, comme Sylla, qu'il ne connaissait point , dont il n'avait probablement jamais entendu parler, était rentré dans Rome l'épée d'une main, la torche de l'autre.

Pour arriver à ce but, voici ce qu'il fit. Il demanda au gouvernement de lui donner un commandement quelconque dans l'armée qui marchait contre les Indiens sauvages. Le gouvernement, qui le redoutait , crut l'éloigner en lui accordant cette faveur. Il lui donna toutes les troupes dont il pouvait disposer, oubliant que, tout, à la fois, il s'affaiblissait et donnait des forces à Rosas.

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270^ . . .. . t RfÉMOIRES ,, .

Rosas , une fois à la tête de l'armée , suscita une révoluiioA à Buenos^Ayres, sentit appeler au pouvoir, ne l'accepta qu'avec les conditions qu'il vou^ lut imposer, parce qu'il tenait la force armée du pays, et rentra à Buenos-Ayres avec la dictature la plu&absolue que l'on eût jamais connue, c'est-à-dire avec toda la suma del poder publico (avec toute l'étendue du pouvoir public). • • '

Le gouverneur qu'il fit tomber, ou plutôt qu'ils précipita, était le général Juaia^Ramon Baleace, un des hommes qui avaient le plus fait dans 'la guerre de l'indépendance, un des chefs du parti-fédéral , dont Rosas se proclamait le soutien. Baleace étart un noble cœur. Sa croyance à la patrie était une relf- ^ gioa»! Il avait cru dans Rosas, et avait beauooi^ fait pour son élévation. Baleace- fut le premier que sacrifia Rosas. Baleace mourut proscrit, et lorsque» son ca^davre repassa la frontiêre> protégé par ia mort, Rosas refusa à la famille de rendre à Ba*-^ leace, no^n pas les honneurs publics dus à un homme qui avait été gouverneur, mais les simples devoirs funèbres que l'on rendait à un citoye».

C'est donc à dater de 1833 que commença le vé« ritable pouvoir de Rosas. Son premier gouvernement, tout de dissimulation, n'avait pas mis.au jour' ses instincts de cruauté, qui lui ont fait, depuis, une

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célébrité de sang. Cette période a'avait été marquée que par la fusillade du major Montero et des prisi^nniers de Saint-Nicolas. Cependant, n'oublions pas que c'est à cette époq^e que correspondent plu- , sieurs mor^s sombres et inattendues, de ces morts dont rhistoire, à tout hasard, inscrit la date en lettres rouges sur le livre des nations.

Ainsi disparurent deux chefs de la campagne, dont l'influence pouvait faire ombrage à Rosas. Ainsi, à cette date, remontent les morts d'ArboIilo et de Molina. Quelque chose de parçil, ce nous semble, arriva aux deux consuls qui avaient accompagné Octave à sa première bataille contre Antoine. [,. Peignons tout de suite Rosas, qui ne nous apparaît encore que comme dictateur, mais arrivé au plus haut degré de pouvoir que jamais un homme se soit arrogé le droit d'exercer sur une nation.

Vers 1833, c'est-à-dire à l'époque où nous sommes arrivés, Rosas a trente-neuf atis. Il a l'aspect européen, les cheveux blonds, le teint blanc, les yeux bleus, les favoris coupés à la hauteur de la bouche. Point de barbe , ni aux moustaches ni au menton. Son regard serait beau, si Ton pouvait le juger; mais Rosas s'est habitué à ne regarder en face ni ses amis ni ses ennemis, parce qu'il sait que dans un ami il a presque toujours un ennemi déguisé. Sa

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voix est douce, et, quand il a besoin de plaire, sa conversation ne manque pas d'attrait. Sa réputation de lâcheté est proverbiale. Sa renommée de ruse est universelle. Il adore les mystifications. C'était sa grande occupation avant qu'il se livrât aux affaires sérieuses. Une fois au pouvoir, ce ne fut plus qu'une distraction.

Ses distractions étaient brutales comme sa nature; la ruse s'allie à merveille à la brutalité.

Citons un ou deux exemples :

Un soir qu'il devait souper en téte-à-tôte avec un de ses amis, il cacha le vin destiné au souper, et laissa seulement dans le buffet une bouteille de celte fameuse médecine Leroy, à la célébrité de laquelle il ne manque que d'avoir été inventée du temps de Molière. L'ami chercha du vin, mit la main sur la bouteille. Quant à son contenu, lui trouvant un goût assez agréable , il la vida tout en soupant. Rosas, affectant la sobriété, ne but que de l'eau, et partit pour son estancia aussitôt après le souper.

Pendant la nuit, Tami pensa crever. Rosas rit beaucoup de la plaisanterie. Si l'ami fût mort, Rosas eût sans doute encore ri bien davantage.

Quand il recevait quelque citadin dans une de ses estancias, il se plaisait à lui faire monter les ché-

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Bfi J. GAmUALDI 273

vaux les plus mal dressés , et sa joie était d'autant plus grande que la chute du caTdlier était plus dangereuse.

Au gouvernement 9 il était toujours entouré de fous et de paillasses, et, au milieu des affaires les plus sérieuses, il gardait ce singulier entourage. Lorsqu'il assiégeait Buenos-Âyres, en 1829, il avait près de lui quatre de ces pauvres diables. Il en avait fait des moines, dont, en vertu de son autorité pri^ vée, il s'était constitué le prieur. U les appelait : fray Bigna, fray Chaja, fray Lechuza, et fray Biscacha. Outre les paillasses et les bouffons, Rosas aimait fort aussi les confitures : il en avait toujours, et de toutes les espèces , sous sa tente. Les confi-. tures n'étaient pas non plus détestées des moines, et, de temps en temps, il en disparaissait quelques pots. Alors Rosas appelait toute la communauté en confession. Les moines savaient ce qu'il leur en coû* terait de mentir : le coupable avouait donc.

A l'instant le coupable était dépouillé de ses habits et fustigé par ses trois compagnons.

Tout le monde a connu à Buenos-Ayres son mulâtre Eusebio, et cela d'autant mieux qu'un jour de réception publique, Rosas eut l'idée de faire pour lui ce que madame Dubarry faisait à l'occasion de son nègre Zamore.

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274 MfiMOIRES

^* Eusebio, vêtu en gouverneur, reçut les hommages dëè aùfôrttés atï lièil et placé' de son maître. '■ Malgré ramilîé'quë Rosas' pdrtaîtr à "son niWâtré, il prit un jour fantaisie à ce terrible amî de lui faire une^pirt^,-fat"bé sàtivage; cohim'èibutês celles qû'inventftll^Rosftis. Il feignit que l'ôrivètoit rfé découvrir Me^'coûspiralîôn dont^Eil^ebio MU'ié chef.' Il ne s»âgissa*t ^ * ^pas ' molii)^ ' c^é dé fè' ''' *;^oîgùàrcie^, lui, Rosis.' Euâcbio^fdtairrWë mafgrfe* seï'j[)rc)léstationsrcle*dév6ttément• Ros^fe rftSît ^s'fx^ei'k lliî; qui né s*infl[ttîéteîéïrt pas 'iii'ïlbôiisé étafft'éoupafefe Ott'ue l'était pàèvRofeasatccusiiit, 41s Jugèrent et dôûdwBïfcèrentJe'pàuVré Ea^eM'ô h laf peine de 'taôrt: "

Busebio' subi! tous les àpjprtfts dû"^pHife ,' se confessav fut èônduif sur le'lfeù'dé l'eifféûtîon, f trouva le bourreau' ^èft ses aides^; ptiis" tdùt &' cbtip,'' comm» le (dieu de la tragédie* ântiqà^, U|j|iai^iit Rasas, qui annonça k Eui^ebib que sa fille, ManuelifaV étant devenue amoureuse' de lui et vofuiailift'i'époû'-' ser, il lui faisait grâce. ■■'■ ' % . s ; i-

Inutile de dire qu'Eusebîo, tout en ne mourant pas du supplice, faillit mourir depel3fr. *' '^ ' • -''^

Nous avons prononcé ce nom de MàfAuelita ; nous avons vu que c'était la ûlïe de RdsaS; Disons^ hos lecteurs fmnçais^-à qmr il «st pefiôis dé Vignorerv' ce qu'est,' comme femme) cettb Rftinfié!ftaf,''^è' là'

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DE J. GARIBÂLDI S75

Providence plaça près de son père comme un bon génie, dont la principale occupation, pendant les beaux jours de sa vie, fut de répéter chaque jour le mot grâce, et à laquelle grâce parfois fut accordée.

Manuelita est aujourd'hui une femme de quarante an^, qui, par dévouement pour son père, jet peutêtre lin peu pour la mission qu'elle avait reçue du ciel, ne s'est point mariée, ou plutôt ne s'était pas encoj^e mariée en 1850, époque où noua l'avons, perdue de vue.

Manuelita n'était pas précisément une belle femme ; c'était mieux : c'était une charmante personne, d'une figure distinguée, d'un tact profond, coquette comTïjie une Jluropéenne, très-préoccupée surtout de l'efiet qu'elle produisait sur les étrangers.

Manuelita a été fort calomniée, et c'est tout naturel : c'était la fille de Rosas, c'est-à-dire de rhoiçme sur Içquel convergeaient toutes les haines. On l'accusa d'avoir hérité des instincts cruels de son ppre, et d'avoir, comme la fille du pape Borgia, oublié l'amour filial dans un autre amour plus tendre e.t^moins chrétien.

Il n'est rien de tout cela. Manuelita resta fille pour deux raison^ : d'abord, parce que Rosas sentait parfois le besoin, d'être aimé, et qu'il savait que le seul amour réej, dévoué, infini, sur lequel il pût

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compter, c'était Tamour de sa fille. Manuelita est restée fille encore peut-être parce que, dans ses rêves de royauté, Rosas, aujourd'hui simple particulier perdu dans un coin de TAngleterre, je crois, voyait au fond de Tavenir briller, pour Manuelita, quelque alliance plus aristocratique que celles auxquelles il avait droit de prétendre alors.

Non , autant Thistoire doit être sévère à Rosas , autant, à moins d'être injuste, elle sera douce, et en étant douce, elle sera équitable à Manuelita; et ce que nous disons ici de ce côté du monde , chacun le sait là-bas, et, au fond du cœur, chacun le reconnaîtra comme une vérité, Manuelita fut la digue éternelle, impuissante parfois, qui arrêtait la colère de son père, toujours prête à déborder. Enfant, elle avait un étrange moyen d'oblenir de Rosas les grâces 'qu'elle demandait : elle faisait mettre le mulâtre Eusebio nu ou à peu près ; elle le faisait seller et brider comme un cheval; elle chaussait à ses petits pieds andaloas des éperons de gaucho. Eusebio se mettait à quatre pattes; Manuelita montait sur son dos, et l'amazone étrange venait faire caracoler son bucéphale humain devant son père, lequel riait de cette singulière plaisanterie, et, ayant ri, accordait à Manuelita la grâce qu'elle demandait.

DE h GARIBÀLDt 277

Plus tard , lorsqu'elle comprit qu'elle ne pouvait plus employer ce moyen, si efficace qull fût, elle s'appliqua à faire, près du dictateur, l'œuvre que faisait Mécène près d'Auguste, lorsqu'il lui jetait ses tablettes sur lesquelles il avait écrit : Stirge, carnifex !Maàs Manuelita s'y prenait autrement. Elle connaissait son père mieux que personne; elle savait les vanités secrètes auxquelles il était accessible. Elle temporisait, elle sollicitait; et quelquequefois, douce sœur de charité bénie du Seigneur, elle obtenait.

C'était Manuelita qui était tout à la fois la reine et l'esclave du foyer domestique. Elle gouvernait la maison, soignait son père, et, chargée de toutes les relations diplomatiques , elle était le véritable ministre des affaires étrangères de Buenos-Ayres.

En somme , de môme que Rosas était un être à part, qui ne touchait à rien et ne se confondait avec personne dans la société, Manuelita, devenue plus tard Manuela, étaii «ne créature non -seulement étrange au milieu de tous, mais môme étrangère à tous, et qui passa solitaire en ce monde, loin de l'amour des hommes, hors de la sympathie des femmes.

Rosas avait, en outre, un fils nommé Juan, mais qui jamais ne fut mêlé à la politique de son père.

De plus, une petite fille éçhappanf; à ppinç | |!gnfance , aujourd'hui chaste épouse , heureuse {père , portant, dans la personne de son mari, un nom honorable et honoré.

Une fois arrivé au pouvoir, le grand travail de Rosas fut d'anéantir la fédération.

Lopez, le fondateur de là fédération, tonabe rodla^e : Rosas le fait venir k Buenos-Ayres et le soigne chez lui.

Lopez meur| empoisonné.

Quiroga, le chef de la fédération, a échappait vîçgt combats plus meurtriers les uns que les autres: son courage est passé en exemple, sa loyau^ep proverbe.

Quiroga meurt assassiné.

Cullen, ce conseil de la fédération, devient gouverneur de Santa-Fé. Rosas lui improvise une révolution ; Cullen est livré i Rosas par le gouverneur de Santiago.

Cullen est fusillé.

Tout ce qu'il y a de niar^uant dans le part.i, fédéral a le sort de ce qu'il y avait de marquant en Ita lie sous les Bprgia. Et. peu à peu, ^osas^ en employant les mômes moyens qu'Alexandre VI. et qug^ son fils Céfar, parvient à régner sur la répubjjgpe Argentine, qui, quoique réf|fî}te h me parfai^

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DB I. GàRIBàLDI 27S

unité, û'én conserve pa£ moins le titré pompeux de fédération, et, ce qu'il y a de bizarre, va devenîi Tennemie des unitaires.

Disons quelques mots des hommes que nous venons de nommer, et faisons un instant revivre leurs spectres accusateurs. Ce sera quelque chose comme la scène de Shakspeare dans Richard ill avant la bataille.

11 y a d'ailleurs dans tous ces hommes une saveur de sauvagerie primitive qui méritiê d'être connue.

Nous avons commencé par le général Lopez. Une seule anecdote donnera non-seulement une idée de ce chef, mais encore des hommes auxquels il avait affaire.

Lopez était gouverneur de Santà-Fé. Il avait, dans TEntre-Rios, un ennemi personnel/ le colonel Ovando, Ce dernier, à là suite d'une révolte, fiit conduit prisonnier au général Lopez.

Le général déjeunait, ir reçut à merveille Ovando, et rinvitâ à s'asseoir â sa table. La conversation s'engagea entre eux comme entre deux convives auxquels une égalité de condition eût commandé la plus parfaite et la plus égale courtoisie.

Cependant, au milieu du repas, Lopez s'interrompit tout à coup.'

— Colonel, dit-il, si jS fusse tombé en votre pou-

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voir, comme vous êtes tombé au miea, et cela au moment du repas, qu'eussiez-vous fait?

— Je vous eusse invité à vous mettre à table , comme vous avez fait vous-même à. mon égard.

— Oui, mais après le déjeuner?

— Je vous eusse fait fusiller.

— Je suis enchanté que cette idée-là vous soit venue, car c'est aussi la mienne. Vous serez fusillé en sortant de table.

— Dois-je en sortir à Tinstant ou achever de déjeuner?

— Oh! achevez, colonel, achevez; nous ne sommes pas pressés.

On continua donc le repas. On prit le café et les liqueurs; puis, le café et les liqueurs pris :

— Je crois qu'il est temps, dit Ovando.

— Je vous remercie de ne pas avoir attendu que je vous le rappelasse, répondit Lopez.

Puis, appelant son planton :

— L'escouade est-elle prête? demanda-t-il.

— Oui, mon général, répondit le planton. Alors, se retournant vers Ovando :

— Adieu, colonel, dit-il.

— Non, pas adieu; au revoir, répondit celui-ci : on ne vit pas longtemps dans des guerres pareilles à celles que nous faisons. •

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DE 1. 6ARIBÀLD1 %i

Et, Saluant Lopez, il sortit. Cinq minutes après, une fusillade, retentissant sur la porte môme do Lopez, lui annonçait que le colonel Ovando avait cessé d'exislen

Passons à Quiroga.

Celui-ci est plus connu de nous. Sa réputation, en traversant les mers, a eu son écho à Paris. La mode s'en est emparée : de 1820 à 1823, on a porté des manteaux à la Quiroga et des chapeaux à la Bolivar; il est probable que ni Tun ni Tautre n'ont jamais porté ni le manteau ni le chapeau que leurs admirateurs adoptaient à deux mille lieues d'eux.

Quiroga, lui aussi, comme Rosas, était un homme de la campagne. Il avait, dans sa jeunesse, servi en qualité de sergent dans l'armée de ligne contre les Espagnols. — Retiré dans son pays natal, la Rioja» il se mêla aux partis internes, devint le maître de son pays, et, une fois arrivé à ce premier degré de puissance, il se jeta dans la lutte des différentes factions de la République, et dans cette lutte se révéla pour la première fois à l'Amérique.

Au bout d'un an, Quiroga était l'épée du parti fédéral. Jamais homme n'a obtenu de pareils résultats par la simple application de la valeur personnelle. Son nom en était [ arrivé à avoir un prestige qui valait des arméest-r Sa grande tactique,

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au milieu du combat, était d'appeler à lui la plus forte somme de dangers qu'il pouvait réunir, et lorsque, dans la mêlée, il jetait son cri de guerre en faisant frémir dans sa main cette Iwigue lance qui était son arme de prédilection, les plus braves cœurs faisaient alors connaissance avec la crainte.

Quiroga était cruel, ou plutôt féroce; mais, dans sa férocité, il y avait toujours quelque chose de grand et de généreux.— C'était la férocité du lion, et non celle du tigre.

Quand le colonel lPrîngles,"ui[ de seV plus grands ennemis, est'îait'prisonnîer et assassiné après avoir été pris, celui qui l'a assassiné, et qui sert sous les ordres de'Qûiroga, se présente à celui-ci, croyant avoir gagné une bonne récompense.

Qiiiroga lui laisse raconter son crinàe, et à l'instant raômè le fait fusiller.'

Une autre 'fois, deux ^'officiers appartenant au parti ennemi, sonï* faits prisonniers par' ses gens, qui se souviehnénï'àu supplice de leur compagnon, et qùî, cette fois, les lui amènent Vivants.— Il leur offre d'abandonnet Teiir drapeau et de'serviî sous ses 6i*drès.'

L'iin d'eux accepté^ '— l'autre refuse. '

— C'est bien*,' diï-îl à celui (jui â accepté^ montons à cheval et alfon^voî? fusiller votre caiiiârade^^^^

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DE J. 6ARIDALDI 283

Celuî-cî, sans faire d'observation, s'empresse d'obéir, cause gaiement tout le' long de la roiîte avec Quiroga, dont il se croit déjà Taide de camp, tanclis qiie le condarrinë, escorte d'un piquet aux ' armés *ctargéès,'marclie tranquillement à la mort.

Arrivé sur le lieu de l'exécution, Quiroga ordonne à roificier qui a refusé de trahir son parti de se mettre à genoux; — mais, àptès ïe commandement: Enjomi il s'arrête.

— Alloné*, dit-il'â celui qui se croyait déjà mort, vous èieèun brave.-- Prenez le'chevàfde monsieur,' et'partez.

Et il désignait le cheval du f^négaï,

— Mais môi? demande célui-cî.

— Toi, répond Quiroga, tu n'as plus besoin de cheval,' car' tu vas mourir.

Et malgré les supplications que lui adresse en faveur de son camarade celui qtfîl vient de rendre à la vie, il le fait fusiller.

QÛirogà ne fut vaincu qu'une fois, et ce fut psb legétiëral Paz, le' Fabius américain, homme ver- tueux* et pur' s'il en fut jamais.— Deux fois il détruisit'les armées de Quiroga dans les terribles bataille^ (ie la Tablàda et* d'Ôncativô. C'était un beau' ispectâfclë'pour ces jeunes républiques qui sortaien't fi j^eînè fle tëJhre/quë de voit l'art, la tac-

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tique et la stratégie en lutte contre le courage indomptable et la volonté de fer de Quiroga. — Mais une fois le général Paz fait prisonnier, à cent pas de son armée, par un coup de bola qui enveloppa les jambes de son cheval, Quiroga fut invincible.

La guerre une fois terminée entre le parti unitaire et le parti fédéral, Quiroga entreprit un voyage dans les provinces de l'intérieur. Mais, en revenant de voyage, il fut assailli, à Barrancallaco, par une trentaine d'assassins, qui firent feu sur sa voiture. Quiroga, malade, s*y tenait couché ; une balle, après avoir traversé un des panneaux, lui brisa la poitrine. Quoique blessé à mort, il se souleva, et, pâle, ensanglanté, ouvrit la portière. En voyant le héros debout, quoique déjà cadavre, les assassins prirent la fuite. Mais Santos Ferez, leur chef, marcha droit à Quiroga, et, comme celui-ci était tombé sur un genou, il le tua.

Alors les assassins revinrent et achevèrent l'œuvre commencée. C'étaient les frères Renafé, commandant à Gordoue, qui dirigeaient cette expédition, d'accord avec Rosas. Mais Rosas avait eu soin de se tenir dans un lointain si éloigné, qu'on ne l'aperçut pas. Il put, dès lors, prendre le parti de celui qu'il avait fait assassiner, et poursuivre ses assassins.

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DE X. 6ÀRTBÀLDI 23S

Ils furent arrêtés et fusillés.

Reste Gullen.

Gullen, né en Espagne, s'était établi dans la ville deSanta-Fé, où il s'était lié avec Lopez, et était devenu son ministre et le directeur de sa politique. L'immense influence que Lopez eut sur la république Argentine, depuis 1820 jusqu'à sa mort, arrivée en 1833, fit de Gullen un personnage extrômement important. Lorsqu'aux jours du malheur Rosas, proscrit, émigra à Santa-Fé, il reçut de Gullen toute espèce de services; mais ces services rendus ne purent faire oublier au futur dictateur que Gullen était un des hommes qui voulaient mettre Un au règne de l'arbitraire dans la république Argentine. Gependant il sut cacher son mauvais vouloir sous les apparences de la plus grande amitié envers Gullen.

A la mort de Lopez, Gullen fut nommé gouverneur de Santa-Fé, et se consacra à établir des améliorations dans la province; en même temps, au lieu de se montrer l'ennemi du blocus français, Gullen ne cacha point ses sympathies pour la France, considérant que le pouvoir de celle-ci était un grand appui pour ses idées civilisatrices. Alors Rosas lui suscita une révolution qu'il appuya publiquement et par un concours de troupes. Gullen, vaincu, se

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286 MÉSrOIRES

réfugia dans la province de Safttiago del Estero , que commandait son ami, le gouverneur Ibarra. Rosas, qui, tout èù détruisant la fédération', avait déjà déclaré CuUen sauvage unitaire y entama des négociations avec Ibarra, afin qu'on lui livrât la personne de Gullen.

Pendant longtemps ces négociations échouèrent, et Gullen, sur les assurances de son ami Ibai'ra; qui jurait de ne jamais le liVrer, se croyait sauvé, lorsqu'un jour, au montent où il s'y attendait lé moins, il fut arrêté par les soldats d^lbarrâyet conduit à Rosas; mais celui-ci, ayant appris qû'oii lui amenait Gullen captif, envoya l'otdre de le fusiller à nibitîé chemin, parce que, dit-il" dans une lètti^e aU g'ôuverneur de Santa-Fé qiii avait succédé à Cilllën, son 'procès était fait par ses' crimesy qui MiV lé monde connaissait,

Gullen était un homme d'une sodiété agréable et "d'un caractère humain. Son influèncé'sutrLdpéz fltt toujours employée à écarter toute espèce de rigueur; et c'est en raison de cette influence que le général Lopez , malgré les supplicationà de Rosas , ne permit point de fusiller un seul des prisonniers faits pendant la campagne de 1831, campagne qui mit en son pouvoir les chefs les plus importants du parti unitaire.

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DE f. GAnipif DI ^

Au reste, Cullen avait tous les dehors delà civili sation; mais son instruction étajt superftcjeUe, e| 'sestaljents étaient médiocres.

Ce fut ainsi que Rosas, le seul homme peut-ôti q qui n'eût aucune gloire militaire parmi les chefç du parti fédéra|, se débarrassa des champions de ce parti; dès lors, il demçui;*a le seul personnage ip> portant de la république Argentine, en môme tempç qu'il était le maître absolu ^e Buenos-Ayres.

Alors Rosas, arrivé à la toute-puissance, com» mença sa vengeance contre les classe? élevées, qui l'avaient si longtemps tenu en mépris. Au milieu des hommes les plus aristocrates et les plus élégants, il se montrait sans cesse vêtu de la chaquela ou sans cravate, il donnait des bals qu'il présidait avec sa femme et sa fille, et auxquels, à l'exclusion de-tout ce qu'il y avait de distingué à Buenos- Ayres, il invitait des charretiers, des bouchers, et jusqu'aux affranchis de la ville.

Un jour il ouvrit le bal, lui dansant avec une esclave, et Manuelita avec un gaucho.

Mais ce ne fut point seulement de cette façon qu'il punit la fièj*e, (jité; il proclam^ ce çrincipe terrible :

« Celui qui n'est pas avec moi est contre moi. »

Pès lors, tout homme lui déplaisant fut qualifié

« * \ ', . ;,>n - .4».'» » .'-' \iyy\ • ■ *ï

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du nom de sauvage unitaire^ et celui que Rosas avait une fois désigné de ce nom n'avait plus droit ni à la liberté, ni à la propriété, ni à la vie, ni à Thonneur.

% Alors, pour mettre en pratique les théories de Rosas, s'organisa sous ses auspices la fameuse société de MAS-HoacA, c'est-à-dire encore des potences. Cette société était composée de tous les hommes sans aveu, de tous les banqueroutiers, de tous les sbires de la ville.

A cette société de la Mas-Horca étaient affiliés, par ordre supérieur : le chef de police, les juges de paix, tous ceux enfin qui devaient veiller au maintien de l'ordre public; de sorte que, lorsque les membres de cette société forçaient la maison d'un citoyen pour piller cette maison ou assassiner le citoyen, celui dont la vie ou la propriété était menacée avait beau appeler à son aide, personne n'était là pour s'opposer aux violences dont il était l'objet. Ces violences étaient faites au milieu du jour comme en pleine nuit, sans aucun moyen de s'y soustraire.

Veut-on quelques exemples? Soit. Chez nous, on doit le remarquer, le fait suit toujours immédiatement l'accusation.

Les élégants de Buenos-Ayres avaient, à cette

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DE J. 6AKIBALDI 2S9

époque, Thabitude de porter leurs favoris en collier. Mais, sous le prétexte que la barbe taillée ainsi formait la lettre U, et voulait dire unitaire, la Mas-Horca s'emparait de ces malheureux, et les rasait avec des couteaux mal affilés, et la barbe tombait avec des lambeaux de chair; après quoi, on abandonnait la victime aux caprices de la dernière populace, rassemblée par la curiosité du spectacle, et qui parfois poussait la sanglante farce jusqu'à la mort

Les femmes du peuple commençaient alors & porter dans leurs cheveui ce ruban rouge, connu sous le nom de mono. Un jour, la Mas-Horca se porta au seuil des principales églises, et alors, toutes les femmes qui entraient ou sortaient sans avoir le mono sur la tête, s'en voyaient fixer un avec du goudron brûlant.

Ce n'était pas non plus chose extraordinaire, que de voir une femme dépouillée de ses habits et fouettée au milieu de la rue, et cela parce qu'elle portait un mouchoir, une robe, une parure quelconque, sur laquelle on distinguait la couleur bleue ou verte. U en était de môme pour les hommes de la plus haute distinction, et il suffisait, pour qu'ils courussent les plus grands dangers, qu'ils se fussent hasardés en public avec un habit ou une cravate. U il

En flpiéîue tpjnpç gue lc§ pçrçonnw wn§ dQ^te désignées à l'ftvaBCÇ, çt qui ^ppart^naieat à ce? çlas§9fii wp^riewas de l^ «peinte q^^ poursuivait ^nç vençei^çe invisible ïnqi§ cwwe, éteiçiït yiotiiuep de ces viQl^Qe^si, q» emprisonnait p^r ç^nt^in^s le? citoyens ciont }ea opinîQps n'étfti^nt point i?n haiv ïPOBie, ftoijs HP dirons p^s êy§6 ççlleg 4n dictateur, n^îiis peQ 1^9 çQinbi»»i^Qns pnçQr§ inconnues i}^ ^ politiQ^^e ^ Vf niPi If9l ne çoQBftissftit U m\^% pour lequel il était arrêté, et c'était chose sup§rfln§|

crimç restait ffîCOPPni >§ juKf {»§»( è\mi dépl«tr4 inutilei et pbiqu^jjQUFi pp^r f^irsplftpe in$ prison' niera des jours suiv^ntSt les prisons ooconibrées se déb«rr^ss»i^nt du trop plain d§ leurs 6»ptifs h r^de ^9 npmbreusag (usillades. Ces fusillades avaient lieu dans robscurité, et tout h Cûup la ville s0 réfêUtoit fin sursaut an bruit de ces tonnerres nocturnes qui la dtoimaient.

Et I9 mHin, ca que Ion n'avait pas vu an France pendant les plus terribles jours de 1793, on voyait les obarretiers de 1^ police recueillir tranquiile« ment dans les rues les corps des assassinés, et aller prendre k 1^ prison las oorpa de ceux qu'on avait fusillés, puis, Qsçassipés et fusillés, conduire tous ces cadavres à un grand fossé, où on laa jetait

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DE i. Qiïimiiim 9lt

" pôle-môle, saP3 qu'il fftt iqfipae permil 9V^ Vl^^m\^ des yictimes de venir reponnattre Ie$ U^v^ p\ 4e leur rendre les devoirs funèbres.

Cp n'était point le tout ; les cberfetie?» qui conduisaient ces restes déplorables annonçaient leuf venue par d'atroces plaisanteries qui faisaient f^rv mer les portes et fiiir la population; on ^n {i va détacher les têtes de$ corps, 4e ces tôte? emplir des paniers, et du cri habituel aux niarçhands de fruits de la pampagae, les offrir aqz passants effrayés en criant :

— Voilà des poches unitaires ; qqi yeut des pêches unitaires?

Bientôt le calcul se joignit à la hart)|ipie, la Cfls* fiscatiof^ à la mort,

Rosas comprenait que le moyen de s^ conseryer au pouvoir était de créer aqtour 4e loi 4es intérêts inséparables 4e4 siens,

Alors il montra à i^ne partie de la i^oci^tâ la fpr<i tune de Tautre, en lui 4isant : «Celat'appurtîput.»

A partir de ce moment, la ruine 4es a^ciep^ pr^r yriét^ires de Buenos- Ayres fiit consoifljn^e, et Toii ?it s'i^lev^r les fortpn^s rapides et scandaleuj^çs deç > amis de Rosas.

Ca que n'avait osé rAy^r ^ucun tyfan, p^ qi}î n'^taU v^nu à ^idép, ni 4e I^éfon ni 4p IJoiRitipji,

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Rosas l*a exécuté; après avoir tué le père, il a défendu au fils de porter le deuil. La loi qui con tenait cette défense fut proclamée et affichée, et il fallait bien la proclamer et l'afficher, car sans elle il n'y eût eu que des habits de deuil à Buenos- Ayres!

Les excès de ce despotisme frappèrent les étrangers, et entre autres quelques Français. Rosas, qui se croyait tout permis envers eux, lassa la patience du roi Louis-Philippe, — patience bien connue cependant,— et amena la formation du premier blocus fait par la France.

Mais les hautes classes de la société, ainsi maltraitées, commencèrent à fuir Buenos-Ayres, et, pour trouver un refuge, jetèrent leurs regards sur l'État oriental, où la plus grande partie de la ville proscrite vint chercher un asile.

Ce fut en vain que la police de Rosas redoubla de vigilance, ce fut en vain qu'une loi punit de mort l'émigration, ce fut en vain qu'à cette mort on joignit des détails atroces,— car Rosas vit bientôt que la mort ne suffisait plus; — la terreur et la haine qu'inspirait Rosas étaient plus fortes que les; moyens inventés par lui, l'émigration allait croissant d'heure en heure, de minute en minute. Pour réaliser la fuite de toute une famille, il s'agissait

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seulement de trouver uae barque assez grande pour la contenir; la barque trouvée, père, mère, enfants, frères, sœurs, s'y entassaient confusément, abandonnant maison, biens, fortune; et chaque jour on voyait arriver dans TÉlat oriental, c'est-à-dire à Montevideo, quelques-unes de ces barques de passagers, qui n'avaient plus pour tous biens que les vêtements qu'ils portaient sur eux.

Et aucun de ces passagers n'eut à se repentir de la confiance qu'il avait mise dans l'hospitalité du peuple oriental ; cette hospitalité fut grande et généreuse, comme Teût été celle d'une république antique; — hospitalité telle, an reste, que devait l'attendre le peuple argentin, d'amis, — ou plutôt de frères, qui tant de fois avaient réuni leurs drapeaux à ses drapeaux pour combattre l'Anglais, l'Espagnol, ou le Brésilien, — ennemis communs, ennemis étrangers, — moins dangereux cependant que cet ennemi qui était né au milieu d'eux.

Les Argentins arrivaient en fouie et débarquaient, et sur le port les habitants les attendaient, choisis- . sant à mesure qu'ils mettaient pied à terre, en raison de leurs ressources pécunisifres ou de la grandeur de leur habitation, le nombre d'émigrànts qu'ils pouvaient recueillir. Alors, vivres, argent, habits, tout était mis à la disposition de ces mal-

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beiinsus) jusqu'à ce qu'ils se fussent créé quelques ressources, ce à quoi tout le fflonde les aidait ; et de leur côté ceux-ci, reconnaissants, se mettaient aussitôt au trayail, afln d'alléger le fardeau qu'ils imposaient à leurs hôtes, et de leut donner ainsi le moyen d'accueillir de nouveaux fugitifs. Pour arriver au but, les personnes les plus habituées à toutes les jouissances du luxe travaillaient aux derniers métiers, les ennoblissant d'autant mieux que ces inétiers étaient plus eu oppositioii arec leur état social.

Ce fut ainsi que les plus beaux, noms de la république Argentine flgnrè^ent dans l'émigration.

Lavallé, la plus brillante épée de sonârinée; ttorencio Varelà, son plus beau talent ; Aguero, un de ses pfetniefs hommes d'État; EchaTerriâ, le Lamartine de la Piata; La Vega, le Bayard de l'armée des Andes I Outtierezj l'heureux chantre des gloires nationales; Alsina^ le grand avocat et l'illustre citoyen $ apparaissent au nombirë des émlgrants, comme apparaissent aussi Saenz, Valiente, Molino Torrès, Ramos, Me^ia, lés gi^nds propriétaires; comme apparaissent encore Rodriguez, le vieux général des armées de l'indépendance et des armées unitaires; OlOEabal, Un des plus braves de cette aribée des Andw^ dont nous avons dit que La Vega

DE J. GABÏBALDI 293

était le Bayard. — C'est que Uosas poursuivait également Vunitaire et le fédéral^ ne se préoccupant que d*Uttè chose , c'est-à-dîre de se débarrasser de tous ceux qui pouvaient être un obstacle à sa dictature.

G*est à cette hospitalité accordée aux hommes qu^il poursuivait, qu'il faut attribuer la haine que ftosàs portait à rÊtat oriental.

 l'époque que nous citons, la présidence de la flépubiique était exercée par le générai Fructuose Rivera.

Rivera, dont nous venoûs de prononcer le nom, était un homme de la campagne, comme Rosas, comme Quiroga; seulement, tous ses instincb le portaient à la civilisation, ce qui faisait de lui l'opposé de Rosas. Gommé homme de guerre, la bravoure de Rivera n^a point été surpassée; comme hoitime de parti, sa générosité n'a pas été at*teinte. Pendant trente-cinq ans, on l'a vu figurer dans les scènes politiques de Son pays. Pendant trente-cinq ans, ôii Ta vu sauter sur ses armes au moment même où le mot : Guerre à l'étranger! a été prononcé.

Lorsque la * révolution contre l'Espagne commença, il sacrifia sa fortune ; car, pour lui, c'était un besoin irrésistible que de donner; il n'était pas généreux, il était prodigue.

Et, de mém6 que Rivera était prodigue envers

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296 MÉMOiaKS

les hommes, Dieu avait été prodigue envers lui. C'était un beau cavalier, dans le sens du mot espagnol caballerOy qui comprend à la fois le soldat et le gentilhomme; au teint brun, à la taille élevée, au regard perçant, causant avec grâce, et entraînant ses interlocuteurs dans le cercle fascinateur d'un geste qui n'appartenait qu'à lui; aussi a-t-il été l'homme le plus populaire de l'État oriental; mais, il faut le dire, jamais, en môme temps, plus mauvais administrateur ne désorganisa les ressources pécuniaires d'un peuple. Il avait dérangé sa fortune particulière, il dérangea la fortune publique , non pour se reconstituer une fortune , mais parce que, homme public, il avait conservé toutes les façons princières de l'homme privé.

Mais à l'époque où nous voilà arrivés, cette ruine ne se faisait pas encore sentir. Rivera commençait sa présidence, et sa présidence était entourée des hommes les plus capables du pays : Obez, Herrera, Vasquez, Alvares, Ellauri, Luiz-Édouard Ferez, étaient véritablement, sinon ses ministres, du moins les directeurs de son gouvernement^ et avec ces hommes, tout ce qui était progrès, liberté et prospérité était assuré à ce beau pays.

Obez, le premier des amis de Rivera, était un homme d'un caractère antique ; son patriotisme, sa

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grandeur, ses talents éminents, son instruction pro* fonde y le mettent au nombre des grands hommes de TAmérique. Pour que rien ne manquât à sa popularité, il est mort dans la proscription, une des premières victimes du système de Rosas dans l'État oriental.

Luiz-Édouard Ferez était l'Aristide de Montevideo. Républicain sévère, patriote exalté, il consacra sa longue existence à la vertu , à la liberté et à son pays.

Vasquez, homme de talent et d'instruction, commença de rendre ses premiers services au pays au siège de Montevideo, dans la guerre contre l'Espagne, et finit sa carrière pendant le siège contre Rosas.

Herrera, Alvarez et EUauri, beaux-frères d'Obez, ne restèrent point en arrière de ceux que nous avons nommés; ils appartiennent non-seulement à l'État oriental comme défenseurs dévoués, mais encore k la cause américaine tout entière.

Aussi leurs noms seront-ils toujours sacrés à cette vaste terre de Colomb, qui s'étend du cap Hom au détroit de Behring.

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MANUBL OaiBB

La présidence de Rivera prit fin en 1834. Le général Manuel Oribe lui succéda, par l'influence de Rivera lui-même, qui comptait avoir en lui un ami et un continuateur de son système. Ëh effet, Manuel Oribe avait été nommé général par Rivera, et avait fait partie de la précédente administration (îomme ministre de la guerre.

Oribe appartenait aliiprémiôtes ramilles du pays, li combattit potti* sa défenèè, et s'est toujours distingué par sa bravoure personnelle. Son esprit était faible , ison intèîtigence étroite : cela eïplique son alliance avec &osa§, auquel il se donna tout entier, sâtls songer que cette alllanc^e entraînait âvéô elle la pérté iè ôettè méûie îiidépendance pour laquelle, lui, Oribe, avait eômbàttu tant de fois.

Comme général, son incapacité était complète. Ses pàsMohs avaient la violence des organisations nerveuses, et le portaient à la cruauté. Comme particulier, c'est un bonnéte homme.

Gomme administrateur, il fut plus économe que fiivera, et Ton ne peut lui reprocher d'avoir aug-

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OE h CARIBALDI 209

mente te déficit du tréâôr public, «t dépendant c'est à lui qu'appartient toute la responsabilité de la ruind de TÉtât oriental. Oubliant que pour être chef de t)àrti ce n'est pas assetf de le touloir, il refusa de rester lié au grand parti natieûAl, Qui aVail RlVeï% pour chef. Il TOUlut-se former un parti, etcita les meSàncëS du çajrs, et» ell!*dy6 de sa faiblesse^ il se jeta un jour dans les bras de tlOSàs. Quoique lé ttâilé restât secret, le péfs Connut cette allian<;e aux Sourdes hostilités du gouvernement contre l'é* migration argentine, et Comme rien n'était plus op^ posé à Topinion dû t>ays que le système de Rosas, le pays suîtit le général Rivera, au moment où ce-» lul-ci se mit, en 1836, k la tête d'une Myolutiôn contre Oribe.

Malgré cette presque unanimité tfùi le menaçait, Oribe résista jtisqu'en lB3ê.

Oribe descendit de là préSidëhèë par une renoît* dation faite officiellement devant les chambres, et il sortit du pays, ayant demandé la permission à ces tnômes chambres de se retirer.

Mais, sorti du pays, Rosas le força de proteste^ contré cette renonciation, et, chose qui ne s'était jamais viie en Amérique^ il !é reconnut comme chef du gouvernement d'un pays dont luî-fMme âVâft

été chàssë. mm% (iwriu« «mi» mmbim tt IiMÉit-

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Philippe, à Claremont, eût nommé le duc de Bordeaux vice-roi à la république française.

On commença par rire, à Montevideo, de cette excentricité du dictateur. Mais lui se prépara, pendant ce temps, à changer ce rire en larmes.

La conséquence naturelle de cette conduite de Rosas était la guerre entre les deux nations.

Cette guerre fut terrible.

Oribe, que quelques-uns de nos journaux, payés par Rosas, ont appelé Villustre et vertuettx Oribe, y fut tout à la fois général et bourreau.

Dépouillons quelques pages de ces tables de sang, publiées par V Amérique du Sud, et sur lesquelles, comme une mère plaintive dans le présent, et comme une déesse vengeresse pour Tavenir, elle a enregistré dix mille assassinats.

Prenons au hasard, dans les rapports faits à Rosas par ses officiers et ses agents.

Le général don Mariano Acha, qui sert dans Tarmée opposée à Rosas, défend San-Juan, et, le 22 août 1841, se rend après quarante-huit heures de résistance. Don José-Santos Ramirez, officier de Rosas, transmet alors au gouvernement de San-Juan le rapport officiel de cet événement. On y trouve cette phrase :

Tout m en notre poutovr, mais avec pardon et ga-

rantie pour tous les prisonniers. Parmi mx se trouve un fils de Lamadrid.

Prenez le n« 2067 du Diario de la TardSy c'est-àdire du journal du soir de Buenos-Ayres, du 22 octobre 1841, et en regard du rapport officiel de José-Santos Ramirez, qui constate la garantie de la vie pour les prisonniers, vous pourrez lire ce paragraphe ;

« Desaguedero, 22 septembre 1841.

» Le prétendu sauvage unitaire^ Mariano AcJuif a été décapité hier 9 et sa tête exposée aux regards du public.

» Signé : AngelPàcheco.»

Ne pas confondre cet Angel Pacheco, lieutenant de Rosas, avec son cousin Pacheco y Obes, un de ses ennemis les plus acharnés.

Attendez, vous vous rappelez que dans le rapport de Santos Ramirez, se trouve cette phrase :

Parmi les prisonniers existe un fUs de Lamadrid,

Ouvrez la Gaceta mercantile ^ n» 5703, au 22 avril 1842, et vous y trouverez cette lettre, écrite par Mazario Benavidez à don Juan-Manoel Rosas :

« Miraflonvia-Marche, 7 avril 1842.

» Dans une dépêche précédente, je vous ai fait part des motifs pour lesquels je conservais le sau-

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vage CiriacD Lamadrîd; mais, sachant que ce dernier s'est adressé à plusieurs cheft de la province poui' les ctitrftîûêr à la défectiotl, j*ai fait, à mon arrivée à la Hioja, décapiter U premier^ ainsi que le éautage unUairè Marwel-fididn Prias ^ natif de Santiago.

Signé: MÂàSAtaô âÈNAviDEZ. »

Manoel Oribe, à la tête désarmées de Rosas chargées de soumettre les provinces Argentines, défait, le 15 avril 1842, sur le territoire de Santa-Fé, les fbrces commandées par le général Juan-Pablo Lopez.

Au nombre des prisonniers se trouve le géfiéral don Juan-Apostol Martinez.

Lisez ce fragment d'une lettre d'Oribe :

€ Au quartier général de Banancas de Gosonda» lé it avril 1842.

» ïrénte et quelques morts, et quelques prisonnierâ, dont le prétendu sauvage Juan-Apostol Mar" tineZf auquel la tête a été œupée hier. .

1» Signé : Manoel Oribe.»

Si la Gaeeta mercantile e9X encore sous votre, main, rouvrez-la, et au n* 5903, à la date du 20 septBmbrd 1849, voua trouverez un rapport officiel de

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DE I. OÂftibÀLDI 903

HanM^^Anlimio Sàratia, employé dans l'armée

Ce mp^on isoùttekit Httë liste At dii^-^ept individu8) dont un chef de bataillon et un bâpltaiiie, qui Airent faits priso&biéfi k Nutnayàii, et sabirëtit k chUkiment ordimtte tië ta i^êiKe dé iiOkT.

RcYënotis à ruiUêiré et ^mèn» Oribe, n^ Suffi du Diario de la Tarde.

C^st à {^HpOâ de la bataille de Monte-Grande, dont il fait le rapport.

c Quartier général au Ceibal, 14 septembre IMié

» Paru» les prisofthiers îJ'est troUVé le traître sauvage unitaire, ex-colonel Facundo Borda, qui fut exéciUé à IHnstarU nUmc wtee d'autns prétendus officiers, tant de cavalerie que d'infanterie.

» Manoel Oribe. »

ikibê «el en ?€ÎHii| liii trattrê \xA livre lé gott^ T^raeiaei^ un Tbatunan et ses offi^iei^i AmA %*éî^ pvMt^Arii d'âiitmiter èttl» noutelte tt Roëàd.

YoîiB la Mtr» :

€ Quartier général (le Métau, S octobre Itli.

» Les sauvages unitaires que tu'a livrés le ct>iftmaadaui Sttndûval et qui sont : Marion, le prétendu

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304 BfÉMOIRBS

gouverneur général de Tucuman; Avellanieda, le prétendu colonel J.-M. Vilela; le capitaine José Es* pejo et le lieutenant en premier Léonard Sosa, oni été sur^le^hamp exécutés dans la forme ordinaircj à l'exception d'Avellanieda, à qui j'ai ordonné que l'on coupât la tête, et que cette tête, une fois coupée, on l'exposât aux regards du public, sur la place de Tucuman.

» Manoel Oeibe. »

Laissons celui-là, et passons à un autre bourreau de Rosas.

» Casamarca, le 29 du mois de Rosas 1841.

» A Son Excellence monsieur le gouverneur D. eu À. Àrredondo,

r> Après plus de deux heures de feu, et après avoir passé au fil de l'épée toute l'infanterie, à son tour toute la cavalerie a été mise en déroute, et le chef seul s'est échappé par le cerro d'Ambaste, avec trente hommes; on le poursuit, et satôte sera bientôt sur la place publique, comme y sont déjà les têtes des prétendus ministres Gonzalès Dulce e1 celle d'Espeche.

» Vive la fédération!

n M. Màza. n

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DE J. GAUIBALDI 305

< Liste nominative des sauvages unitaires, prétendus chefs et officiers, qui ont été exécutés après Vaetiofi du 29.

» Colonel : Vicente Mercao.

)) Commandants : Modeste Villafane, Juan-Pedro Ponce, Damasio Arias, Manuel Lopez, Pedro Rodriguez.

y> Chefs de bataillon : Manuel Riso, Santiago de la Cruz-José.

» Capitaines : Juan-de-Dios Ponce, José Salas, Pedro Aranjo, Isidore Ponce, Pedro Barros.

» Adjudants : Damasio Sarmiento, Eugenio Novillo, Francisco Quinteros, Daniel Rodriguez,

» Lieutenant : Domingo Diaz.

» M. Maza. »

Puisque nous en sommes à Maza, continuons; puis nous reviendrons à Rosas :

K Casamarca, 4 novembre 1841,

» Je vous ai annoncé déjà que nous avions mis en déroute complète le sauvage unitaire Cubas, qui était poursuivi, et que nous aurions bientôt la tête du bandit. Il a été pris en effet au Cerro des Ambastes : il a été pris dans son lit même ; en con-

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séquence, la tête dudit brigand Cubas est exposée sur la place publique de cette i^ille.

» Après l'action :

» On a pris dix-neuf officiera qui suivaient Cubas. Je n*ai point fait de quartier. Le triomplie a été complet, et pas Un n'a échappé.

^ pM. Maza. »

Glanons en passant, dans le Boletin de Mendosa^ n" 12, cette lettre écrite du champ de bataille d'Arroyo-Grande, et adressée au gouverneur Aldao par le colonel don Geronimo Costa :

« Nom avons pris plm de icent cinqmniti» chefs et officiers^ qui furefit exécutée à rinstant. »

Tout feu d'artifice a son bouquet; terminons par son bouquet ce feu d'artifice de sang.

J'ai promis de revenir à tlosas; j'y reviens.

Le colonel Zelallaran est tué ; on apporte sa tôle à Rosas.

Rosas passa trois heures à rouler cetta tête* du pied et à cracher dessus; alors il apprend qu'un autre colonel, frère d'armes de celui-ci, est prisonnier ; son premier mouvement est de le faire fusiller, mais il se ravise; au lieu de le- condamner à la mort, il le condamne à la torture : le prison-

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D8 h OAtlîBALDI ^

nîerj pendant trois joursj aura, douai heures par jour, cette tête coupée exposée devant lui sur une iable.

Rosas fait fusiller, au milieu de là place Sart- Nicolasi une portion des prisonniers du général Paz.

Parmi des prisohttiers se trouvait le colonel Vedela, ancien gouverneur deBaint-LoUis; aUmoiHent du supplice, le fils du condamné se jette dans les bras de son père.

— Fuaillez-les toUs les deux, dit Rosas*

Et fils et pore tombent frappés dans les bras l'un de l'autre.

En 183â) Rosas fit Coddiiire, sur une placé de Buenos-Ayres^ quatre-vingts prisonniers indien^, et, au milieu du jour^ à la vué de tous, il Ids fit égorger à coups de baïonnette.

Gamilla O'Gdrihhn) jeune fille de di^^huit ans, d'une des premières familles de BuéttUfe-Ayres, est séduite |)at un prêtre de Vingt^qUatt*e ans. Ils quitteilt tous deux Buèftos-Ayres et se Réfugient dans un petit village de Corrientes. où, se disant mariés, ils ouvrent une espèce d'écblê. Cotrientes tombe au pouvoir de RofeaSi Reconnus pat» un prêtre et dénortcés par lui à Rosas, le fagillf et Sa compagne sont ramenés tous deUx à BueiiOs-Ayrès, où,

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sans jugement, Rosas ordonne qu'ils soient fusillés.

— Mais, fait-on observer à Rosas, Camilla O'Gorman est enceinte de huit mois.

— Baptisez le ventre, dit Rosas, qui, en bon chrétien, veut sauver Tâme de l'enfant.

Le ventre baptisé, Camilla O'Gorman est fusillée.

Trois balles traversent les bras de la malheureuse mère, qui, par un mouvement instinctif, les avait étendus pour protéger son enfant.

Maintenant, comment se fait-il que la France se fasse des amis comme Rosas et des ennemis comme Garibaldi?

Et en effet, le traité de 18/iO, signé de Tamiral Mackau, et qui porte son nom, relevait le pouvoir de Rosas, en laissant la république Orientale seule engagée dans la lutte.

Ce fut alors qu'apparut Garibaldi à son retour de Rio-Grande.

D'un côté, Rosas et Oribe, — c'est-à-dire la force, la richesse, la puissance, combattant pour le despotisme.

De l'autre côté, une pauvre petite république, — une ville démantelée, un trésor à sec, un peuple sans ressources, ne pouvant payer ses défenseurs, mais combattant pour la liberté.

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Garibaldi n'hésita point. — Il alla droit au peuple et à la liberté.

Nous lui rendons la plume, et lui laissons raconter ses luttes pendant ce siège acharné, qui dura neuf ans, comme celui de Troie.

Alex. Dumas.

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