M£HOIA£S
les barricades de Milan, fut nommé inspecteur des ;. barricades de Rome : les points élevés furent garnis ; de canons, et le peuple s'agita, haletant, dans l'attente d'un grand événement.
C'est alors que l'homme providentiel apparut. Tout à coup un grand cri retentit dans les rues de Rome :
— Garibaldi I Garibaldi !
Puis une foule immense, le précédant, criait en jetant les chapeaux en l'air et en faisant voler les mouchoirs :
— Le voilà! le voilà!
Il serait impossible de décrire l'enthousiasme qui s'empara de la population à sa vue; on eût dit que c'était le dieu sauveur de la République qui accourait à la défense de Rome; le courage du peuple grandit alors de sa confiance, et il sembla que l'Assemblée avait non-seulement décrété la défense, mais encore la victoire.
Quelques lignes de VHistwre de la révolution romaine, par Biagio Miraglia, donneront une idée de cet enthousiasme :
fk Ce vainqueur mystérieux, environné d'une si brillante auréole de gloire, qui,* étranger aux discussions de l'Assemblée, et les ignorant, entrait à
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Rome la veille même du jour où la République allait être attaquée, était, dans Tesprit du peuple romain, le seul homme capable de soutenir le décret de résistance.
9 Aussi, à rinstant même, les multitudes se réunirent-elles à rhomme qui personnifiait les besoins du moment et qui était Tespérance de tous. »
Ainsi le besoin public rendait à Garibaldi son titre de général, contesté dans la dernière guerre par ceux-là mêmes pour lesquels il se battait.
Voici quelques détails qui, dans la nécessité où il était de partir promptement pour la Sicile, n'ont pu nous être donnés par Garibaldi lui-môme; mais ils nous sont donnés par son ami, M. Vecchi, Thistorien de la guerre de 1848, le membre de rassemblée constituante romaine, le soldat du 30 avril, des 3 et 30 juin; celui, enfin, chez qui Garibaldi passa son dernier mois de séjour à Gênes, et de la maison duquel il partit pour s'embarquer.
Nous laissons parler M. Vecchi, ou plutôt nous donnons ses notes originales.
M. Vecchi parle aussi purement le français que l'italien.
Il* 7»
118 VéMOIRES
La mort de Rossi et la fuite du pape trouvèrent Garibaldi à Ravenne, où il avait enrôlé une fprte légion de voloutaires.
Il résolut de se rendre seul à Rome pour s'eutendre avec le gouvernemeut provisoire, dont Sterbini était le factotum ; mais on lui fit comprendre que sa présence à Rome était aussi dangereuse que les cantonnements de ses légionnaires dans les légations; on lui ordqnnade se caserner à Macerata, ville calme et tranquille, où on le fit précéder par une réputation de brigand.
Aussi, à peine installé, reçut-il Tordre de passer avec sa légion à Rieti. La troupe s'achemina par Tolentino, Foligno et Spolète.
Lui vint à Ascoli, parce qu'il avait su que la police bourbonienne et papiste, par l'argent, l'intimidation et l'anathème, commençait à soulever la population des Apennins contre le gouvernement provisoire de Rome.
J'étais alors capitaine au 23* de ligne dans Tarméé piémontaise, et je jouissais de ma permission de deux mois à Ascoli, lorsque mes concitoyens me nommèrent député à la constituante romaine.
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Le 20 janvier, je reçus ia visite de Garibaldi ; le lendemain, il voulut partir pour Rieti en traversant la montagne, foisonnant tout à la fois de neige et de brigands; les conseils de la prudence, Toppo* sition des patriotes, ne firent que surexciter son désir de touriste militaire; pendant plus d'une lieue, nous fûmes accompagnés par la foule, qui pleurait et se lamentait; beaucoup m'embrassèrent, croyant qu'ils ne me reverraient plus.
Le général était suivi de Nino Bixio, son officier d'ordonnance, du capitaine Saccbi, son compagnon de guerre dans le nouveau monde, et d'Aguyar, soq nègre.
Le reste de sa suite se composait de moi et d'un petit cbien, qui, blessé à la patte le jour du combat de San- Antonio, déserta le drapeau de Buenos- Ayres, sous lequel il avait marché jusque-là, poqr s'enrôler sous la bannière de Garibaldi.
L'intelligente petite béte marchait toujours en clopinant entre les quatre jambes du cheval de Garibaldi.
Il s'appelait Guerillo.
La première nuit, nous logeâmes chez le gouverneur d'Arguata, Gaetano Rinaldi, chef de la réaction cléricale, qui surgissait derrière nous au fur et à mesure que nous avancions.
120 MÉUOIR£S
Noas rest&mes dans une salle du rez-de-chaussée, non éclairée, jusqu'à dix heures du soir, avec des gens qui entraient, sortaient, chuchotaient. Je le fis remarquer au général, qui me répondit en français avec son calme habituel :
— Ils ordonnent le menu du dîner.
n ne croyait pas si bien dire; nous sortîmes de table à minuit, et nous fûmes traités comme des cardinaux. En partant, nous reçûmes du gouverneur quatre livres de truffes pour notre voyage. A quatre heures du matin, nous montions à cheval, et le fils de M. Rinaldi nous accompagnait jusqu'au sommet de la montagne avec un drapeau tricolore en soie. A midi, nous dévorâmes un agneau que le général fit rôlir par quartiers devant des fagots allumés ; le soir, nous logeâmes dans une auberge isolée, pleine de paysans armés. Peut-être avaient-ils reçu le mot d'ordre d'Arguata; les physionomies étaient sinistres; tout ce monde fut invité par nous à boire, et refusa.
Nous nous retirâmes pour dormir, et nous dormîmes le sabre au côté, le doigt sur la gâchette du pistolet.
Garibaldi se leva, le genou droit enflé et le coude gauche endolori par les rhumatismes attrapés en Amérique; il ne put chausser sa botte et mit son bras en écharpe.
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DE J. 6ARIBALDI 121
Après une demi-heure de marche, nos chev<iux refusèrent d'aller plus avant. Nous gravissions en effet une montée escarpée que la gelée de la nuit avait rendue glissante comme un miroir.
Pendant une lieue; nos bêtes marchèrent sur nos manteaux, que nous étendions devant elles; nous traversâmes ensuite une plaine couverte de neige, nous en avions jusqu'au poitrail de nos chevaux ; pour me réchauffer, je mis pied à terre et j'allai m'informer de la santé du général, qui chevauchait devant moi, un pied chaussé seulement; l'autre n'était couvert que par un bas de coton.
— Eh bien, lui demandai-je, comment allonsnous, général?
Il me salua avec ce sourire caressant qui est habituel à sa nature forte et sereine, et me dit :
— Merci, je me porte à merveille.
Gomme je marchais à ses côtés, sans doute pour se distraire des douleurs cuisantes qui mordaient sa chair, sans en atteindre la sensibilité, il me montra du geste l'aspect grandiose de cette nature sauvage. En effet, nous nous trouvions au milieu de montagnes bizarres dont les cimes rocheuses ressemblaient à des châteaux forts bâtis par des Titans.
Partout des blocs de rochers minés par les siècles et détachés des sommets, qui avaient roulé dans
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des vallées étroites et escarpées et dans le Ut d'un torrent qui éeumait» terrible, bruyant et limoneux; çà et là, quelques rares maisons cachées dans des massifs de chênes, de hêtres, de châtaigniers, de sapins, se révélant par les fumées blancbMres qui sortaient de leurs cheminées.
Ce paysage à la Salvator Rosa, assombri pî^p l^ tourmente et rendu plus menaçant encore par le sifflement du vent, exalta Vkme de Garibaldi,
— C'est ici, dit-il, que je voudrais rencontrer l'armée tout entière de Radetzki; nos braves légionnaires ne laisseraient pas retourner un de ses soir dats à Vienne ; ici, nous vengerions Varus et nos frères morts dans la forêt de Teutberg.
Vers cinq heures, nous étions près de Cascia, petite réunion de maisons groupées sur le sommet d'une colline verdoyante ; le vent avait chassé les nuages, le soleil brillait sur les sommets neigeux et en faisait des montagnes d'argent se détachaat sur un fond d'azur qui tournait au rose vif vers le couchant.
Nous nous reposions près d'une hutte de paille, lorsque quatre jeunes gens vinrent nous demander qui nous étions. Au nom de Garibaldi, ils partirent en courant, et, un quart d'heure après, le gonfalonier, les notabilités^ la garde nationale, h foule,
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n/usique en tôte, acoounirent à potre rencontre pour inviter le général à venir jusqu'au village.
On dressa, comme avec une baguette de fée, un arc de triomphe (ie feuillage ; le théâtre fut illuminé; il y eut dîner et bal dans la maison du gouverneur, qui, cependant, était un fier clérical.
Je me rappelle que, là, on présenta à Garibaldi un paysan poète qui avait dicté — il ne savait ni lire ni écrire — tout un poëme sur la vie pastorale.
Vers neuf heures, un voisin me souffla tout bas à l'oreille qu'un jeune garçon de quinze ans languissait dans la prison communale, abruti par les coups et les mauvais traitements de son père, qui, s'étant remarié, à l'âge de soixante ans, avec une jeune paysanne, avait, à l'instigation de celle-ci, accusé son fils de lui avoir manqué de respect.
Le gouverneur reçut une vingtaine d'écus pt jeta l'enfant en prison.
Je constatai le fait et j'en parlai au général.
Le père fut mandé, ainsi que le malheureux enfant. Ce fut une scène comique et hideuse à la fois. Le père voulait bien que l'on fit sortir son fils de prison; mais il réclamait naïvement la somme qu'il avait donnée pour l'y faire entrer. L'enfant pleurait à chaudes larmes et embrassait Garibaldi ; quant au gouverneur, il ne savait quelle contenance garder.
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A la fiOy il harangaa le peuple du haut du balcon, et l'enfant fut porté en triomphe par tous les ga« mins du village.
Le lendemain» à cinq heures du matin, un détachement de la garde nationale partit avec nous, par une pluie fine et pénétrante.
Il nous accompagna jusqu'à Rieti, et escorta un employé des finances, emprisonné dans l'endroit où nous déjeunâmes, lequel était un espion payé par le général bourbonnien Landi, commandant la colonne mobile à la frontière des États romains.
La légion italienne, C£usernée à Rieti, se composait de trois bataillons (total quinze cents hommes), auxquels étaient joints quatre-vingt-dix lanciers habillés et montés aux frais de leur commandant, le comte Angelo Masina, de Bologne.
Ce fut avec eux que le comte marcha au secours de Rome.
Lors du débarquement des Français à Givita-Vecchia, la légion se trouvait à Anagni, berceau et tombe de Boniface Vni.
AuG. Vecchi.
Mais à ce général, qui avait tout un peuple à sa suite, il fallait des soldats.
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On lui improvisa une brigade d'éléments étrangers les uns aux autres, d'hommes qui ae se connaissaient pas entre eux, et qui devaient se réunir, se fondre, s'amalgamer par TeiTet de Tenthousiasme qu'il inspirait.
Cette brigade se forma : de deux bataillons de sa propre légion, parmi lesquels une quarantaine d'homoies revenus avec lui de Montevideo, portant la blouse rouge à parements verts; de trois cents hommes de retour de Venise; de quatre cents jeunes gens de l'Université; de trois cents douaniers mobilisés; enfin, de trois cents émigrés; en tout, deux mille cinq cents hommes, qui furent chargés de la défense des murs depuis la porte Porlese jusqu'aux portes San-Pancracio et Cavallegieri, et occupant tous les points élevés en dehors des murailles de la villa Gorsini, connus sous le nom des Quatre-VentSj jusqu'à la villa . Pamphili.
C'était, selon toute probabilité, sur ce point que se porterait l'effort, des Français, qui voulaient conserver Civita-Vecchia pour base de leurs opérations.
Le 28 avril, l'avant-garde française était à Palo, où, dès la veille, était arrivé, éclairant le chemin, un bataillon de chasseurs.
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lie MÉMOIRES
Le 39, elle était à Gastel-di-Goido, c'esl^-dire à cinq lieves de Rome.
Alors le général en chef envoya en reconnaissance son frère, le capitaine Oudinot, et un officier d'ordonnance, avec quinze chevau-Iégers.
Cette reconnaissance s'avança vers le point où se divisent les deux routes Auréliennes, ancienne et nouvelle, et, à une lieue de Rome, rencontra les avant-postes romains.
L'officier qui commandait les avant-postes s'avança alors, et, s'adressant aux Français :
— Que voulez-vous? leur demanda-t-il
— Aller à Rome, répondirent les Français.
— Gela ne se peut pas, dit l'officier italien.
— Nous parlons au nom d^ la république fraor çaise.
— Et nous, au nom de la république romaioj); ainsi donc, en arrière, messieurs I
— Et si nous ne voulons pas retourner en arrière?
— Nous tâcherons de vous y f^re aller malgré vous,
— Par quel moyen?
— !■ Par la force.
— Alors, dit l'officier français se tournant vers les siens, s'il en est ainsi, faites feu.
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Ety en môme temps, lui-même déchargea mx pistolet qii'il lira de ses fontes,
— Feu ! répondit Tofficier qui commandait les ayant-postes romains.
La reconnaissance, trop faible pour résister, se retira au galop, laissant entre nos mains un chasseur français engagé sous son cheval mort.
U fut pris et emmené à Rome.
Le bulletin français dit que ce fut nous qui primes la fuite et qui fûmes poursuivie; mais, si cela était vrai, comment eût-il été possible que nous eussions fait et ramené à Ropie un prisonnier, nous qui étions à pied, tandis que les Français étaient à cheval?
Au reste, nous aurons à relever plus d'une erreur de ce genre.
La reconnaissance alla donc reporter au général la nouvelle que Rome était prête à se défeudre, et qu'il ne fallait point compter qu'il y entrât, comme il s'y attendait, sans coup férir et au milieu des acclamations du peuple.
Le général en chef français n'en continua pas moins sa marche.
Le jour suivant, c'est-à-dire le 30 ^ril, laissant à la Maglianilla les sacs de ses soldats, il s'avança au pas de course.
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Relevons une nouvelle erreur relative au 30 avril, comme nous avons relevé celle relative au 29.
Certains écrivains français ont dit que, victimes d'une basse intrigue, les soldats avaient été attirés dans la ville à la suite d'une simple reconnaissance et étaient tombés dans un piège.
L'affaire du 30 ne fut pas une reconnaissance, et les Français ne furent pas attirés dans un piège.
L'affaire du 30 fut un combat auquel s'attendait parfaitement le général français, et la preuve, c'est que voici le plan de la bataille trouvé sur un officier français mort, et transmis, par le colonel Masi, au général ministre de la guerre ^ :
« On devra diriger une double attaque par les portes Angelica et Cavallegieri, afin de partager l'attention de Tennemi.
» Par la première, on forcera les troupes ennemies qui campent sur le Monte -Mario, et ensuite on pourra occuper la porte Angelica.
» Lorsque nos troupes auront occupé ces deux points, nous pousserons l'ennemi avec toute la force
1. Je se fais point ici un roman, je publie des Mémoires, Je suis donc forcé de traduire textuellement. Je ne démens ni n'affirme : j'instruis un procès devant ce grand et dernier )uge qu*on appelle la Vérité. X, D.
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DE J. 6ÀRIBÀLDI 12»
possible, en tout sens, et le point général de ralliement sera la place Saint-Pierre.
» On recommande surtout d'épargner le sang français. »
L'idée du général français non-seulement était mauvaise, mais encore fut mal exécutée; nous allons essayer de le prouver.
La route qui mène de Civita-Vecchia à Rome se sépare en deux, à quinze cents mètres, à peu près, des murailles; è droite, elle mène à la porte San- Pancracio ; à gauche, à la porte Gavallegieri, voisine de4'angle saillant du Vatican.
Voulant suivre le plan arrêté et prendre par derrière le Monte-Mario, puis assiéger la porte Angelica, l'armée française, arrivée à la bifurcation, devait tourner, avec une brigade, à gauche dans la direction de l'aqueduc Paolo, et, avec l'autre, prendre à droite, vers le casale de San-Pio, et tenter de s'emparer de la porte Gavallegieri. I Là fut l'erreur grave que commirent les Français. Ils lancèrent sur la droite les voltigeurs du âO» de ligne, qui trouvèrent un terrain âpre, coupé de bois et d'un accès difficile, et, sur les hauteurs de gauche, les chasseurs de Vincennes; à cent cinquante mètres environ des murs, ces braves en-
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fants perdus de Tannée ennemie furent foudroyés par la grêle de mitraille que vomissait la batterie du bastion San-Mario.
Cependant le mal fut moins grand pour eux qu'il aurait pu l'être, à cause de cette habileté, conquise dans la guerre contre les Arabes, de se faire des remparts de tous les accidents de terrain.
De leur côté, leur feu, admirablement dirigé, nous causait de grandes pertes. C'est là que furent tués : le lieutenant Marducci, jeune homme de la plus grande espérance, dont la mère, depuis la rentrée du pape Pie ïX, fut condamnée à huit jours de prison pour avoir déposé des fleurs sur la tombe de son fils; l'adjudant-major Enrico Palliai, le brigadier délia .Ridova, le capitaine Piiferi, le lieutenant Belli et quelques autres, obscurs pour le monde mais chers à nous, tels que de Stephanis^ Ludovic et le capitaine Leduc, brave Belge qui avait combattu pour nous dans la guerl*e de l'indépendance.
Uais les vivants ne manquaient pas pour succéder aux morts.
' Dès le matin, le roulement des tamboius annonça aux Romains l'approche des Français, et, en \\\\ instant, les murs et les bastkms farent couverts d'JiOiiHttes.
Pendant que le feu des voltigeurs du 20* de ligne et celui des chasseurs de Yincennes répondaîeftt au nôtre, le gros de la colonne française continuait de sSavancer.
Au moment où elle apparut, une batterie de quatre pièces, placée sur un bastion, commença de la mitrailler.
Le général français établit aussitôt sur les aqueducs une batterie, chargée de répondre à notre feu, et fil monter, sur une colline, deux autres pièces qui firent face aux jardins du Vatican, oh se trouvaient peu de soldais, mais une immense quantité de peuple en armes.
Notre fexi s'étant ralenti un instant à cause de la justesse de tir des chasseurs de Vincennes, le général français lança la brigade Molière, qui s'avança bravement jusqu'au pied des murailles; mais, comme je Tai dit, les morts avaient été rapidement remplacés, et le feu se ranima plus ardent, écrasant les têtes des colonnes Marulaz et Bouat ; force leur fut donc de battre en retraite et de chercher un abri dans les plis du terrain.
Garibaldi suivait tous ces mouvements des jardins de la vil]a Pamphili. Il jugea que le moment de donner k son tour était arrivé, et il glissa plusieurs petits détachements à travers les vignes ; maïs celte
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132 HÉMOIRES
manœuvre fut découverter et, du 20* de ligne, on envoya un renfort pour empêcher que les chasseurs de Vincennes ne fussent surpris, et pour les protéger. .
Garibaldi fît dire alors que, si on lui envoyait un renfort de mille hommes, il répondait du succès de la journée.
On lui envoya aussitôt le bataillon du colonel Gralleti et le premier bataillon de la légion romaine, commandé par le colonel Morelli. Il disposa plusieurs compagnies pour défendre les passages menacés; d'autres furent chargés de protéger les flancs et les derrières de la sortie, et, à la tête de tout ce qui lui restait d'hommes, il s'élança sur les Français.
Par malheur, du haut des remparts, les nôtres prirent les hommes de Garibaldi pour des soldats du général Oudinot, et firent feu sur eux. Garibaldi s'arrêta jusqu'à ce que l'erreur fût reconnue, et alors, à la baïonnette, il s'élança à ciel ouvert sur le centre de l'armée française.
Là s'engagea un combat terrible entre les tigres de Montevideo, comme on les appelait, et les lions d'Afrique. Français et Romains se battaient^corps à corps, se poignardaient à la baïonnette, luttaient, se renversaient^ se relevaient.
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DE h GARIBALDI 133
Garibaldi avait enfin trouvé des ennemis dignes de lui.
Là furent tués, parmi nous, le capitaine Montaldi, les lieutenants Rigli et Zamboni; là furent blessés le major^Marochetti, le chirurgien Schienda, Toffîcier Ghiglioni, le chapelain Ugo Bassi, qui, sans armes, au milieu des combattants, affrontait les blessures et la mort, pour secourir les blessés et consoler les mourants; cœur pieux, âme miséricordieuse, dent les prêtres firent un martyr; enfin, les lieutenants d'AirOro, Tressoldi, RoUa et le jeune Stadella, fils du général napolitain.
Après une lutte d'une heure, les Français furent obligés de céder; une partie se débanda dans la campagne, une autre partie se mit en retraite sur le corps principal.
Deux cent soixante restèrent nos prisonniers.
Ce fut en ce moment que le capitaine d'artillerie Faby, officier d'ordonnance du général en chef, voyant le mauvais succès de l'attaque si mal combinée du général, crut y apporter remède en proposant à son chef de guider une nouvelle attaque par un chemin qui lui était connu, disait-il, et qui le conduirait, inaperçu, jusque sous les murs de Rome, en face des jardins du Vatican.
Ce chemin était flanqué de quatre ou cinq mai-
sons où Ton pourrait laisser des détachements, et qui étaient cachées au milieu des vignes.
Le général en chef accepta, lui donna une brigade du corps Levaillant, et ie capitaine Faby partit.
L'entreprise fat facile à son début, et la marche de la colonne resta, en effet, ignorée des défenseurs de Rome jusqu'à la roule consulaire de la porte Angelica; mais, là, au premier éclair que le soleil tira des armes françaises, un feu terrible, parti de toute l'enceinte des jardins pontificaux, accueillit la colonne, et une des premières balles frappa le capitaine Faby qui la conduisait.
Quoique privée de son guide, la colonne se défendit vaillamment et, pendant quelque temps, répondit au feu des murailles; mais, décimés, écrasés, foudroyés, ayant, sur leurs derrières, nos troupes du Monte-Mario, devant eux le feu du château Saint- Ange, qui leur fermait le chemin de la porte Angelica, exposés à découvert à la grêle de balles et de mitraille qui pleuvait des jardins du Vatican et qui ne leur permettait pas de reprendre leurs anciennes? positions, les Français furent obligés de se réfugier dans les petites cassines éparses dans les vignes et disséminées le long de la route, oà notre artillerie continua de les f<mdroyer.
Jûaàj wcÊt brigade ^tière, qui élail VnS^ gauche
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du corps d'armée français, se trouva séparée de son centre et en danger d'éire faite prisonnière.
Par bonheur pour le général Levaillant, nos troupes du Monte-Mario ne descendirent point, et deux mille hommes, massés derrière la porte Angelica, ne bougèrent pas.
Le général en chef n'était pas plus heureux sur sa droite, c'est-à-dire sur le point où avait combattu Garibaldi; un instant le feu et la lutte avaient cessé par la retraite des Français; mais, en voyant ses hommes repoussés, le général Oudinot, craignant d'être coupé dans ses communications avec Civita- Vecchia, avait poussé en avant les restes de la brigade Molière, et le combat, refroidi un instant, avait repris une nouvelle ardeur. Mais la science de la guerre, la discipline, le courage, l'attaque impétueuse, tout échoua devant nos soldats, tout jeunes, tout inexpérimentés qu'ils étaient.
G'^st que Garibaldi était là, debout à cheval, les cheveux au vent, pareil à la statue d'airain du dieu des batailles.
A la vue de l'invulnérable, chacun se rappela les exploits des immortels ancêtres et de ces conquérants in monde, dont il foulait les tombeaux; on eût dit que tous savaient que l'ombre des Camille, des Cincinnatus et des César les regardait du h^ut da Çi»->
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lae RIÉMOIRES
pitole. A la violence, à la furie française, ils opposèrent le calme romain, la suprême volonté do désespoir.
Après quatre heures d'un combat obstiné, le chef d'un bataillon du 20* de ligne, aujourd'hui le général Picard, grâce à des efforts inouïs, à un courage prodigieux, s'empara, avec trois cents hommes, d'une bonne position qu'il força les jeunes gens de l'Université de lui abandonner; mais, presque aussitôt, Garibaldi, ayant reçu un bataillon d'exilés commandé par Arcioni, un détachement de la légion romaine, avec deux compagnies de la môme légion, se jeta en avant, tête basse, baïonnette croisée, reprit à son tour l'offensive, et, avec une fougue irrésistible, renversant tout obstacle, enveloppa, dans la maison dont il s'était fait une forteresse, le chef de bataillon Picard, qui, attaqué de tous côtés par nos hommes, et de face par Nino Bixio, qui lutta corps à corps avec lui, fut enfin forcé de se rendre avec ses trois cents hommes.
Cette lutte gigantesque décida de la journée, et changea complètement la face des choses. Il n'était plus question de savoir si Oudinot entrerait dans Rome, mais s'il pourrait retourner à Cîvila-Vecchia.
Garibaldi, en effet, maître de la villa Pamphili et de la position des aqueducs, c/ominait la voie Auré-
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lienne, et, par un mouTemeat rapide, pomait précéder les Français à Castel-di-Guido^et leur fermer la route.
Le résultat de ce mouvement était certain; Taile gauche des Français, écrasée sons les jardins du Vatican et abritée, comme nous l'avons dit, dans les cassines éparses, ne pouvait battre en retraite sans s'exposer au feu exterminateur de rartillerie et de la fusillade des murs.
L'aile droite, battue et dispersée à ciel ouvert par Garibaldi, se trouvait dans ce moment de découragement fatal qui suit une défaite inattendue, et ne pouvait opposer qu'une faible résistance. De plus, les Français étaient exténués par un combat de dix heures, et sans cavalerie aucune pour proléger leur retraite.
Nous avions deux régiments de ligne en réserve, deux régiments de dragons à cheval, deux escadrons de carabiniers, le bataillon de Lombards, commandé par Manara, enchaîné, il est vrai, par la parole de Manucci, et, derrière eux, un peuple tout entier.
Garibaldi avait jugé la situation, car,, du champ de bataille, il écrivait au ministre de la guerre Âvezzaha :
« Envoyez-moi des troupes fraîches, et, de môme u. S.
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138 MéMOIflES
que je vous avais promis de battre les Français, parole que j'ai tenue, je vous promets d'empêcher que pas un ne rejoigne leurs vaisseaux, y»
Mais alors, dit-on, Je trîpmvir Mazzini opposa sa parole puissante à ce projet.
— • Ne nous faisons pas, dit-il, un ennemi mortel de la France, par une défaite complète, et n'exposons pas nos jeunes soldats de réserve, en rase campagne, contre un ennemi battu, mais valeureux.
Cette grave erreur de Mazzini enleva à Garibaldi la gloire d'une journée h la Napoléon, et rendit infructueuse la victoire du 30; erreur fatale, et cependant excusable chez un homme qui avait mis toutes ses espérances dans le parti démocratique français dont Ledru-Rol lin était le chef, erreur qui eut pour l'Italie d'incalculables conséquences.
Le plan de Garibaldi, s'il eût été adopté, pouvait changer les destins de l'Italie.
En effet, la position était des plus simples, et j'en appellerai, aujourd'hui que les haines sont éteintes et qu'un nouveau jour se lève pour l'Italie, à la loyauté de nos adversaires eux-mêmes.
Oudinot avait attaqué Rome avec deux brigades, une sous les ordres du général Levaillant, l'autre sous les ordres du général Molière; un bataillon de
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chasseurs h pied, douze canons de campagne et cinquante chevaux, complétaient la division; nous avons vu à quel fâcheux état était réduit, dans la soirée du 30 avril, ce corps d'armée, dont Taile gauche avait été maladroitement allongée et Taile droite rejetée sur son centre par G^ribaldi, maître de la villa Pamphili, des aqueducs et de la vieille voiB Aurélienne ; il fallait, sans perdre un instant et avec toutes les troupes disponibles, se porter en avant, forcer les Français, ou à une fuite rapide, nécessaire s'ils voulaient regagner Civita-Vecchia, où à un nouveau combat, qui se fût terminé par leur complète destruction. dans. la position défavorable où ils se trouvaient.
Ou l'armée française eût été anéantie, ou elle ei^t été forcée de déposer les armes.
Ce qu'il y 4 de curieux, c'est que, pendant toute cette journée, les musiques militaires romaines jouèrent la Marseillaisej en combattant ceux qui, animés par ce chant, avaient vaincu l'Europe.
Il est vrai qu'ils ne le chantaient plus. '
Outre les morts et les blessés qu'ils nous firent, les balles et les boulets causèrent, dans cette journée, de grands dommages à nos monuments, et nous ne pûmes nous empêcher de sourire tristement, lorsque nous lûmes, dans les journaux fran-
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çaisy que le siège traînerait probablement en longueur, par le soin qu'avaient les ingénieurs de sauvegarder les monuments artistiques.
Les balles et les boulets frappaient, en effet, et crépitaient comme grêle sur la coupole de Saint- Pierre et sur le Vatican.
Dans la cbapelle Paulina, riche des fresques de Hichel-Ange, de Zuccari et de Lorenzo Sabati, une des peintures fut atteinte diagonalement par un projectile.
Dans la Sixtine, un aufre endommagea un caisson peint par Buonarotti.
En somme, les Français perdirent dans cette journée, blessés et prisonniers, treize cents hommes. De notre côté, nous eûmes une centai|[ie d'hommes tués ou hors de combat, et un prisonnier.
Ce prisonnier était notre chapelain Ugo Bassi, qui, dans un de nos mouvements en arrière, ayant posé sur ses genoux la tête d'un mourant près duquel il s'était assis pour le consoler, ne voulut abandonner le blessé que lorsque celui«ci eut rendu le dernier soupir.
On devine facilement la joie qui s'empara de Rome dans la soirée et dans la nuit qui suivit ce premier combat. De quelque manière que tournassent désormais les choses, l'histoire, on le croyait
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DE J. GABIBàLDI iH
ainsi da moins, ne nierait pas que, non-seulement nous n'eussions tenu tête tout un jour aux premiers soldats du monde, mais encore que nous ne les eussions forcés de reculer.
La yille tout enlière fut illuminée et présenta l'aspect d'une fête nationale ; de tous côtés, on en* tendait des chants et des orchestres. En sortant du quartier général, ces chants et cette musique serrèrent le cœur des soldats et des offlciers prisonniers.
Le capitaine Faby se tourna vers un officier romain, c'était rhistorien Yecchi, et lui demanda :
— Cette joie et ces chants sont-ils pour nous insulter?
— Non, lui répondit Vecchi, ne croyez pas cela; notre peuple est généreux et n'insulte pas au malheur; mais il fête son baptême de sang et de feu. Nous avons vaincu aujourd'hui les premiers soldats du monde ; voulez-vous l'empêcher d'applaudir à la mémoire des morts et à la résurrection de notre vieille Rome?
Alors, le capitame Faby se montra vivement touché de cette réponse, qui lui était faite en excellent français, si touché que, les larmes aux yeux, il s'écria : \
— Eh bien , à ce point de vue, vive Rome I vive l'Italie!
Aucun soldat prisonnier ne fut envoyé au quartier qui lui était destiné, sans qu'il eût reçu des vivres et qu'il fût pourvu de tout ce dont il avait besoin.
Quant aux officiers qui avaient perdu leur épée, il leur en fut, à Tinstant môme, rendu une ^utre.
Le lendemain, 1"" mai, au point du jour, l'infatigable Garibaldi, ayant reçu du ministre de la guerre l'autorisation d'attaquer les Français avec sa légion, c'est-à-dire avec douze cents hommes, divisa cette légion en deux colonnes, dont une partie sortit avec Masina par la porte Cavallegieri, l'autre, sous ses ordres, par la porte San-Pancracio. Le peu de cavalerie qu'il avait fut augmentée d'un escadron de dragons.
Le but de Garibaldi était de surprendre les Français daas leur camp et de leur livrer bataille, quoique six fois moins nombreux qu'eux; il espérait, au reste, qu'au bruit de la fusillade et du canop, le peuple tout entier accourrait à son secours.
Mais, arrivé au camp, il apprit que les Français étaient partis pendant la nuit, se retirant vers Gasteldi-Guido, et que Masina, qui avait pris le plus court, avait rejoint leur arrière-garde et bataillait avec elle.
Garibaldi alors doubla sa marche, et rejoignit Masina près de l'hôtellerie de Malagrotta, où les Français se massaient et paraissaient s'apprêter à h
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bataille. H prit aussitôt, en flanc de l'armée française, sur une hauteur, une avantageuse position; mais, au moment où les nôtres allaient charger, un officier se détacha du corps d'armée, s'avança sur la grande route et demanda à parlementer avec Garibaldi.
Garibaldi ordonna qu'il lui fût amené.
Le parlementaire dit qu'il était envoyé par le général en chef de l'armée française pour traiter d'un armistice et s'assurer si, bien réellement, le peuple de Rome acceptait le gouvernement républicain et voulnit défendre ses droits. Gomme preuve des loyales intentions du général, celui-ci proposait de nous rendre le père Ugo Bassi, fait, comme nous l'avons raconté, prisonnier la veille.
Pendant cet entretien, un ordre du ministre arrivait, enjoignant à Garibaldi de rentrer dans Rome.
JjSl légion y rentra vers quatre heures après midi, conduisant avec elle le parlementaire.
L'armistice que demandait le général Oudinot lui fut accordé.
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144 HlillOIRES
EXPÉDITION CONTRE l'aRMÉE NAPOLITAINE
Tandis que s'accomplissaient les événements que nous venons de raconter, l'armée napolitaine, forte de près de vingt mille hommes, ayant le roi à sa lôte, traînant après elle trente-six bouches à feu, flanquée d'une magnifique cavalerie, fière de ses récents triomphes en Galabre et en Sicile, s'avançait pour investir la ville par la rive gauche du 'libre. Elle avait occupé militairement Velletri, puis Âlbano et Frascati, protégée sur sa droite par les Apennins, sur sa gauche par la mer, et étendant ses avant-postes à quelques lieues de nos murs.
Voyant cela, Garibaldi, que l'armistice laissait inoccupé, demanda à employer ses loisirs à faire la guerre au roi de Naples.
La permission lui fut accordée.
Le soir de la nuit du 4 mai, Garibaldi sortit avec sa légion, forte de deux mille cinq cents
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DB J. GAHIBALDI 145
Parmi ces deux mille cinq cents hommes se trouvaient le bataillon de bersaglieri de Manara, rentré dans le plein exercice de ses droits (qui, du resté, n'avaient pas été aliénés à l'endroit du roi de Naples), les douaniers, la légion universitaire, deux compagnies de la garde nationale mobile et quel^ ques autres corps de volontaires.
Le rendez-vous avait été donné sur la place du Peuple. A six heures, Garibaldi était arrivé.
Un jeune Suisse, de la Suisse allemande, qui a écrit une excellente histoire du siège de Rome« Gustave de Hoffstetter, exprime ainsi Teffet que lui produisit la vue de Garibaldi.
(( Au moment où six heures sonnaient, le général parut avec son état-major et fut reçu par un tonnerre de vivat; je le voyais pour la première fois : c'est un homme de taille moyenne, au visage brûlé par le soleil, mais avec des lignes d'une pureté antique; il est assis sur son cheval, aussi calme et aussi ferme que s'il y était né; de dessous son chapeau, à larges bords, à ganse étroite, orné d'une plume noire d'autruche, se répand une forêt de cheveux; une barbe rousse lui couvre tout le bas du visage ; sur sa chemise rouge était jeté un puncho américain blanc et doublé de rouge comme sa che- II. 9
146 HÉMOIEIS
mise. Son état-major portait la blouse rouge, et, plus tard, toute la légion italienne adopta cette couleur.
9 Derrière lui galopait son palefrenier, nègre vigoureux qui Tayait suivi d'Amérique; il était vêtu d'un manteau noir et était armé d'une lance à flamme rouge.
Tj Tous ceux qui étaient venus avec lui d'Amérique portaient à la ceinture des pistolets et des poignards d'un beau travail; chacun avait à la main le fouet de peau de buffle. »
Continuons la description : cette fois, c'est Emile Dandolo qui parle; luiaussi,— pauvre jeune homme, blessé au siège de Rome, où son frère fut tué, mort depuis, à Milan, de la poitrine, — il a laissé un récit des événements auxquels il a pris part.
€ Suivis de leurs ordonnanœs, tous ces officiers venus d'Amérique se débandent, se réunissent, courent en désordre, w>nt de çà et de là, actifs, surveillants, infatigables; quand la troupe s'arrête pour camper et prendre quelque repos, pendant que les soldats mettent leurs armes en faisceaux, c'est uo curieux spectacle que de les voir sauter à bas de leurs chevaux, et pourvoir chacun en per-
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sonne, le général compris, aux besoins de leurs montures.
» L'opération finie, ItÈ cavaliers songeot à eux, et si, des localités voisines, ils ne peuvent avoir des vivres, trois ou quatre colonels ou majors sautent sur leurs chevaux, et, armés de lassos, s'aventurent par la campagne sur la trace des moutons ou des bceufs. Quand ils en ont réuni ce qu'ils en veulent, ils reviennent, poussant le troupeau devant eux; ils eti distribuent un nombre donné par compagnie, €t tous, tant qu'ils sont, soldats et ofOciers, se mettent à égorger, à couper par quartiers et à £aire rôtir, devant d'immenses feux, d'énormes morceaux de mouton, de bœuf ou de porc, sans compter les menus .animaux, comme dindons, poulets, canards, etc.
1» Pendant ce temps, si le péril est éloigné, Garibaldi reste couché sous sa tente ; si, au contraire, l'ennemi est voisin, il ne descend pas de cheval, donne ses ordres et visite les avant-postes; souvent, il jette bas son singulier uniforme, s'habille en paysan, et se livre lui-môme aux plus dangereuses explorations ; la plupart du temps, assis sur quelque cime élevée et qui domipe les environs, il passe des heures à souder les pi^ofondeurs de l'horixoa av»c sa limette; lorsque la trpoip^tbs du gé-
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148 MÉMOIBES
néral donne le signal du départ, les mêmes lassos servent à prendre et à ramener les chevaux qui paissent épars dans la prairie; Tordre de marche est arrêté comme la veille, et le corps se met en route sans que personne sache ou s'inquiète où Ton va.
T» La légion personnelle de Garibaldi est forte de mille hommes, à peu près; elle se compose du plus désordonné assortiment d'hommes qui se puisse voir, gens de tout rang, de tout âge, enfants de douze à quatorze ans, appelés à cette vie d'indépendance soit par un noble enthousiasme, soit par une inquiétude naturelle, vieux soldats réunis par le nom et par la renommée de l'illustre eondottiere du nouveau monde, et, au milieu de tout cela, beaucoup qui ne peuvent se vanter d'avoir que la moitié de la devise de Bayard, sans peur, et qui cherchent, dans la confusion de la guerre, la licence et l'impunité.
» Les ofBciers sont choisis parmi les plus courageux et élevés aux grades supérieurs, sans qu'il soit tenu compte de l'ancienneté ni des règles ordinaires de l'avancement. Aujourd'hui, l'on en voit un, le sabre au côté, c'est un capitaine; demain, par amour de la variété, il prendra le mousquet, se mettra dans les rangs, et le voilà redevenu soldat.
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La paye ne manque pas : elle est fournie par le papier des triumvirs, qui ne coûte que la peine de le faire imprimer : proportionnellement, le nombre des officiers est plus grand que celui des soldats.
» Le vaguemestre, c'est-à-dire l'homme chargé des bagages, était capitaine; le cuisinier du général était lieutenant; l'ordonnance avait le môme grade; l'état-major est composé de majors et de colonels.
» D'une simplicité patriarcale, qui est si grande, qu'on la dirait feinte, Garibaldi ressemble plutôt au chef d'une tribu indienne qu'à un général; mais, quand le péril s'approche ou se déclare, alors il est véritablement admirable de courage et de coup d'œil ; ce qui pourrait lui manquer de science stratégique, pour un général selon les règles de l'art militaire, est remplacé chez lui par une étourdissante activité. )»
Vous le voyez, sur tous les esprits, sur tous les tempéraments, cet homme extraordinaire fait une égale impression.
Revenons à l'expédition contre les Napolitains.
La troupe se mit en marche à la chute du jour, vers les huit heures du soir. Où allait-on? Personne n'en savait rien. On appuya à droite jusqu'à ce
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que, après airoir décrit an immense eerde, on se trouvât sttf la route de Palestrina.
La nuit était limpide et fraîche; on marchait en silence et au pas redoublé. L'état^major pourvoyait loi-même au service de sûreté. Les officiers, accompagnés de quelques hommes à cheval, faisaient de grands tours dans la campagne; quand le sol était trop accidenté, la colonne s'arrêtait et les adjudants, sondant le terrain qui s'étendait devant elle, revenaient donner des nouvelles qui rendaient le mouvement à Texpédition.
Ces haltes avaient, outre l'avantage de la sécu^ rite, celui de faire reposer les troupes, dont la marche continua ainsi sans trop de fatigue jusqu'à huit heures du matin. A une lieue de Tivoli, on s'arrêta; depuis quel que temps, on avait quitté le che^ min de Preneste qui conduit à celui de Palestrina, et l'on s'était dirigé vers Tivoli en suivant une vieille voie romaine.
Par cette marche nocturne, faite avec rapidité, le général avait gagné un triple avantage : i l"" Il avait mis dans l'erreur les espions, qui, le voyant sortir par la porte du Peuple, durent croire que l'expédition était dirigée contre les Français lesquels, arrêtés alors à Palo, avaient entamé une espèce de congrès avec le triumvirat.
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2* Garibaldi se troavajt, à Tivoli, sur le flaàc droit de la ligne d'opératioDs des Napolitains, qui campaient à Velletri et qui envoyaient leurs éctaireurs dans la direction de Rome jusqu'aux hauteurs de Tivoli.
3® La marche nocturne par une lande déserte, privée d'ombre et d'eau, était, grâce à la fraîcheur des ténèbres, un vrai bienfait pour les troupes.
A cinq heures du soir, les hommes reprirent leurs rangs, et l'on marcha vers les ruines de la villa Adriana, distante d'une lieue, à peu près, de l'endroit où l'on avait fait halte, et qui gtt au pied de la montagne où s'élève Tivoli.
Le général avait eu tout d'abord l'intention d'y camper; mais il changea d'avis, et fit faire, auparavant, une complète exploration des lieux. Il ne mit pas de troupes à Tivoli, parce que ce n'était qu'à la dernière extrémité qu'il voulait entrer dans les villes.
Au milieu des ruines de la villa Adriana, qui forment une forteresse, la brigade entière planta son camp, hommes et chevaux; les chambres sou« terraines de cet immense édifice étant asses bien conservées pour qu'on s'y logeât.
Cette villa fut élevée par Adrien lui-même ; elle est longue de deux milles, large d'un mille. Une petite
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forêt d'orangers et de^guiers a poussé sur remplacement de l'ancien palais.
i\ Le 6 mai, on partit à huit heures du matin, les bersaglieri en tête; pour joindre la grande route de Palestrina, on fut forcé de passer par la gorge de San-Veterino. On mit une heure à franchir ce défilé; à midi, on campa dans une autre vallée où Ton trouva de Teau fraîche et de Tombre. On n'apercevait pas une maison, mais on nageait dans la verdure.
A cinq heures et demie, l'on se remit en marche et ToD gravit la montagne. Les soldats avaient devant eux les bêtes de somme qui portaient les munitions de guerre.
Quant aux soldats eux-mêmes, chacun d'eux portait son pain ; de la viande, on ne s'en inquiétait pas, on en trouvait à toutes les haltes; les seuls bersaglieri avaient des marmites.
Arrivée au sommet de la montagne, l'expédition trouva une ancienne voie romaine parfaitement conservée, laquelle conduisait à Palestrina » où l'on arriva à une heure du matin.
Ce fut une bénédiction que de rencontrer cette voie romaine, si bien conservée, que pas une bête de somme n'y fit un faux pas et que le vent n'en souleva point un grain de poussière.
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Cependant de fréquentes haltes furent faites pour donner du repos au soldat. On avait besoin, vu la besogne qu'on lui réservait , qu'i^ n'arrivât point trop £sitigué.
Le général envoya des patrouilles de tous côtés.
Une de ces patrouilles, forte de soixante hommes et commandée par le lieutenant Bronzelli, le môme qui, dix ans plus tard, fut frappé à mort sur le champ de bataille de Treponti, obtint les plus heureux résultats; elle attaqua un village occupé par les Napolitains, les mit en fuite et leur fit quelques prisonniers.
Deux des nôtres, qui ne voulaient pas se rendre, furent tués et mis en morceaux.
Le 9, on eut avis qu'un corps considérable de Napolitains s'avançait vers Palestrina; et, en effet, vers deux heures de l'après-midi, du haut de la montagne Saint-Pierre, qui domine la ville et qui était occupée par notre seconde compagnie, on vit s'avancer en bon ordre, pjar les deux routes qui se réunissent à la porte del Sole, la colonne ennemie. C'étaient deux régiments de l'infanterie de la garde royale et une division de cavalerie.
Garibaldi envoya au-devant d'eux, en tirailleurs, deux compagnies de sa légion, une de la garde naît. 9»
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tionale mobile et la quatrième compagnie de beràaglieri.
Celle^i occupait l'aile gauche de la longue cbalne de montagnes qui vient mourir dans la tallée.
Manara, de la plate-forme de la porte, dominait à cheval cette scène magnifique et, par Tentremiie d'un trompette^ indiquait les mouvements qu'il fallait exécuter.
On eût cru ôtre à une revue, tant les choses se passaient tranquillement, et tant les mouvement! répondaient aux signaux de la trompette^
Lorsque nous fûmes près des Napolitains, un feu très-vif commença, et les autres corps de Texpédition, serrés en colonne, se présentèrent hors de la porte.
Le chef ennemi voulut alors étendre en tirailleurs ses premiers pelotons ; mais on voyait les soldats, effrayés, refuser de s'éloigner les uns des autres. Quant à nous, nous avancions toujours' en continuant le feu. Alors notre extrême droite, cotumandée par le capitaine tiozat, tourna un mur qui l'empêchait d'avancer, et courut vivement s'épai^ piller snr les flancs de rennemi«
Les Napolitains oscillèrent un instant; puis, rompant leuii^ rangs tout à coup, ils prirent la fuite sans presque décharger leurs fasils. Alors quelques
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DE J. 6ARÎBALDI . M
hommes du bataillon de Manaia péDéU^èrent jtisqu'au milieu de leurs rangs et en sortirent rame* nant cinq ou six prisonniers.
A l'aide droite, quoique marchant pins lentement, les choses procédèrent de la même façon; la première compagnie de bersaglieri laissa appro** cher les Napolitains à portée de pistolet et, avec une charge vive et inattendue, avec un vigoureux choc à, la baïonnette, elle les mit facilement en fuite, les chassant successivement de trois maisons qu'ils occupaient et soutenant, avec le plus grand calme, une charge de cavalerie qui coûta la vie à bon nombre de cavaliers napolitains.
C'était le moment qu'attendait Garibaldi; il envoya un bataillon de renfort à Manara, en ordonnant de charger sur toute la ligne à la baïonnette.
Foudroyés sur leur flanc par les Lombards, re< poussés de front par les légions et par les exilés, les royaux prirent la fuite rapidement et complètement, laissant trois pièces de canon sur le champ de bataille.
Le combat dura trois heures, et fut conduit à bonne fin sans grand'peine. Les ennemis opposèrent une si faible résistance, que nous en fûmes émerveillés.
Si nous avions eu de la cavalerie pour la lancer
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à la poursuite des fuyards, leur perte eût été considérable.
Mais, quand Garibaldi vit Tennemi se retirer si précipitamment et les nôtres le poursuivre en désordre, il craignit une embuscade et fit sonner la retraite.
Nous eûmes une douzaine de morts et vingt blessés, parmi lesquels le brave capitaine Ferrari, qui reçut un coup de baïonnette dans le pied.
La perte des Napolitains fut d'une centaine d'hommes.
Le résultat matériel, comme oh le voit, était peu de chose, mais Teffèt moral était grand.
Deux mille cinq cents soldats de Garibaldi avaient mis en complète déroute six mille Napolitains.
Environ vingt pauvres diables de prisonniers, presque tous de la réserve et, par conséquent, arrachés à leurs familles et forcés de combattre pour une cause qui n'était pas la leur, furent conduits devant Garibaldi. Tremblants et les mains jointes, ils lui demandèrent la vie. C'étaient de beaux hommes, bien vêtus, mais détestablement armés de pesants fusils à pierre, avec des sacs pleins d'images de saints et de madones, de reliques et d'amulettes.
Us en avaient au cou, ils en avaient dans leurs poches, ils en avaient partout. Ils dirent que le roi
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DE J. G4RIBALDI 187
était à Albano avec deux régiments suisses, trois de caTalerie et quatre batteries; on attendait d'autres renforts de Naples.
Eux, sous les ordres du général Zucchi, avaient été envoyés pour prendre Palestrina et s'emparer de Garibaldi, qui leur inspirait une terreur qu'on ne saurait imaginer.
Nous campâmes la nuit hors de Palestrina.
Le jour suivant, nous nous avançâmes, pour occuper des avant-postes, deux milles plus loin; nos patrouilles s'aventurèrent jusque dans les lignes ennemies, qui avaient leurs piquets à quatre milles de distance.
Pour ne pas rester à ne rien faire, nous faisions manœuvrer nos soldats, qui, dépuis Solaro, n'avaient pas une seule fois fait l'exercice. C'était un beau et encourageant spectacle pour notre cause républicaine que de voir ces hommes qui, à un quart de lieue de l'ennemi, apprenaient le maniement des armes dont ils allaient se servir contre lui, et qui, au son de la trompette et du tambour, étudiaient l'école de peloton et le feu des tirailleurs.
Nous revînmes le soir à la ville; mais ce fut pour livrer un nouvel assaut.
Le 7 mai, nous étions arrivés à minuit, sous des torrents de pluie. Le bataillon Manara avait reçu
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15S HÉMOIRES
pour logement un couvent d'angnstins; mais les moines n'avaient pas voulu lui ouvrir ; et, fatigués et ruisselants, les républicains frappèrent vainement i la porte, pendant une heure et par un vent glacial. Enfin, la patience des bersaglieri, si grande qu'elle fût, se lassa ; on fit venir les sapeurs, et la porte du couvent fut enfoncée.
Quoique, ce soir-là, les soldats, horriblement las, fussent furieux d'un semblable accueil, quoique le général dit parfaitement et ne laissât point ignorer à ses hommes qu'il faisait aussi bien la guerre aux moines hostiles à la république qu'aux Napolitains, les exhortations de Manara et de ses officiers parvinrent à calmer nos soldats et à empocher tous les désordres auxquels on pouvait s'attendre en pareille occasion. On se coucha tranquillement sur le pavé des corridors, et l'on chercha, dans un court repos, la force de supporter de nouvelles fatigues.
Par bonheur, la fatigue que nous donnèrent les Napolitains ne fut pas grande.
Or, le soir de la bataille, les bersaglieri regagnèrent leur couvent et le trouvèrent de nouveau fermé, n fallut de nouveau recourir, pour entrer, & la hache des sapeurs.
Les frères s'étaient enfuis, cette fois. Us n'avalent pas pu croire que des républicains fussent si peu
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DE h 6AR1BÀLDI IM
rancuniers» et ils oraignaient que ù doilceut dont nous avions fait montre ne fût un piège et ne car chat quelque sinistre retour«
Aussi, en fuyant, les frères avaient-ils emporté avec eux les clefs de leurs cellules. Pour avoir les couvertures et les objets nécessaires à un campement» si modeste qu'il fût, on dut enfoncer quelques portes. Par bonheur, les sapeurs n'étaient pas loin. Ces portes enfoncées, l'exemple fut contagieux; au lieu de se contenter, comme la première fois, du pavé des corridors, les soldats voulurent avoir, ceux-ci des matelas, ceux-là des couchettes; les chefs, lassés de faire de la morale, suivirent le mauvais exemple et prirent les cellules. En moins d'une demi-heUre, le couvent fut sens dessus dessous; à peine eut-on le temps de poser des sentinelles à l'église, à la cave et à la bibliothèque.
Au reste, il n'y avait rien à prendre ; les frères n'avaient laissé que les gros meubles, dont aucun ne pouvait se mettre dans un sac ; mais bon nombre de paysans, qui avaient excité nos Soldats à ce bouleversement, profitaient du désordre, et» comme les fourmis, se mettaient à trois ou quatre, afin d'emporter les morceaux trop gros pour un seul.
Beaucoup des nôtres, peu religieux, couraient par tout le couvent, heureux, une fois pour toutes,
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ICO HÉMOIRES
d'avoir affaire à des moines. L^in portait d'une eel- , Iule avec un large chapeau de dominicain sur la tête, l'autre se promenait gravement dans les corridors avec une longue robe blanche sur son uniforme. Tous parurent à l'appel avec un énorme cierge allumé à la main, et, pendant toute la nuit du 9 au 10, en l'honneur de notre victoire sur les Napolitains, le couvent fut splendidement illuminé.
La correspondance des pauvres frères ne fut pas plus respectée que le reste, et plus d'une lettre fut apportée en triomphe et lue à haute voix par les soldats, qui eût fait rougir jusqu'aux oreilles les chastes fondateurs de l'ordre ^
Le 10, nous nous arrêtâmes à Palestrina, et nous campâmes dans les prés. Les Napolitains paraissaient avoir perdu le goût de nous attaquer, et couronnaient les collines d'Albano et de Frascati, se rapprochant peu à peu de Rome.
Garibaldi, qui craignait un assaut combiné des
Napolitains et des Français, se mit le même soir en
marche pour revenir sur Rome; nous passâmes en
silence, et dans un ordre parfait, à deux milles du
, camp ennemi, par des sentiers presque imprati-
1. Comme Medici n'assistait pas à rexpédition de Palestrina, la plupart de ces détails aont empruntés à Emile Dandolo*
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DE J. 6ARIBÀLD1 101
cables, sans qu'aucun accident troublât la tranquillité d'une marche magnifique.
^ Enfin, dans la matinée du 12, nous arriy&mes à Rome, ayant fait pendant la nuit, vingt-huit milles sans nous arrêter un instant; nous avions le plus grand besoin de repos; beaucoup d'entre nous, croyant partir pour une campagne de quelques heures seulement, n'avaient pris, pour être plus légers, ni marmite, ni sac, ni linge.
Mais, la nuit venue, au lieu de nous reposer, nous fûmes forcés de reprendre nos fusils; une alarme fut donnée à la ville : le bruit courut que les Français attaquaient le Monte-Mario ; nous sortîmes précipitamment par la porte Ângelica, nous échangeâmes quelques coups de fusil avec les Français, et nous dormîmes au bord d'un fossé, la main sur nos armes. *
G. Hedici.
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